Comment Kativik détourna un débat sur l’intrusion du lobby évangélique

Écrit le lundi 28 avril 2008

Intrusion évangélique


Un fait : Septembre 2005, les enseignants de l’école secondaire Ikusik sont rassemblés dans la médiathèque. On leur annonce qu’ils n’ont pas le droit de parler de l’évolution (en biologie, la modification des espèces vivantes au cours du temps), ni d’ailleurs des « autres » religions, car ici, on est « born again ». Lorsqu’elle fut révélée aux médias, en fin d’année scolaire, cette histoire ne pouvait être niée. La direction de l’école avait alors menacé un de ses enseignants de mesures disciplinaires pour « insubordination ». Ce dernier avait  abordé le thème de l’évolution  en classe… Pourtant, la Commission scolaire Kativik s’employa à camoufler – donc à cautionner – la censure avec un communiqué de presse construit de propos oscillant entre le mépris et le grotesque. Ce fut un tour de force peu enviable : tout en justifiant la censure par le manque de respect des enseignants, il niait que censure il y ait eu! En s’appliquant à camoufler ce scandale, Kativik a-t-elle voulu faire croire que tous les enseignants à qui cette Lisa Koperqualukdirective de censure fut servie ont rêvé? Qu’avec la démonstration d’une telle démesure, les enseignants, terrifiés, allaient dorénavant se taire? Et pourquoi tout ce cirque ? L’attitude de Kativik lors de cette affaire a démontré un certain aveuglement et une insolite remise en cause de la nature même de la tâche des enseignants. Pendant plus de deux ans en ligne sur le portail de cette Commission scolaire, ce texte absurde est la raison pour laquelle nous avons décidé de regrouper une série d’articles relatifs à cette affaire afin de faire contrepoids à cette mascarade.
Bien que l’occasion d’un débat constructif au sein de Kativik ait été sabordée par certains de ses administrateurs, nous vous invitons à prendre la mesure du phénomène religieux au nord en écoutant l’excellente émission (suivez le lien)  «Les Pentecôtistes à l’assaut du Nord» (Dimanche Magazine – Radio-Canada). À cette occasion, une personnalité inuk notoire, Madame Lisa Koperqualuk (photo), partageait courageusement ses craintes et décrivait les changements incroyables survenus dans son village au cours des dernières années.

Noyer le poisson?


En juillet 2007, le quotidien Le Devoir publiait trois articles sur le Nunavik. En constatant que c’était à l’initiative de la Commission scolaire Kativik et qu’était implicitement spécifié le cadre du séjour de la journaliste (un « camp scolaire de science »), il semble tout à fait plausible qu’il se soit agit d’une (autre) manœuvre ayant pour but de faire oublier cette histoire d’évolution. S’il est tout à fait normal qu’une Commission scolaire publique organise des camps scientifiques, il est plutôt pathétique qu’elle s’en serve, via les médias, comme d’un paravent pour camoufler ses propres contradictions.

Poursuivre le combat

La progression des églises pentecôtistes et autres sectes stigmatisant certains groupes tels que les homosexuels, militant en faveur d’une éducation des enfants axée sur la préservation obtuse de valeurs familliales et religieuses considérées comme intouchables et voulant faire passer des convictions religieuses pour des hypothèses scientifiques; cette progression donc, nous interdit  de banaliser le phénomène. En 2009, la vigilance de quelques professeurs du Cégep de sherbrooke a permis l’annulation d’une conférence créationniste dans leur établissement. L’administration du  Cégep ne semblait pourtant pas dérangée par la tenue d’un tel événement et ne s’en est d’ailleurs jamais excusé… 

 

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Dissection du communiqué de presse véreux de Kativik

«Une démonstration de l’absurde de la position de la Commission Scolaire Kativik. Construit de propos oscillant entre le mépris et le grotesque, ce communiqué de presse est une manoeuvre pathétique qu’il convient de décrypter».


Kativik titrait : Au coeur de l’incident de Salluit : non pas la censure mais le respect

Aprilus rétorque : Au coeur de l’incident de Salluit? De quel « incident » s’agit-il? De cette journée de février 2005, quand Peter Keatainak a fait irruption dans l’école pour adulte et a fait feu sur une enseignante de 43 ans, la blessant gravement, pour ensuite s’enlever la vie? Non? Ah bon! C’est cette histoire de censure alors. Mais qu’est-ce que le respect vient faire là dedans? La Commission Scolaire Kativik, surtout quand elle pointe du doigt publiquement un de ses enseignants, toujours en poste, ne fait pas vraiment tout pour respecter, anticiper les vrais incidents et protéger ses enseignants…


Kativik : La Commission scolaire Kativik ne
 censure pas ses enseignants et aucun groupe religieux ne dicte à la Commission
 scolaire ce qui peut ou non être enseigné dans nos écoles.

Aprilus : Et pourtant! Quand la Commission Scolaire Kativik accepte que soit demandé à ses enseignants de ne pas parler de l’évolution et des autres religions, on peut parler de censure. Du moins, si l’on se fie au dictionnaire qui défini le verbe censurer comme amputer, avoir à redire, barrer, biffer, condamner, couper, désaprouver, effacer, interdire, prohiber, proscrire, sabrer, supprimer, tronquer des portions, d’un film, d’une lettre, etc. Dans le cas présent, les portions constituent d’une part, la théorie de l’évolution, laquelle permet ni plus, ni moins, de donner un sens aux sciences naturelles et d’autre part, les autres religions dans leur ensemble, lesquelles sont incontournables dans l’enseignement de l’histoire de l’humanité.

De plus, cette caution de censure, ce mensonge grossier, est tout sauf respectueux de l’ensemble du personnel enseignant présent au moment où l’administration de l’école Ikusik donnait ses directives de censure. Kativik a-t-elle déduit que tous les enseignants présents à cette occasion ont rêvés? Que bien-sûr, avec la démonstration d’une telle démesure, terrifiés, ils allaient tous se taire?

Mesure d’autant plus hypocrite que tous les acteurs en milieu scolaire au Nunavik peuvent servir de nombreuses annectdotes du même cru. Par exemple, ce directeur  de Purvunituq, aujourd’hui décedé, tentant maladroitement de cacher dans son bureau des livres de la bibliothèque traitant de l’évolution de l’homme…

Kativik : Le coeur du sujet,
c’est qu’on s’attend à ce que les enseignants adhèrent aux objectifs des 
programmes et respectent la culture des gens auprès desquels ils ont le 
privilège de vivre et d’enseigner.

Aprilus :Imaginez qu’une autre Commission scolaire, disons dans le Montréal suburbain, essaie de retirer l’évolution des salles de classe, en prétextant des traditions culturelles et la Bible !

Kativik : L’enseignement de la Théorie de l’évolution de Darwin ne fait pas partie
 des objectifs de notre programme de sciences ou de sciences humaines du
secondaire 1 au secondaire 5. Il se trouve qu’il y a un paragraphe dans le
 manuel de biologie au secondaire 3 qui mentionne la Théorie dans le contexte
 d’une discussion sur les ossements. C’est tout. Si un enseignant ou une
 enseignante brodent sur le programme, ceci n’est pas sanctionné par nos
 conseillers pédagogiques ni par la Commission scolaire.

