Ce que susurre la censure…

L’article se subdivise comme suit : L’acte de censure; Le censeur; La caution molle; L’artiste mis à l’index (l’expulsion – la mise en marché de la satire – ce qui titille mon crayon – Aprilus scelle (encore) son sort).

Censorship aprilus

 

L’acte de censure

«[…]. Si vous croyez en la liberté d’expression, vous croyez alors dans la liberté de parole pour les opinions qui vous déplaisent également. Goebbels était en faveur de la liberté de parole pour les opinions qu’il aimait… Et Staline était pareil. […] Si vous êtes en faveur de votre liberté de parole, cela signifie que vous êtes en faveur de la liberté de parole pour les opinions que précisément vous méprisez. Sinon, vous n’êtes pas en faveur de la liberté d’expression. »

Noam Chomsky, Manufacturing Consent: Noam Chomsky and the media, 1992

QS gang aprilus censureUn même propos suscite deux réactions. D’un bord, on manœuvre pour court-circuiter la réflexion et induire la censure. C’est la voie royale de la gauche régressive. Profondément dégueulasse. En prime, il y la diffamation menée par les meutes que ces salauds dorlotent. S’enclenche alors le salissage des messagers mis à l’index, lesquels, dans une société à peu près libre, devraient être en droit de critiquer les personnalités publiques et politiques. Cette méthode, c’est l’option de prédilection du professeur Camus qui, piochant dans ses névroses, investit beaucoup d’heures à bricoler des captures d’écran, les amputant soigneusement de leur contexte. Beaucoup de temps aussi pour chier des raccourcis et servir les habituels anathèmes : bouffeurs de minorités, racistes, laïcards intégristes, identitaires obtus, etc.

Lacensurepue

Mon censeur

safespaceaprilus censureLà c’est le moment pittoresque où un artiste invisible parle d’un journal qui l’est tout autant.

Quand je replonge sur cet article qui m’a valu une censure, puis, par effet de cascade, une éviction du Journal le Québécois, je demeure pantois. Il n’était pas si roffe ce texte. Les dessins non plus. Replongez-y : http://aprilus.com/ceux-qui-hurlent-avec-les-loups/ Pas de quoi fouetter un chat! Pour moi, ça reste un portrait du réel, avec, à peine, une pincée de piment.

Au delà de l’acceptation de censure, les nouvelles conditions que «l’illustre éditeur», Carlo Mosti, m’imposait étaient intenables. Cette mise sous tutelle constituait une offense à l’intelligence d’abord, puis à l’histoire de ce canard web qui jadis avait soutenu un texte de Falardeau intitulé «La mort de Ryan». Je nourrissais abondamment cette plateforme depuis trois ans et ma chronique allait grandissant. Mosti s’est comporté en sauvage totalitaire.

Qui est-il? D’où vient-il? Cet invincible censeur des temps nouveaux.

avatars censureVous aurez remarqué que nous causons présentement d’un type qui, au final, est encore plus anonyme que moi. Qui est-il? D’où vient-il? Cet invincible censeur des temps nouveaux. Sa plume n’est pas spécialement prolifique et son succès est plus que modeste. Quatre publications en 2017, trois en 2016, trois (et deux insignifiances moquant le mouvement Je suis Charlie) en 2015… En 2018, un copié-collé n’indiquant pas le nom de l’auteur. Je ne vous invite pas spécialement à découvrir la pensée de ce justicier de la bonne morale.

Au fond, j’ai commis deux erreurs. La première, être en désaccord idéologique avec un petit éditeur anonyme vadrouillant quelque part entre QS et les antifas. La seconde, avoir collaboré avec Philippe Dujardin, un homme que ce dernier méprisait. Cette bisbille, à priori anecdotique, n’en demeure pas moins éclairante sur la vérole qui gruge la gauche et les débats publics en général. Mosti avait viré Dujardin (co-auteur du texte censuré) de son Facebook car il n’arrivait pas à rivaliser d’arguments avec lui. Je prenais part à l’échange l’ayant mené à resserrer son safe space. Dujardin demeurait respectueux malgré une horde de loups s’acharnant sur lui. Une agressivité suintant le fachisme. Pour donner une idée de l’ambiance, j’ai eu droit aux insultes de l’un des canidés qui, après être venu faire des captures d’écran de mes «amitiés», est venu, en privé, me traiter de sale raciste tout en me comblant de menaces. Ça puait la charogne. Une charogne que Mosti, artiste à ses heures, affectionne suffisamment pour en croquer le portrait et le diffuser. Car oui, à temps perdus, dans son petit carnet rouge, notre homme ne rechigne pas à croquer Guevara, Marx et… des fous furieux. C’est dire si la liberté tient à peu de chose.

