Ceux qui hurlent avec les loups

Le texte et les dessins qui suivent ont été censurés par le Journal Le Québécois. Falardeau ne passerait plus le test dans ce journal flanqué de son actuel éditeur. Le troisième Gratton avec  les nouveaux critères de bien pensance? Trop scato. Le deuxième? Porno. Les écrits de l’intéressé (prenez le texte sur la mort de Ryan)? Pas sûr! Au bas du texte, deux réactions qui confirment qu’on a tapé dans la cible Dujardin et moi.

Aprilus plante le décor

 On pourrait me qualifier de radical de gauche. Je n’en rougirais pas. Mon complice, Philippe Dujardin non plus. Et pourtant, nous tapons sur QS. Sans complexe, nous embrassons à l’occasion des propos émanants de personnalités étiquetées à droite. «Oh my God» diront les twits… Les bandes, les meutes, les troupeaux, bien peu pour nous. Mais pourquoi donc varger sur ceux qui médiatiquement sont présentés comme LA gauche? Eh ben, tout simplement parce qu’ils incarnent un malsain glissement sociétal du «nous» vers le «je». Ils torpillent certains de nos acquis, nous font chier avec leur manie à tout vouloir passer à l’autoclave, ont rendu possible l’interminable règne Libéral et sabordent notre émancipation nationale. Bousculés par le Manifeste de l’Aut’ Gauche, ces obnubilés des banquettes de l’Assemblée Nationale auront beau nous câller des pétitions, ils sont et resteront nuisibles. Leur refus de la convergence indépendantiste confirme le pronostic de Pierre Falardeau : Gabriel Weasel, Manon Silver Fox et leurs ti-namis ne sont qu’un des rouages d’un dispositif idéologique, pédagogique et médiatique qui a pour objectif de diluer notre mémoire collective afin de nous rendre inoffensifs au plus crisse. Une job de bras menée avec une grossièreté effarante. Pensons à Radio-Cadenas nous expliquant à quel point nous sombrons dans le racisme systémique via l’expertise de Xavier Camus, un insignifiant blogueur, diffamateur et fabulateur; pensons au Musée Canadien de l’histoire exhibant – dans son expo permanente – la face encadrée de l’hystérique Dalila Awada afin de célébrer, l’éclatante modernité multiculturaliste du plusse meilleur pays au monde; pensons itou au cours d’ECR qui encense l’accommodement religieux, caricature ceux qui s’y opposent, zappe les zones d’ombre monothéistes et néglige les libres penseurs… Et on pourrait continuer longtemps comme ça.

Alors que point le carnaval électoral, ses exaspérantes tactiques de marketing politicien, ses saletés de sondages d’intentions et ses diagnostics de journaleux vendus, faudra respirer par le nez (peut-être même se le pincer). Faudra parler aux gens de Québec, sans le mépris qui caractérise les moralisateurs de la gauche régressive et garder en tête le rôle de leurs alter-egos yankees dans l’avènement de Trump. Peut-être aussi qu’on devrait capter – et c’est un avis qui n’engage que moi – que pour l’heure, le moins pire des scénarios pour les indépendantistes (et les progressistes), c’est le PQ dans son actuelle mouture. D’ici les élections, puissent disparaître les quelques diptères achalants de chez QS et puissent en essaimer les vrais progressistes y traînant encore. Vivement que l’on s’attèle à croquer les bouffons de la droite, là où elle revêt ses atours les plus sinistres.

Là-dessus, je vous propose un texte issu de la rencontre entre deux teigneux, à savoir, Dujardin et moi. Grosso modo, c’est la suite de notre dernier coup de sang, un article qui s’intitulait Celui qui nourrit les loups…

 

Ceux qui hurlent avec les Loups

– Un texte de Philippe Dujardin & Aprilus

Au sein de QS se trouve une frange pataugeant dans le multiculturalisme, ce qui n’est pas pour déplaire à certains sbires du fédéral et du grand capital. Marinant dans un mondialisme niais et antinational, elle a relégué les luttes sociales au néant pour maladivement défendre les LGBTTTQQIAA+ de telle sorte qu’elle réussit… à leur nuire. Même sort pour les luttes féministes, détournées au profit d’ultra-identitaires religieux et d’un «matrimoine» misandre. Cette autre Meute se laisse porter par une surexposition médiatique reflétant d’avantage des intérêts sournois que son réel poids politique. Un phénomène qu’elle semble incapable de déceler quand bien même lorsque son poster boy, Nadeau Dubois, se trouve encensé par un ancien président d’Alliance Québec dans The Gazette. Son truc, peut importe les effluves viciées, c’est la presse putaclic qui chie du buzz.

Ces jusqu’au-boutistes parasitant QS ont développé une relation symbiotique avec les libéraux quand vient le temps de fesser sur le PQ. Cette association durable et réciproquement profitable entre deux acteurs de la scène politique québécoise ne relève pas du complot ; ces gens ne communiquent pas entre eux, ils agissent sans concertation contre un ennemi commun, et pour cela ils sont prêts à se vautrer dans une démagogie de caniveau, jouant avec les peurs des Québécois et principalement celles des communautés ethnoculturelles.

Certains de ces confettis «solidaires» ne reculent devant rien pour imposer leur idéologie libertaire, au nom du «progrès et de l’inclusivité». Devant le moindre désaccord, la censure devient la règle : intimidation, expulsion des indésirables, appel aux employeurs, cabale sur les réseaux sociaux, listage avec photos et adresses. Tout pour que leur Meute de clowns masqués fasse le sale boulot. Ils vous diront qu’ils n’ont rien commandé, que ce sont des actes isolés et qu’ils n’en sont pas responsables. Jamais ces irresponsables ne sont responsables de quoi que ce soit. Ni de leurs discours haineux, ni de leurs appels au lynchage. Haranguant leurs militants, soutenant des actions radicales, parfois violentes au nom du «progressisme», ces guignols ânonnent que contre les «racistes», toutes les mesures, mêmes les plus extrêmes, sont excusables. On ne peut être qu’avec eux ou contre eux. L’Axe du Bien versus l’Axe du Mal, comme disait l’autre cowboy. Un bon raciste est un raciste mort! En dehors de leur foi, point de salut! Camarade tiens-le toi pour dit, sinon tu subiras l’anathème de ces petits fachos solidarisés.

 

Les nouveaux curés

Ce serait peu de chose si au sein de QS, ces roitelets du goupillon excommuniant quiconque ne macère pas dans le même dogme n’étaient pas si influents. Mais voilà, ces nouveaux curés de l’ordre moral s’imposent et dictent les normes de ce qui est acceptable ou non en société, se prétendant les gardiens de la pensée progressiste, féministe et de gauche selon, bien sûr, leurs critères intersectionnels et racialistes. Ils nous parlent de déconstruction, de rééducation, d’espaces protégés, de racisme systémique, de terres non cédées. Chaque fois qu’ils hurlent, Philippe Couillard tend l’oreille, flairant la récupération politique. Toujours avide de jouer sur les divisions entre indépendantistes, le père Couillon jubile et instrumentalise à gogo les premiers contre les seconds.

Cette clique de nuisibles logée chez QS relève principalement d’une petite bourgeoisie locale montréalaise, transgentrifiée, généralement blanche, et surtout privilégiée ! Ces p’tits bourgeons peuvent bien venir nous causer de culpabilité blanche et de tous ces privilèges dont bénéficieraient tous ces porteurs d’eau leucodermes canadiens-français se fendant en quatre pour boucler leur budget…

Il serait temps de vermifuger QS pour espérer une meilleure hygiène politique. Le parti doit se purger de ces nématodes engorgeant également les côlons libéraux. Le Québec doit s’assainir de ces cestodes avides de cette matière brune et fétide avec laquelle ils salissent un peuple, l’accusant d’intolérance et de fermeture à l’autre.

 

Les pompiers pyromanes

À force de crier au loup en hurlant au racisme à tous vents, ces militants aux méthodes nous rappelant les heures sombres de notre histoire, créent des inquiétudes légitimes au sein des communautés issues de l’immigration. Ils jouent avec leurs émotions les plus viscérales, aggravent les ressentiments inter-communautaires et encouragent le repli sur soi. Ils carburent à la haine de l’autre.

Quand ils prétendent que le PQ veut «arracher le voile de la tête des femmes musulmanes» – cette seconde peau identitaire ne souffrant d’aucune limitation dans notre société – ils provoquent une réaction quasi hystérique des médias, de la classe politique et des pseudo-leaders communautaires, étouffant ceux de nos frères et sœur s’étant ralliés à nos luttes.

Mais au fait, vouloir écorcher vives une poignée de pauvres femmes voilées, serait-il une triple offense Péquiste? Devrait-on y lire, en plus d’une propension «raciste et sexiste», une nauséabonde appropriation culturelle? Scalper les dames est-il vraiment une composante des mœurs québécoises? Calisse, ça doit être roffe sur les neurones d’être dans leur club!

Tant les Libéraux que les Solidaires attisent cette haine des communautés envers le Parti Québécois. Ils instrumentalisent sans scrupules, les mêmes préjugés, la même ignorance, les mêmes peurs. Quand Emmanuella Lambropoulos, en 2014, refusait de «laisser ces racistes gagner une majorité», nous étions en présence d’une énormité dont QS aurait aisément pu se réclamer.

Ces pyromanes entretiennent aussi une montée des ressentiments à l’endroit des Québécois nationalistes en les étiquetant mononcs intolérants, fermés sur eux-mêmes, d’habitants sans culture, de bouseux se nourrissant de leur crainte des autres. Ils dépeignent une hérouxvillisation du Québec. Ce faisant, ils oublient un détail : Il est dangereux de refouler et d’insulter le nationalisme d’un peuple.

Racisme, mangez-en tous!

L’un des effets pervers de ces discours soi-disant antiracistes vient de la banalisation du racisme lui-même. Si tout est raciste, plus rien ne l’est et le jour où un vrai parti raciste pointera à l’Assemblée nationale, le «PLQS» risque de manquer de noms et d’adjectifs pour le dénoncer proprement. Comme disait Albert Camus, à mal nommer les choses on aggrave les malheurs du monde. C’est exactement ce que font nos champions du méli-mélo en amalgamant racistes, nationalistes, identitaires et laïcistes. Une laïcité qu’ils vont qualifier de fermée ou stricte, la leur étant naturellement aussi ouverte qu’une vielle pute survoltée. Françoise David prétendait que la question des rapports entre la majorité et les minorités devait se régler en dehors d’une campagne électorale. Et pourtant, dès que pointe les élections, systématiquement, QS ressort le même arsenal de flèches qu’il décoche frénétiquement aux «identitaires et aux laïcistes», principalement pour taxer le Parti Québécois d’intolérance. N’était-ce pourtant pas Amir Khadir qui nous sermonnait que les campagnes électorales sur le thème de l’identité et les questions religieuses étaient l’apanage des partis de droite, voire d’extrême droite?

Ils peuvent compter sur leur midinette de service, Dalila Awada, parée de ses plus beaux atours certifiés religieux et assortis à sa beurrée de maquillage super réformiste, pour venir nous expliquer que l’ennemi des «communautés racisées» au Québec s’incarne à la fois dans le néolibéralisme et dans le racisme et que «le Parti Québécois porte en lui ces deux bêtes».

QS est bien sûr nanti de plusieurs intellectuels et professeurs d’universités, dont l’un d’entre eux viendra, lors de la consultation sur le projet de loi 60 en 2014, asséner leur phantasme de racisme inhérent au PQ en prétendant, que la charte des valeurs «ressemble au programme du FN». Ce même Michel Seymour avait tenté une comparaison plus que douteuse entre Adil Charkaoui et Pierre Bourgault… On ne rigole plus !

QS cumule les marioles. Leur candidat à l’investiture de QS dans la circonscription de Crémazie, Haroun Bouazzi, lors de la consultation sur le projet de loi 62 avait, lors d’une tirade dont seul lui a le secret, mêlé les strings et minijupes avec le burkini, nous expliquant ensuite, le plus sérieusement du monde, que l’épilation intégrale relevait d’un désir envers les individus pré-pubères, bref un désir pédophile. Ils osent tout, c’est à cela qu’on les reconnaît. Encore? Après avoir phagocyté Option Nationale, ils nous servent maintenant Vincent Marissal dans un plateau d’argent. Elles doivent être contentes les pellicules onistes qui constellent les épaules de Massé, cette truckeuse qui a voté non à la convergence. Décidément, Sol Zanetti peut bien nous roter gauchement des citations de Pierre Falardeau sur Facebook, on voit bien qu’il en zappe l’essentiel.

 

Vox populi et toilettes transgenres

Québec Solidaire a écrit à ses membres que l’élection de Trump en dit long sur le désespoir qui hante une grande partie du peuple américain, que cette élection doit servir d’exemple et que la classe politique a la responsabilité de répondre aux besoins RÉELS des gens. Et puis hop, pirouette, cacahuète, ils nous gratifient d’un programme électoraliste bourré de vœux pieux «progressistes», annonçant à qui veut l’entendre qu’ils prendront le pouvoir en 2018 et aggravant du même coup le cynisme envers la classe politique. Mais à quels québécois s’adressent-ils? À ceux des minorités qui, solidement matraqués par la bête bicéphale «PLQS» et la propagande fédéraliste, semblent se foutre de la corruption, revotant massivement pour les libéraux. Ceux de la majorité, certes préoccupés par les écoles en ruine et la santé, ont aussi une inquiétude pour leur langue, leur culture et leur identité. Mais là, QS est totalement absent. N’ont-ils pas compris que Trump a aussi gagné en jouant sur le créneau identitaire, cette corde sensible de tout peuple ?

À la façon d’Hillary Clinton rabaissant les électeurs de Trump à un ramassis de minables – A basket of deplorables – il se trouve des «solidaires» versant dans le même vocable pour décrire les électeurs péquistes et caquistes. Sans même capter qu’il s’agit là majoritairement de la classe ouvrière et paysanne du Québec. Comme le déclarait René Lévesque, il est bon de se méfier de ces gens qui affirment aimer le peuple et détestent ce que le peuple aime.

Ces guidounes édulcorées valsent sur le spectacle de la marchandise capitaliste, où l’humain est une ressource comme les autres. Michel Chartrand dénonçait ce capitalisme qui par essence est apatride, a-national, amoral, à la différence du nationalisme qui fait partie de l’instinct fondamental de conservation, le préalable de l’ouverture sur le monde. Il avait bien prévenu qu’on ne pouvait pas le refouler : «ça donne de la folie furieuse qui se jette n’importe où, dans la soif de puissance ou de domination. Nier le nationalisme d’un peuple, c’est créer un climat propice à la violence, c’est courir au désastre». C’est exactement ce dont nous sommes témoins aujourd’hui. La gauche régressive a failli à défendre le nationalisme et se gave de ce qu’elle a participé à créer.