Aprilus : Peut-on sérieusement imaginer que le programme d’éducation du Québec interdise aux enseignants de se réfèrer à l’évolution et à l’histoire des religions ? Existe-t-il au Nord, ou ailleurs, de ces enseignants respectant si scrupuleusement le programme qu’ils en deviennent hermétiques au reste du système solaire? Kativik oublie-t’elle la dure réalité de l’enseignement dans ses écoles nordiques ? Ce qui tient en éveil une classe au Nord, ce sont ces parenthèses où figurent discussions, et anecdotes (qui, de plus, peuvent toujours être liées au programme, ne serait-ce que dans le cadre de la communication orale). Ce sont dans ces moments que les élèves sont les plus attentifs, parlent et posent des questions. Enseigner, c’est veiller à créer ce climat et c’est d’ailleurs dans ce sens que va le réforme de l’éducation au Québec!

Kativik : A partir de l’année
 scolaire 2006-2007, le programme d’études sera officiellement normalisé dans
 toutes les écoles du Nunavik de manière à assurer que tous nos enfants aient 
la même chance d’apprendre le même contenu et d’obtenir leur diplôme d’études
 secondaires avec les mêmes connaissances.
 L’enseignant au centre de cette controverse a décidé, de sa propre 
initiative, d’incorporer la « Théorie de l’évolution » à plusieurs reprises dans
 le contexte de son enseignement, malgré le fait qu’il avait été averti
 plusieurs fois par la direction de l’école du caractère délicat de cette
 question. Sa justification, c’est que les élèves du Nunavik « devraient avoir
le même droit à la même éducation que les autres élèves ». Nous sommes
 d’accord, mais les Inuit du Nunavik devraient également avoir le droit de voir
 à ce que leurs points de vue et leur mode de vie soient respectés par nos
 enseignants. 
En vertu en particulier du chapitre 17 de la Convention de la Baie-James
 et du Nord québécois, protégée par la Constitution, et aussi conformément à la 
Loi sur l’instruction publique pour les autochtones cris, inuit et naskapis,
 la Commission scolaire Kativik a le droit et la responsabilité d’élaborer des
programmes et du matériel pédagogique en inuktitut, en anglais et en français,
du moment que nous rencontrons les objectifs prescrits par le ministère de 
l’Education, du Loisir et du Sport. Nos élèves ont le même droit à
l’information que tous les autres élèves au Canada ou en Amérique du Nord. Il
 y a des livres sur la « Théorie de l’évolution » dans nos bibliothèques
 scolaires, que nos élèves sont libres de consulter et tous nos élèves ont
accès au World Wide Web.

Aprilus : « Ok pour l’évolution », dit Kativik, « mais pas dans nos classes ». Nos bibliothèques sont pleines de livres sur le sujet (qui, parfois, reposent au fond de boîtes, bien planqués dans le bureau d’un directeur indélicat comme cela s’est déjà produit à Puvirnituq, il ya quelques années) et puis il y a le world wide web… A propos, dans un milieu où la motivation fait cruellement défaut, un enseignant peut-il ne pas être fier lorsqu’il constate que certains élèves, suite à de telles discussions « proscrites » (par exemple, au sujet de la préhistoire de l’Amérique, pour une période antérieure à -4000 ans) vont plus loin en recherchant sur Google : « évolution des dinosaures » ! – Pas de quoi pavaner, bien sûr, car selon Kativik, ils y auraient été d’eux-mêmes (bien avant d’aller sur le site d’Eminem, de 50 Cents ou You Tube).

Est-il normal de menacer un enseignant de mesures disciplinaires sous prétexte, qu’avec le souci de toucher le quotidien de chasseurs de ses élèves, il évoque, une histoire de la vie « différente » de celle de la Bible, expliquant , par exemple, l’origine des bélugas, des renards arctiques, etc.? Les élèves peuvent donc s’intéresser au sujet (car oui, certains le sont réellement) mais il est malvenu qu’ils en causent avec leur enseignant – surtout si celui-ci a une formation universitaire en biologie lui permettant de le présenter adéquatement!

Et ces indésirables « autres » religions du monde… Que faire alors quand des élèves demandent à leur enseignant pourquoi il est marié sans toutefois porter d’alliance ? Sacrilège à étouffer? L’enseignant est-il fautif quand, pour exploiter un intérêt certain, il offre à ses élèves une parenthèse sur les religions du monde et celles des anciennes civilisations ? Parler du fait que certains peuples ont plusieurs dieux ou du chamanisme est-il un sujet trop délicat pour les élèves inuit?

Opposer la science à la spiritualité est une attitude qui n’a pas sa place dans une école publique – au Nunavik comme à Montréal! Les fanatiques froissés n’ont qu’à se faire financer une école privée – les fonds ne manqueront certainement pas avec la Bible Belt américaine. Kativik veut faire croire que l’ensemble d’une communauté est favorable à la censure de ces sujets. Une terrible erreur qui renforce la position d’une poignée d’exaltés intolérants. Kativik semble ignorer qu’il existe nombre d’inuit en désaccord – en témoigne les courriers envoyés au journal Nunatsiaq News et les commentaires de Lisa Koperqualuk dans le reportage Dimanche Magazine sur Radio-Canada – mais que ceux-ci préfèrent garder le silence.

Jouer à l’ambassadeur culturel des inuits nécessite plus de subtilité…

Kativik : Nous encourageons nos élèves à avoir l’esprit ouvert et à penser par
 eux-mêmes. Nous nous attendons à ce que nos élèves développent leur respect
 des autres cultures et reconnaissent la diversité culturelle et les valeurs
 des autres peuples. Nous avons certainement le droit de nous attendre au même
 traitement de la part de nos enseignants.

Renseignements: Debbie Astroff, Agente de relations publiques,
Commission scolaire Kativik.

Aprilus : Quand un enseignant répond aux questions de ses élèves, il ne peut se permettre de censurer des réalités telles que l’évolution et l’histoire globale des religions. Autrement, il ne contribue pas à ouvrir ses élèves au monde et à sa diversité : cela ne s’appelle alors plus de l’enseignement !


Bien que Kativik affirme ne pas censurer ses enseignants, dans les faits, un membre du conseil de parents représentant une fraction des habitants de son village, peut approcher le directeur d’une école, demander à ce que l’évolution ne soit pas abordée en classe et être exaucé le plus naturellement du monde. La Commission scolaire va même jusqu’à s’appliquer à camoufler ce scandale! Que Kativik nous serve ensuite des discours sur le respect de la culture en se conduisant aussi durement et de façon aussi irresponsable envers un de ses enseignant, toujours en poste, a de quoi inquiéter! Il y a mieux pour attirer des enseignants dans le Nunavik.

Et pour clore le tout, la signature de Debbie Astroff?! Annie Grenier (Directrice Générale) aurait mieux fait de signer ce communiqué de presse elle-même!

Pour poursuivre la dissection voir aussi :

Parents: Don’t teach evolution to our kids. School board: OK.

Teaching evolution disrespectful to cultural traditions


Quebec Ministry of Education investigating complaint over evolution

Malheureusement, l’entrevue où l’on pouvait entendre Gaston Pelletier (directeur des services éducatifs) mentir ouvertement a été retirée; il s’agissait de Whole Show Blow-by-Blow – The Current for Show May 19, 2006 sur la radio de Radio-Canada. L’administration de l’école Ikusik n’a décidément aucun reproche à se faire et les enseignants  de cette école sont tous des imbéciles qui hallucinent! Rien ne s’est produit, circulez, y’a rien a voir!