Malgré ce délire, j’avais ma tribune. J’étais moins isolé que seul au fond de mon rang Pistolois. L’adorateur de Castro respectait mon espace. Pour ma part, je pouvais cohabiter avec lui. Je me serais même battu pour défendre son droit de parole. Malgré nos divergences, j’éprouvais une certaine affection pour ce garçon. J’aurais bien aimé avoir le temps de lui recommander ce livre, L’homme qui aimait les chiens, sur l’assassin de Trotsky. Un de mes coups de cœur littéraire. Je crois qu’il aurait aimé, comme tous mes autres potes fascinés par ces lointaines révolutions immanquablement érodées. En commun, nous avions une passion pour la bière et le heavy métal. C’était marrant de se retrouver ensemble à commenter un post sur Motörhead.

70388_262_rg-130_c_lgMalheureusement, Mosti a cédé à la tentation totalitaire et moi je l’ai pointé (et moqué) publiquement. Je trouvais obscène de négocier ma liberté dans un Journal vendant des t-shirt à l’effigie de Falardeau, de Bourgault, ainsi que des camisoles «esprit libre»!

Le gars restera braqué à défendre l’indéfendable et, peut-être, finira-t-il par couler le Journal. Je suppose qu’il ne l’a pas eu facile lui non plus. Je ne l’excuse pas, mais je regrette qu’on en soit là tous les deux. Pour peu qu’il reconnaisse cette bêtise, je tracerais, direct, une croix sur l’embrouille. À moins d’un improbable revirement, il portera l’odieux d’avoir trahi l’idéal faisant vibrer toutes les plumes s’agitant dans les colonne de «son» journal.

Mosti a donné raison au propos d’un article qui s’intitulait «ceux qui hurlent avec les loups». Et c’est pas rien de le dire…

La caution molle

GND aprilus censurePour l’heure, je suis toujours brouillé avec l’un des anciens fondateurs du Journal, un homme que je continue d’estimer malgré tout. J’ai essayé d’être gentil un bout de temps. Je me suis publiquement excusé pour mon seul tort, commis sous le coup de l’émotion (publier le courriel où il cautionnait Castro le petit). En vain. Je n’ai pas accepté que Bourgeois, sur un coup de sang, persiste outre-mesure à discréditer publiquement mon travail (qu’il ne connaît vraisemblablement pas). Je lui ai donc répliqué. Qu’on aime ou pas mon travail, l’enjeu est ailleurs : L’ACTE DE CENSURE ET LE PROPOS DU TEXTE.

Masse Aprilus censureÊtre énervé de se retrouver sous les projecteurs alors qu’on n’y tenait pas, c’est certes légitime. Toutefois, l’autre chose à faire, c’est se désolidariser de la décision prise par Mosti. Reconnaître ne pas s’être penché posément sur la question et être allé un peu vite en affaire. Affirmer, comme il l’a fait, qu’à une certaine époque, il aurait mieux valu fermer le journal et dissoudre le RRQ, ça ressemble à une sorte de désaveu du petit Staline. Mais pour moi, ça reste mi-dur, mi-mou.

On venait de faire connaissance. Je l’avais reçu comme un frère et on s’était bien accordé. Je suis freak a souhait et je bouffe de la cervelle de lièvre. Il a un égo turgescent teinté de machisme. On ne s’en est pas formalisé et on s’est éclatés à courir les coyotes ensemble (sérieusement). Depuis, entre-nous, c’est frette comme une plote de nonne. Il a bien ses petits principes, mais ne mesure ni la violence de la censure, ni le choc du gars qui constate que depuis trois ans, son travail passe sous le radar de ceux qu’il considérait comme des frères de lutte.

Pincez-moi quelqu’un, mais l’ensemble de mon stock, le fruit de mois de travail acharné, mérite-t-il d’être réduit à la seule dimension scatologique? J’invite cordialement le gaillard à aller se faire une tête sur mon site.

CENSUREaprilus

chier Sol Zanetti censureL’autre fondateur impliqué, Bégin, s’est quant à lui contenté de lancer un truc du genre : «les péquistes teigneux et les solidaires méchants, on ne les aime pas». Soit, mais on peut s’interroger sur sa compréhension de l’enjeu au sein d’une tribune claironnant «la libération par la plume». Peu loquace sur cette affaire, il est, au demeurant, plus que mou. Carrément flasque. Du moins jusqu’ici. Depuis mon entrée au Journal, je n’ai jamais loupé une chronique de Bégin. Elles me plaisaient bien. Certaines étaient puissantes pour leur dimension rassembleuse. Là, j’avoue que ça risque de m’énerver un peu. S’il est important de se rassembler, il l’est tout autant de critiquer les incohérences et les travers des partis. Qu’il se rassure, le bordel ne prendra plus au journal car il est peu probable que Mosti trouve à redire des chroniques de Sol Zanetti. Il est tellement gentil Sol. Tellement Solidaire.

Pour faire court, IL N’Y A AUCUNE EXCUSE POUR CAUTIONNER CETTE CENSURE, qu’on ait été – bien malheureusement – contraint de se prononcer ou pas. Puissent ces vieux routiers de la lutte pour l’indépendance ne jamais être tentés de nous enfumer avec leur passé glorieux de militants héroïques et ne jamais fantasmer d’une privatisation intellectuelle de l’héritage de Pierre Falardeau.

