Projet : «Concevons une BD» 2014-2015

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juillet 22nd, 2014
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Extraits…

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Le mot de l’enseignant-illustrateur

DSCN5992La première erreur est de croire qu’on est mauvais en dessin. J’aime bien souligner que pour peu que l’on s’y mette et quoi que l’on veuille dessiner, il s’agit d’extraire et de projeter les quelques figures géométriques simples qui composent notre sujet, d’un trait léger et prudent, puis de graduellement lier tout ça à coups de crayon. Mais là n’est pas la question. Car bien souvent, ce sont les dessins les plus moches et en apparence les plus bâclés qui fonctionnent le mieux. Il y a les gribouilleurs nerveux notoires, tels Goldstyn (Les Débrouillards) et mon maître, le défunt et pas toujours fréquentable Reiser (Gros Dégueulasse), qui, de leurs crayons agiles, ne sont «brouillons» qu’en apparence. Mais il y a aussi ceux qui se contentent d’avoir de bonnes idées. Que personne ne vienne me dire que Philippe Geluck (Le Chat) ou Xavier Gorge (Les indégivrables) sont des as du dessin. Et pourtant leurs gags fonctionnent et sont redoutablement efficaces.

La BD, outre la facette la liant aux arts visuels, est aussi un procédé d’écriture permettant de raconter une histoire ou un gag. Au-delà du conte, elle nous fait voyager, témoigne de réalités diverses et instruit. Le dessin satirique, quant à lui, permet de distribuer des baffes, de relever les absurdités qui pullulent en ce monde et de lutter par le rire plutôt que de sombrer dans la résignation. Pour les ambitieux et les explorateurs, aucune frontière n’existe en BD. Bien sûr, il y a certains codes. Mais tous peuvent être transgressés, en atteste l’oeuvre de Fred (Philémon) et de ses héritiers.

La plupart des enfants aiment dessiner et ils ont bien raison, car leurs dessins sont souvent authentiques et géniaux. Quel dommage qu’ils soient si nombreux à cesser de gribouiller en grandissant. J’ignore combien parmi les participants à ce projet continueront à manier la plume (ou le stylet informatique). Que ce soit sur un coin de papier, lors d’une conversation téléphonique ou dans un coin de l’agenda, au cours d’une réunion ennuyante; je le leur souhaite. Un dessin par jour, au moins! Et bien sûr aussi, des histoires. Je leur souhaite de continuer à coucher leurs idées sur le papier (ou à l’écran). Quoiqu’il advienne, ce recueil constituera pour les adultes qu’ils deviendront un magnifique témoignage des enfants qu’ils étaient. À moins qu’ils ne demeurent, oh bonheur, à jamais des enfants! Toujours est-il que cet album est «encré» dans leur milieu de vie, puisqu’il s’agissait là de l’unique contrainte de création exigée  : nous devions lier les récits au milieu. En réalité, au regard de la richesse que la trace de ce lien organique avec leur communauté laissera aux jeunes participants, l’effort exigé était bien mince. Bon, je reconnais que pour les hippopotames et le trampoline, c’était un peu plus ardu…

00 couvertureLors de cette expérience, nos jeunes auront voyagé dans l’univers de la BD, découvert ses différents courants, abordé l’histoire du septième art, appris et expérimenté des techniques de dessin, cogité pour pondre un récit, illustré ce dernier, d’abord sous forme de brouillon, ensuite en crayonné, puis en encrage. Non seulement auteurs et illustrateurs, ils auront été également coloristes et graphistes. Certains ont manoeuvré avec aisance et avidité dans ces univers, alors que d’autres se sont davantage laissé porter. La majorité d’entre eux a rapidement pris la mesure de l’utilité de chacune des étapes. Pour d’autres, pressés de se frotter aux crayons ou, bien souvent, à l’ordinateur, le caractère essentiel de l’écriture et des esquisses n’est devenu évident qu’au terme de l’exercice. Ceux-là auraient bien voulu tout recommencer!

Il y avait aussi les petits malins, heureux de pouvoir déceler au cœur des affiches ornant les murs de la bibliothèque ou du centre communautaire, les subtilités techniques qu’avait exigées leur conception. Pour d’autres participants, réaliser cette BD, c’était œuvrer à intégrer une pièce de choix dans leur portfolio d’artiste.
En contrepartie, il y avait ceux, peu nombreux, qui fréquentaient les ateliers avec légèreté, pour faire du social. Voilà pourquoi, avec tous ces ingrédients, cette expérience s’étant échelonnée de juillet 2014 au mois d’avril 2015, constitue un instantané des tourbillons neuronaux des jeunes du pays.

J’ai rencontré de petits vaillants, responsables et aidants dans l’organisation du cours, toujours prêts à épauler leurs pairs; et des petits placoteux qu’on doit souvent rappeler à l’ordre. Mais ça c’était aussi mon boulot de prof. Au-delà de mes expériences artistiques, cet élément de mon parcours personnel m’aura été particulièrement utile. Pas toujours facile de naviguer de l’univers d’un garçonnet de 8 ans à celui d’une ado de secondaire IV! En langage «pédagogique», plusieurs groupes étaient «multiniveaux» quant aux aptitudes, expériences et niveaux de maturité. Il m’a fallu jongler avec des absences ponctuelles, des retards à rattraper mais aussi avec de manifestes appétits d’apprendre à assouvir.

Mais au final, ce qui importe, c’est que toutes ces petites personnes aient cheminé, retenu quelque chose et que toutes aient désiré ardemment cet album que vous tenez entre les mains. Combien de fois me suis-je fait apostropher par un ancien élève  :
«  Alors, l’album BD, c’est pour quand?  » Eh ben, ça y est, le voilà l’album! Votre album! Un pur produit du terroir basque, du concentré de méninges de la relève, une mosaïque d’imaginations débridées, de la tendresse et de la rigolade couchées sur papier! Quel plaisir d’y avoir contribué! Il y a définitivement de bien belles petites personnes dans les Basques! Quel privilège d’en avoir accompagné un si bel échantillon.

Bonne lecture! Mais peut-être devrais-je plutôt vous souhaiter un bon séjour chez les Basques…

Aprilus

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