Guerres juridiques

Je reconnais être perméable à certains aspects de l’humour de Mike Ward. Sous prétexte de moquer la bonne pensée socialement acceptable, je donne parfois dans le même registre. Histoire qu’on se décrispe. Mais pour l’essentiel, contrairement à Ward, j’insuffle une dimension politique et sociale à mes crayonnages. Derrière mes grossièretés, il y a matière à s’activer les neurones, du moins, je l’espère. Au Journal Le Québécois et sur ce Blog, je ne suis pas domestiqué (ni payé d’ailleurs). Or aujourd’hui, penser, questionner, réfléchir, s’indigner, sortir des sentiers auxquels on a toujours droit expose à des poursuites baillons, si ce n’est des menaces de mort. Il y a donc un truc qui chie grave. Soutenir Djemila est une bonne occasion de dénoncer haut et fort ce vilain glissement.

Affiche D Pour l’histoire : Le 26 septembre 2016, s’ouvre, à Montréal, le procès de Djemila Benhabib, poursuivie par un établissement scolaire privé, subventionné à hauteur de 425 000 $ par le ministère de l’éducation, portant le nom d’Écoles musulmanes de Montréal (EMMS) pour des déclarations soi-disant « diffamatoires » et « anti-islamiques » (comme l’atteste la poursuite) faites sur les ondes du 98.5 Fm à l’émission de Benoît Dutrizac. Cette interview, datant du 8 février 2012, faisait suite à une chronique de Djemila Benhabib publiée sur son blogue du Journal de Montréal. Elle y dénonçait la soumission des élèves à des versets coraniques haineux, violents et sexistes contenus dans le programme et publiés sur le site Internet de l’école (disparus depuis la poursuite) ainsi que le port obligatoire du voile islamique par les élèves.

Ne nous trompons pas sur les véritables motivations des auteurs de ces attaques d’un type nouveau. D’abord, il s’agit de faire régner la peur pour empêcher toute expression critique envers l’islam ou contre la façon dévoyée dont certains veulent l’imposer à d’autres. Ensuite, il s’agit de mettre une pression démesurée sur les personnes visées, pour les épuiser psychologiquement et financièrement, les ostraciser et les éliminer du débat public. Bref, les décourager de continuer à s’exprimer publiquement. (…) Il ne saurait être question de renoncer à la liberté d’expression, pas plus qu’à l’universalité des droits humains et à ceux des femmes en particulier, qui ne doivent souffrir aucune contestation ni restriction au nom de préceptes religieux ou de prétextes culturels. – http://djemilabenhabib.com/

crayonpinceau

On se lâche? Les écoles confessionnelles enseignent bel et bien des âneries. Il n’y a pas si longtemps, les écoles publiques du Québec déversaient sur nos lardons un catéchisme tout aussi imbuvable. J’y ai moi même goûté. Aujourd’hui, c’est le cours d’ECR qui prend le relai en refourguant une bouillie multiculturaliste. Normand Baillargeon et Daniel Baril viennent d’ailleurs de co-diriger un ouvrage sur ce thème qui paraîtra sous peu (La face cachée du cours Éthique et culture religieuse, Leméac).  Au sein des écoles confessionnelles, on sombre dans les abysses d’un délire collectif estampillé par le sceau de religion officielle. Est-il encore possible de le dire, l’écrire, le dessiner, le chanter, le danser? 

Voici quelques-uns des dessins qui auraient dû figurer dans le dernier livre de Djemila s’il avait été publié au Québec. Un sujet qui fait peur.

ecole religieuse aprilus

etui pénien aprilus

crosseacademy aprilus

Vacances halal aprilus haine du corps aprilus

doublediscours aprilus

coupables Coul Dj

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Pot-pourri

À ceux qui ne savaient pas, Mike Ward est poursuivi pour ses propos tenus à l’endroit de Jérémy Gabriel et de son handicap dans un numéro. Chu 100% avec l’humoriste. Plutôt que de l’envoyer gémir devant le pape, les parents du gosse auraient dû y réfléchir à deux fois. Ils en ont fait une personnalité publique, chose qui visiblement ne le rebute pas puisqu’il a l’ambition de maltraiter les tympans de l’humanité entière. Mentalité de cons.