Réactions de cons :

Paul Cliche <catoche8@videotron.ca> Hier, 20:41 Paul Cliche (catoche8@videotron.ca) Pour votre information, Voici le texte d’un message que je viens d’envoyer à l’ensemble de la députation péquiste suite àl,apublication sur Facebookd’undossier de nature scatologique au sujet de Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois. Je ne peux malheureusement pas vous envoyer le fichier contenant ce texte car la plupart des boites postales ne disposent pas d’assez d’espace pour l’accueillir. Paul Cliche Aux député.e.s du Parti québécois, Vous trouverez dans le fichier annexé le texte immonde que le journal Le Québécois vient de publier contre les porte parole de Québec solidaire, les députés Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois. Il a été diffusé sur Facebook aujourd’hui. J’espère que le PQ dénoncera ce texte qui a été écrit par des gens qui se targuent d’être de fervents souverainistes et qu’on pourrait associer à votre parti. Merci de votre attention, Paul Cliche

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L’art communautaire engagé : une arme de création massive

Aprilus met la table

 

Au Bas-St-Laurent, dans les Basques, on s’apprête à perdre un sacré numéro! Dominique Malacort, c’est son nom. Avis aux rats des villes de Monrial : attachez vot’ tuque avec d’la broche, car c’est de vot’ bord qu’elle s’en va atterrir bientôt! La Malacort, elle nous a fait découvrir un tas de trucs délirants. Le théâtre communautaire, son dada, c’est un univers auquel personnellement je ne connaissais rien. J’y suis plongé tête première, y injectant parfois une dose d’Aprilus. Une couille par ci, une crotte par là diront certains. C’est p’têt pas faux, mais quand même, ce serait réducteur. Moi je dirais plutôt que nos désirs de brasser la cage et notre fascination commune pour les récits de gens «ordinaires» se sont nourris mutuellement. Un de ces quatre, celle qui se présentait comme la greffée extra-terrestre de St-Simon-sur-Mer, vous racontera, sur cette modeste tribune, ce en quoi consiste l’art communautaire (elle en a déjà pondu une thèse). Pour le moment, vous devrez vous contenter de découvrir l’insolite parcours de ma pote, ce monument d’originalité sur pattes, cet encéphale hyperactif qui m’aura marqué à jamais. Elle vous servira du «je», à la mode de l’époque, mais ce ne sera pas anodin. Et puis faut comprendre, au départ, le texte, il était pour le Rumeur du Loup, un canard sympa du coin qui ne donne pas dans le registre incisif. Voilà qui démontre que notre énergumène a les griffes rétractiles – car croyez-moi, quand elle les dégaine, façon cran d’arrêt, elle fesse fort, c’est jamais banal et souvent, c’est vraiment drôle.

 

Dominique Malacort raconte…

 

Depuis plus de trente ans, j’emprunte un parcours professionnel qui me réjouit et me maintient en alerte. À mi chemin entre le métier et le militantisme, le théâtre communautaire me permet d’évoluer dans un lieu où la création se réalise avec, par et pour la communauté, où la démocratie culturelle se construit à petits pas, où le partage des pouvoirs et des savoirs devient réalité, où l’esprit de collaboration remplace celui de la compétition, où nos imaginations sont activées et nos insubordinations attisées et où la créativité mène à l’expression d’une vision du monde inspirante et critique.

Ensemble, nous inventons, construisons et revendiquons une réalité plus égalitaire, plus libre et plus audacieuse que celle dans laquelle nous vivons. L’œuvre finale devient le reflet de nos désirs communs. Les changements sociétaux ne doivent-ils pas, pour advenir, être d’abord imaginés, exprimés et partagés publiquement par les citoyen.nes ?

Pour moi, la pratique du théâtre communautaire est le plus formidable des passeports. Il me donne un accès direct aux réalités, aux aspirations et aux indignations des collectivités. . Quand je participe à la construction d’une œuvre communautaire, la force du collectif me stimule, on dirait que tout mon être est en éveil. Je jubile et je m’anime. De plus, grâce au théâtre communautaire, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes que je n’aurais sans doute jamais connues autrement. J’ai co-créé une trentaine d’œuvres collectives avec des réfugié.es politiques, des rapatrié.es, des militant.es, des femmes incarcérées, des sans-emplois, des personnes vivant en situation de pauvreté, des personnes aphasiques, des personnes âgées, sans oublier, des citoyen.nes non «catégorisé.es» mais rattaché.es à une communauté territoriale: gens du monde rural et voisin.es de quartier.

Après 24 ans en Belgique, mon pays natal, 29 ans à Montréal, ma ville d’adoption, et après de nombreux voyages, je me suis établie en 2004, à Saint-Simon. J’ai alors eu l’impression d’être encore plus étrangère qu’en pleine brousse africaine là où, par tradition, l’hospitalité est érigée comme valeur sacrée. Dans le Bas-Saint-Laurent, je découvre qu’il suffit de venir du village d’à coté pour être identifiée comme une «étrange étrangère». J’accepte la situation sachant que dans mes valises je possède un petit trésor, un moyen pour établir des liens avec la communauté : la pratique artistique. Les collaborations avec les organismes du milieu se sont, en effet, progressivement établies et les projets se sont enchainés. L’organisme UTIL que j’avais initié à Montréal (Unité théâtral d’interventions locales) a déménagé son siège social à Saint-Simon et s’y enracine depuis avec force et enthousiasme. J’ai rencontré des artistes avec lesquelles j’ai établi des collaborations ponctuelles comme celle avec Benoit Gautier, Brigitte Lacasse, Chantal Drouin, Alexandre April et des collaborations pérennes, comme celles avec Stéphanie Beaudoin et Richard Lemay, grand complice devenu le coordonnateur d’UTIL.

UTIL devenait «utile et agréable» autant que rassembleur. Au total, de 2005 à 2018, des projets de théâtre communautaire, multidisciplinaires et intergénérationnels, se sont construits à Saint-Simon, Saint-Mathieu, Trois-Pistoles, Rimouski, Saint-Jean-de-Dieu, Degelis, Neigette et Esprit-Saint. L’ensemble s’est réalisé avec la participation de quelque trois cent citoyen.nes du Bas-Saint-Laurent.

En tant qu’artiste-accompagnatrice, mon approche s’est progressivement affirmée. Elle est influencée par les collaborations avec les autres artistes et est bien-sûr modulée par les habitudes culturelles des divers groupes avec qui je travaille. Après plusieurs années et moult expériences artistiques, j‘ai ressenti le besoin de faire le point et j’ai entrepris une recherche doctorale à l’Université Laval, là où j’avais été, durant plusieurs années, chargée de cours. A débuté alors un profond questionnement portant sur le sens et les modalités de ma pratique. Pour plonger dans ce travail, je disposais d’un endroit rêvé: un grand bureau baigné de lumière, dans ma maison, l »ancien presbytère de Saint-Simon. J’ai délibérément pris tout mon temps pour examiner et analyser ma pratique. L’entreprise fut captivante. J’en étais moi-même étonnée, moi qui n’ai pourtant jamais été très scolaire mais au contraire, plutôt rebelle à l’école. Il faut dire, qu’à partir de la maitrise, on ne nous demande pas d’assimiler mais de chercher de manière très autonome. Ça me convenait ! Tout en poursuivant la recherche universitaire, tout en continuant les projets de théâtre dans la région, je suis allée en Europe et en Afrique pour rencontrer des collègues exemplaires qui par effet de miroir m’ont ramené à ma propre pratique. À la fin de cette recherche biographique croisée je reconnaissais les particularités de ma propre pratique mais je constatais combien le théâtre communautaire pouvait s’affirmer, ici comme ailleurs, comme un extraordinaire vecteur d’émancipation collective. Un voyage en Argentine, en 2017, confirma cette certitude. Certes, la culture coule dans les veines des Argentin.es. mais le théâtre communautaire répond, par ailleurs, à un immense besoin de prise de parole et de résistance. Des troupes de théâtre communautaire, autogérées, festives et rassembleuses, il y en a dans presque tous les quartiers. Je suis rentrée chez moi, ragaillardie et un peu jalouse, déterminée à participer activement à la reconnaissance de l’art communautaire au Québec.

Il nous faut reconnaitre, avec lucidité et courage, un écueil majeur dans la pratique de l’art communautaire au Québec. Si l’engouement pour les arts communautaires est bien réel depuis les années 1990, la précarité et la fragilité, dans la pratique quotidienne des artistes communautaires, le sont tout autant.

Pour que son impact soit réel, l’art communautaire exige de la pérennité mais dans les faits, les artistes et les compagnies sont obligées de fonctionner à coup de projets donc sans budget de fonctionnement ni aucune structure stable. En réalité, nous n’avons pas les moyens de nos intentions et à chaque nouveau projet, nous recommençons presque à zéro. Au CALQ (Conseil des arts et des lettres du Québec), aucun programme n’est dédié à notre pratique spécifique, contrairement au Conseil des Arts de l’Ontario qui offre des subventions de projet et de fonctionnement aux organismes artistiques œuvrant en milieu communautaire. Auprès des autres instances culturelles québécoises, nous devons nous travestir, user de mille stratagèmes pour entrer dans les cases, toujours inappropriées, comme celles de la médiation culturelle. Le Québec accuse un retard alarmant. Les artistes communautaires s’affairent à la réalisation et à la survie de leur projet. Plusieurs sont au bord de l’essoufflement, et beaucoup demeurent isolé·e·s les un·e·s des autres.

En 2018, j’ai décidé de prendre un nouveau tournant. Dorénavant, je veux participer à la reconnaissance des arts communautaires. Certes, cette entreprise va me demander autant de passion et d’acharnement que je n’en ai mis pour réaliser des projets locaux Pour commencer, il me faut trouver des complices et des partenaires. J’en ai parlé autour de moi, auprès des regroupements d’artistes, des organisations culturelles, des réseaux existants, des structures universitaires et des chaires de recherche. Le projet, à caractère ouvertement revendicateur et politique, a trouvé nettement plus d’écho à Montréal que dans la Bas-Saint-Laurent. La nomade que je suis, va donc refaire ses valises. Je retourne à Montréal, plaque tournante des pratiques artistiques communautaires engagées.

Bien sur, UTIL maintiendra ses actions dans le Bas-Saint-Laurent en prenant des orientations nouvelles: ancrage dans les municipalités du Haut-Pays, action rassembleuse ruralité-urbanité. Mais plus globalement encore, je souhaite que pour les prochaines années, la pratique de l’art communautaire prenne sa juste place, que sa puissance transformatrice éclate et se répande au sein de nos collectivités, partout au Québec, tant en milieu rural que citadin, que les citoyens puissent se réapproprier la pratique artistique, que leurs rêves soient révélés, les injustices dénoncées, les solutions proposées et le plaisir largement propagé.

Unité théâtrale d’interventions locales : https://unitetheatralebsl.wordpress.com/

Celui qui nourrit les loups

Aprilus met la table

Une job à quatre mains avec Philippe Dujardin. Voici donc un hommage corrosif dédié à Philippe Couillard que les stratèges du PLQ tentent nous faire passer pour un papi affable, un brave nounours bienveillant et rassembleur. Nous souhaitons également un électrochoc à cet électorat que le principal intéressé considère comme à jamais acquis. La prochaine salve de notre duo s’intéressera au marchepied de cette véritable tumeur sociale, à savoir QS.

 

Celui qui nourrit les loups

– Un texte de Philippe Dujardin –

Depuis 4 ans, avec son apathie habituelle, notre premier sinistre Couillard a charcuté le tissus social québécois. Ce marabout du mercantilisme au brutal esprit comptable a coupé en éducation, en santé, mais aussi dans les services communautaires, les programmes sociaux, afin d’imposer son austérité.

Ce charognard miteux a imposé de nouvelles taxes, en a augmenté d’autres, laissé Hydro monter les tarifs d’électricité, coupé des aides de l’état, avec pour résultat d’aggraver la situation des citoyens les plus précarisés.

Ce dépravé de l’extrême-droite économique a pavé la voie aux privatisations, affaiblissant le système public. Il a aussi favorisé la compagnie Uber au détriment des chauffeurs de taxis qui sont, dans la grande région de Montréal, originaires à plus de 90% des communautés culturelles.

Les sous-catégories de la population les plus affectées par ces mesures ont été les personnes âgées et celles en perte d’autonomie, mais surtout celles des quartiers défavorisés de Montréal, lesquelles sont composées principalement de gens issus de l’immigration.

Cela ne l’a pas empêché d’augmenter les quotas d’immigrants économiques, sans pour autant améliorer la reconnaissance des diplômes et qualifications, sans pour autant leur assurer une meilleure intégration au marché de l’emploi. Chaque nouvelle vague va s’entasser dans les mêmes quartiers défavorisés, concentrés à Montréal, et devra se trouver une job dans les pires conditions, accepter l’inacceptable, et cela fragilisera encore plus les travailleurs des vagues précédentes arrivant péniblement à se faire une place au sein de notre société. Ces derniers devront alors entrer en concurrence avec les nouveaux arrivants.

Ce sadique, sous ses airs de nounours, ne laisse d’autre choix à ces nouveaux arrivants que de se retourner vers leur communauté pour chercher de l’aide, du soutien, de l’espoir, un emploi, etc. Et c’est là que les attendent les chefs de bande et autres dealers de malheurs. Ces exploiteurs, vendeurs de sommeils, refilant des job au rabais, n’auront aucun scrupule à profiter de leurs semblables en détresse, de les presser jusqu’à la dernière goutte. C’est dans ce terroir que se cachent les prédicateurs et les enrôleurs de l’extrême-droite religieuse, toujours à l’affût d’un miséreux pour lui porter secours, en échange de quelques bigoteries identitaires. C’est la naissance des ghettos communautaires qui participeront à alimenter les préjugés, les peurs et ressentiments des Québécois.

Couillard, et ses amis du patronat et des chambres de commerce, s’en foutent. Ils aiment ces immigrants dociles et facilement exploitables, ne connaissant ni les lois, ni les règles, ni les prix, ni la culture du pays et ne se syndicalisant pas ou peu. C’est tellement plus simple pour faire fructifier le dollars sur le dos des malheureux courbant le dos en silence, résignés, soumis aux discours de peur : « Attention aux Québécois, ils sont racistes, ils ne veulent pas vous embaucher, c’est pour cela que vous avez de la misère et que la vie est dure, c’est systémique, ils ne vous aiment pas, ne vous acceptent pas, méfiez-vous. »

Cette ordure a polarisé le Québec en deux factions sur des sujets émotifs en accusant le Parti Québécois d’être responsable de l’augmentation de l’intolérance et la CAQ de souffler sur les braises de l’intolérance.

Depuis 4 ans avec des sorties incendiaires, dangereuses, irresponsables, il aggrave les clivages, creuse le fossé entre les communautés du Québec, consolide le repli des uns envers les autres. Qu’importe, du moment que les Québécois ne s’unissent jamais contre son parti, ni contre la fédération canadienne. Ce boucher divise, dissèque, démembre la société québécoise, à la manière d’un pervers.

Calculateur, il a refusé de légiférer sur le consensus autour des recommandations de Bouchard Taylor, malgré les concessions du PQ et de la CAQ, et l’appui de QS. Au contraire, prétendant que la neutralité de l’état n’était pas un enjeu au Québec, il a laissé se dégrader une situation, qui deviendra encore plus émotive et explosive. Or, comme l’avançait Gérard Bouchard, un chef d’état prévoyant légifère avant d’avoir un problème sur les bras. Nenni, notre Couillon n’a pas plus utilisé les instruments de l’état québécois pour lutter contre la discrimination. Il nous a plutôt pondu un plan foireux intitulé projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État, lequel n’a fait que rendre la situation encore plus confuse et inextricable, tout en remisant dans le néant les principes de laïcité.

Tout ce que cet autoproclamé bon père de famille (famille se référant ici au peuple québécois) a su faire, c’est politiser et instrumentaliser la tuerie de Québec, faisant fi de son devoir de réserve en la déclarant acte terroriste avant toute enquête. L’ignominie a atteint son paroxysme lorsque papa ours a tenu le parti québécois pour responsable en évoquant des événements malheureux (comprendre a charte des valeurs) ayant mené à une augmentation de la haine. «Des chiffons identitaires» qu’aurait agité le PQ». Lorsqu’un rabbin a comparé la charte des valeurs à la Shoah, affirmant préférer la mort que d’enlever sa kippa, Couillard et Jean-Marc Fournier s’étaient levés et avaient applaudi frénétiquement.

