Le discernement des sépulcres blanchis

octobre 1st, 2019
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Être en faveur de la liberté d’expression, c’est être en faveur de l’expression d’idées avec lesquelles on est en désaccord et même d’idées qui nous répugnent et d’idées qu’on déteste. C’est ça être en faveur de la liberté d’expression, sinon vous n’êtes pas en faveur de la liberté d’expression. En faveur de l’expression des idées que j’aime, c’était la position de Staline.

Normand Baillargeon

Aprilus libère sa bile

J’étais rendu ailleurs. Je voulais causer des élections, d’environnement, du culte autour de Greta Thunberg, d’Alzeimer, du féminisme 2.0, de l’intelligence artificielle et des médias sociaux. Eh ben non, je dois replonger dans une matière que je croyais pourtant décantée.

Un mois après que j’aie publié un billet intitulé « La menace trans » (une collaboration avec le philosophe François Doyon) dans le webzine Discernement.net, v’là t’y pas qu’on reçoit tous les deux un courriel délirant. L’auteure dont je tairai le nom tellement j’ai hâte de ne plus l’avoir devant mon soleil — pour reprendre des propos qu’on attribue à Diogène — affirmait vouloir dissocier le zine de l’infréquentable Doyon. « Notre torchon haineux » fut donc éjecté en raison de propos qui n’y figuraient pas, soit des commentaires de commentaires, des propos de tavernes et des facebookeries. Le hic, c’est que le texte était un contre-argumentaire solide, un autre son de cloche, le genre de truc que tu devrais pouvoir retrouver sur un site nommé « Discernement ». En compagnie d’une hystérique, cette personne offusquée par la présence de mon collaborateur n’avait pourtant pas caché son irritation quant à notre contenu alors que je le diffusais sur mon blog (une semaine avant) : nous serions «typiquement» des mâles qui défendent des mâles, des misogynes, etc.

Au-delà d’un propos visiblement urticant, il semblerait que l’alibi soit un manque d’éthique entre collègues. Doyon aurait aussi eu des mots durs envers Discernement. J’y ai perçu une tentative de rapprochement avec la bisbille opposant Catherine Dorion à Québécor. Or François Doyon n’écrivait plus sur le zine depuis des mois et avait retiré tous ses textes…

Je vais te dire une chose lecteur. Ça me fait hyper chier de remuer ça. Si j’ai ressenti une grande douleur après avoir été tassé du journal Le Québécois par un petit antifa (et deux autres qui manifestement ne mesuraient pas ce qui se tramait) ; me faire éjecter un article de Discernement, ça ne m’a pas fait pas un pli. Mais jamais une censure ne doit passer sous le tapis. Elle doit être dénoncée et appelée par son nom. Alors c’est pour ça que je plonge dans cette fosse à purin. Je hais la privation de liberté et c’est justement pour cette raison que je me complais sur un site anonyme, sans ambition ni prétention. Dans un monde si peu Charlie, j’évacue et j’évolue ici librement. Je ne fais aucun effort pour faire mousser mes publications. Je suis juste un petit monsieur qui ventile, qui essaie de devenir moins con, etc.

Quelques mots sur ma façon de bosser en tandem. On procède façon ping-pong. On se pousse dans nos retranchements. D’ailleurs, puisque dans le cas présent il s’agit de lui, François Doyon remise son égo et me demande d’être sévère et impitoyable. On s’alimente, on se critique, on anticipe, on vérifie nos sources, on consulte des chercheurs. Doyon sait très bien me crinquer et je me démerde bien pour le challenger. Doyon est indépendantiste, athée décomplexé, sceptique de nature et bien qu’il vomisse les chapelles, je sens bien qu’il est plutôt à gauche. Les moutons le révulsent, les icônes pareillement. Bien qu’on ne soit pas d’accord sur tout, cet esprit libre me plaît. Il m’apparaissait intéressant que le fruit de notre collaboration figure sur Discernement. Car à priori, les lecteurs d’un webzine ainsi dénommé devraient être en mesure de discerner entre différentes réflexions.

Bref, chez Discernement ils savent dorénavant : je ne compte plus parmi leurs chroniqueurs. Ils peuvent foutre aux cabinets tous mes billets (comme l’a fait Le Québécois) ou les laisser en archive comme y figurent les excellents textes de l’avocat François Côté. Et puis, disons-le franchement, des plumes pas mal plus nauséabondes que le philosophe Doyon sévissent dans ce zine. Si tu joues la même game et que tu grattouilles sur FB, tu dégotes vite fait du stuff d’un conservatisme déconcertant, des relents bruns d’extrême droite, des pulsions de ratonnades (brutalités exercées à l’endroit de Maghrébins – ce qui est autrement plus grave que de critiquer une idéologie telle que l’islamisme).

Ceci dit, je ne mets pas toutes les plumes du canard dans le même panier, des auteurs intéressants (et sympas), il y en a aussi. Voilà, ne comptez plus sur moi pour commenter les commentaires de commentaires et les excès facebookiens commis par les différents protagonistes. Je suis vacciné à jamais. ¡Basta!