L’artiste mis à l’index

L’expulsion

Il y a eu la censure, puis l’expulsion. Que je sois viré du canard pour avoir garoché en ligne des propos privés? Possible. Un bel alibi pour Mosti qui exécrait mon travail. Mais quand même, c’eût été sauvage. J’ai nourri en abondance le Journal en publications remportant un succès grandissant, et ce depuis 2015. J’étais l’une des plumes les plus actives du site. On aurait pu s’arranger autrement.

Je n’ai jamais été payé au Québécois. Aussi naïf que cela puisse paraître, j’ai trimé pour l’indépendance et la liberté. Pas toujours adroitement, mais avec tout mon cœur. En assumant mon suicide commercial, les risques et les coûts que ça impliquait. J’ai mis beaucoup d’énergie là-dedans.

J’ai perdu un univers visuel qui me plaisait bien. Les petits patriotes armés de plumes, c’était hyper bien vu. La seule consigne lorsque j’ai intégré le canard? À gauche et indépendance. C’était tout naturel pour moi. J’en ai invité du beau monde sur ma tribune. L’ethnomusicologue Gérald Côté qui nous a pondu un superbe texte intitulé Vide de stars, la docteur en art communautaire Dominique Malacort qui nous a causé d’une forme de résistance méconnue et le philosophe François Doyon qui, à trois reprises, est venu donner du scalpel. Avec permission, j’ai associé mes dessins sur la CAQ à des textes décapants de Steve e Fortin. Du fond de ma campagne, je pensais être dans une sorte de famille. Mais force est de constater que ça n’a pas gueulé fort quand Mosti m’a censuré puis viré. Le soutien est venu d’ailleurs. D’André Parizeau et du PCQ, de Roméo Bouchard, de Steve e Fortin, de Jérôme Blanchet-Gravel et de Vigile. Merci à ceux là.

PaulClichePreuve de notre insignifiance médiatique, la chose est passée relativement inaperçue chez nos héros de la liberté d’expression, ce qui remet les pendules à l’heure (et l’égo à sa place). Djemila Benhabib n’en a pas fait tout un cinéma. Normand Baillargeon n’en a pas profité pour philosopher. Le preux Bock Côté n’a pas dégainé ses verbes. Martineau n’a même pas saisi l’occasion pour rire de la gauche. Et Lisée? S’est-il dissocié de mes «immondices» comme le réclamait Paul Cliche? Eh ben non! Papi Cliche me voyait pas mal plus gros que je ne l’étais… Il peut être fier l’autobiographié : je suis licencié et plutôt que de donner des claques à la CAQ et que de botter le cul du PLQ, je réponds aux hostilités de la meute régressive. Qu’est-ce qu’on rigole quand les grosses stars de QS écrasent les petits merdeux de mon acabit! Mais trêve de plaisanterie… Je parle du père Cliche mais qu’en est-il de tous les autres beuglards qui sont tombés sur le lard du pauvre petit Castro d’arrondissement Montréalais. Qui sont-ils? Zanetti en est-il? A-t-il pleuré quand il s’est vu chié par Gabriel Weasel? S’est-il plutôt questionné sur le sous-entendu? Silver Fox m’a-t-elle fait l’honneur de se plaindre au petit Mao vêtu de son t-shirt «Corsica libera»? On imagine son calvaire au pauvre petit révolutionnaire de pacotilles, déjà qu’il n’était pas chaud de m’avoir sur les bras… Pas d’illusions camarades, jamais celui là n’ira nous raconter tout ça publiquement. On ne saura jamais. Ça restera dans son safe space.

Dali Awada aprilus copieLa mise en marché de la satire politique

J’ai exécré Facebook depuis le jour où, à reculons, j’y ai mis les pieds. Dans cet univers, je suis mésadapté et je multiplie les gaffes. Toujours refusé de leur payer une job de promo. Je trouve insupportable la façon dont cet hydre trie sur le volet les infos qui circulent sur mon mur. J’haïs ça me faire cartographier le cerveau par leurs algorithmes de marde. Je vomis le quasi-systématique basculement dans l’insulte des échanges qu’on y tient dès que les opinions divergent. Sur Facebook on perd notre sens du civisme. On ne se voit plus entre humains. Des gars comme Roméo Bouchard se font insulter par des petits crisses d’analphabètes politiques. Alors quand on me dit qu’en tant qu’artiste, il faut savoir se mettre en scène sur les réseaux sociaux, ça m’énerve. On en est là, c’est rendu incontournable. Au delà de ce constat, le stuff satirique, politique et indépendantiste à tendance anarchiste se heurtera toujours à nombre de murs. J’en ai déjà cogné quelques uns. Car faut pas croire que j’ai pas essayé. On pourrait écrire une foutue thèse là-dessus. Ça te tentes-tu Dominique Malacort?

Je reconnais que le Québec n’est pas une terre accueillante pour le dessin satirique, notamment celui hérité des fondateurs d’Hara Kiri.