L’article qui déclencha les hostilité de Kativik à mon endroit:

Dans certaines écoles du Nunavik, on interdit aux professeurs d’enseigner la théorie de l’évolution.

par Noémi Mercier
Québec Science

L’accueil qu’a reçu Alexandre April, au début de l’année scolaire 2005, lui a fait l’effet d’une gifle. La directrice de l’école du village avait réuni tout le personnel pour souhaiter la bienvenue aux nouveaux professeurs. Après les formules d’usage, quelques conseils furent prodigués aux enseignants: «Nous ne voulons pas entendre parler de la théorie de l’évolution ici», les a-t-elle avertis d’emblée. Depuis, chaque fois que le jeune enseignant du secondaire évoque l’évolution de l’homme dans ses cours de français et de sciences humaines, il se fait traiter de singe par ses élèves amusés. Certains parents, eux, ont été jusqu’à porter plainte contre ce prof récalcitrant, outrés de savoir qu’il affirmait en classe, malgré l’interdiction de la directrice, que l’être humain descend des primates.

On se croirait dans un de ces bastions créationnistes du Midwest ou du sud des États-Unis. Là-bas, des chrétiens conservateurs mènent une bataille acharnée pour que, dans les cours de science, la théorie de l’évolution soit remplacée par des explications divines des origines de la vie (Québec Science, avril 2006). Et pourtant, l’incident s’est déroulé au Québec, à Salluit, un village inuit de 1 150 âmes situé à l’extrême nord du Nunavik.

«Dès que je parle d’une période antérieure à 6 000 ans avant notre ère, date à laquelle Dieu aurait créé la Terre, je suis considéré comme fautif par l’administration de l’école», souligne Alexandre April, lui-même formé en biologie et en enseignement des sciences.

La tension a monté d’un cran en avril 2006, après qu’il eut présenté, dans un cours de première secondaire portant sur l’histoire des civilisations, Il était une fois l’homme, une série d’animation qui raconte l’histoire de l’homme à travers les âges.

La direction l’a alors convoqué pour le sommer de respecter la consigne «anti-évolution». «Faute de quoi, on m’a averti que je recevrais une lettre sanctionnant mon insubordination», raconte-t-il. Il lui est aussi interdit de répondre aux interrogations des élèves qui sont pourtant nombreux, dit-il, à le questionner sur ce sujet proscrit. «La plupart des professeurs préfèrent ne pas faire de vagues. C’est déjà éprouvant d’enseigner dans une communauté inuite: on est isolé, minoritaire. On ne veut pas froisser les gens, alors on préfère céder. Il s’agit toutefois d’une école publique et les élèves du Nord devraient avoir droit à la même éducation que les autres», estime l’instituteur qui a déjà remis sa démission et qui quittera la région d’ici quelques semaines. La directrice de l’école, Annie Alaku, et le directeur adjoint, Charles Roy, ont quant à eux refusé de répondre aux questions de Québec Science.

Salluit n’est pas le seul village du Nunavik où on escamote une partie de la matière pour ménager les sensibilités des habitants, selon Gaston Pelletier, directeur des services éducatifs à la commission scolaire Kativik. Cette organisation dessert près de 3 000 élèves dans 14 communautés inuites, sur un territoire de près de 650 000 km2. Ce serait surtout la parenté de l’homme avec les chimpanzés et les gorilles qui choquerait certains parents. «Dans quelques écoles, on veut bien parler de l’évolution des animaux, mais on ne parle pas des origines de l’homme. Dans la plupart des établissements, par contre, ces idées sont tolérées: on les explique à titre d’information mais, en général, on s’assure que les enseignants les présentent comme une théorie parmi d’autres, et non comme un fait», explique Gaston Pelletier. Face aux doléances des familles de Salluit, ce dernier a lui-même convenu avec l’administration de l’école «qu’on ne toucherait pas à l’évolution pour l’instant». «Quand il y a de la résistance dans une communauté, on respecte cela; on ne met pas de pression, par respect pour les croyances et la culture locales.»

Ces croyances n’ont cependant plus grand-chose à voir avec les traditions des Inuits. L’offensive anti-évolutionniste est plutôt associée à la ferveur religieuse des pentecôtistes, un mouvement protestant évangélique qui fait de plus en plus d’adeptes dans le Grand Nord depuis une quinzaine d’années (voir l’encadré). «Au Nunavik, il y a trois ou quatre enclaves où le pentecôtisme a une grande emprise sur une partie de la population. Ces personnes démontrent une certaine méfiance à l’égard de tout ce qui diffère du contenu de la Bible dont ils font une interprétation plutôt austère et traditionaliste», estime Jean Leduc, directeur de l’école de Kangiqsualujjuaq, dans la baie d’Ungava, où il travaille depuis bientôt 30 ans. Le mouvement demeure cependant marginal dans la plupart des villages, insiste-t-il. Son école à lui, par exemple, n’a jamais pris position contre la théorie de l’évolution ni reçu de plaintes à ce sujet.

N’empêche que des centaines d’élèves du Nord québécois se voient transmettre une version tronquée du programme, tandis que de nombreux autres apprennent à voir l’évolutionnisme comme une hypothèse qui n’a pas encore fait ses preuves. Au ministère de l’Éducation du Québec (MEQ), on marche sur des œufs. «C’est une question délicate, qui touche autant les écoles, la commission scolaire, le ministère de l’Éducation, les Affaires autochtones… Nous allons vérifier s’il y a des ententes particulières au sujet de l’évolution, mais c’est à la commission scolaire de s’assurer que le programme du ministère est bien respecté», dit la relationniste Marie-France Boulay. La commission scolaire Kativik, créée en vertu de la Convention de la baie James et du Nord québécois pour permettre aux Inuits de gérer leur propre système d’éducation, jouit bien d’une certaine autonomie, notamment en ce qui concerne la culture inuite et la langue inuktitute. «À part cela, les  écoles de Kativik sont censées suivre le même régime pédagogique que tout le monde», affirme Marc Décarie, de la Direction générale de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec du MEQ, qui dit avoir informé ses supérieurs de la situation.

Le débat sur la théorie de l’évolution dans les écoles du Nunavik pourrait prendre une tournure très différente par rapport au reste de l’Amérique du Nord. Ici, on ne craint pas tant la confrontation entre religion et laïcité, droite et gauche, science et pseudo-science, mais plutôt une opposition entre Inuits et «Blancs du sud». «Nous sommes des Blancs, et nous enseignons dans une culture qui n’est pas la nôtre, poursuit Gaston Pelletier, de la commission scolaire Kativik. Les Inuits ont leurs propres idées et valeurs, et nous devons respecter cela. Nous leur apportons notre expertise, mais nous ne sommes pas des missionnaires et, pour l’instant, ils ne sont pas prêts! Et vous savez, il y a des problèmes bien plus urgents au Nouveau-Québec que l’enseignement de l’évolution de l’homme…»

Pentecôtisme: nouveau chamanisme?