Ce dépravé va jusqu’à « choisir son camp » quand il apprend que des groupes violents antifas s’en prennent à des citoyens dans les manifestations, au nom de la lutte au racisme dira-t-il.

Tout cela a participé à créer en réaction, un bloc identitaire réactionnaire à ses discours et politiques. Des Québécois se sentant abandonnés par leur propre gouvernement, traités comme une minorité de parasites, d’étrangers devant baisser le front dans leur propre pays, se sont réunis en meutes.

Qui se nourrit de cette putréfaction sociale ?

 Ce coprophage aux discours odieux, jouant sur les peurs et les ressentiments, ne fait qu’aggraver la haine et l’apparition de meutes religieuses, de meutes réactionnaires, se réfugiant auprès de ceux qui leur ressemblent.

Du ventre fécond de la bête surgissent aussi des vers solitaires, qui dans une symbiose mortifère, participent à saper la paix sociale.

Cette pourriture de neurochirurgien, cruel, cynique, calculateur, implacable, jouant avec le système nerveux de notre société, n’arrêtera que lorsqu’il aura mis le Québec à sa botte. Alors tel un Néron, il préféra le voir pris dans les flammes, pendant qu’il continuera de jouer de sa lyre en entonnant encore son chant austère à la gloire du Canada et du spectacle de la marchandise.

 

 

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La pelure de banane

À l’adresse des sept nabots démissionnaires : même si Martine Ouellet s’avérait aussi insupportable que ce que vous nous tartinez, larmoyants, à largeurs d’écrans, vous aviez le devoir de prendre votre trou. Huit mois au moins, le temps que passent les élections, ça n’aurait pas été grand chose. À ce que je sache, vous n’étiez pas en train de croupir dans un mouroir à ciel ouvert comme les Syriens. Alors que le Parti Québécois retrousse les manches (Québec Solitaire s’en tenant à câller des pétitions) et que pointent des élections capitales pour le mouvement indépendantiste, alors que des tas de travailleurs ordinaires subissent eux-mêmes des conditions difficilement supportables, la décence s’impose.

On est bien loin de l’abnégation de Parizeau. Ça suffit les conneries!

Pour se faire une tête sur les magouilles de l’ombre derrière cette affaire (notamment le cas de Duceppe), sur les fausses contradictions quant aux missions du Bloc ainsi que sur l’avenir de ce dernier, je recommande les récents textes de Patrick Bourgeois – Une cabale odieuse – et de Benoit Arcand – Est-ce la fin du Bloc Québécois?

Legault Bismol

Aprilus met la table

 

Cette fin de semaine, à la lumière d’un sondage Léger-Le Devoir, Michel David relevait que la population tend actuellement à attribuer à Legault et à la CAQ des vertus qu’ils n’ont pas. C’est le moins que l’on puisse dire! En pareille situation, on peut s’attendre à ce que les multiculturâleux de QS, avec leur compassion de missionnaires à la con, leur manie d’asepsie individualiste et leur foutu fantasme d’un Québec orange citrouille, étalent à nouveau leur incapacité à prendre le recul qui s’impose. Pour ouvrir le dialogue avec cette plèbe qu’ils affublent régulièrement des pires ignominies, ils sont vraiment, mais vraiment, mal barrés. Comme l’étaient tous ces donneurs de leçons yankees, prétendument de gauche, qui se sont réveillés un bon matin avec une merguez blonde, joufflue et vociférante à la présidence. De toute façon, les quelques confettis de cette pseudo-gauche seront trop occupés dans la métropole à tenter de ravir des votes au vilain PQ, à leurs yeux, l’incarnation absolue du mal. Le tout sous le feu de projecteurs avides. Quand on dit d’eux qu’ils sont le «marchepied du pire» et ben, c’est ça. Et moi, excédé par ces vecteurs du pire, j’en oublie parfois ce qui nous pend au nez, à savoir LE PIRE. Pour planter le décors autour de mon dessin de Legault-Bismol, j’ai eu envie de remettre en circulation ces articles fort éclairants de mon ami STEVE FORTIN.

 

Travailler 60h par semaine? Non merci!

Publié le 26 janvier 2018

 

Simon-Jolin-Barrette, ce jeune député de la CAQ, souhaite que nous développions la même fierté que les Américains, qui s’enorgueillissent de travailler plus de 60 heures par semaine…

Simon Jolin-Barrette fait un excellent Poster boy du Conseil du patronat et autres idéologues de l’hyper-productivité et du capitalisme effréné… Son collègue caquiste Youri Chassin doit mouiller dans son froc.

Quand j’observe le monde autour de moi, l’état du monde en général, de la planète sur laquelle nous sommes condamnés à vivre, il m’apparait de façon indiscutable que ce qui presse le plus ce n’est pas de travailler plus pour consommer plus et engranger plus pour consommer plus lors d’une très hypothétique retraite que des idéologues comme Jolin- Barrette souhaiteraient qu’elle soit le proche possible de la mort…

Non.

Ce qui presse le plus, et ce dont je suis très fier, c’est de ralentir la cadence. De travailler mieux, de travailler plus intelligemment, en consommant moins, en jetant moins. Le plus pressant c’est de nous acquitter de l’essentiel et de penser à l’essentiel.

Ma plus grande fierté professionnelle, c’est de réussir à concilier le travail (que j’aime) et ma vie familiale (la chose que j’aime le plus). Je suis là au réveil des enfants, quand ils prennent l’autobus. Je les attends après l’école, je suis témoin de leur apprentissage, je constate avec émerveillement, les progrès de lecture de ma cadette, comme j’ai pu le faire de mon aînée. La plus belle chose qui soit, de voir, de m’émerveiller de la croissance de mes enfants.

Non Simon Jolin-Barrette – Député de Borduas je ne veux rien savoir de travailler plus, de manquer les cours de gymnastique de mes filles pour « avoir la fierté de travailler 60h par semaine », les sociétés du futur, résolument tournées vers ce qui est le mieux pour notre descendance, ralentissent la cadence, investissent dans le savoir, dans l’intelligence, prévoient le changement de nos structures économiques et de l’organisation du travail, ouvrent grande la porte à la fin de l’organisation conventionnelle du travail et délocalisent leurs employés pour leur permettre de travailler de la maison quand c’est possible et misent sur l’organisation du travail comme UNE DES COMPOSANTES de la vie professionnelle, mais pas la plus importante, les organisations du futur placent la conciliation du travail avec la vie familiale comme l’élément le plus important, justement, pour que nous puissions passer moins de temps à « travailler » et plus de temps à nous épanouir, notamment, en redéfinissant le rôle du père, que l’on veut moins « pourvoyeur » et plus actant de la vie familiale, à plein temps.

Cette idéologie est tellement dépassée. mais elle s’inscrit parfaitement dans le cadre du programme d’un parti qui cherche, justement, à démanteler les CPE… On est là dedans. Que c’est pitoyable…

Scridb filter

La CAQ choisit le camp de la droite fiscale radicale…

Publié le 10 janvier 2018

 

Faudra cesser de dire « Coalition avenir Québec ». Car ce parti n’a plus rien d’une coalition; loin s’en faut. Si, lors du lancement de son parti politique, François Legault aimait s’enorgueillir que son « mouvement » dépassait le vieux clivage fédéraliste/indépendantiste – dans le sens de vieilles affaires qui ne sont pas les vraies affaires –, au moins dorénavant il n’y a plus de doute possible.

La CAQ est un parti de droite très, très fédéraliste. Et très, très à droite.

Tout au long de l’année, chaque parti ponctuera les semaines de différentes annonces à saveur électorale. Un des travers de l’élection à date fixe; la campagne est déjà bien lancée. Et aujourd’hui, Denis Lessard de La Presse révélait que la CAQ avait trouvé son « candidat économique », sa grosse pointure en la matière, sa caution électorale économique en quelque sorte.

Il s’agit d’un des porte-étendards de la droite fiscale la plus radicale au Québec, un fier représentant du think tank de droite qu’est l’Institut économique de Montréal, le chroniqueur Youri Chassin.

En réaction à la nouvelle, l’ex-ministre péquiste Camil Bouchard, l’un des instigateurs du réseau des CPE, y allait du commentaire suivant :

Capture d’écran 2018-03-19 à 14.10.45

En effet, on est ici dans ce que la droite produit de plus radical. On imagine sans difficulté Youri Chassin avec le parti conservateur du Québec d’Adrien Pouliot. La caution économique de la CAQ est un chantre de la privatisation des services publics et de la réduction de la taille de l’état.

Genre, l’état peau de chagrin.

Ce sera intéressant de voir comment François Legault répondra des prises de position passées de son candidat vedette-économique. Sur la privatisation en santé, sur la privatisation de la SAQ, la privatisation d’Hydro-Québec, la privatisation des prisons (bref, tout ce qui peut être privatisé et selon Chassin, la liste est très longue, voire même Postes Canada au fédéral) la fin de la gestion de l’offre en agriculture, ce à quoi on ajoutera les positions déjà affichées par la CAQ qui souhaite l’abolition des commissions scolaires, la fin des CPE, etc.

Si l’on taxe souvent Québec solidaire d’être l’incarnation de l’extrême-gauche – faut lire le programme pour s’en convaincre -, on pourra dorénavant dire de la CAQ qu’elle se situe aussi, par une telle candidature économique, dans la radicalité économique fiscale.

Car Youri Chassin a beaucoup publié. Voilà une candidature de très haut risque, un personnage polarisant, dont les prises de position radicales en matière de services publics, de fiscalité et d’économie seront étalées au grand jour par les adversaires politiques de la CAQ.

Et oublier tout nationalisme économique avec cet ancien collaborateur du conseil du patronat. C’est pas du tout le bon registre. Si Stéphane Gobeil a encore quelconque rôle à jouer à la CAQ, cela fera des discussions intéressantes entre lui, l’auteur du bouquin « Un gouvernement de trop », ce gouvernement étant l’état fédéral selon l’auteur, et Youri Chassin, dont les publications s’opposent radicalement à ce principe.

Voilà une candidature qui sera applaudie à tout rompre dans les radios parlées de Québec. Les Duhaime et Fillion de ce monde jubileront. Mais qu’en sera-t-il de la population en général?

Scridb filter

Steve Fortin – rédaction-web, journaliste pigiste, blogueur HuffPost Québec, chroniqueur à la radio, gribouilleur et fouineur des internet, a été publié à l’occasion, enseigne comme chargé de cours dans le domaine de la littérature et des communications.

 

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«Placébo Bio Québec Solidaire»

QS agit comme marchepied pour les Libéraux et la CAQ

En lien avec cet extrait, un texte d’André Parizeau. Pour le lire, SUIVEZ LE LIEN. Non, la gauche ce n’est pas ça!

Un médicament placebo contient des substances supposées neutres, c’est-à-dire sans effet pharmacologique démontré dans la pathologie considérée, administré dans le but de plaire au patient… (https://fr.wikipedia.org/wiki/Placebo_(pharmacologie)

Note sur le ton : La satire, la caricature, ça grossit le trait, ça brasse, pis à priori, quand on a les outils, ça fait gamberger. Massé, c’est une politicienne, une personnalité publique, donc pas de traitement de faveur. On n’est pas dans une de ces foutues «safe space» pour débiles. La vulgarité, on la voit là où on veut. Je me doutais bien ne pas faire l’unanimité avec ce dessin. Tant que tu réponds pas à la kalachnikov, t’as le droit de détester.

Aprilus

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L’aut’ gauche

Aprilus met la table

La gauche, c’est pas les marioles multiculturalistes de chez QS. Malgré la surexposition médiatique de cette poignée de schtroumphs à lunettes, la gauche ne saurait se résumer pas à ça. C’est vrai qu’il y a matière à être confus avec ces merdias qui nous dégainent des «à gauche on dit ceci, à gauche on pense cela». Eh ben voilà, on est nombreux à qui cet état de fait fout la haine. Ras-le-cul, de ce nouveau cru de curés snowflakes qui, non contents d’avoir signé le retour du religieux via leurs obsessions ethnico-individualistes, veulent imposer leur petit ordre moral, à savoir la bombe à retardement communautariste. Ces escrocs, ces usurpateurs, écrasent et étouffent tout engagement politique citoyen. Benêts, ils font le jeu des puissants, des obscurantistes et des racistes (un terme qu’ils s’efforcent de vider de sa substance). Qu’on ne se laisse pas berner par leur petite «com» à la con: leurs pseudo-exercices de démocratie participative – comme FQSP – ne sont que tremplins pour vieux politicards déguisés en djeunes. L’aut’ gauche, la vraie, ce sont ces dizaines de milliers de citoyens engagés, progressistes et démocrates, ironiquement accusés de tous les maux par ces quelques mièvres moralisateurs morveux, pour l’essentiel urbains et coupés du pays. La gauche, on l’a vu se dresser contre les ambitions des pétrolières et de leurs valets, militer pour le maintien des acquis de notre sécularisation collective, s’employer à freiner l’érosion du français d’Amérique, s’indigner contre nos asservissements collectifs, qu’ils soient économiques, politiques ou religieux. C’est cette gauche que célèbrent ROMÉO BOUCHARD et LOUIS FAVREAU dans le texte qui suit. Matière pour un manifeste.

 

L’aut’ Gauche – par Roméo Bouchard & Louis Favreau

 

Relancer l’engagement politique citoyen

 

Le Québec traverse une période d’incertitude politique. « L’électorat est volatil » disent les sondeurs. En réalité, il est déçu, confus, déstabilisé. Les partis politiques eux-mêmes changent leurs programmes au gré des sondages et des scandales politiques. Aucun projet politique ne parvient à susciter la confiance et l’enthousiasme. Avec l’avènement d’une économie et d’une culture sans frontières, les convictions qui nous ont longtemps guidées sont brusquement remises en question : le nationalisme, le rôle social de l’État, la laïcité, le féminisme, l’immigration.
Même les militants syndicaux, communautaires ou écologiques sont désorientés. La délocalisation de l’économie et le démantèlement de l’État les forcent souvent à jouer aux pompiers et à se replier sur des cibles locales. Les courants extrémistes, à gauche comme à droite, créent un climat peu favorable à la liberté d’expression et au débat politique. Le fossé se creuse entre un Montréal cosmopolite qui a le vent dans les voiles et un Québec des régions méconnu qui ne cesse de se dépeupler et de s’appauvrir, entre la génération des baby-boomers qui a vécu la Révolution tranquille et la génération des milléniaux branchés sur le monde.
Ce désengagement politique généralisé est dangereux pour l’avenir du Québec. Il est urgent que ceux et celles qu’on pourrait appeler la « gauche citoyenne et démocratique » reprennent conscience de leur rôle et de leur force politique. Il faut relancer l’engagement politique citoyen.

 

Être un citoyen progressiste,

 

c’est vouloir changer la société dans laquelle nous vivons :

une société organisée et contrôlée par les riches et pour l’enrichissement des riches,

où la démocratie n’est plus qu’un mot,

où la richesse est mal partagée,

où notre environnement est compromis,

où le peuple québécois est méconnu,

où tout ce qu’on nous propose c’est de consommer et de nous amuser à crédit ;

c’est travailler à l’avènement d’un Québec démocratique, égalitaire, solidaire, écologique, souverain, libre et heureux.

 

Cependant, deux visions du changement politique se côtoient et s’affrontent présentement au Québec.