Là-dessus, Bourgeois a raison. Sur pellicules, on a eu les Gratton et les Bougon. On a bien quelques humoristes incisifs. Mononc’ Serge s’aventure parfois en musique dans ces eaux troubles. Mais côté illustration, nous sommes anémiques en la matière. Aprilus est-il le gars qui changera la donne? Impossible. Faire ma promo, c’est comme remplir un rapport d’impôt, ça m’écœure profondément. Cette inaptitude fait parti du package. Même accompagné d’un camarade apprenti-gérant, l’expérience s’est soldée avec le vol d’un concept de mon cru, par un éditeur bien gros. En mode séduction, on rampe et on fait le beau. Les gros sales, bien rodés au jeu, en profitent. Ils pillent, placent leurs proches et roulent des mécaniques si on a le malheur de s’insurger trop fort. Claude Robinson connaît la chanson. J’y ai dansé aussi.

Et puis des fois, on désespère un peu. On se sent inutile, tout simplement. On essaie de pas trop le montrer, pour ne pas décourager les potes, ceux qui se bagarrent encore. Au Québec, le courage, s’il vient à descendre sous le seuil viable, il nous viendra peut-être d’ailleurs…

« Entre ces peuples meurtris, sans États et parfois invisibles, existe une fraternité réelle. Je crois que le Québec peut donner de l’espoir aux Kabyles, car il a survécu à la Conquête. Mais peut-être que les Kabyles peuvent aussi apprendre le courage aux Québécois qui en manquent parfois. » – Karim Akouche

«Celui qui veut améliorer son sort (…) doit soulever la poussière avec ses pieds au lieu de la garder collée à son derrière.» – Boucar Diouf

Marchepied aprilus censure

Ce qui titille mon crayon…

membership QS aprilus censureL’idée de gribouiller Québec «l’imprenable» me chatouille. J’en suis de Québec. De la banlieue dortoir déculturisée comme disait Falardeau (La liberté n’est pas une marque de yogourt). Mais la bonne chose, c’était la forêt qui bordait notre maquette banlieusarde. La réserve d’eau potable de Beauport, les étangs gorgées de vie, les couleuvres, les tritons, etc. Ça m’a filé un coup de pouce. Ça m’a évité de trop m’intéresser aux tas de tôles sur roues et autres choses futiles. Québec donc. Pourquoi certains de mes amis d’enfance, des gars qui ont grandi dans le bois, des types sensibles à la nature, des pères avec le coeur sur la main, pourquoi annônent-ils aujourd’hui tout l’arsenal idéologique débile des radios poubelles? On causait du fameux tramway l’autre jour, des vieux chums et moi. J’en suis reparti boulversé. À la shop, forcément, quand on te farci l’encéphale de ces conneries radiophoniques à longueur de journée et qu’en plus, la vie te fait pas de cadeaux, eh ben tu finis par vomir ces saletés à qui mieux mieux. C’est pas marrant comme situation. J’aimerais poser un geste à ce niveau. Faire des dessins là-dessus.

J’aimerais aussi produire une série intitulée – un peu ironiquement – «sagesse rurale» inspirée par les gens d’ici, au Bas-St-Laurent. Les «ruraux». M’intéresser au monde que les politiciens qualifient d’ordinaire. Faire comme Reiser. Lâcher les politicards et me pencher sur la plèbe, pour le meilleur et pour le pire. Car c’est pas toujours joli au sein de la populace. Mais je peux vous dire que les matantes qui servent les cafés pisse-d’âne au Temiscouata, elles ont les yeux qui brillent et de l’amour à revendre. Ça c’est beau. Et aussi, ce brave gars qui travaille au Pétro-Canada de Rivière-du-Loup, celui qui essaie toujours de nous refourguer des billets de loterie et des palettes de chocolat passées date en usant d’un imparable humour…

Couillard parasites aprilus censure
Peut-on être trop dur avec Philippe Couillard dans un Journal comme Le Québécois? La réponse est oui. Cette caricature a également été visée par la censure. Couillard, une sorte de petit Jérémy fédéraliste? Bullshit!

Aprilus s’éternise et remet un oscar

QS exposure aprilus censureJe ferai du ménage sur Aprilus.com. Alors que j’étais au Québécois, je ne m’en souciais plus guère. À l’occasion, j’y archivais du matériel. C’était au cas où!!! Les vieilleries qui s’y trouvent me font un peu honte. C’est là que je vois que je n’ai pas fait du surplace depuis l’époque du Journal Ensemble. Mon trait est plus agile, je surcharge moins. Chez Illustration Québec, ils m’ont dit : «style original, punché, lecture claire, a fait l’unanimité du jury».