Même si les Inuits ont adopté le christianisme depuis plusieurs décennies, ce n’est qu’au cours des 15 dernières années que le pentecôtisme a fait une percée au nord du 55e parallèle. Ce mouvement, une faction du protestantisme évangélique, met l’accent sur la présence de l’Esprit saint en chaque individu. Pour les catholiques romains, l’important est de croire. Pour les pentecôtistes, il est essentiel de faire l’expérience de Dieu, d’être habité par Lui; d’où leurs cérémonies spectaculaires au cours desquelles les fidèles tombent sur le dos, lèvent les bras au ciel ou chantent des heures durant.

Ce n’est pas un hasard si les Inuits ont adopté le pentecôtisme, estime Louis Rousseau, professeur au département de sciences des religions de l’UQAM. Selon lui, cette pratique religieuse permettrait indirectement de raviver certaines facettes de leur spiritualité traditionnelle qui était intimement liée à leur mode de vie de chasseurs. On assiste, par exemple, à une réinterprétation de la fonction du chaman, qui servait autrefois d’intermédiaire entre les êtres humains et les esprits, explique-t-il. Le chaman était habité par des êtres bienveillants qui, lorsqu’il entrait en transe, le guidaient dans le monde des esprits, quittant momentanément son corps lors de cérémonies rythmées par le tambour. « Le pentecôtisme est un christianisme extatique dont certains rituels rappellent les rites chamaniques », note le professeur.

Dans ce mouvement, on a aussi fortement tendance à attribuer les difficultés d’une communauté à la transgression de certains tabous, règles et valeurs. Au sein de la société traditionnelle inuite, c’était au chaman de voir à l’harmonie de la communauté en s’assurant du respect des règles. Mauvais temps, chasse difficile ou maladie étaient le résultat de la colère des esprits qu’il fallait apaiser. « Ces correspondances établissent un lien entre les deux traditions. C’est pourquoi les Inuits s’identifient plus facilement au pentecôtisme qu’à l’anglicanisme ou au catholicisme. »

 

Autres articles et appuis :


COMMUNIQUÉ DE PRESSE – AENQ

Objet : Incident de Salluit concernant l’interdiction d’enseigner l’évolutionnisme aux élèves du secondaire de la Commission scolaire Kativik

Non à la censure et au « créationisme » à l’école ! Oui au respect de l’héritage traditionnel inuit sans contradiction avec le savoir scientifique !

Montréal, le 30 mai 2006 – L’Association de l’enseignement du Nouveau-Québec (AENQ) et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) trouvent dangereuse et dénoncent la position prise par la Commission scolaire Kativik (CSK), le 23 mai dernier, concernant la censure de l’enseignement des principes de l’évolution biologique. L’Association et la Centrale rappellent à la commission scolaire ses responsabilités envers la population du Nunavik en vertu de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois et elle l’incite à entendre l’appel lancé par le ministre Fournier pour assurer des services éducatifs de qualité aux élèves du Nunavik.

Elles souhaitent également que la commission scolaire cesse de perdre temps et énergie à encourager ou camoufler la censure dans ses écoles et qu’elle se concentre plutôt à créer un espace de dialogue entre les Inuits habitant les communautés du Nunavik et les enseignants « qallunat » (allochtones), dans le but de renforcer leur respect et confiance mutuelles nécessaires pour assurer aux élèves les services auxquels ils ont droit.

D’ailleurs, le président de l’AENQ, monsieur Patrick D’Astous, souligne qu’« il n’y a pas contradiction entre la transmission par les enseignantes et les enseignants de l’héritage culturel des peuples autochtones, notamment dans les récits oraux de création du Monde et les savoirs fondés sur la science tels que l’évolutionnisme. Le programme d’histoire de 4e secondaire adapté par les Cris en est un exemple parfait ».

« Interdire les explications basées sur des connaissances scientifiques tel que l’a fait la commission scolaire Kativik est inacceptable et dangereux. Dans le cas de monsieur April, l’enseignant à Salluit, cela revient à censurer les informations que peuvent transmettre les enseignants aux élèves du Nunavik et ce, au nom de dogmes religieux comme ceux prescrits par l’église Pentecôtiste. À quand l’embauche d’enseignantes et d’enseignants basée sur des critères religieux ? »

Le président de la CSQ, monsieur Réjean Parent ajoute pour sa part que « les élèves du Nunavik doivent avoir droit à la même qualité d’enseignement que celle que reçoit l’ensemble des élèves du Québec ». Il précise que cela doit se faire dans le respect des différences culturelles de chaque communauté.

Profil de l’AENQ

L’Association de l’enseignement du Nouveau-Québec, affiliée à la CSQ, regroupe plus de 1300 membres. Elle représente les enseignantes, les enseignants et le personnel de soutien des commissions scolaires Kativik et Crie.

 
Renseignements :    Patrick D’Astous
Président AENQ
Téléphone : 514 356-8888
Cell. : 514 714-2396
Site Web : http://aenq.csq.qc.net/


June 2, 2006

Teachers’ union backs evolution “It’s respect for students and their intelligence”

JANE GEORGE  – Nunatsiaq News

The union representing teachers in Nunavik, l’Association de l’enseignement du Nouveau-Quebec says it will defend any teachers in Nunavik who are told not to teach the theory of evolution. If the Kativik School Boardcontinues to challenge the judgment of its teachers with respect to what they should or shouldn’t teach, Patrick d’Astous, the union’s president, says teachers will flee the region.“I think it’s incompetent and shows a lack of concern for the education of children in Nunavik.”
D’Astous said students in Nunavik will pay for the exodus of teachers who will leave if they feel they can’t teach according to how they were trained.

“It’s not too smart. Personally, I think the school board is on a slippery slope to say the church can have a direct impact on schooling, and they seem not to acknowledge that they’re having more and more trouble recruiting teachers,” D’Astous said.

“They should be doing anything they can to keep their teachers there. It seems to mean nothing to them that their teachers are leaving.”

D’Astous said the union will continue to remind the KSB that they have to respect the professional independence of teachers.

“We can tell our members that they don’t have to respect any directive coming from educational committees or the school board that could limit your autonomy — you don’t have to respect it and we will defend you.”
There’s no way around talking about evolution in science and history classes, D’Astous said — but there’s a way of bringing other views into the discussion.

“That’s respect — it’s respect for students and their intelligence, and for their future in the modern world,” he said.
The union stepped into the fray when Salluit’s school committee wanted to take disciplinary action against Alexandre April for teaching evolution at Ikusik School. D’Astous said he determined that there were no official grounds for this, but, as a result, April ended up with a reprimand.

This was the first time Salluit’s school committee — whose members include Qalingo Angutigirk, Elasuk Pauyungie, Susie Alaku, Molly Tayara, Joanna Alaku, Josepi Padlayat and Kululu Tayara — intervened in a pedagogical issue.
D’Astous said this was the first time the issue of teaching evolution has officially surfaced with the union as well.
D’Astous said he doesn’t understand why Nunavimmiut would want to turn away from evolution — one of the backbones of modern science.

“Science is completely turning the environment upside down, and we’re going to put our heads in the sand and say that science doesn’t exist? On the contrary, we should understand science, master it, and be able to say that we can use it,” he said. “Soon, there won’t be any more ice in the Arctic. The world is changing. Inuit have to embrace education — it’s the only door open.”