 

Qui sont ces citoyens démocrates et progressistes ?

C’est d’abord et avant tout le mouvement de fond de ces citoyens engagés dans le changement social qu’on retrouve partout au Québec, dans

les syndicats,

les groupes communautaires et coopératifs,

les entreprises d’économie sociale,

les comités de citoyens et de développement,

les groupes écologiques engagés dans de multiples combats,

les groupes qui travaillent pour l’égalité des femmes, des personnes LGBT et pour la reconnaissance des peuples autochtones,

ceux qui accueillent les réfugiés, qui développent des solidarités avec des mouvements communautaires dans les pays du Sud, qui parlent aux sans-abri, qui s’occupent des enfants handicapés et des personnes âgées, qui hébergent les femmes victimes de violence,

et tous ces Québécois déçus de la politique qui se sentent impuissants devant le triomphe d’une minorité de riches.

Ce grand réseau citoyen et démocratique, enraciné dans l’action collective et proche du peuple, on l’entend peu, il a peu de moyens, les médias en parlent peu, il se mêle peu de politique partisane, il est sous-estimé et même orphelin politiquement, il n’a pas de voix politique.

Pourtant, il s’inscrit naturellement dans le projet collectif du Québec.

Il tient à la solidarité sociale et il dénonce la déconstruction de l’État social et des régions par les politiques d’austérité et de centralisation néo-libérales.

Il tient à l’émancipation du Québec, à son identité et à son avenir comme peuple, à son territoire, à la langue et à la culture française qui nous caractérisent, à la laïcité, à l’émancipation des femmes et à l’intégration des immigrants.

Il conçoit le Québec comme une nation, une société de citoyens égaux et non comme une société d’identités particulières à la façon du Canada des Trudeaux, Il est solidaire des autres peuples du monde qui luttent contre leur oppression.

 

Une certaine gauche multiculturelle

 

Entre temps, une certaine vision de gauche a pris beaucoup de place ces dernières années dans le débat public. On l’entend un peu partout, à Montréal surtout, chez les jeunes intellectuels, dans les médias, dans les manifestations, à Québec solidaire, dans les organismes de défense des droits de la personne, chez certains groupes d’étudiants universitaires, à la Fédération des femmes du Québec…

Elle est multiculturelle et préoccupée par les minorités ethniques, culturelles, linguistiques, religieuses et sexuelles, au mépris parfois des majorités; elle ne jure que par la charte canadienne des droits de la personne, au point parfois d’ignorer les droits collectifs, et même, de juger discriminatoires des dispositions de la loi 101, ou d’éventuelles lois sur la la laïcité qui limiteraient le port des signes religieux et du voile islamique, ou même la liberté d’expression lorsqu’elle est jugée offensante pour les minorités culturelles ou religieuses; elle défend même le voile intégral, et, du même coup, l’intégrisme islamique.

Se voulant inclusive, elle pourchasse le racisme systémique, l’islamophobie, la xénophobie, le suprématisme mâle blanc, la catho-laïcité qu’elle voit partout et qu’elle associe trop facilement et de manière démagogique à toute conviction nationaliste ou identitaire.

On peut dire aussi qu’elle est post-nationale, car elle est contre le nationalisme facilement qualifié d’ethnique, identitaire, revanchard, passéiste, régressif : pour elle, l’idée de nation, de peuple, de société distincte, de société laïque, de communauté de destin est suspecte, dangereuse même et doit être dénoncée, voire condamnée. Elle est pour l’indépendance à condition qu’elle soit multiculturelle, inclusive, non-identitaire et socialiste. Surtout, elle n’arrive pas à inclure son projet politique dans le projet collectif et l’identité historique des Québécois : pour elle, le PQ nous a tout simplement trahi, nous maintient dans un nationalisme ethnique et néolibéral de survivance et doit être éliminé de la scène politique.

Le discours de cette gauche multiculturelle tente d’imposer une nouvelle rectitude politique et crée un immense malaise parmi les forces progressistes. L’intransigeance et le dogmatisme moral de plusieurs inclusifs blesse beaucoup de Québécois et de Québécoises attachés à leur peuple, en plus de détourner l’attention de problèmes importants pour l’ensemble de la population. En réalité, cette gauche divise et exclut plus qu’elle ne rassemble et inclut.

 

Prendre la parole !

 

Cette « gauche multiculturelle, inclusive et post-nationale » est loin d’être la seule ni la plus représentative, ni la plus nombreuse. Nous l’avons vu, il existe une autre gauche, une gauche sociale, citoyenne et démocratique, composée de milliers de citoyens progressistes, allumés, engagés dans leur milieu partout au Québec.

Il est temps que cette « gauche citoyenne et démocratique populaire » sorte de l’ombre, qu’elle prenne la parole et trouve sa place sur la scène politique.

Gabriel Nadeau-Dubois postait récemment à ses abonnés le message suivant : « Il est urgent de reprendre l’idée d’indépendance des mains de ceux qui veulent faire la chasse au voile ». On pourrait dire plus justement qu’il est urgent de reprendre le projet d’émancipation politique du Québec des mains de ceux qui ne partagent plus ce qui nous définit comme peuple distinct et qui ne jurent que par la charte canadienne des droits de la personne.

 

Un projet profondément québécois et rassembleur

 

Le projet politique dont cette gauche citoyenne est porteuse est profondément québécois et rassembleur.

Les Québécois forment un peuple et une nation : ils sont le cœur du peuple français d’Amérique!

Nous avons appris l’égalité, la solidarité, la tolérance, l’indépendance et le respect de la nature tout au long de notre histoire, aussi bien avec le rêve de Champlain d’un Nouveau monde et les premiers coureurs des bois associés aux Indiens qui nous ont permis d’explorer ce continent et d’y vivre en toute liberté, qu’avec les paysans autosuffisants réfugiés dans les campagnes que nous fumes pendant deux siècle, les patriotes de Papineau qui nous ont fait rêver de République, les ouvriers des villes qui ont appris à s’entraider et à se défendre face aux patrons étrangers, les artisans de la Révolution tranquille qui ont posé les bases de notre émancipation culturelle, politique et économique, et aujourd’hui, ceux qui nous permettre d’entrer de plein pied dans l’ère de la mondialisation.

Nous avons créé une société distincte en Amérique, par sa langue et sa culture, par ses politiques et ses institutions sociales et économiques, par sa métropole internationale, sa capitale réputée, ses régions toutes plus originales les unes que les autres, par un rayonnement culturel exceptionnel, par l’intégration de milliers d’immigrants au fil des années, par la solidarité que nous avons créé avec les autres peuples du monde.

Si nous ne sommes pas encore un État souverain et démocratique, c’est bien parce qu’on nous a divisés, intimidés, hypnotisés avec le mirage de la mondialisation et de la nation canadienne, multiculturelle et post-nationale

Cette histoire commune est précieuse et nous sommes encore capables d’évoluer sans renier ce que nous sommes. Il n’est pas trop tard pour rassembler les Québécois autour d’un projet original de démocratie citoyenne, communautaire, libre et écologique, et pour forcer nos représentants à nous écouter.

 

Les choix politiques

 

Mais attention! Cette « gauche citoyenne populaire » n’est acquise à aucun parti politique.

Elle ne se reconnaît nullement dans le Parti libéral, inféodé au Canada multiculturel et au grand capital des multinationales et de ses lobbies, infesté par la corruption et discrédité par ses mensonges, ni dans la CAQ qui n’a d’yeux et d’oreilles que pour un développement économique et social du Québec d’abord et avant tout par l’entreprise privée, sans égard pour nos acquis sociaux ni pour ses impact sur l’environnement et le climat, et qui n’hésite pas à jouer malhonnêtement sur les peurs de la population

Elle n’est pas non plus à l’aise avec un PQ trop ambivalent et trop peu souvent à la hauteur des enjeux sur l’indépendance, sur la laïcité, sur le français, sur la démocratie, sur la question écologique, malgré la présence en son sein d’une gauche nationaliste et un programme renouvelé nettement progressiste sur le plan social, économique et environnemental, ni avec un QS trop multiculturel, trop électoraliste, trop socialiste passéiste et trop peu enraciné dans notre histoire et notre territoire.

 

Une plate-forme politique commune

 

La plate-forme politique que nous proposons au mouvement citoyen et démocratique s’articule autour de quatre axes de changement inséparables l’un de l’autre : la réforme démocratique, le partage de la richesse, la transition écologique, la souveraineté politique.

Premièrement, une réforme démocratique en profondeur, qui restaure la souveraineté du peuple et l’autonomie des communautés locales et régionales, de façon à permettre à tous sans distinction de participer et de décider en permanence à tous les niveaux de la vie collective.

La citoyenneté québécoise doit être le lien commun qui nous définit et nous unit, anciens comme nouveaux venus, et les principes de la laïcité, du caractère français et de l’égalité hommes-femmes doivent pouvoir nous protéger des particularismes religieux et culturels et assurer une intégration de tous. L’objectif doit être une société de citoyens québécois solidaires et non une société d’identités particulières.

Pour y parvenir, il faudra aller plus loin que des réformes du système électoral et parlementaire à la pièce : à terme, la redéfinition des règles de notre démocratie devrait se faire dans la rédaction d’une constitution du Québec par le peuple, à l’intérieur d’un grand chantier démocratique coordonné par une Assemblée constituante citoyenne libre de toute allégeance politique et libre de ses délibérations.

Deuxièmement, une meilleure répartition de la richesse, grâce à une démocratisation de l’économie et à un filet social élargi, afin de tenir compte des réalités nouvelles du monde du travail et des inégalités révoltantes engendrées par l’économie mondiale actuelle. À titre d’exemples, il faut penser à

un revenu minimum garanti,

un revenu maximum admissible,

la mise au pas des banques,

la fin de l’évasion fiscale,

la lutte contre la corruption,

le respect de la souveraineté des États et des économies locales dans le libre-échange,

la participation des travailleurs à l’entreprise,

un meilleur accès aux services essentiels,

un meilleur encadrement de la consommation et du crédit.

Troisièmement, la transition écologique de notre économie pour préserver la qualité et la pérennité de notre milieu de vie. Des mesures concrètes doivent être prises pour assurer une transition accélérée dans notre consommation d’énergie (particulièrement le pétrole), la rationalisation des transports, la gestion de nos ressources naturelles et de nos écosystèmes, la production agricole. Il faut viser une relocalisation de notre économie, une économie circulaire, une économie de proximité et de partage, en un mot, une croissance ajustée à nos besoins réels et aux capacités de notre planète.

Quatrièmement, la souveraineté politique pour permettre au peuple québécois d’exprimer son identité propre,

de redéfinir ses institutions démocratiques, sociales, culturelles et économiques dans une constitution bien à lui,

d’exercer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, de son fleuve, de ses ressources, de son immigration et de ses politiques, de compléter avec les Premières nations présentes sur le territoire la négociation d’un statut de nations autonomes et des ententes de cohabitation et de partage des usages du territoire sur le modèle de la Paix des Braves,

enfin, d’exprimer nos choix de solidarité avec d’autres peuples du monde d’une manière pleine et entière.

« Le Québec sera souverain ou ne sera pas »(Maxime Blanchard)

 

Passer à l’action

 

À nous tous, citoyens progressistes et démocratiques, de nous approprier ce projet politique commun; d’en faire la promotion auprès de nos concitoyens et auprès de nos réseaux, organisations et concitoyens de même qu’auprès de ceux qui nous dirigent ou aspirent à nous diriger; de fédérer nos forces afin de relancer notre engagement politique citoyen sur ces nouvelles bases, et ainsi, contribuer à réactiver le projet de souveraineté, renouveler notre démocratie, mieux répartir la richesse et assurer notre transition écologique.

 

Roméo Bouchard, romeobouchard@hotmail.ca (Kamouraska)
Co-fondateur de l’Union paysanne et de la Coalition pour la Constituante, auteur de plusieurs ouvrages sur l’agriculture paysanne, le développement et l’autonomie des régions, les enjeux écologiques et la démocratie.

Louis Favreau, louis.favreau@uqo.ca (Saint-Mathieu de Beloeil)
Sociologue et directeur de la Chaire de recherche en développement des collectivités (CRDC-UQO), organisateur communautaire et auteur de plusieurs ouvrages sur le développement communautaire, la transition écologique et la coopération internationale.

Note : Une cinquantaine de personnes actives dans les réseaux citoyens partout au Québec ont été consultés lors de la rédaction de ce texte.

 

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Quand l’individualisme perd du terrain

Photo en une : Une partie de la gang du centre Le Vallon (avec un petit invité du primaire)

6Plier bagage

J’étais content de changer d’air, de ne plus penser à ce climat politique pourri et à l’orgie de consommation généralisée qui approchait. Deuil de projets, plans qui stagnent, prises de têtes entre mes petites voix internes, bref, tout un tas de patentes qui font du bruit mais moins de dommages qu’une mine antipersonnel. Et puis, il y a eu cet appel. Quelqu’un me prenant pour cet illustrateur de BD jeunesse, «Alex A», un gentil millénial avec, évidemment, une tuque vissée sur la coquille. Ce garçon, malgré son jeune âge, a publié une trôlée de BD apolitiques, inoffensives et fluorescentes, bref, dans l’air du temps. Vous direz que je suis aigri et que j’ai qu’à en faire, moi aussi, du «gentil». Pas si simple, que je je vous répondrai. Et de toute façon, là n’est pas la question puisque je voulais vous causer de mon séjour à Papineauville. Plus précisément au centre Le Vallon, une école pour les adultes. Et justement, là-bas, c’est pas d’un Tintin de supermarché qu’on voulait. Il fallait un artiste qui colle avec le réel, lequel, par définition, n’est pas aseptisé. Des profils pertinents? Bourlingueur, boulimique de bouquins, cancre reconstruit, extra-terrestre célébrant l’absurdité cosmique, adepte d’humour acide, escogriffe n’ayant jamais vraiment quitté l’école bien qu’il l’eut, autrefois, exécré. C’est tout moi. Ce fut donc la première étape de ma tournée d’artiste invité dans les écoles et autres organismes qui n’en sont pas.

IMG_4519Bien que la description de mon profil sur le Répertoire des artistes à l’école ne fasse allusion qu’à mon menu pour les petits, ce n’était pas la première fois que j’intervenais auprès de jeunes adultes. Au Bas-Saint-Laurent, avec UTIL (Unité Théâtrale d’intervention locale), j’avais eu l’occasion d’œuvrer auprès de ceux que nous appelons dans le milieu de l’art communautaire, les artistes-citoyens. Je me suis aussi quelque fois retrouvé dans des écoles secondaires, en formule conférence, à parler de dessins éditoriaux et satiriques (le genre de «produit» dur à placer dans un marché québécois saturé et moumoune). Mais là, au centre Le Vallon, c’était autre chose. Contrairement aux chantiers multi-dimensionnels que j’ai mené avec UTIL où les arts visuels côtoyaient le théâtre, c’était le dessin, dans une perspective collective, qui était au centre du projet.