Mais le plus important, c’est tous ces mots que j’ai reçus après m’être fait jeté. Ça vaut tout l’or du monde. Celui-là, l’extrait ci-dessous, c’est mon préféré. Rien que de savoir qu’une personne, au moins une, qui plus est, porte des ovaires – ma première expérience de censure m’ayant été assenée par des dindes se réclamant du féminisme – qu’une dame donc, ait saisi ce que j’espérais un jour pouvoir réaliser, eh ben juste pour ça, je suis comblé. Et qu’elle me le dise aussi joliment…

(…) Votre talent sera toujours de loin supérieur à vos censeurs (…) Ce que vous avez créé avec Dujardin tient du génie, rien de moins, tant vous visez dans le mille. Ne vous laissez pas démonter et ne déviez pas de votre route. Mon livre étant lui-même sous le coup de la censure,  je vous assure que cela confirme la pertinence et la valeur du travail en cause. Dans le contexte vicié actuel, c’est là la meilleure des confirmations! Merci et mille fois bravo pour votre art, vos traits et votre regard à nul autre pareil !

C’est justement l’absence de tout compromis dans l’expression de votre perception de la scène politique qui rend votre travail redoutable. Et ça prend rien de moins que du génie pour produire une œuvre aussi puissante. Le courage ne vous fait pas défaut. Et le matériel d’inspiration abonde dans notre médiocratie de vendus et de baise-la-piastre. Bien sûr, ce qui vous arrive est chiant. Je vous considère comme le meilleur illustrateur que nous avons eu au Québec. Le plus grand. Vous êtes unique. Vous accomplissez ce que devrait être le rôle-critique de tout artiste: l’impitoyabilité dans le regard porté sur la société. Ce que vous faites à merveille. C’est dire à quel point le potentiel de l’art est puissant dès lors qu’il emprunte les voies de la résistance. – Suzanne Bousquet, auteure « déviante » mise à l’index.

Aprilus scelle (encore) son sort

Ce qui est ironique, c’est que je comptais me retirer tranquillement après mon article sur Legault. Je rêve souvent de me déconnecter. Ma famille en serait ravie. Mes abeilles, mon potager, le vent… Je vais probablement m’offrir une cure estivale et ensuite, on verra. Peut-être que les élections me mettront le feu. En attendant, je vous boucle prochainement cet article sur Legault (il sera peut-être moins étoffé que prévu car pour être franc, en ce moment, je sature un peu) et je vous filerai toutes les pointes de Brie (faites à partir des aphorismes du prénommé Albert).

Salutations!

 

La Grande dérape

1 Derape aprilus

2 Derape aprilus

3 Derape aprilus4 Derape aprilus5 Derape aprilus

Cette BD modérément méchante fut longue mais ô combien satisfaisante à chier. Je la dédie aux rats des villes, aux philosophes de supermarchés, aux anarchistes du dimanche, aux bibittes à «safe spaces» et surtout à ceux de mes amis qui traînent encore chez QS. Il ne me reste plus qu’à vider mes tiroirs de tout ce qui se rapproche de ce débat empoisonné et à tirer ma révérence de ces redondantes chicanes. Du débat sur la laïcité, j’ai jamais voulu faire un fond de commerce ou une sorte de spécialité. C’est juste que la bêtise m’inspire. Oh simonac que j’en ai perdu des plumes! Oh saint-siboire que j’en ai reçu des roches! Mais même si je sature en gériboire, il me fallait un rituel en deux actes pour décrisser en beauté. Car oui, même les mécréants s’offrent des rites.

Donc tout ça, c’est pas mal de boulot. C’est pas payé, ça va de soi. Et en plus d’aimanter les fous furieux, c’est invendable. C’est garoché en ligne pour la beauté du geste, pour résister. Sans doute aussi un peu par pure mésadaptation commerciale… Alors si ça t’as plu et que t’as envie de me donner une tape dans le dos, tu peux l’écrire, partager le lien ou même me faire un don.

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L’Université Born Again

Publié le 24 avril 2017 dans le Journal du Québécois.

Vous avez vu en fin de semaine cet article du Devoir intitulé «La religion investit l’université»? Grosso modo, on y apprend que l’université Laval formera bientôt des missionnaires évangélistes.

Moi qui suis biologiste, s’il est une chose qui me pompe particulièrement chez les baptistes évangélistes et autres born again christians, c’est leur zèle créationniste. Éminent généticien, biologiste et théoricien de l’évolution, Theodosius Dobzhansky affirmait que « rien en biologie n’a un sens excepté dans le contexte de l’évolution ». Allez rapporter un tel propos à un baptiste bien lobotomisé et sa réaction vous permettra de mesurer l’étendu de l’obscurantisme moyenâgeux qui s’incrustera sous peu dans ce lieu de savoir que devrait être l’Université. Causez avortement, contraception, droit des femmes ou de minorités sexuelles et vous serez éblouis par les sottises qu’il vous servira ainsi que par sa dévotion aux fariboles les plus grotesques. Prenez ensuite la mesure de tout le fric que sous-tend le mouvement protestant évangélique, cette énième sous-espèce chrétienne, et vous comprendrez pourquoi cette manne a su parler au doyen de l’Université Laval. Dans l’affaire qui nous intéresse, un modeste 420 000$.