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ALLISON LAMPERT-  The Gazette

Published: Saturday, May 20, 2006

A high school science teacher vowed yesterday to continue telling his Inuit students about Charles Darwin’s theory of evolution, despite complaints from parents in the northern Quebec community of Salluit.

Science teacher Alexandre April was given a written reprimand last month by his principal at Ikusik High School for discussing evolution in class.

Parents in the village 1,860 kilometres north of Montreal complained their children had been told they came from apes.

« I am a biologist. … This is what I’m passionate about, » said April, who teaches Grades 7 and 8. « It interests the students. It gets them asking questions.

« They laugh and they call me ‘ape,’ but I don’t mind. If I stopped, they would lose out. »

April, who is leaving the town when his contract runs out at the end of the school year, said the principal first told teachers last fall not to talk about evolution.

Debate over the teaching of evolution in Salluit – a village of 1,150 located along the northern coast of Quebec, between Ungava and Hudson bays – is pitting an increasingly religious Inuit population against a Quebec education system that’s becoming more and more secular.

Although April, 32, won’t be punished, his reprimand has outraged Quebec’s scientific community.

« What he’s doing is right and it’s best for the kids, » said Brian Alters, director of the Evolution Education Research Centre at McGill University. « Science should not be de-emphasized for non-science. »

Over the years, controversy over the teaching of evolution has erupted in Pennsylvania, along with U.S. states in the so-called Bible Belt. In November, the Kansas State Board of Education approved science standards that cast doubt on evolution.

But with heightened religious fervour among the Inuit and Cree in northern communities, some observers suggest Canada might have its own Bible North.

Molly Tayara, a member of the Salluit school’s volunteer education committee, said she’d tell her four school-age children to walk out of a lesson on Darwin.

« The minister (of education) may have come from apes, but we’re Inuit and we’ve always been human, » she told The Gazette in a phone interview.

« Most of us rely on God’s word. … God made Adam and Eve and they weren’t animals. »

Legally, Inuit schools in Quebec’s north must teach evolution, as it’s part of the provincial curriculum. After April’s story came out this week in the magazine Quebec Science, Education Department officials immediately called the school to ensure the curriculum was followed.

Topics like reproduction and diversity of species are part of Science and Technology, a course for Grades 7 and 8. Darwin’s work, based on the premise that humans and other animals have evolved over time, is further covered in Grade 11 biology – an elective course.

« We want the curriculum to be applied. We’re just saying the theory of evolution could be taught more delicately to students, » said Gaston Pelletier, director of educational services for the Kativik School Board, which serves northern Quebec’s 14 Inuit communities. « We have to respect their view. »

The Anglican and Pentecostal churches have been present for decades in towns like Salluit. Yet formal education under Kativik has existed only since 1978.

« The missionaries have been in the north much longer than the scientists, » noted Lisa Koperqualuk, a spokesperson for the Makivik Corp. – a non-profit body created in 1978 to manage Inuit compensation money from the James Bay and Northern Quebec Agreement.

« Inuit parents have not been taught the theory of evolution, so when they hear about it in fragments, it doesn’t make sense. »

Religious fervour has also increased among the Cree, with one town banning bingo games because games of chance conflict with their faith, said Patrick D’Astous, president of the Northern Quebec Teachers Association.

Alters argues that many biologists believe in evolution as well as God: « People who think evolution denies religion don’t know much about evolution. »

 


May 19, 2006

No Darwin please, we’re in Nunavik  “No one wants to upset people, so it’s easier to give in”

JANE GEORGE  – Nunatsiaq News

A Salluit teacher received national attention last week for an article in the most recent edition Québec Science magazine that details his experience teaching Charles Darwin’s theory of evolution to students at Ikusik School.

Alexandre April said he received an official reprimand from the local school committee after he showed his class an animated series about civilization, called “Once upon a time there was man…” [Il ét ait une fois l’homme].

Evolution is usually part of the science and technology course taught in Grade 7 and 8 throughout Quebec.

April, a biology teacher, said the official reprimand followed an earlier warning from school administrators not to teach evolution.

“As soon as I spoke about any period 6,000 years before our own, I was considered to be in the wrong by the school administration,” April told the French-language magazine.

The theory of evolution developed by British scientist Charles Darwin says complex creatures evolved from simpler ones over time by “natural selection” — that is, when the passing of characteristics, which help survival, from one generation to the next and over time can change a dark brown grizzly bear, say, into a white polar bear.

Critics of evolution say “creationism,” or the belief in the biblical creation of the world as described in Genesis, is a better explanation for the diversity of the world’s species.

The theory of “intelligent design” is also presented as an alternative to evolution. Intelligent design asserts that certain features of the universe and of living things are best explained by an intelligent cause, not a process such as natural selection.

“Most teachers don’t want to make waves,” April told Québec Science.

“It’s already hard enough to work in an Inuit community because you’re isolated and in a minority. No one wants to upset people, so it’s easier to give in. But it’s still a public school and students should have the right to the same education as others.”

April does not plan to return to teach in Salluit next year.

Annie Alaku, the school director, and Charles Roy, assistant director, did not want to speak to Québec Science.

But the Kativik School Board is supposed to follow the same curriculum as everyone else in Quebec, according to the provincial education department.

Gaston Pelletier of the KSB told Québec Science that there were “more urgent questions in Nunavik than the teaching of evolution.”

 

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The theory of evolution, accepted by virtually all scientists for more than 100 years, holds that human beings evolved tens of thousands of years ago from ape-like creatures. A recent international DNA study found that 99 per cent of the “life-code” genes carried by chimpanzees are identical to those carried by human beings. 

Billet- Sauf votre respect

par Raymond Lemieux
(Québec Science)

Que l’homme descende du singe, on s’en fout un peu, finalement. Mais cette thèse, formulée il y a près de 150 ans, a permis de résumer avec beaucoup d’audace les origines de notre espèce.C’est pour transmettre de telles idées, des idées qui forcent la réflexion, que l’école existe, car – il faut bien en convenir – on ne peut pas spontanément penser que nous avons construit des bungalows, des igloos et un Stade olympique au terme d’une longue marche entamée depuis l’Afrique.

L’école nous met au diapason de l’aventure humaine et au fait de l’avancée des connaissances. Elle nous rappelle que notre monde ne s’est pas fait en six jours, au risque de brusquer encore quelque croyance religieuse. Toutefois, cela n’est pas admis partout, nous a fait remarquer un enseignant de Salluit – un village du Nunavik de 1 146 habitants, dont 336 élèves. Lorsqu’il s’est permis d’ouvrir les yeux des jeunes Inuits sur leurs origines, il a été rappelé à l’ordre. Nous révélions cet incident, qui n’a rien d’anodin, dans notre édition de juin dernier. La nouvelle a fait le tour du pays et a même été relayée outre-Atlantique. La réplique de la commission scolaire Kativik, dans le nord du Québec, est tout simplement ahurissante: les autorités pédagogiques invoquent le respect pour balayer la théorie de l’évolution, le singe et Homo sapiens, sous la glace.

Le respect.