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Planter le décor – Le Vallon4

Donc, je suis débarqué là-bas, en Outaouais. Non pas, comme à l’habitude, dans un de ces hôtels-restos miteux dont les moquettes disposent d’écosystèmes à faire pâlir de jalousie le Costa Rica; mais chez Nadia et sa petite famille, dans un fort joli bled appelé Saint-André-Avellin. Mon hôtesse, Nadia, celle qui m’a repéré dans le lot des dessinateurs québécois, est une personnalité lumineuse, à l’âme d’artiste et au vécu bien pimenté. Elle est devenue une partenaire «solaire» avec laquelle j’étais en totale symbiose. Nous nous apprêtions alors à être engloutis dans un tourbillon qui devait nous garder sur la coche pendant trois jours et trois nuits. Mais pour le moment, après mes heures de route, faut dire que l’accueil de la marmaille rentrait au poste. Je devais assurer! C’est qu’ils l’attendaient le dessinateur Pistolois. Fallait leur donner un truc à ronger à ces quatre petits curieux. Quelques gribouilles et une mini-table lumineuse m’ont permis de m’en extirper pour faire connaissance de Pascal, le conjoint de Nadia. Avec celui-là, le chum, ça collait au poil. Chasseur, il était aussi friand de mes histoires d’igunak et de cipaille à la marmotte que je ne l’étais de ses récits de dindes sauvages et d’ébénisterie.

9Le Vallon, c’est le genre d’établissement qu’on associe systématiquement aux «décrocheurs» (les guillemets ne sont pas anodins). J’y plongeais donc, fort de mon petit bagage, étant moi même aussi passé par ce genre de boîte. Je ne veux pas vous saouler avec mon usage du premier pronom personnel, mais quand même, en pareilles circonstances, ça se souligne. Car c’est aux «adultes», à Vanier (Québec), que j’ai appris à bosser et à ne plus trop douter de mes capacités. Tout ça, malgré tous les pronostics obscurs qu’avaient dressé à mon endroit nombre de conseillers en orientation. Il y a un travail monstre qui se joue dans ces boites, je vous jure. Les élèves qu’on trouve en ces lieux sont à l’image de l’humanité. Parfois paumés, égratignés ou naufragés d’histoires pas toujours roses. Mais pas tous, bien sûr. Pour certains, «les adultes», c’est une p’tite bifurcation, sans plus. D’autres témoignent qu’on ne naît pas tous dans les meilleures circonstances. La loterie de la vie quoi! Toujours est-il que lorsque les passages cloutés de la vie n’ont pas eu raison de toi et que t’as le cran de retourner sur les bancs de l’école, ton courage mérite d’être applaudi. Et c’est peu de le dire. Pas besoin que ta face ne se retrouve étalée sur la une d’Écho-vedette (qui, de toute façon, n’en a que pour les insignifiances).

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Avant le décollage : un mot sur les mots

Aujourd’hui, ils sont nombreux dans le milieu de l’éducation, à qualifier les élèves de «clientèle». À force de matraquage, le langage capitaliste s’est immiscé jusqu’au tréfonds de nos consonnes. Même la population carcérale est aujourd’hui qualifiée de clientèle! À chaque fois, je sursaute quand j’entends les mots «clientèle», pour «élèves» et «produit» pour «cours». Heureusement, il arrive encore que cette implacable dérive ne ploie pas sous le poids du sens des mots. À Le Vallon, j’ai sursauté, puis me suis rapidement calmé le pompon. Car, lorsqu’une démarche pédagogique vise à consolider un sentiment d’appartenance (déjà fort) au sein d’une école en misant sur la solidarité et la coopération via les arts, je me fous du vocable. L’essentiel, on le lit dans les yeux brillants de ceux qui portent la baraque, la vision, les projets. Nous étions à des années lumière de la logique de l’écrémage solaire et de ses parcours «particuliers» qui nous chient des chapelets de castes sociales bien étanches.

11C’est parti…

Au départ du projet, j’avais déjà un bon portrait de la gang grâce à Nadia. Les présentations faites, on a commencé par se dégourdir en crayonnant un coup ensemble. La méthode «des patates», le jeu de la chimère, celui du barbouillage à récupérer, puis un petit cours de dessin. J’ai fait circuler quelques bouquins d’illustrateurs divers, pour que soit captée une chose essentielle : un bon dessin n’en est pas forcément un complexe. Entre le musculeux Capitaine America et le Gros Dégueulasse de Reiser, j’opte sans hésiter pour le second. Moi, les histoires de bons pis de méchants, tous nantis de deltoïdes hypertrophiés, même s’ils sont techniquement épatants, j’en ai rien à cirer. Les dessins tout croches, ceux qui tremblotent, sont souvent ceux qui propagent le rire. Ils sont empreints d’humanité, ils transpirent la personnalité de leur créateur. Pas besoin de s’arracher l’encéphale pour pondre le Chat de Geluck, il suffit de le planter – quelques cercles, deux triangles, quelques coups de crayons – dans une bonne idée.

5Tous les participants, esquisses sous le coude, se sont ensuite lancés au crayon sur les murs et les casiers. Aucun thème n’était imposé, il s’agissait, pour chaque chacun, d’insuffler une direction personnelle à ce qui était appelé à devenir une œuvre collective. On démarre mieux quand on est dans notre bulle, sur quelque chose qui nous plaît d’office. Quelques thèmes se sont invités : des poissons, des yeux, des circuits électriques (qui m’ont semblé partir d’une réflexion sur le transhumanisme), des mécanismes, des chats, des fleurs de lys, des personnages de dessins animés, des silhouettes, des petits motifs répétitifs et quelques touches sinistres à tendance gothiques. Comme un grand maringouin, je gravitais d’un bord pis de l’autre en garochant des suggestions et des conseils techniques, alors que Nadia jonglait vaillamment avec des questions de logistique, tout en distribuant, elle aussi, quelques tuyaux. La première journée, c’était chacun pour soi, on se débourrait.

7Puis, débarquèrent les marqueurs Posca. De toutes les tailles et de toutes les couleurs. Leurs pigments commencèrent à exploser sur les pupilles. La dimension collective du projet cheminait dans les esprits. Nous devions sortir de nos bulles respectives et agglutiner nos œuvres qui, pour l’instant, étaient confinées en zones éparses. Lier les œuvres et en orchestrer la fusion, c’est justement ce que Frank Zappa appelait la continuité conceptuelle, un principe qu’il appliquait à son œuvre colossale et éclectique. Nadia et moi devions crinquer les troupes, repérer les dimensions à exploiter, encourager la folie créative, favoriser le mariage et la perméabilité des idées. L’individualisme se mit à perdre du terrain. Les égos se diluaient. Le travail des autres interpellait d’avantage tout un chacun. Nous devenions des partenaires et la tribu prenait forme, lentement mais sûrement. L’effort exigé en ce sens était variable selon les participants et ils ne furent que deux à ne pas poursuivre l’aventure jusqu’à son éclatante conclusion. Autour de nous, plusieurs élèves non inscrits, témoins de notre déferlement de créativité, regrettaient déjà de ne pas avoir pris le train fou qui nous emportait.

IMG_4495Le lendemain, mon ultime journée parmi ces lascars, était teinté par l’urgence de boucler l’essentiel de nos fresques avant que je ne me pousse. Productifs comme des bêtes, nous progressions en situation de grande proximité. Le couloir était étroit et il y avait de la circulation. C’est pas des farces, à ce stade, on se reconnaissait quasiment à l’odeur. Les participants rechignaient à prendre leurs pauses, endurant parfois des postures d’acrobates jusqu’à l’épuisement. Tranquillement, les poissons ont migré jusque dans les arbres, les circuits électriques ont formé des vagues, les chats se sont vu pousser des nageoires, des yeux se sont ouverts ça et là, des giclées de fluide de zombie ont essaimé, des motifs multicolores, des panaches, des bambous, des lys et des hibiscus se sont invités un peu partout. Chat psychédélique les yeux ancrés dans ceux d’un serpent, tentacules de pieuvre, méduse, sous-marin jaune, clé à molette à tête de requin, carpes asiatiques empreintes de douceur, engrenages, hippocampe mécanisé, espadon bipède, séquences cinématographiques stylisées, totem animalier, Titeuf et Bart cyclopéens, contrastes fulgurants, éléments mignons côtoyant du sordide… Les élèves du Centre Le Vallon se sont déchaînés trois jours durant et par la même occasion, ont conquis mon palpitant. Avec le recul, bien que cela n’ait pas été prémédité, j’ai l’impression que nous avions vécu une sorte de rituel de passage…

IMG_4489Je ne sais pas combien de temps tiendront les instantanés de folie et d’encre qu’ont produit cette joyeuse bande. Mais pour sûr, il y a des trucs qui ne s’effaceront pas de sitôt : l’intensité de cette expérience humaine, ce glissement de la sphère individuelle vers l’esprit collectif, les liens qui se sont tissés et le recul que certains auront pu prendre sur eux-même. Alors que les rapports humains s’érodent irrésistiblement dans des circuits de silicium et que, servilement, l’humanité se laisse, chaque jour un peu plus, cartographier le cerveau par Google, Facebook, Amazon, Apple et Cie, c’est plutôt sain de replonger dans les fondements de ce que nous sommes. Non pas des «consommateurs», mais des êtres sociaux n’ayant pas forcément été modelé par l’évolution, des millénaires durant, pour échanger mécaniquement par écrans interposés. Il y a des codes biologiques qu’on se plaît à redécouvrir ne serait-ce que parce qu’ils nous permettent de saisir le temps qui passe inexorablement et, par conséquent, de nous sentir vivants.

3En ces temps où la gauche, phagocytée par l’économisme ambiant, patauge dans de petits débats sociétaux d’un atterrant simplisme et à des années lumières des milieux populaires, c’est de l’or d’être témoin d’une telle expérience. Décidément, au centre Le Vallon, moi aussi j’ai fait le plein d’humanité, du moins, de ce qu’elle a de meilleur à offrir. Et j’ai fini par quitter les lieux en larmoyant comme une Madeleine. Je peux vous affirmer qu’alors que je poursuivais mon périple vers Val d’Or, loin de tous ces nouveaux potes, je me sentais bien seul dans mon char…

Aprilus

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Fonds de tiroir (multiculturalisme & accommodements)

Note : Depuis la censure dont j’ai été l’objet, les nombreux dessins de cet articles devront être téléversés sur Aprilus.com et insérés à nouveau. Je suppose que le Journal Le Québécois a vidé sa corbeille et comme j’avais tout copié-collé, eh ben voilà. Ça viendra.

Pour vot’ bon plaisir mais aussi pour mettre mes tripes sur table, histoire de m’alléger enfin. Y’a du stock, faut prendre le temps de s’asseoir et peut-être d’y revenir. À lire et regarder comme on le faisait avant les écrans tactiles.

Au moment où les Libéraux et la gauche régressive, nous replongent dans le bourbier de l’éternel procès des québécois, je me débarrasse de tous ces invendables gribouillages. SI VOUS SAVIEZ LE POIDS QUE ÇA M’ENLÈVE! Initialement concoctés pour un bouquin avant les attentats contre Charlie Hebdo (et ceux qui immanquablement devaient suivre), on m’a laissé, de façon fort peu élégante, en plan avec ces œuvres mécréantes. J’en avais déjà laissé filtrer quelques-unes, ici dans le Journal Le Québécois, en expliquant ma démarche vociférant tant bien que mal, que je ne suis pas raciste, que je ne m’en prend qu’à des idéologies religieuses, pas à des races et que les caves, qu’ils soient fluorescents, albinos, translucides ou carottés, de gauche comme de droite, se valent tous. J’évoquais mon parcours et les raisons qui m’ont emmené à combattre les intrusions religieuses dans l’espace public étatique et dans les lieux de savoir que sont les écoles. Aujourd’hui, alors que visiblement nous nous enfoncerons encore dans des élections où ces enjeux seront à nouveau instrumentalisés, alors que des abrutis mal avisés et des analphabètes politiques déguisés en vikings ne manqueront pas d’aimer mes dessins pour les mauvaises raisons, je fais le ménage. Comme toujours, ces jambons nuisibles et les «inclusifs», ces petits inquisiteurs du multiculturalisme qui se prennent pour des progressistes, voire des anarchistes, se nourriront mutuellement au grand plaisir de politiciens pyromanes, de gauche comme de droite, pour l’essentiel, fédéralistes ou opportunistes. En livrant ces dessins, je tourne une page. Je sature de cette sensation d’immobilisme. Si vous aimez, avec le recul que ça exige, tant mieux.

Autrement, collègues crayonneux, camarades sensibles à la précarité des artistes insoumis, subversifs et incisifs, que vous adhériez ou non à mon propos, mon texte dit «facultatif», en bas de page, vous permettra de prendre du recul sur une injustice ordinaire affligeant trop souvent les pouilleux de mon genre. C’est pour vous que je mets mes tripes sur la table. Surtout les jeunes qui m’écrivent pour me demander conseil. Comme si j’arrivais à vivre du dessin satirique dans ce Québec si petit, isolé, polarisé, divisé, judiciarisé, parfois lobotomisé, honteux, rampant et qui, trop souvent, tape sur tout ce qui dépasse. Non, camarades, pas une cenne que je fais. Zéro. Nada. J’espère que ça secouera quelques neurones et surtout que ça vous aidera à protéger vos gueules.

À la revoyure, au compte-gouttes, sur d’autres thèmes, l’environnement, l’agriculture, l’indépendance, la catalane, la québécoise, encore et toujours. Des apparitions plus sporadiques pour ne pas péter au frette. La laïcité, c’est pas mon fond de commerce. J’y reviendrai certainement car ça m’interpelle à mort. Mais les étiquettes non merci. Je ne suis pas le dessinateur d’UNE cause. Dret’ là, j’ai surtout envie de lire des montagnes de livres et de remettre sur les rails mes projets agricoles (ce qui est assurément aussi hasardeux que l’illustration). Ah oui, désolé pour l’usage du «je». Ça fait parti de mon rite, de ma thérapie. Donc, pour les intéressés, c’est en bleu, en bas de page.

On va commencer par un dessin bien gras…

Le monde est rempli de stimulus. Dur dur de vivre dans un corps gorgé d’hormones, dans un monde où pullulent les phéromones. Comment certains croyants peuvent-ils s’infliger de tels régimes? On voit bien que les résultats ne sont pas toujours à la hauteurs des ambitions…

Les contraintes et rites que s’infligent les religieux sont malléables selon les circonstances et l’histoire nous le démontre facilement. Les exemples sont nombreux, je vous en présente trois ci-dessous. N’ayons pas peur de moquer le ridicule. Nous ne parlons que de dogmes religieux. Les idéologies religieuses peuvent être débattues et même combattues lorsqu’elles s’immiscent sournoisement dans l’espace public étatique, dans les CPE et les écoles.

Le bouddhisme codifié en religion, c’est pas forcément cool. J’en ai connu des sous-embranchements et des variantes patentées. Évidemment, dans le bouddhisme, on peut glaner des trucs sympathiques. N’empêche que, des fariboles jardinées sous des crânes de mâles chauves et vêtus de tissus enfumés d’encens, ça reste des fariboles. La prétendue infaillibilité omnisciente d’un gourou, qu’il soit monothéiste, polythéiste, bouddhiste, capitaliste ou communiste, c’est ridicule. La preuve, sa sainteté le Dalaï Lama déclarait que les victimes du Tsunami qui a frappé l’Indonésie en 2004 avaient simplement un mauvais karma. Si c’est pas con ça…

Ci-dessous, deux dessins que j’ai déjà partagé ici même. À gauche, celui avec l’étui pénien, j’ai bien l’impression qu’il a été repris ça et là, y compris chez Charlie. À droite, celui avec la fillette boule de quille, est basé sur une réelle demande montréalaise d’accommodement religieux. Jusqu’où les tenants du multiculturalisme oseront-ils aller? Devant qu’elles contradictions se buteront-ils encore? S’il n’y a que les cons qui ne reculent jamais, là je trouve qu’on patine dans le beurre en sacrement. Quinze ans que ça dure. Quand on regarde du côté de la Suisse, on a un autre tableau. Au nom de l’intégration sociale, les cours de natation mixtes dispensés à l’école priment sur l’intérêt privé (religieux) de certains parents à en exclure leurs filles. Et la cours Européenne des droits de l’homme vient tout juste de conforter cette politique. Récemment, toujours en Suisse, deux adolescents se sont fait remettre dans le rang par le Département de l’instruction public pour avoir refusé, appuyés en cela par leurs pieux géniteurs, de serrer la main de leur enseignante. Devant ces symptômes de l’Islam politique, quand il est question d’intégration et d’égalité homme-femme, PAS DE DISPENSE!