Doyon boucle au napalm

Il est sain qu’un webzine, comme tout média, et d’autant plus s’il s’affiche comme un modèle de discernement, présente une diversité de points de vue. Or il est un webzine qui a pourtant décidé qu’il était juste de supprimer un billet illustré d’Aprilus, sans égard au contenu, pour la simple et unique raison que j’étais son collaborateur invité. L’avis de censure fut accompagné d’injures ordurières concernant ma santé mentale.

Car oui, il s’agit bien de censure. Nous parlons d’un billet bien documenté ne s’égarant pas en futiles règlements de comptes. Les lecteurs ne perdent rien à s’y aventurer. On tente de transposer des frasques facebokiennes dans le domaine de la réflexion afin de la court-circuiter.

Après m’être fait traiter de malade mental, de clown, de misogyne, d’intolérant; me faire reprocher l’usage du mot « teigneux » (dans mon texte) et de « boursouflée » (lors de mes séances de ventilation FB privées) me semble grotesque. Quand Pierre Falardeau disait que Mère Thérésa David était une trou-de-cul, qu’Elvis Presley avait une face de rôti de porc, que Claude Ryan était une « pourriture », et j’en passe, on était dans le bon pamphlet dirait-elle sans doute. Encore faudrait-il ne pas perdre ses petits principes quand on se retrouve soi-même au cœur d’un brûlot. Ou alors on renonce à se prétendre auteure ou personnalité publique.

Mon texte ne donnait pas du tout dans le registre du dénigrement de qui que ce soit. Il était sobre, articulé, riche en sources et de plus, pimenté par les soins d’Aprilus via la tradition satirique. Même si le propos avait été pamphlétaire, la personne responsable de cette « épuration » serait en contradiction avec ses propres prétentions, lesquelles sont exposées dans La liberté surveillée (Léméac, 2019), un livre défendant la liberté d’expression dirigée par Normand Baillargeon :

« Encore une fois, aucune conclusion n’a de valeur qui soit indépendante de la démarche qui y a mené. L’une des conditions pour que la démarche utilisée soit fiable est précisément de laisser les positions opposées être librement exprimées et défendues. C’est ainsi que ceux qui connaissent la bonne réponse à une question donnée ont l’occasion de répondre aux objections, ce qui les amène à rappeler pourquoi leur réponse est vraie. Si on oublie pourquoi une réponse est vraie, et qu’on ne fait que la repérer sans savoir pourquoi, on ne SAIT plus qu’elle est vraie. » (p. 221)

« […] il faut laisser place au doute, à la remise en question, laisser s’exprimer même des idées dont on sait qu’elles sont fausses, afin de les réfuter de nouveau, montrant ainsi qu’elles sont fausses. » (p. 222)

Ces citations sont tirées d’un texte ou l’auteure dénonce avec raison les perfides tentatives de censure dont elle a été victime de la part de militantes intersectionnelles. Mais en examinant les autres, il semble qu’elle oublie de s’examiner elle-même. S’enfonçant avec bonheur la poutre dans l’œil, elle fait supprimer un texte qui remet sobrement en question le féminisme radical qui exclut les trans (TERF). La chose est à ce point ancrée entre ses neurones qu’elle va jusqu’à l’afficher ostentatoirement sur un de ses t-shirts. Tolérer les opinions avec lesquelles on est d’accord, cela ne s’appelle pas de la tolérance. Or, cette «âme sensible» ignore manifestement ce qu’est la tolérance, car elle place du « côté de la tolérance » quelqu’un opposé aux droits des homosexuels, affirmant que les transgenres sont des malades mentaux délirants (« psychotiques, schizoïdes »), traitant les gens du Moyen-Orient de « sauvages extra-occidentaux » et trouvant parfois acceptable de tirer sur des personnes priant Allah dans la rue. Notre allumeuse de bûcher considère que cette incarnation de la tolérance est douée d’une intelligence si exceptionnelle qu’elle le laisse, d’après les dernières nouvelles, écrire en son nom sur les médias sociaux! Sentez-vous l’odeur putride? Aveuglée par l’amitié, ou plutôt par la crainte obsessionnelle d’en manquer, elle écrit sur Discernement : « Je m’oppose au racisme, à la haine et à l’extrême-droite, et je ne connais ni chroniqueurs, ni militants, ni gens de mon entourage qui ne s’opposent pas à tout cela. »

Notre tourmenteuse est bel et bien un de ces sépulcres blanchis, « qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d’ossements de morts et de toute espèce d’impuretés. » (La métaphore est excellente et n’implique aucune adhésion au christianisme.)

Pour conclure — et ce sera mon dernier là-dessus — je recommande à notre épuratrice d’éviter d’écrire au-dessus de ses capacités éthiques.

Pour faire des dons aux auteurs, c’est ici. Pour l’un deux spécifiquement? Simplement le mentionner.

Aprilus sur FB, c’est ici.

François Doyon, l’auteur, c’est ici.

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