lendemains aprilusAutrement. Sur ma dernière publication, enfin la suivante publiée simultanément, je vous sers une brique sur la laïcité. Encore. Pourtant j’ai la tête ailleurs en ce moment et je suis plutôt exaspéré que ce sujet revienne dans l’actualité. Forcément il revient, puisque rien n’a été réglé et que tout ne cesse de s’envenimer. Grâce à nos politicards, tous partis confondus. Soudaine envies de ne plus jamais voter… Mais voilà, des dessins sur les religions, j’en ai fait des pelletées. Et il m’en reste un camion. Projets barbotant quelque part dans l’incertain du néant. La version première du texte qui accompagne le tout a aussi été écrite il y a belle lurette. Alors non, je ne suis pas obsédé, je fais de la récup.

Ce qui me prends l’encéphale, c’est la suite des choses. Plein le cul de dessiner des politiciens, plein le cul d’écrire à la première personne, pour justifier mes images, comme si c’était important. Envie de dessiner des gens ordinaires ou leur représentation animalière. Ou le Maraîcher Masqué, tiens.

Les images qui suivent ont été griffonnées avec des gros crayons de merde sur des papiers pendant la rencontre de la Journée de la Vitalité Culturelle dans les Basques.

Qu’est-ce qu’être artiste en ruralité? Vague à l’âme, anonymes sursauts de dignité, déjà-vu, élus régionaux au compte-goutte, omniprésente asphyxie orchestrée par les élites politiciennes : austérité quand tu nous tiens… Il est temps que les citoyens de la ruralité (et de partout d’ailleurs) s’intéressent à ce qui les touche directement, qu’ils cessent d’être de passifs spectateurs dont le destin est enfumé par des spécialistes de la politique. Sous perfusion d’images préfabriqués pour voyeuristes, tu chie pas loin.

Artiste tout court, artiste en région…

metier artiste aprilus

duconaprilus

Donquichotte aprilus 

aprilus notoriete  thinklocal aprilus

Un peu loin pour moi mais très belle initiative :

Capture d’écran 2015-09-25 à 08.55.03La Journée sans culture est une journée de grève symbolique, portée par des artistes, travailleuses et travailleurs culturel.les, pour nous-mêmes et pour la société dans laquelle nous œuvrons. Non pas une grève comme refus, mais comme un temps d’arrêt, une pause que nous nous donnons, collectivement, pour discuter de ce qui nous importe. C’est une journée où les travailleuses et travailleurs de l’art de toutes disciplines et milieux sont invité.es à se rencontrer pour réfléchir au présent des arts et à son avenir. Que voulons-nous pour les arts, au-delà ou en-deçà des politiques culturelles qui, en cherchant à nous soutenir, finissent aussi par nous administrer?

Le 21 octobre prochain, nous serons au Théâtre Aux Écuries pour ouvrir un espace de réflexion et de discussion sur des enjeux centraux, depuis la manière dont nous faisons l’art jusqu’à celle dont nous participons au monde que nous habitons. Où que vous soyez en cette journée – chez vous ou dans votre salle de répétition, dans votre atelier ou dans les bureaux de votre organisme, dans un café ou dans un parc – vous êtes invité.es à organiser vos propres rencontres, portes ouvertes ou portes closes. Nos voix sont multiples; nos possibilités, infinies.

Au terme de l’événement, une publication sera réalisée afin de rassembler et de relayer les idées, questionnements, urgences et désirs qui nous animent, dans un esprit de dissensus fertile. Notre manière de redonner la tribune à celles et ceux qui produisent cette « culture » dans laquelle l’art se dissout, une culture que l’on vante à profusion, mais au sujet de laquelle on nous consulte bien peu. Vivement l’indocilité !

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Au fait, j’ai eu un premier don, 20$, en main propre. «Pour l’ensemble de l’œuvre, pour ce que tu fais». Ostie, c’est cool.