Pour prendre acte du degré de fanatisme des adeptes de cette fiction millénaire, offrez-vous la bande-annonce du film Jesus Camp (voir en bas de page – le film entier est en ligne). Si vous croyiez la barbarie chrétienne définitivement révolue malgré le passage de Bush junior le croisé, jetez aussi un œil au documentaire Dispatches Saving Africa’s Witch Children (en bas de page). Pas très joli. On se demande où est passé le Jésus babacool post-boomers. Puis, pour vous détendre, offrez-vous une petite virée au Big Valley Création Science Muséum en Alberta, vous y rencontrerez peut-être quelques-uns des Jesus freaks élus d’Ottawa. Certains attesteront, sans complexe, de la dimension politique de leur foi. Moins tiède sur les questions d’intrusions religieuses lorsqu’elles n’émanent pas de musulmans, l’émission Enquête a témoigné, sous le règne d’Harper, de cette vilaine manie évangéliste. Le reportage intitulé À la droite de Harper peut toujours être visionné sur Youtube (en bas toujours). Convaincus de l’imminence de l’Apocalypse et que le Canada y jouera un rôle prescrit par les Écritures, ces illuminés s’affairent d’avantage à sauver des âmes pour la moisson finale qu’à lutter contre les changements climatiques. Au pouvoir, les Conservateurs ont ainsi multiplié les tentatives devant remettre au goût du jour la question de l’avortement, œuvré à moraliser les événements et productions artistiques subventionnés et assumé un virage pro-Israélien. L’arrivée du poster boy Trudeau s’inscrit également dans la tradition du clientélisme électoral guidé par les bondieuseries. Fiston Trudeau, on le sait, ne rechigne jamais à montrer sa bouille dans les pires nids à intolérance.

On peut s’attendre à ce que d’autres sectes à succès prennent le pas à l’Université Laval. Quand viendra le tour de l’islam, ses gourous pourront bien sûr compter sur Québec Solidaire et le Parti Libéral pour faire taire toute contestation en aboyant copieusement des «racistes». Incarnée au Québec par QS, la tradition de la gauche régressive initiée par Foucault, improbable groupie de l’Ayatollah iranien Khomeyni, mariée au multiculturalisme fanatique de Couillard, piétine le réel, les leçons de l’histoire et les derniers confettis francophones d’Amérique.

Alors que j’aurais volontiers illustré le funeste destin que réserve le Parti Libéral au dernier troupeau de caribou de Val d’Or, je me retrouve à vous réchauffer ma camelote de sale laïcard intégriste, identitaire et raciste. Deux autres dessins donc, qui auraient dû se retrouver dans le dernier livre de Djemila Benhabib. Les frères Kouachi en ont décidé autrement en abattant Charb qui devait en signer la préface. Dès lors, moquer les idéologies religieuses et défendre la liberté d’expression est devenu un sujet tabou donnant de l’urticaire aux éditeurs. Je me suis bien vite retrouvé seul comme un taenia au fond d’un duodénum. Pourquoi s’embarrasser d’un type qui n’a jamais fait TLMEP et qui persiste à dessiner des matières fécales, des bites et des vulves? Rassurez-vous, dans la marginalité, la santé va bien. Sans doute mieux qu’autrement. Job alimentaire oblige, j’y dessine moins de caribous persécutés que je ne le souhaiterais, mais en bon garçon, j’y pratique le recyclage de mes vieux coups de sang mécréants. Et comme l’histoire ne veut pas passer à autre chose, et ben voilà… Jusqu’à épuisement des stocks.



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À bâbord! Les publireportages d’une gauche régressive urbaine

Publié dans le Journal du Québécois le 10 avril 2016

Une job à 4 mains menée par Aprilus et François Doyon.

avataraprilus

Aprilus met la table.

Le Monde Diplomatique, pour moi, c’est l’incarnation du bon journal de gauche. Et si le petit côté universitaire vous saoule, en France, il y a aussi le drôlement féroce Fakir. Ici au Québec, on a ce truc, À Bâbord! Un canard urbano-centriste qui impose le carcan d’un parti politique, Québec Solidaire. Voici donc un papelard restrictif au niveau des nombreuses expressions de la gauche, allergique au principe de la laïcité et frileux quant à ce qui devrait pourtant faire vibrer tout progressiste: la liberté et l’indépendance. Le philosophe François Doyon, auteur du texte qui suit, et moi avons tous les deux oeuvré au sein de ce véritable cloaque idéologique – exception faite de la chronique de Normand Baillargeon. Depuis l’horrible numéro célébrant l’anniversaire de «la» gauche québécoise, l’idée de fesser sur ce publireportage fondu dans le papier glacé nous titillait. C’est finalement le tendancieux numéro sur le racisme qui nous aura fait sortir de nos gonds et poussé à commettre ce que vous avez sous les yeux. Alors que non-seulement le Diplo a anticipé la montée des extrêmes, qu’il en fait régulièrement une lecture éclairée, relevant les raisons du mécontentement populaire ambiant ainsi que les trahisons d’élites soit disant progressistes; alors que nombre de voix s’élèvent quant aux erreurs tactiques des mouvements anti-racistes européens; Québec Solidaire et ses sbires régressistes persistent dans leur aveuglement et leur mépris du «troupeau dérouté», cette populace ignare et raciste capable de conduire des hurluberlus comme Trump au pouvoir. Attisant allègrement le ressentiment populaire et entretenant une incendiaire polarisation, cette gauche québécoise adulée des puissants, prétend pourtant vouloir parler d’autre chose que d’identité, de souveraineté et de laïcité. À force de célébrer les différences individuelles, elle a dilué sa vocation première: défendre les classes populaires. À Bâbord! n’est qu’un des véhicules de cette mortifère propension sur laquelle mise le PLQ pour éradiquer toute velléité indépendantiste. Fort à parier que Couillard, qui lui aussi se contre-crisse de la paix sociale, est abonné à ce torchon Montréalais.