Ci-contre, en haut, un dessin de Mère Thérésa-David et Mahatma  Kadhir, fait pour Le Québécois. C’était avant l’arrivée de Massé et de ses vibrisses. Avant GND et ses chaussures vernies. Ces gens, probablement bien intentionnés, se révèlent nuisibles à notre marche vers la sécularisation et l’indépendance. Ils torpillent littéralement notre capacité à organiser le vivre ensemble et à intégrer nos immigrants en défendant un individualisme autrefois vilipendé à gauche. Au delà de cet aspect des plus irritant, j’écorche souvent Québec Solidaire pour avoir refusé de former une alliance électorale avec le Parti Québécois. Après pareille offense au bon sens, que ces usurpateurs du terme «solidaire» aient phagocyté Option Nationale n’est pas de nature à me réconforter. La tiédeur de Zanetti lorsqu’il s’agit de se positionner sur le multiculturalisme m’exaspère. D’ailleurs, Sol nous a déjà livré quelques sottises de tradition zinclusive sur ce sujet de discorde majeur et fratricide au Québec. Et puis, aller s’enfoncer dans un tel cloaque de bouffeurs de péquistes primaires… Ça donne envie de le disqualifier drette là. Non, patienter le temps d’un autre mandat de la grosse droite sale et fédéraliste, c’est vraiment beaucoup me demander. Ça me fout la haine. J’ai du mal à souscrire à l’optimisme posé de Pierre-Luc Bégin et de Patrick Bourgeois même si je sais pertinemment que c’est ce qui nous reste de mieux à faire.

Ci-dessus, également pour le Journal Le Québécois. Le poster boy était on the way, alors que mère Théresa-David préparait sa sortie. L’idée que la jeunesse, vecteur d’adaptabilité et de dynamisme dans un monde en mutation, puisse faire table rase des progrès réalisé par ses prédécesseurs m’est insupportable. Malheureusement, l’histoire nous rappelle sans cesse que rien n’est à jamais acquis. C’est ce qu’évoque aujourd’hui le discours de Nasser, ancien président de l’Égypte, à propos du voile et des Frères musulmans dans cette VIDÉO.  Aujourd’hui, la gauche régressive se targue d’être le refuge des jeunes en embrassant des positions rétrogrades, des procédés calomnieux et des stratagèmes électoralistes de vieux politicards. C’est une chose que je refuse d’admettre, d’autant plus qu’il existe encore des voix, à gauche, capables de cohérence. La gauche ce n’est pas eux.

Durant cette période, j’ai également dessiné et écrit un texte sur une initiative puant le machiavélisme (si on regarde le chemin emprunté ensuite par Nadeau Dubois) et idéologiquement biaisée, j’ai nommé la mal nommée «Faut qu’on se parle» : http://www.lequebecois.org/faut-quon-se-parle-vraiment/

Tout ce que je sais, aurait dit Socrate, c’est que je ne sais rien. Peu de gourous ont cette modestie devant les mystère de notre monde. Sur ce dessin, j’ai représenté un gourou chrétien orthodoxe. Eux, ces fonctionnaires de cet autre produit dérivé du christianisme, les gourous orthodoxes donc, mettent le paquet pour arborer des costumes à faire pâmer Bowie de jalousie.

Si la désobéissance civile québécoise se limitait aux entarteurs du genre de celui qui s’en est pris à Bock-Côté en janvier dernier, les cendres diluées de Gandhi s’agglutineraient d’effroi. Les dernières particules de Mandela, Luther King et Thoreau partiraient en quête d’un autre cosmos. Bové, le faucheur volontaire, en perdrait les poils de sa gauloise moustache. L’offense aurait été moindre, à la limite drôle, si elle n’avait été accompagnée des quolibets classiques de la gauche régressive. De ces redondantes accusations de xénophobie et de racisme émane un ignoble et tenace relent de buffet froid. Dessin fait pour Le Québécois.

Ricochet, Presse-toi à gauche, À Bâbord!, mêmes dérives. La petite presse torche-culs de gauche s’est vautrée de façon quasi-unanime dans le moule multiculturaliste régressif, trahissant ses luttes passées et nombre de militants progressistes dont je suis. Nous reste L’aut’ Journal. En France, Le Monde Diplomatique, Manière de Voir et peut-être Fakir.  À l’époque où je l’avais sous le coude, jamais je n’y ai décelé les âneries qui caractérisent nos canards miteux. L’orange reptile que vous avez sous les yeux, ci-dessus, fut exclusif au Journal Le Québécois. Il était accompagné de quelques autres illustrations et surtout, d’un texte du philosophe François Doyon qui, comme moi, a déjà collaboré au Magazine À Bâbord! pour s’y trouver marginalisé. Le lien est ici : À Bâbord! Les publireportages d’une gauche régressive urbaine.

Aujourd’hui, des abrutis répondent aux crayons à l’aide de kalachnikovs, de poignards, d’explosifs, de censure et de procès bâillons. Bien sûr, malgré ma relative invisibilité en tant que dessinateur, j’ai quelquefois flippé. Faut savoir que j’ai déjà été copieusement insulté et menacé après avoir dénoncé des intrusions créationnistes au sein d’une école publique où j’enseignais. Des trous-de-cul de la Bible Belt et de l’Alberta m’ont bombardé de pamphlets en papier glacé dont certains allaient jusqu’à détailler mes six premières journées en enfer. Bien au fait des exploits islamistes, j’ai donc bien mesuré les conséquences qu’aurait pu me valoir ce bouquin avorté. D’ailleurs, un dessin manque à ce vidage de tiroir. Comme il n’était pas forcément hyper-marrant, je me suis abstenu. En gros, c’était titré : blasphémez dans la tranquillité de vos chiottes. Sur un rouleau de papier cul figurait la face de Celui-dont-on-ne-peut-prononcer-le-nom.

Voici deux œuvres à propos de l’obscurantisme à visée scientifique. Ces deux dessins ont déjà été partagé sur Le Journal Le Québécois. Ma sensibilité de biologiste et ma fascination pour l’évolution des espèces s’y expriment. L’évolution constitue pour moi le plus grand et le plus magnifique spectacle du monde. Un éminent biologiste et généticien affirmait d’ailleurs que…

Rien n’a de sens en biologie, si ce n’est à la lumière de l’évolution – Theodosius Dobzhansky

Et pourtant, cet indéniable FAIT est constamment soumis aux attaques d’analphabètes scientifiques se réclamant de fables aussi délirantes et controversées les unes que les autres. J’aime bien la légende au bas de mon défilé de primates, elle résume bien ce qui me fait sourire quand cognent à ma porte des témoins de Jéhovah…

Ci-contre, ce poisson à nageoires charnues, représentation personnelle d’un ancêtre des tétrapodes modernes, a déjà été publié sur le site. C’était le printemps dernier. J’ai ruminé cette idée de dessin depuis le congrès Athées sans frontières de 2011 à Montréal. Un conférencier Canadien y racontait avoir ironiquement collé sur sa voiture un petit symbole chrétien, l’ichtyus, mais avec des pattes évoquant l’évolution des espèces. Offensés, des chrétiens plutôt crétins ont cru bon vandaliser sa voiture. Voilà pour l’inspiration. À ce même congrès, j’ai rencontré de nombreux américains pour qui révéler leur athéisme fut vécu comme une véritable sortie du placard, avec toute la purée que ça implique.

Ceci étant dit, l’athéophobie étasunienne est bien douce en comparaison de ses penchants indonésiens, libyens, mauritaniens, iraniens, malaisiens, égyptiens, soudanais et de nombre d’autres pays où les interprétations radicales de l’Islam dominent… Je vous laisse imaginer la sordide créativité des sbires de ces régimes obscurantistes.

Autre sujet. Les mariages forcés de fillettes à des vieux tordus libidineux existent. Parfois le marié est, lui aussi, un gamin. La religion constitue un alibi plutôt commode pour cette pratique qui relève souvent de la pauvreté.

Ah, les écoles confessionnelles du Québec! J’en connaît des profs qui ont œuvré dans des contextes indéniablement obscurantistes subventionnés par l’État. Achalant et irrationnel. De la pure maltraitance.

Je l’aime bien celui-là, ci-dessous, à gauche. Je l’ai bricolé pour Le Québécois, sachant que finalement le livre n’adviendrait pas. Il exprime le mépris que portent les gourous monothéistes à la sexualité et au corps, lesquels sont dépeints comme la chose la plus hideuse qui soit. Le monstre a été fait en 95 à l’huile sur canevas au bord d’une rivière albertaine! Je bossais dans un restaurant des Rocheuses canayennes. J’y ai même suivi le dernier référendum. Sale moment! À droite, toujours la haine monothéiste des jeux de l’amour. La détestation d’un des plaisirs les plus élémentaires que puisse nous procurer notre brève existence. Faut vraiment être frustré ou dérangé de l’encéphale pour tenter d’imposer pareille balivernes.

Ci-contre, en haut, Mère Thérèsa-David rayonnante devant Couillard, son improbable allié, à l’époque où elle était reine de la gauche régressive. Je sourcille toujours lorsque son nom ressort quand on évoque les femmes s’étant le plus illustrées au Québec. Depuis Option Citoyenne, David a toujours transpiré l’indépendantisme mou en reléguant la liberté aux calendes grecques. Pour moi, elle incarne une gauche fade de missionnaires condescendants. Est p’têt ben fine en privée, c’est sûrement super cool de manger une platée de lentilles avec elle et de voir luire ses yeux de musaraigne à la lueur d’une chandelle, mais force est de constater que tous ses bons coups furent ternis par le zèle de ses envolées multiculturalistes et par l’évidente mollesse de ses convictions indépendantistes. Khadir, son «co-porte-parole» de l’époque, est un tantinet plus sincère pour ce qui est de briser les chaînes qui nous lient au Canada. Cet admirateur de Gandhi qui lui, en son temps, avait pris la mesure de ce que perdaient les indiens à se disperser, a visiblement pris acte de la leçon catalane en appuyant un rapprochement électoral avec le PQ. Malheureusement, comme la mère David, il nous rabâche inlassablement les oreilles d’inclusiveries culpabilisantes coupées de la populace. Et la relève d’entonner les mêmes refrains contre vents et marées.

Le roi de la discorde c’est, sans conteste, Couillard… Ci-contre, le multiculturalisme à l’œuvre. Chacun pour sa paroisse, à tirer la couverte de son bord. Au yable le collectif. Les francophones regardent ailleurs, trop occupés à s’entre-déchirer pendant que l’auto-proclamé «bon père de famille» se dilate la rate en veillant à bien alimenter la zizanie. Tiens, après coup ça me fait penser à cet album d’Astérix, La Zizanie

«À mon humble avis, le problème du PLQ n’est pas seulement dans le message, mais aussi dans le messager qui en est chef. Et le problème du messager, c’est qu’une grande partie de la population ne se sent plus fière d’être québécoise et francophone dans son regard.» Boucar Diouf

La gauche régressive et le PLQ préfèrent défendre d’intolérantes idéologies colportées avec zèle par une minorité de croyants prosélytes et bruyants, plutôt que de condamner (entre autres) l’homophobie que sous-tendent leurs interprétations religieuses. Avaliser indirectement des archaïsmes plutôt que de les baliser…

Assassiné en 2015 par des paumés devenus djihadistes, Charb demeure, à mon humble avis, le meilleur dessinateur satirique de sa génération. Il faut relire ses fatwas, redécouvrir son incisif coup de crayon et ses ignobles personnages jaunes pisse. Un maître de la satire! Avant que ce présent projet de livre n’avorte, on m’avait demandé mon avis quant à sa préface. Il s’agissait de choisir entre Charb et Plantu. J’optais évidement pour Charb, pour sa droiture, son courage et son registre d’humour bien plus audacieux et baveux que celui de Plantu. Stéphane Charbonnier, dépourvu du moindre tabou, est un digne héritier de Reiser mon maître, même si ce dernier rechignait à représenter politiciens et personnalités publiques (hormis Franco). Cette habileté à croquer les gens ordinaires était la grande originalité du père du Gros Dégueulasse.

J’ai toujours trouvé ridicules les fringues de gourous. Leurs tenues sont plus délirantes que ce que portent les plus excentriques des rock stars. Et les papes cathos sont particulièrement forts! Un jour, alors que je bossais au Nord, chez les Cris, mon frère m’a envoyé par la poste des photos des funérailles du pape Jean-Paul II. Les images étaient saisissantes. Ciboire que j’ai ri! Le pape Jipi Two a été empaillé et envoyé au compostage dans des atours de haute voltige. Petites godasses d’Aladin, casque de bigoudène, costume de carpe koï…

Ci-dessous, à gauche, la sordide parade des multiculturalistes. À l’époque Mulcair était encore aux commandes du NPD. Sur le dessin de droite, la UNE du second et dernier numéro de la seule revue satirique Québécoise depuis CROC, Le Taon. On y célébrait le flushage d’Harper lors des dernières élections fédérales. Le Taon fut une belle tentative. Avec du bon monde qui, évidement, travaillait pour pas un rond.

Quelques mots sur les années Harper :

Les Jesus freaks avaient eu du mal à digérer l’institutionnalisation des mariages gays. L’arrivée au pouvoir d’Harper les rassura : il mit en œuvre une stratégie lui assurant l’allégeance d’une base religieuse organisée. Dès lors, les born again affluèrent vers leurs élus évangélistes et les tribunes du Parlement se garnissaient d’illuminés menant des offensives de prières. Convaincus de l’imminence de l’Apocalypse et que le Canada y jouera un rôle prescrit par les Écritures (en 2006, l’horloge de la Tour du Parlement s’est «miraculeusement» arrêtée à 7h28, une allusion au Psaume 72:8) ces crétins s’affairent d’avantage à sauver des âmes pour la moisson finale qu’à lutter contre les changements climatiques. Les incontournables : offensives pro-vie, moralisation artistique, retour des femme à la maison, obscurantisme, etc. Et, puisque, selon la prophétie, Israël jouera un rôle capital au second avènement, ce belliqueux «Bush bis» assuma un virage pro-Israélien et éroda allègrement l’image pacifiste qui caractérisait le pays. En 2010, malgré les flacons de sirop d’érable offerts aux ambassadeurs présents au moment du vote, ce virage coûta au Canada un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Accepter que l’on puisse faire ce qui nous plaît de nos gonades entre adultes consentants, c’est trop demander aux tordus qui runnent les grandes sectes à succès. Dans sont Traité d’athéologie, Michel Onfray a bien décortiqué le pourquoi de cette fixation chez les chrétiens. Toujours est-il qu’en France, quand Hollande a voulu faire passer le mariage pour tous, les cathos intégristes ont fait un boucan qui en a étonné plus d’un au Québec.