De son côté, l’enseignant qui a quitté la région depuis, persiste à dire que “les élèves devraient avoir le même droit à l’éducation que les autres” et qu’il est donc bien normal de parler de l’évolution de l’homme à l’école. Étrangement, cela revêt un “caractère délicat” aux yeux des autorités. La direction scolaire a renchéri en émettant un communiqué précisant que “les Inuits du Nunavik devraient avoir également droit à ce que leurs points de vue et leur mode de vie soient respectés par nos enseignants”. Pardon, mais c’est quoi le rapport?

Une autre perle, dans le même communiqué: “Nous encourageons nos élèves à avoir l’esprit ouvert et à penser par eux-mêmes. Nous nous attendons à ce que nos élèves développent le respect des autres cultures en reconnaissant la diversité culturelle et les valeurs des autres peuples. Nous avons certainement le droit de nous attendre au même traitement de la part de nos enseignants.” Mais qu’est-ce que cela veut dire laisser “penser les élèves par eux-mêmes”? Doivent-ils apprendre les mathématiques, l’inuktitut, l’anglais ou le français par eux-mêmes? C’est le Saint-Esprit qui va leur enseigner cela? Une telle approche aurait de quoi nous inquiéter dans n’importe quelle école de Montréal, de Québec ou de Rimouski!

Heureusement, le ministre de l’Éducation, Jean-Marc Fournier, a remis les pendules à l’heure en soulignant que Darwin et l’évolution ont bel et bien leur place à l’école. Il n’empêche que les arguments des responsables scolaires de la région trahissent une vision réductrice de l’enseignement des sciences. Il n’est pas certain que cela serve les jeunes Inuits.

Rassurons les directions scolaires concernées: d’excellents chercheurs, vulgarisateurs et enseignants pourraient épater les élèves en leur racontant les 6 millions d’années d’évolution qui ont fait de nous une espèce capable de vaincre la variole, de construire des ordinateurs, de lancer des sondes spatiales. Et cet enseignement-là peut se faire avec beaucoup de respect, car – permettons-nous un peu de moralisme – il n’y a pas de transmission de connaissances sans respecter la personne qui apprend.


Des universitaires canadiens écrivent une lettre collective en appui à l’enseignement de l’évolution dans les cours de science. Cette lettre a été adressée à la commission Scolaire Kativik à la suite du dévoilement
de son attitude rétrograde par Québec Science.

Le biologiste renommé Theodosius Dobzhansky a dit « Rien en biologie n’a un sens excepté dans le contexte de l’évolution »; ce commentaire est aussi vrai aujourd’hui qu’il l’était quand il l’a exprimé il y a plus de 30 ans. La théorie de l’évolution est fondatrice en biologie. C’est la théorie unificatrice qui fournit une structure connectant tous les aspects des sciences biologiques. Enseigner la biologie sans l’évolution c’est comme enseigner la chimie sans les atomes.

Ce n’est pas seulement la biologie qui souffre si on en exclut l’enseignement de l’évolution. Cette dernière est un des plus importants concepts des sciences et sert d’exemple pour expliquer plusieurs phénomènes par des principes fondamentaux. En évitant l’enseignement de ce concept, on compromet la base même de l’entreprise scientifique que chaque étudiant et étudiante devrait comprendre.

Le « design intelligent » est souvant présenté comme alternative à la théorie de l’évolution. Soyons bien clairs: le ‘design intelligent’ n’est rien d’autre que le créationisme — un concept religieux et non pas une théorie scientifique. Tous ont droit à leurs croyances religieuses, mais celles-ci ne doivent pas être enseignées comme théories scientifiques. De ce faire diminue la valeur de la religion et celle de la science.

Il y a aujourd’hui des questions pratiques qui se présentent et qui impliquent l’évolution et la médecine humaine, l’industrie, et l’agriculture. Comme exemple, nous devons avoir une bonne connaissance de l’évolution afin de connaître les mécanismes de résistance des microbes aux antibiotiques, ainsi que la résistance des insectes aux pesticides.

Chaque étudiant et étudiante a le droit d’obtenir une bonne éducation scientifique, et celle-ci doit inclure la théorie de l’évolution. Ne plaçons pas de limites sur nos étudiants et étudiantes en leur niant les connaissances de ce sujet important.

Abouheif, Ehab, McGill University
Albert, Paul J., Concordia University
Amyot, Marc, Université de Montréal
Battistini, Bruno, Université de Sherbrooke
Beisner, Beatrix, UQAM
Belisle, Marc M., Université de Sherbrooke
Berteaux, Dominique, UQAR
Brown, Grant, Concordia University
Brown, Gregory, McGill University
Cabana, Thérèse, Université de Montréal
Chase, Ronald, McGill University
Cloutier, Conrad, Université Laval
Dent, Joseph, McGill University
Despland, Emma, Concordia University
Ferguson, Ian, Concordia University
Festa-Bianchet, Marco, Université de Sherbrooke
Fortin, Daniel, Université Laval
Giraldeau, Luc-Alain, UQAM
Grant, James, Concordia University
Green, David, McGill University
Guderley, Helga, Université Laval
Gulick, Patrick, Concordia University
Harrison, Paul, McGill University
Hekimi, Siegfried, McGill University
Herre, Edward, McGill University
Krahe, Rüdiger, McGill University
Kramer, Donald, McGill University
Lafontaine, Daniel, Université de Sherbrooke
Lapointe, Line, Université Laval
Lasko, Paul, McGill University
Lebel, Denis, Université de Sherbrooke
Leblanc, Benoit, Université de Sherbrooke
Levine, Robert, McGill University
Lord, Daniel, UQAC
McGill, Brian, McGill University
McLaughlin, J. Daniel, Concordia University
Neumann, Peterjurgen, Université de Montréal
Newman, Elaine B., Concordia University
Pflieger, Jean-François, Université de Montréal
Pollack, Gerald, McGill University
Poole, Ronald, McGill University
Prairie, Yves, UQAM
Ricciardi, Anthony, McGill University
Richardson, Michael, Bishop’s University
Roy, Richard, McGill University
Roy, Suzanne, UQAR
Rozen, Rima, McGill University
Schoeck, Frieder, McGill University
Schoen, Daniel, McGill University
Shipley, Bill, Université de Sherbrooke
St-Arnoud, Marc, Université de Montréal
Steimle, Viktor, Université de Sherbrooke
Stroeher, Ginny, Bishop’s University
Talbot, Brian, Université de Sherbrooke
Thiffault, Nelson, Université de Sherbrooke
Titorenko, Vladimir, Concordia University
van Hulst, Robert, Bishop’s University
van Meyel, Donald , McGill University
Villeneuve, Claude, UQAC
Widden, Paul, Concordia University
Zerges, William, Concordia University

 

May 19, 2006

Some Inuit side with unhappy teacher

Devastated that his name was published in connection with comments that appeared in Québec Science, beleaguered teacher Alexandre April, 32, now faces a difficult end to the school year in Salluit.
However, many in Salluit support his openness and determination, April said in an interview from Salluit: they tell him they want their children to learn what they need to know in today’s world.
“Some Inuit tell me that they agree we should be teaching the same subjects as in the South ‘if we want our young people to go into the sciences, so they will become technicians, nurses, biologists, doctors and dentists.’ For these careers, they have to have a scientific background, so it’s normal they have instruction about science,’ April said.
But April said his supporters in Salluit are often too scared to speak out in favour of freedom of expression.
A posting on the Nunatsiaq News talk-back web site from a Salluit resident said, “I do believe that we should be able to be taught this [evolution] in school, and it is up to the students to decide if it seems relevant or not… each and every one of us should be able to learn what is taught to see if it is valid to use for us while on this planet.”
April said his students are eager to ask questions and learn about everything, and he has tried to satisfy this curiosity over the past year in Salluit.
However, evolution is just part of what students in Salluit aren’t supposed to be learning. Information about differing religious views and homosexuality were also apparently not welcomed in Ikusik School and classrooms: teachers were discouraged from speaking about other world religions, while posters featuring telephone numbers to help students deal with homosexuality were taken down.