Doyon procède à la dissection.

À bâbord! est une revue de gauche qui s’autoprésente en ces termes : « La revue À bâbord! est une publication indépendante, sans but lucratif, paraissant cinq fois par année depuis sa fondation en 2003. Elle est éditée par des militantes et des militants de toutes origines, proposant une révolution dans l’organisation de notre société, dans les rapports entre hommes et femmes et dans nos liens avec la Nature [sic]. La revue a pour but d’informer, de formuler des analyses et des critiques sociales et d’offrir un espace ouvert pour débattre et favoriser le renforcement des mouvements sociaux d’origine populaire. À bâbord! veut appuyer les efforts de celles et ceux qui dénoncent les injustices et organisent la rébellion. »

Aprilus et moi-même sommes tous les deux d’anciens collaborateurs de cette revue. Nous avons quitté le pont de ce navire qui prend l’eau, marginalisés au sein même de la marginalité. En effet, À bâbord! ne représente « qu’une gauche » et demeure sectaire et urbain même lorsqu’il traite de sujets régionaux. La gauche ne se limite pas qu’à cette vision biaisée. Car reléguer la lutte pour l’indépendance du Québec au ras de la moquette, ce n’est pas ce qu’il y a de plus progressiste.

Le lecteur un tant soit peu perspicace aura déjà compris : À bâbord!, est un éditeur de publireportages pour Québec solidaire.

Plusieurs voies d’eau ont précipité À bâbord! dans un abîme de niaiseries. Le naufrage est apparu inévitable avec la publication d’un dossier spécial dans le numéro 67, intitulé « Racisme au Québec : au-delà du déni ».

 Il est dit dans ce dossier qu’il n’y a pas de capitalisme sans racisme. Cette affirmation est lancée sans preuve suffisante.

« Notre manière de nous mobiliser autour de la question du racisme, écrit l’auteur, est une question de premier ordre au Québec, alors que l’élite utilise des sentiments identitaires rigides et rétrogrades pour maintenir une position de privilèges, s’attaquer aux conditions de travail et maintenir les travailleuses et travailleurs racisés dans une situation de vulnérabilité et d’exploitation. »

Le texte énonce bien quelques faits, mais l’agencement de ceux-ci donne à croire que le phénomène du racisme est lié au seul capitalisme nord-américain. C’est de la malhonnêteté intellectuelle. Une généralisation abusive qui manifeste une profonde ignorance de l’histoire et de l’essence du capitalisme. Il ne faut pas comprendre grand-chose au monde actuel pour écrire qu’il n’y a pas de capitalisme sans racisme. S’il existe une idéologie qui ne fait pas la différence entre un homme noir et un homme blanc, c’est bien le libéralisme économique et son culte de l’Homme remplaçable.

L’article relate des faits historiques sans faire la moindre différence entre Français et Anglais, il se contente de traiter du Québec et du Canada comme s’il s’agissait du même peuple!

L’auteur sait-il qu’il ne parle pas du Québec lorsqu’il écrit : « La fondation du capitalisme au Canada repose en effet sur une logique racisée. La dépossession des terres autochtones et le vol de leurs ressources étaient fondamentaux pour l’accumulation historique du capital et ces mécanismes sont toujours bien à l’œuvre aujourd’hui. Avec la Loi sur les Indiens, l’élite du Canada s’est assurée que les peuples autochtones soient marginalisés au sein d’un système d’apartheid » ?

Le Québec n’est pas du tout responsable de la loi sur les Indiens, c’est une loi fédérale. Le texte dénonce le racisme, mais la pire forme de racisme n’est pas justement de nier l’existence d’un peuple?