Circulez, y’a rien à voir. L’Islam n’est que bonté, amour et paix! Eh ben non! Gauche islamophile tu te plantes! Dans le coran, s’il y a bien quelques sourates invitant à l’amour et à la miséricorde, le ratio est en faveur de celles qui vont dans le sens contraire. Les passages belliqueux dominent, validant l’inégalité femmes-hommes, l’homophobie, l’antisémitisme, la haine des incroyants et des non-musulmans. Nombreux sont les passages légitimant le recours à la violence. Le curriculum vitae du prophète n’est pas vraiment reluisant. Alors, on fait quoi? On vit dans le dénis? Est-ce xénophobe que de relever les inaptitudes sociales qu’encouragent les religions? Je me demande par quel miracle une société ayant déserté les églises comme la nôtre a pu s’enfoncer dans de telles chicanes plutôt que d’assumer une singularité qui, justement, la prédisposait à bien accueillir et intégrer ses immigrants. Ils sont malins nos ennemis.

Ne pas vouloir se plier à ce rite, le ramadan, en bien des endroits, peut vous valoir un lot de problèmes. Est-ce xénophobe d’en faire des caricatures? Crier au blasphème et à l’islamophobie pour si peu c’est encourager les interprétations les plus obscures et autoritaires de l’islam, c’est nuire à l’épanouissement de lectures plus compatibles à notre société, c’est prendre nos compatriotes de culture arabe pour des cons monolithiques, c’est cracher sur ceux qui, sous d’autres latitudes, luttent avec courage.

Celui-là, avec les caves,  s’est glissé dans les pages d’À Bâbord! Étonnant que le comité de rédaction n’ait pas rogné la partie de gauche, avec les gourous. Têtus, ils refusent obstinément de prendre acte du fiasco multiculturaliste anglo-saxon et des erreurs de nos cousins français. Je pense notamment à l’effet catalyseur dans la montée du FN (et de son vieux fond bel et bien xénophobe) qu’ont rendu possible les stratagèmes de division de la droite menés par le Parti Socialiste de Mitterrand. Idem pour l’abandon de La Défense de la laïcité par les mouvements antiracistes français. La p’tite presse urbaine de gôche, grossièrement partisane de la p’tite gôche politicienne urbaine, encourage les mêmes bévues et méprise la plèbe jugée vulgaire, ignare et raciste. Repliés sur eux-mêmes, ils font le lit de la droite en lui garantissant le pouvoir. Ce sont, avec les gourous obscurantistes et les fachos de base, des caves. Et c’est peu de le dire car ce sont eux, au milieu avec le PLQ, qui nourrissent ces deux extrêmes.

Le cours d’ECR est une intrusion multiculturaliste dépourvu de recul historique et de regard critique. Négligeant l’athéisme et l’agnosticisme, il invite les jeunes à passer au buffet, suggérant, pour l’occasion, qu’il s’agit-là d’une quasi-nécessité. Les dérives religieuses qui ont ponctué le parcours de l’humanité y sont outrageusement négligées. Décidément, on aurait pu faire mieux, pour nos mioches, que ce foutu cours. Des pistes? Je ne peux que vous recommander (encore) ce magnifique ouvrage publié sous la direction du Daniel Baril et de Normand Baillargeon : La face cachée du cours Éthique et culture religieuse.

Seule une école laïque est en mesure de remplir sa fonction d’intégration sociale des enfants de toutes origines, indépendamment de leur culture ou de leur religion. Nadia El-Mabrouk

En 2014 le vice-premier ministre Turc y allait de cette déclaration délirante. Puisse la peste noire bouffer le cul de ce grotesque fossile vivant.

À priori, c’est pas nos lanternes les plus éblouissantes qui quittent pour la Syrie. Mais coudonc, ça se pourrait tu qu’les tensions entretenues par les ennemis de la (mal nommée et politiquement instrumentalisée) Charte du PQ aient contribué à nourrir le sentiment d’exclusion de ces pauvres bougres. Est-ce vraiment au PQ de porter à lui seul l’odieux de la situation? Ah, c’est depuis la Charte, la foutue charte, la Charte à Drainville, la Charte raciste, la Charte de la honte, la catho-laïcité… Et si la gauche avait défendu les avancées de notre sécularisation collective, même modestes (à savoir que le crucifix de l’Assemblée Nationale, entre autres choses, n’était qu’en sursis), au lieu de s’acharner à flageller le peuple québécois d’anathèmes ignominieux. Comment un citoyen issu de l’immigration peut-il intégrer une Nation dominée qui ne cesse de s’excuser d’exister? Franchement, aller faire le zouave en Syrie, plutôt que d’épouser notre lutte de libération nationale! QS et le PLQ encouragent le communautarisme et le repli sur soi. Ils contribuent au mal-être des djihadistes du dimanche.

Quinze ans après ce débat sur le kirpan qui a enflammé le Québec, le NPD vient de couronner un rigolo trimballant son p’tit kit religieux. Un bonimenteur orange au CV garni d’âneries multiculturalistes. Un hipster sikh qui s’est illustré par sa verve à défendre les accommodement religieux, en particuliers ceux qui concernent sa propre communauté. Pour séduire le Québec, ce charmeur de serpents affirme aujourd’hui renoncer à s’opposer ouvertement à ce que le Québec débatte de la place des signes religieux… Il n’aura qu’à s’en remettre à la Charte Canadienne de papa Trudeau le moment venu. On voit rapidement poindre les limites de l’ouverture de la gauche molle fédéraliste.

Les enfants ont besoin d’un visage pour décoder les signes élémentaires de l’expression humaine. Si la face d’une éducatrice se planque sitôt que pointe une barbe, le message envoyé est celui de la subordination de la femme. Toujours les femmes, avec leurs foutus appâts… Et ces hommes aux ingérables couilles… Soyons clair, le voile dans les centres de la petite enfance et dans les écoles, n’est que l’expression d’un dogme religieux qui s’impose là où il n’a rien à crisser. Ouste! la religion, ça relève du domaine privé.

Non à la discrimination entre les religions! À chaque secte son espace de recueillement! Astiquons nos bites, roulons nos billes, giclons et mouillons allègrement à la gloire de Dieu! Amen!

L’ancien maire du Saguenay, Jean Tremblay, alors qu’on lui refusait le droit à sa petite prière municipale. On espère que les extra-terrestres viendront nous le ravir celui-là.

Le dessin d’origine représentait Mitt Romney, mormon et dernier opposant républicain d’Obama. Je l’ai détourné pour moquer le pentecôtisme et autres sectes dérivées du christianisme. Les illustres adeptes canadiens de ce délire born again en plein essor, c’est la gang de cowboys d’Harper, les Stockwell Day, Preston Manning, James Moore, Gary Goodyear et autres exaltés qui prétendent se taper la discute avec un barbu céleste splitté en trois.

Celui-là, j’en suis fier, ne serait-ce que pour l’histoire de sa genèse (évoquée dans la complainte en bas de page). Il symbolise la phallocratie religieuse dans toute son obscénité. Un gourou «tout en un».

Logique de gauche régressive, encore… Ces alliés de la droite et anti-péquistes primaires.

La libido cocotte-minute, ça donne du tordu sexuel et du pédophile. Pour tenir votre vœu de chasteté, curetons, coupez-vous les bourses et faites-en des reliques à adorer. Comme pour le palpitant mariné du Frère André!

On est tellement dans une catho-laïcité… qu’on peut moquer le christianisme sans s’attirer les foudres des multiculturalistes! Peut-on rigoler de TOUS les symboles religieux? Peut-on les blasphémer? Absolument. Ils peuvent être passées à la moulinette de l’humour, de la réflexion et de la raison car ils n’engagent que ceux qui y souscrivent.

Pensées athées! Effets secondaires dérivés de comportements sociaux remontant à l’aube de l’humanité, les bondieuseries, ces placebos pour primates glabres, ne sont pas des hypothèses dignes d’intérêt pour déchiffrer les mystères de notre monde. Elles reposent sur des fictions triturées par des générations de scribes et comportent nombre d’anachronismes et de contradictions. Inscrites dans les contextes historiques qui les ont vu naître et évoluer, elles révèlent les manipulations, bien humaines, dont elles ont fait l’objet.

Heureux les croyants, mais je préfère mon angoisse et ses yeux grands ouverts – François Cavanna

J’ai fait la première mouture de ce dessin alors que le Mali basculait dans le chaos. Après le renversement de Kadhafi en Libye, alors que des armes se sont mises à déferler sur le pays. Un autre dégât collatéral généré par l’Occident. Vous n’avez pas le monopole de cette critique, les zinclusifs. Seulement, vous minimisez l’autre dimension de ces dégâts : les dérives et les instrumentalisations religieuses.

Le guett, une sympathique coutume juive orthodoxe. Le divorce n’est possible que si le détenteur de testicules y consent. Pas de bol pour les détentrices d’ovaires. Est-ce antisémite que de critiquer cette injustice?

L’islamisme et ses relents patriarcaux : couvrons les femmes, ces paires de glandes mammaires surmontant un orifice! L’homme, vulnérable créature assiégé de stimulus démoniaques, se tient, quant à lui, dans son sac scrotal. J’ai déjà partagé ce dessin sous le titre «Féminisme, le front négligé».

«(…) le glissement marqué vers des positions de droite d’une partie de la population ne résulte pas d’une islamophobie qui serait intrinsèque au Québec et qui remonterait à l’orientalisme. Elle résulte en partie du fait que les courants progressistes n’apportent pas de réponses satisfaisantes et réalistes aux défis posées par la montée des courants religieux conservateurs, fortement imprégnés de la pensée islamiste. » – Rachad Antonius

L’anarcho-panda et le prof Xavier Camus, sont des progresso-tartuffes bien utiles à ceux qu’ils prétendent pourfendre, ce 1% visiblement plus malin qu’ils ne l’imaginent. Comme profs de philo, ils ne sont pas la panacée. Deux dessins parmi d’autres insérés dans les propos du philosophe François Doyon, de redoutables dissections, ici même, au Journal Le Québécois. Les liens : La poutre dans l’œil du panda et Les dérapages sophistiques de l’inspecteur Camus.

Mettre les arabes dans le même panier, laisser les trous-de-cul monopoliser les tribunes, tasser les modérés, ceux qui épousent notre lutte d’émancipation, faire la sourde oreille (la sourde oreille, c’est bien ce qu’a fait l’initiative tordue Faut qu’on se parle dans sa petite plateforme safe space sauce QS). Belle job, on avance à reculons!

La judiciarisation de la société est un cancer contemporain et bien américain. Du bâillon s’étant abattu sur le livre De Noir Canada aux procès contre Djemila Benhabib, on parle de la même tactique liberticide.

Sur le traité de non-intervention yankee et les magouilles saoudiennes qu’il couvre en échange de l’accès à la ressource mortifère, si je puis dire. La pépinière à fanatiques tourne pendant que le pétrole rentre.

Oui, ça existe. Des compagnies aériennes proposent bel et bien des voyages halal. La tête dans le cul, le nez dans les hémorroïdes et les villosités les plus ténébreuses. Entre-nous, coupés des autres, ces étranges, on est si bien. Oh boy, le multiculturalisme à l’œuvre produit de bien curieuses patentes!

Texte facultatif – Complainte de celui qui a du talent, certes, mais pas c’qu’y faut.

 

J’écoutais sur Radio-Cadenas une émission qui datait de quelques année. C’était sur les forts en gueule, les Falardeau, Chartrand et compagnie. Luc Picard et Josée Legault étaient présents et relevaient que prendre position, parler haut et coloré, dans la tradition pamphlétaire, sortir ses griffes pour quelque chose qui ne soit pas égocentrique, ou carrément, juste se tailler une place sur les tribunes du Québec, eh ben, c’est particulièrement dur. On dit souvent des québécois que nous n’aimons pas la chicane. Falardeau trouvait qu’on n’était pas assez baveux. C’est peut-être lié aux dégâts collatéraux de notre statut de dominés. Des fois, je trouve aussi qu’on fait preuve d’un snobisme délirant compte tenu de notre situation de peuple inféodé. Une sorte d’élitisme de classe, un tantinet urbano-centriste. Prenons mon modeste cas, sans imaginer que je puisse oser revendiquer l’envergure intellectuelle de nos forts en gueule nationaux. Mes dessins «de presse» donc. À part Roméo Bouchard, un grand monsieur fort culotté qu’on gagnerait à écouter d’avantage, parmi nos personnalités publiques, y’a pas grand monde à avoir osé faire circuler mes coups de sang crayonnés. Pourtant, on n’est pas des masses à le faire au Québec. Dans la tradition du dessin satirique, c’est plutôt désertique quand il s’agit de certains thèmes. Bien sûr, c’est pas exclu que je sois nul. N’empêche, des fois je rigole jaune en voyant des personnalités du même côté de la barricade que moi regarder ailleurs et diffuser des trucs similaires aux miens, mais pondus par des Belges, des Français, des Ricains, etc. Bizarre ça, monter aux front pour les dessinateurs, parfois même en faire des livres, mais zapper les crus locaux. Surtout si leur bouille n’a pas eu le privilège de briller chez Guy A. Lepage. Bon, c’est vrai, parfois je reçois une ‘tite étoile en privé, pour coller dans mon cahier d’écolier.

Mais c’est quand je regarde THE projet avorté que je grimace le plus. Tous ces dessins, ceux que vous avez sous les yeux. Des semaines de job monastique perdues pour échouer ici. Malgré tout le bien que je pense du journal Le Québécois, formidable espace de liberté, on ne parle, dans mon cas, en terme d’exposition, que de quelques centaines de likes. On est loin de rivaliser avec les minous dans les paniers, les Pierrot-la-lune et nombre de chroniqueurs aussi insignifiants que Cassivi. Bien que je n’exclue pas le rôle de la simple ignorance de ce que sous-tend la condition des artisans de la culture, surtout s’ils ne sont pas «inoffensifs»; c’est cette expérience qui me permet d’affirmer qu’il existe des castes assez hermétiques chez les militants. Pour mieux comprendre mon propos, prenons un épisode ultérieur à ce fameux projet de livre. Plus court, cet épisode résume cependant le précédent.

Sachez qu’une fois THE coup encaissé, j’ai conclu que le prestige, la réputation ou l’apparente amitié d’une personnalité publique, lorsque celle-ci me propose une collaboration, ne devraient plus jamais m’exempter de méfiance. Voir en conférence quelqu’un qui soit en mesure de m’arracher des larmes, être témoin de son courage sur le front et considérer son usage des vocables de l’amitié, ça reste hasardeux. En illustration, quand t’es sérieux (et précaire), pour une commande particulière, tu restes méfiant et tu signes un contrat d’abord. Une fois tes esquisses validées, tu te lances sur le «propre». Deux, trois changements demeurent possible sur la version avancée, mais au-delà, c’est payé à l’heure. Comme on paie le plombier, le cordonnier ou le conférencier. Pour une job à 4 mains, dans le cadre d’un livre, avant de te garocher, t’as besoin d’une entente signée avec un éditeur.

Donc ma star, celle from THE initial book project, réapparait dans le décor. Bien entendu, en bon con, bêtement honoré d’être qualifié de champion, je propose encore du rabais et zappe le contrat. La bonne cause d’abord! ¡Venceremos tabarnak! ¡Hasta la victoria siempre! Comme si je pouvais financièrement me le permettre. Mais bon, j’estime remettre un peu mon cul dans le radar d’une personnalité dont je respecte passionnément, encore à ce jour, l’engagement et les luttes. Je me suis donc pincé le nez (très fort) et fais une croix sur l’embrouille antérieure. Cette fois, il s’agit de créer une affiche originale pour promouvoir une conférence. Un autre nom que j’apprécie (pour certaines de ses positions, pas toutes, car lorsqu’il encense l’écrémage scolaire et va faire le mariole en France pour le compte des Républicains, je le vomis) était greffé à l’événement. On attend de moi une job d’illustrateur et de graphiste. Hormis un contrat signé en aval, cette fois, je fais à peu près dans les règles, puisqu’on s’est entendu sur un montant. Mon esquisse approuvée dans l’enthousiasme, je me lance avec pour contrainte un délai serré, et ce, même si mon calendrier est gorgé de jobs alimentaires énergivores, même si ma famille ne se met jamais sur pause et même si ma dulcinée, elle aussi précaire, ne comprend pas toujours mes manœuvres.