Commentaires des lecteurs (Nunatstiaq News) :

June 2, 2006

Is the KSB censoring evolution?

I was reminded of stories out of backwoods — and backwards — towns in the southern U.S. when I heard CBC’s coverage and later read in Nunatsiaq News of the hurdles faced by a Nunavik teacher trying to teach about evolution. This is Canada and this is scary.
Evolution was not a traditional belief in any culture. Darwin, a Christian man himself, was deeply troubled at the implications of his findings. But the evidence just kept building and still does – from the fossil record to animal observations to DNA analysis.
The latest attempt to debunk evolution is the entirely bogus “intelligent design” explanation. Why don’t we instead respect the intelligence of our kids who, after being offered up the evidence, can choose to believe whatever they want to?
There should be room to learn about religion (all religions) and alternative theories in social studies classes but, please, leave science alone.
A topic that arose in the same article is the school’s systematic obstruction of support for youth struggling with sexuality issues. Those that took down the signs for helplines have themselves been partially to blame for our high northern suicide rate. It is known that gay, lesbian and bisexual young people kill themselves at up to seven times the rate of heterosexuals — thanks to rejection and social ostracization among other factors.
Despite the Kativik School Board’s explanation as to why they discourage teaching about the theory of evolution (found on their website posting on May 23 at www.kativik.qc.ca); discrimination, teaching of only one religion (as per Nunatsiaq News) and discouraging a teacher’s prerogative to teach evolution sounds an awful lot like censorship to me.
I had understood traditional Inuit culture to be inclusive and non-judgmental. Is it not so for some people in Salluit?
Madeleine Cole
Iqaluit

 

June 9, 2006

Let kids be part of great debate

Is it an irony that the Nunavik debate on evolution comes at a time when Dan Brown’s infamous book The Da Vinci Code compels all who read it?
For those who have not read The Da Vinci Code and its prequel Angels & Demons, the focus of the book is never far from the Science vs. Religion debate.
While reading Angels & Demons I came across a paragraph noting how the theory of evolution is only taught in half of America’s schools. After reading this statement, I reflected on my own school years and came to the realization that I was not taught this theory in school. This is not surprising, however as I attended Catholic schools in Ontario for over 10 years. Even though I was not taught the evolution theory in school I was certainly aware of it, many thanks to television and media.
One of Dan Brown’s characters in his book is a Catholic priest/scientist. Being a scientist and a priest is almost an oxymoron. Science and religion go together like oil and water and Mr. Brown’s character is in constant conflict with his scientific research and the beliefs of the Catholic Church. Dan Brown presented a very good argument on why a man of faith would seek scientific knowledge to counter his catholic beliefs. Simply put, God created this beautiful earth and all of the universe around it. Science is merely a means of understanding the intricate recipe God used to perform his work.
Science and religion are two separate entities seeking the same answers and solutions. To affirm the theory of evolution is not to contradict religious belief. In fact, they should complement each other.
In retrospect I am disappointed the Catholic school I attended did not teach me the theory of evolution because I would have at least had the choice on what I believe. Both religion and science promote democracy and the free choice of deducing our own decisions.
The theory of evolution is one of the biggest and greatest debates of modern mankind. Please do not prevent your children from engaging in this great debate.
Shawn Ittinuar-Edwards
Iqaluit
June 9, 2006
Don’t let politics stifle evolution debate
I’ve been following with interest the issue of teaching evolution in high schools in Nunavik as reported and commented on in Nunatsiaq News in recent weeks. I would like to offer the following thoughts.
People often confuse the concepts of fact (or observation) and theory. “Theory” is often used colloquially (and incorrectly) to indicate the possibility of something being true or having happened (e.g., “it is my theory that…”). In science, a theory is a testable framework or proposal to explain a set of facts or observations. This failure to properly distinguish fact and theory leads many people to think that when scientists talk about the “theory of evolution,” they are referring to the possibility of evolution having occurred.
This is not what scientists are talking about. Few scientists today would dispute the “fact” of evolution, which has been solidified through intensive scientific study, research, and thinking since Charles Darwin published The Origin of Species in 1859. In his book, Darwin put forward his theory of natural selection to explain the myriad of facts and observations he had assembled about the natural world. So a (not “the”) theory of evolution is a proposal to explain the processes of evolution, or how evolution has occurred (and is occurring). It is not the idea or fact of evolution which scientists are debating. Natural selection is one theory of evolution, and it has been tested, refined, modified and elaborated through scientific study of the natural world ever since Darwin’s time. Scientists continue to creatively debate “the theory of evolution”.
To find their place in modern society, students need to develop the critical, creative, and rational thinking skills, which the study of science can help to provide. Therefore, I think it would be a grave mistake to deprive them of the opportunity to learn about and debate the theory of evolution in order to serve the interests of certain politically-motivated ideologues who want to extend their sphere of influence through mind-control and brainwashing.
Keith Hay
Regina, Sask.

Enseigner au Nord

J’ai enseigné cinq années dans le nord du Québec (4 dans la Baie James et 1 au Nunavik). Voici quelques notes concernant l’expérience que j’y ai vécue.

Langue

La langue première des élèves auxquels j’ai enseigné est, selon la nation, le cri ou l’inuktitut. Les parents choisissent avec leurs enfants une langue seconde (le français ou l’anglais), que ces derniers apprennent à partir de la quatrième année. Malgré le fait qu’une proportion toujours plus grande de familles opte pour le français, l’anglais demeure nettement plus parlé et compris pour des raisons historiques. Les difficultés liées à la maîtrise de la langue sont donc un aspect majeur de l’enseignement au Nord.

Culture

 

Les peuples des premières nations se sont vus imposer une méthode d’apprentissage très différente de leurs habitudes traditionnelles. Ainsi, les parents Cris et Inuit tendent à être non-interventionnistes, considérant nombre de tentatives d’enseignement comme une intrusion dans l’intimité de leurs enfants. Ils s’attendent, le plus souvent, à ce que ces derniers manifestent seuls le désir d’apprendre et s’efforcent de le satisfaire par leur propre initiative. L’obligation d’aller à l’école ainsi que les règles de vie conséquentes sont donc parfois mal vécues.Pour amoindrir les effets de ces différences de conception, j’ai trouvé particulièrement utile de créer un maximum de ponts entre la classe et la communauté (ouverture de la classe aux parents, intégration d’éléments de la culture en classe, activités avec les élèves du premier cycle dont la langue d’enseignement est la langue maternelle, utilisation de l’écriture syllabique, invitations de personnalités du village, etc.) et de recourir aux principes de la communication non-violente. Par ailleurs, de nombreux élèces ayant un talent certain pour les arts et les travaux manuels, il m’est paru important de le mettre en valeur dans la classe afin de leur permettre de mieux s’approprier ce lieu.


Disparité des connaissances

Une autre réalité à laquelle sont confrontés les enseignants au Nord est la grande disparité des connaissances à l’intérieur des classes, que celles-ci soient dites à niveaux multiples, comme c’est souvent le cas au Nunavik, ou pas. Il m’est apparu plus approprié, plutôt que de miser sur l’individualisme et la compétition, de favoriser l’autonomie, la responsabilisation et l’engagement social au sein de mes classes dans l’optique d’y observer un progrès collectif.


Contexte social


Enfin, j’ajouterais que les nations Crie et Inuit ont vécu de nombreux traumatismes tels que l’évangélisation et la sédentarisation forcées, les écoles résidentielles, les changements rapides de tous ordres, etc. Par conséquent, les problèmes sociaux comme l’alcoolisme, la toxicomanie, le nombre élevé de suicide et la violence sont quelques-unes des réalités auxquelles ont souvent à faire face les enfants et les adolescents autochtones. Les cours de sciences sociales et de morale (avec, si possible, des interventions exterieures – parents ou aînés) m’ont permis d’explorer les causes et les solutions possibles aux malaises qui affectent ces peuples.

J’ai constaté que la confiance se gagne difficilement la première année. Par la suite, en évitant l’ethnocentrisme (les idées reçues sur les autochtones ne manquent pas) et en témoignant de l’intérêt pour l’autre, les choses changent rapidement. J’ai ainsi pu, au fil des ans, tisser des liens de plus en plus étroits avec mes élèves et conséquemment affiner mon mode d’enseignement. Ces années d’expériences ont été pour moi particulièrement enrichissantes tant sur le plan professionnel que personnel. Jamais enseigner n’aura été aussi gratifiant pour moi qu’au Nord.
Vous pouvez situer les communautés où j’ai enseigné sur la carte du Québec ci-dessous:
– Le village Cri de Chisasibi se trouve près de la jonction entre la Baie James et la Baie d’Hudson.

– Le village Inuit de Salluit est situé à l’extrémité Nord, le long du détroit d’Hudson.

Exploitation dans le Golfe du St-Laurent (12/2011)

La rareté du pétrole conventionnel pousse le prix du baril à la hausse. L’exploitation de gisements non conventionnels, nordiques, marins, bitumineux et de schiste devient rentable pour les pétrolières. Dans les zones concernées, les citoyens mobilisés remettent en question la nécessité d’exploiter à tout prix, surtout en raison des impacts environnementaux. Pendant ce temps, les coopératives développent des alternatives en énergies renouvelables.

Charlie Hebdo incendié (11/2011)

Le siège de l’hebdomadaire Charlie Hebdo, à Paris, a été incendié mercredi dernier au cocktail molotov. Son site internet était également piraté mercredi matin.

Le journal satirique avait publié une édition intitulée Charia Hebdo, en réaction aux évènements survenus en Tunisie (victoire du parti islamiste) et en Libye, où la charia pourrait être imposée.

Punaise les amateurs de contes de fées! Cognez-vous la tronche sur un mur, aspergez-vous d’eau bourrée de germe, portez des bigoudis, bouffez ou ne bouffez pas ce qu’il vous chante, mais sacrament, ne venez pas nous empêcher de rigoler!

À mon avis, encore plus marrante, la réponse de Luz…

Ceci étant dit, le petit côté «ma religion c’est la plusse meilleure, m’as te casser la yeule» a déjà été mis en scène par Siné…

Indignés (10/2011)

Le 15 octobre 2011, des milliers de citoyens dits «indignés» s’installent pour occuper des places dans les quartiers financiers d’un millier de villes partout sur la planète, dans la foulée de Occupy Wall Street («We are the 99%»).

Le dessin? À l’origine, les drapeaux étaient blancs pour je ne sais plus trop quelle histoire dans laquelle baignait Falcimaigne, le rédacteur du Journal Ensemble. Mais le plus beau drapeau qui soit; c’est le noir. Les blancs, on se mouche ou on se torche avec. Toujours est-il que ce dessin n’était pas du goût d’un type du Conseil d’administration qui, indisposé par la nudité des personnages, a même fini par mettre les bouts. Mon idée c’était de représenter les indignés dans leur plus simple expression : all in all, that’s all we are, comme le chantait Kurt Cobain. À cette occasion, le dessin a été défendu, mais par la suite, les choses se sont détériorées. On exigeait que des dessins préalablement approuvés sous forme de croquis soit modifiés. La crainte de vexer planait toujours. Bref, ce n’était plus du dessin éditorial.

Là où la multinationale n’était pas rentable… (09/2011)

Jugée non rentable par ses actionnaires, l’usine de fabrication de composantes de placages de bois lamellés (LVL) située à Ville-Marie a été fermée par la  multinationale Temlam en 2008. Deux ans plus tard, les travailleurs forment une coopérative de travailleurs actionnaire, qui s’unit à des investisseurs du milieu pour fonder LVL Global, l’entreprise qui rachète l’usine à Temlam et qui la redémarre. Aujourd’hui, l’entreprise répond aux besoins de ses membres travailleurs tout en atteignant des objectifs de rentabilité.

Agression du caricaturiste syrien Ali Farzat (09/2011)

Les sbires d’Assad écrasent les mains d’un caricaturiste syrien

Hala Kodmani
Journaliste
Publié le 25/08/2011 à 15h22 – Rue 89


Depuis le début de la révolution syrienne, ses caricatures arrachent des sourires ironiques aux protestataires qui les échangent et les commentent sur leurs pages Facebook. Enlevé à l’aube ce jeudi 25 août sur une place centrale de Damas, Ali Farzat, dessinateur mondialement connu, a été retrouvé tabassé au bord de la route.

La veille encore, l’une de ses proches amies disait avec soulagement : « Ils n’ont pas cherché à atteindre Ali » soulignant l’arbitraire des services de sécurité syriens qui ont arrêté et menacé nombre d’intellectuels et artistes opposants dans le pays.

Son cartable et ses dessins volés

Ali Farzat a été attaqué dans sa voiture par des hommes cagoulés dans l’une des zones les plus surveillées de Damas, à quelques dizaines de mètres du bâtiment de la radio-télévision syrienne et de l’état-major des forces de sécurité. Dans un communiqué, la Coordination des comités locaux, des opposants au régime, explique :

« Les assaillants lui ont volé le contenu de son cartable, notamment ses dessins et d’autres affaires personnelles. Ils l’ont durement frappé, notamment sur ses mains. Des passants, qui l’ont trouvé sur la route de l’aéroport, l’ont conduit à l’hôpital. »

Critique des dictatures arabes

Originaire de Hama, ce caricaturiste engagé de 60 ans n’avait pas attendu la révolution syrienne pour dénoncer de sa plume les dictatures arabes comme la répression israélienne contre les Palestiniens.

L’un de ses dessins avait provoqué un scandale et une tempête diplomatique à l’Institut du monde arabe à Paris, à l’occasion d’une exposition en 1989. Saddam Hussein l’avait alors menacé de mort pour son portrait du dictateur présentant ses décorations à sa population affamée et ses dessins avaient été interdits, notamment en Libye et en Jordanie.