On bascule alors dans un cas de figure proche de ce qu’on qualifie de «copinage» à Madagascar. Je me retrouve dans les talons aiguilles d’une putain Malgache et la star, dans les gougounes d’un adipeux gringo. Entre partenaires, on n’est pas sur le même pied d’égalité.

Une fois la chose bouclée dans les délais et conformément à l’esquisse, PAF! ça ne colle plus! Un comité surprise de 15 personnes dans le lointain Paris, probablement des fervents défenseurs de Charlie Hebdo et des dessinateurs de presse, n’avalise pas mon dessin. Sachant que l’unanimité est une inaccessible étoile, un comité qui débarque comme ça, à ce stade du processus, c’est emmerdant. On bascule alors dans un cas de figure proche de ce qu’on qualifie de «copinage» à Madagascar. Je me retrouve dans les talons aiguilles d’une putain Malgache et la star, dans les gougounes d’un adipeux gringo. Entre partenaires, on n’est pas sur le même pied d’égalité. Après une série de changements docilement apportés, dont certains dénaturent le gag d’origine, confronté à des réponses au compte-goutte, de plus en plus espacées, puis inexistantes, je produis une affiche «plan B», à partir de mes archives, notamment à partir de ce qui aurait dû être la couverture du livre, celui duquel j’avais été écarté (THE projet). Toujours est-il que le silence radio a perduré, que la conférence s’est tenue et que j’ai constaté qu’on avait fait sans moi, avec une affiche d’amateur poche. Certains diront qu’évidemment, dans la cour des grands, la lutte doit se poursuivre et qu’on ne perd pas de temps avec ce genre de bagatelles. Avec les greluches Malgaches.

J’ai dû me bagarrer un peu pour le principe, perdre encore du temps, stresser encore un tantinet, pour être payé au tarif de misère dont nous avions convenu. J’ai reçu le fric avec en prime le verdict du couperet : tu as du talent, certes, mais pas ce qu’il faut. Détail marrant, j’ai compris à ce moment que le dessin du plan B, c’était comme s’il était sorti de nulle part, comme si j’avais halluciné le destin qui lui fut un jour promis. Il n’a même pas été reconnu! C’était comme si un tel dessin, ça se chiait en 5 minutes. Voilà pour l’ego!

Nous en sommes maintenant à l’objet de cette complainte : à quoi correspond ce «ce qu’il faut»? Vous irez de vos suggestions. À mon humble avis, l’habileté à placer son produit, à procéder à sa mise en marché et à cultiver «les relations» compte pour visiblement autant que le talent à proprement parler. Quand ta place est taillée sous le soleil des projecteurs, quand t’as été suffisamment habile pour vendre ta camelote, quand tu connais les bonnes personnes, on ne te traite pas comme une pitoune Malgache. Le malheur des créateurs, c’est qu’on n’a pas tous la bosse des affaires.

Bien qu’il soit ce qu’il est, créativement parlant, parce que justement, à ses heures, il broie son noir avec les doryphores et les frappe-à-bords (…) Sa singularité compte pour peu.

Plantez un dessinateur mésadapté de la vente en «région», au fond d’un rang, et constatez le gaspillage de talent. Bien qu’il soit ce qu’il est, créativement parlant, parce que justement, à ses heures, il broie son noir avec les doryphores et les frappe-à-bords; bien qu’il soit original à souhait, traînant dans sa besace un vécu l’ayant mené aux quatre coins du monde, de l’Île de La Réunion, au sommet de la Terre, chez les Cris et les inuits, en passant par l’Amérique latine et l’Europe; bien qu’il sache, avec le maraîchage, l’apiculture et le trappage, faire le pont entre les saisons; bien qu’il soit délicieusement étrange, humaniste, indépendantiste contre vents et marées, sensible aux idées de décroissance, collectionneur de crânes, entomophage, mélomane aux racines barbares, champion des lacto-fermentations et du cannage; bien qu’il soit technicien en santé animale, biologiste spécialiste en zoologie et en parasitologie, qu’il ait tâté de l’enseignement avec tous les groupes d’âges; bien que ce type, avant de s’armer de crayons, se fut dressé de sa personne contre des intrusions évangéliques créationnistes en milieu scolaire et fut l’une des première cible qualifiée de «raciste» par une gauche amorçant sa dérive vers l’insignifiance; il n’a visiblement pas ce qu’il faut. Sa singularité compte pour peu.

Pouilleux, il est loin des réseaux. Là où les portfolios ne passent pas de main à main, circulant des canaux d’internet aux caniveaux d’éditeurs croulant sous les sollicitations et n’ayant que faire d’un hurluberlu rural brassant d’la marde et aimantant poursuites judiciaires et fatwas. Ses relations, c’est ses potes, sa famille, la couleuvre qui chaque année réapparaît dans ses rangs de blé d’Inde, les batraciens et autres bêtes de l’étang d’à côté, etc. Non camarades, Péladeau ne va pas prendre l’apéro, au Rang 3 ouest, là où le fumier de chèvre embaume l’air. Et ce pauvre Aprilus qui n’a même pas, le guts de ranger sa pathétique petite morale le retenant de payer Facebook pour faire la promo d’une job qui, au fond, est surtout motivée par l’avancement de causes et le désir de contribuer au grand remue-méninges collectif. Ça le déchire, ce con. Tant de choses lui semblent contradictoires dans ce métier. Et encore, si ce n’était que ça qu’il lui fallait pour mettre son cul sur la mappe. Pôvre crotté, tout pogné et inconfortable quand vient le temps de faire mousser sa job, sa personne. Un con d’anthologie, un pittoresque plouc, un folklorique marginal qui n’a pas voix au chapitre, un mythique mité régional, larmoyant lascar… Pour ce genre de naufragé de la société, il ne reste plus que la marge.

À quoi bon se faire pousser des tumeurs quand on peut faire pousser des choux et en faire de la choucroute?

Ceci étant, à priori, la marge n’est pas forcément inconfortable. On peu très bien s’appliquer à y mener une existence philosophique des plus riche. Voir le ciel et sentir passer les saisons, ça aide. La quête de reconnaissance et la consécration n’ont, au fond, que peu d’importance dans une vie de singe. Au bout du compte, on finit tous par crever et faire du fumier. Y compris les stars et ceux qui laissent, momentanément, leur nom dans l’éphémère histoire des hominidés que nous sommes. Alors décontractons-nous le cul. À quoi bon se faire pousser des tumeurs quand on peut faire pousser des choux et en faire de la choucroute? Je suis fier de ce que j’ai modestement exprimé depuis presque 10 ans dans mes BD, ici, sur mon blog et au travers de ce que les aseptiseurs de la gauche compassionnelle façon QS ont laissé filtrer dans les pages d’À Bâbord! La synthétique et pédagogique BD La Grande Dérape, l’existentielle La Marge, la noire Kwebek 3000, les épisodes rurales et scatologiques du Maraîcher Masqué, les méchantes Dion le Sale Roquet et Les Aventures de Stifine, les délirantes Couilles de terre, les dessins éditoriaux, les aphorismes d’Albert Brie, le story board autobiographique Pauv’, Moche, Gras-Dur, etc. Je trouve que mes gribouillages ont pris du gallon au fil du temps. Depuis que je me suis lancé dans le Journal Ensemble (c’était mignon comme paris, une coopérative journalistique, même si au final jamais une crisse de cenne ne m’aura été payée), en autodidacte, j’ai progressé dans l’art de croquer le monde. Je suis moins maladroit qu’au départ, mon trait s’est décoincé. Bref, j’ai vécu mon trip Hara Kiri et renoué avec le plaisir d’écrire. Car à travers tout ça, j’ai aussi balancé quelques textes qui ne me font pas rougir (bien qu’ils aient été encore plus long à pondre que les dessins). Mêmes si mes bricoles n’ont pas été chiées à la bonne époque ou du bon endroit, même s’ils ne sont que des coups d’épée dans la flotte, elles sont du pays, du terroir, façonnées par le Québec. Elles sont thérapeutiques et authentiques, ostie.

Merci à ceux et celles qui ont considéré, valorisé et diffusé mon travail; aux quelques-uns qui, parfois de leurs poches, m’ont soutenu dans les bouttes roffes, les passages cloutés et les creux de vague. Ne serait-ce que pour vous avoir côtoyé et vous avoir fait rigoler, ça valait le coup.

Ciao!

Aprilus

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Guilbeault est-il un écotartuffe?

De Standing Rock à Guilbeaut, en passant par Hulot

En janvier dernier, j’ai contacté un pote de Coule pas chez nous! et de Non à une marée noire dans le Bas-St-Laurent pour essayer de dénicher une plume avisée voulant bien se pencher avec moi sur les évènements de Standing Rock aux states. J’avais envie de dessiner là-dessus et je voulais coller mes gribouilles à un texte qui planterait le décor. En échangeant avec des militants, j’ai capté que l’urticant du moment, dans notre petit contexte, c’était Steven Guilbeault, dépeint comme le poster boy aux commandes d’Équiterre, une organisation perçue comme tiède et molle. Le thème de Guilbeault s’est dès lors imposé (Standing Rock, je l’ai croqué en solo). Lorsque des bribes d’infos ont commencé à me circuler sous le nez, j’ai tout de suite pensé à Nicolas Hulot. Présentateur vedette adulé, éco-star et actuel ministre français de la «Transition écologique et solidaire», Hulot s’est mérité le caustique quolibet d’écotartuffe par certains courants de gauche.

Qu’est-ce qu’un éco-tartuffe?

Je crois que c’est le magazine français La Décroissance qui a pondu ce terme, éco-tartuffe. Il désigne des individus qui ne sont pas à une contradiction près. Bibittes à médias, offrant des bilans carbone démesurés, appartenant à la jet set, parfois même exilés fiscaux (comme Charles Aznavour), ils sont d’intarissables moralisateurs. Les éco-tartuffes donnent des leçons d’écologie «de surface», nous exhortent de bien fermer nos robinets et de bien composter, tout en s’abstenant de poser les vraies questions, celles qui égratignent. Bref, ils s’efforcent de repeindre le capitalisme en vert avec, quelquefois, la bénédiction de douteux sponsors. À leur adresse, La Décroissance garroche ceci : «Vous incarnez de manière pratiquement parfaite la capacité du néolibéralisme à digérer sa contestation et à semer la confusion chez ceux qui lui résistent. … Elle amène à penser que la société de consommation ou le néolibéralisme sont compatibles avec la préservation de la planète». Au final, les éco-tartuffes, purs produits de la société du spectacle, seraient pour les dominants de ce monde à la fois d’inoffensifs imposteurs et d’utiles rigolos.

Je vais encore me faire plein d’amis

Pourquoi représenter notre Tarzan des écolos sous un jour aussi défavorable? Le monde ne manque pourtant pas de méchants. Au départ, Guilbeault, c’était pas le type qui m’irritait le plus, d’ailleurs, chaque année, ma blonde file du fric à Équiterre et ça ne m’a jamais fait râler. Pour moi, Steven, c’est un gentil qui a choisi de jouer dans les ligues majeures, là où, forcément, il faut se pincer le nez et aseptiser son discours. Grosso modo, l’idée c’est de diffuser quelques idées dans les cercles du pouvoir et de grappiller des miettes d’infos utiles pour nourrir les bras armés du mouvement écolo. Non vraiment, Guilbeault à la radio, à la télé, c’est pas celui qui me pompait le plus. Il passe bien. Il a une bonne tête de granole qui s’est rangée. Un brave curé défroqué. Français impeccable. Belle fringues. À priori, rien d’achalant. Je me dis que tout de même, ça m’étonnerait que ce type soit indépendantiste, je le sens vielle mandarine. Me semble qu’on aurait beau l’ensevelir de pelletées d’arguments écolos et progressistes pour l’indépendance, il resterait canadian à l’os. Toujours est-il que le vertueux verbiage et la moiteur mesurée (nécessaires diront certains), ça ne transpire pas la promotion active et décomplexée d’une vision politique et économique audacieuse, révolutionnaire et indépendantiste. Devant ce vert vernis beurrant une économie indéniablement mortifère, je partage l’agacement et l’impatience de mes potes militants. Moi aussi j’ai soif de coups de pieds dans la fourmilière. Moi aussi la novlangue m’exaspère.

Alors je me suis lâché. À un point tel que ça n’a pas fait l’unanimité. La satire et les références scatologiques ne font pas rigoler tout le monde. Nonobstant la magnificence symbolique de la marde et des culs, la recette ne passe pas toujours. Ainsi, la première «plume» a finalement choisi de s’en tenir aux échinodermes, méduses et crustacés du St-Laurent (vous devinez qui?). La seconde «plume» fut victime d’un vague à l’âme et tomba en panne. Nous mîmes donc dessins et ébauches de textes à macérer sur les tablettes. Jusqu’à ce que nos sources entrent en contact avec Rémy Bourdillon de chez Ricochet (où on ne produit pas que des âneries régressives d’arrondissements urbains). Celui-ci a fait de leurs témoignages un solide texte, équilibré et éclairant pour quiconque ignorait l’existence de ces tensions au sein du mouvement écolo. Le point de vue de Guilbeault y est exposé et c’est très bien (pour le lire, suivez le LIEN). Rien toutefois sur un autre vecteur de frustration qui me titillait et que j’aurais voulu explorer. Il y a un an, lors de la rencontre du CAPÉ, j’ai eu aussi l’occasion d’entendre des collègues maraîchers faire état de sentiments mitigés à l’endroit d’Équiterre. Hors de l’exigeante formule du panier, point d’appuis. Même si le panier valorisé par Équiterre a indéniablement contribué au développement du maraîchage bio, la formule semble parfois un peu sclérosée et plus ou moins pertinente selon les régions, surtout si elles sont éloignées de Monrial.

Tintin souillant d’une bouse bio son mythe

J’ai ressorti mes sales dessins en solo parce que je crois qu’ils pourront faire rigoler les adeptes d’humour noir et requinquer quelques militants. Je n’ai pas la haine de Guilbeault, faudrait pas croire. Vraiment. Simplement, je pensais bien illustrer le sentiment de mes camarades en jouant le stéréotype du sauveur médiatique, angélique et aseptique. Le justicier de la justice. Je me suis d’abord inspiré du gag de feu Charb (Charlie Hebdo) à propos du Front National : «Tous les 5 ans, il y a des gogols qui chient sur le paillasson». La chose fut représentée par un étron formant les lettres FN et ornant une carpette aux couleurs de la république (pour le voir, cliquez sur le LIEN). Puis j’ai pensé aux éco-tartuffes de ce monde, notamment à Hulot. Il n’en fallait pas plus pour qu’apparaisse entre mes neurones notre Tintin national souillant sa légende d’une bouse certifiée bio. Point barre. Guilbeault est-il vraiment un éco-tartuffe? À vous de voir. Je ne me sens pas spécialement habilité. Ni particulièrement intransigeant dans ma gourmandise de progrès. Mais des fois, c’est clair que j’écraserais l’accélérateur. Et comme, je ne suis qu’un dessinateur…

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