Plus absurde encore, l’auteur, déformant outrageusement la réalité, présente le projet de loi 62 comme raciste :

« Loin de promouvoir les idéaux universels de sécularisme, ce projet de loi régressif vise clairement les musulman.e.s [sic] du Québec. Il est même critiqué par le parti québécois pour ne pas aller trop loin. La ministre libérale Stéphanie Vallée a suggéré d’adopter des mesures similaires à la France, telles que permettre à la police de fouiller les femmes qui portent le niqab. Tout cela est présenté sous le couvert du sécularisme et de la civilité, alors que l’intention politique est manifestement de consolider certains segments de l’Électorat en mobilisant un discours sur les communautés immigrantes, particulièrement les communautés arabes et musulmanes; en insinuant que le Québec, comme nation blanche et judéo-chrétienne, serait menacé de l’extérieur et de l’intérieur par des barbares à nos frontières et entre notre sein. »

Prêter de telles intentions au PLQ relève du pur délire de persécution. Tout ce qui limite la liberté de cette religion d’État non repentante est vu comme du racisme…

Bref, en publiant ce torchon, les harpies intersectionnelles de À bâbord! occultent complètement dans leur diatribe le fait que les canadiens-français étaient dans une position de subordination tant sur le plan économique que social et culturel jusqu’à la fin des années 1970. Et encore aujourd’hui, ils sont sous-représentés tant au Canada qu’au Québec dans le 1 % les mieux nantis. C’est bien beau de dire aux autres de vérifier leurs privilèges, mais que ces harpies commencent par réviser leurs manuels d’histoire.

Je leur recommande notamment la lecture de l’historien américain Francis Parkman, spécialiste de la Nouvelle-France, qui écrit : « La civilisation espagnole a écrasé les Indiens; la civilisation anglaise les a méprisés et négligés; la civilisation française les a enlacés et chéris. » (cité par Alfred A. Cave, The French and Indian War, Greenwood Press, 2004) Enlacés et chéris c’est beaucoup dire, mais pour des raisons économiques et politiques les autorités coloniales françaises les ont perçus comme des alliés et de nombreux « Canadiens » vivaient en leur compagnie…

Si les auteurs de À bâbord! étaient moins ignorants de l’histoire du Québec, ils comprendraient que si nos relations avec les autochtones avaient été mauvaises, jamais ils ne nous auraient permis de découvrir le continent américain jusqu’au fin fond du Mississippi. On se serait fait massacrer le temps de le dire. La population de la Nouvelle-France était trop petite pour conquérir ce coin de pays. Même lors de la première paix des Braves, les Amérindiens avaient la force militaire nécessaire pour nous vaincre et nous confiner à Québec et Montréal. Nous n’avions pas les moyens de les exterminer. Après il y a eu la conquête anglaise…

Il faut voir le film L’empreinte pour comprendre que les Québécois sont certainement la nation la plus proche des autochtones de toute l’Amérique du Nord. Sirop d’érable, épluchettes de maïs, hockey : est-il quelque chose de nous qui soit typiquement québécois et qui ne porte pas la trace de notre métissage?

Le dossier « Racisme au Québec : au-delà du déni » est un appel à la repentance et à l’autoflagellation. Or tenter de faire ressentir de la white guilt est le meilleur moyen de produire un suprémaciste. À chaque attaque de culpabilisation, on devient davantage ce que la gauche régressive croit combattre. La gauche régressive incite à remarquer plus que jamais la couleur des gens! Inutile de continuer à traiter les Québécois de racistes, ils le savent et ça les indiffère de plus en plus. La gauche régressive a réussi à banaliser le racisme à force de le voir partout où il n’est pas.

Un procès du Québec pour racisme qui jette de l’huile sur le feu, est-ce mieux qu’un débat sur une charte qui souffle sur les braises de l’intolérance? En faisant le procès du Québec, la gauche régressive provoque les mêmes dommages qu’elle reprochait au débat sur la charte des valeurs du PQ.  Avec son dossier, À bâbord! jette de l’huile sur un feu qui réchauffe l’extrême droite.

Dans le numéro 68, À bâbord! réplique à l’indignation et aux dérapages racistes qu’à suscité le texte « Pas de capitalisme sans racisme », qui fût aussi publié dans Le Devoir[1]. Les coordonnateurs du dossier et l’auteur du texte conspué écrivent :

« Évitons les sophismes : dénoncer le racisme et le fait qu’il sert l’implantation d’un capitalisme déshumanisant ne signifie pas qu’on est raciste anti-Québécois ou anti-blanc; ce n’est pas non plus l’expression d’une volonté d’invisibiliser l’histoire du Québec pour prôner des valeurs islamistes. »

Ce n’est pas un sophisme que de dire que l’auteur de « Pas de capitalisme sans racisme » déforme l’histoire du capitalisme et l’histoire du Québec.

Ce n’est pas un sophisme que de dire que le capitalisme n’est pas toujours lié au racisme. Le capitalisme est lié au racisme durant ce que Marx appelle la « phase d’accumulation primitive : “La découverte des contrées aurifères et argentifères de l’Amérique, la réduction des indigènes en esclavage, leur enfouissement dans les mines ou leur extermination, les commencements de conquête et de pillage aux Indes orientales, la transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires, voilà les procédés idylliques d’accumulation primitive qui signalent l’ère capitaliste à son aurore[2].” Mais lorsque le Québec est sorti du régime seigneurial, si son industrialisation était liée au racisme, c’était le racisme anti-francophone. Nous pensons aux ouvriers francophones des quartiers industriels de l’est de MontréaI. Ces ouvriers travaillants pour des boss anglophones sont bien représentés dans les œuvres Michel Tremblay. Il faut vraiment ignorer l’histoire du Québec, ainsi que sa littérature, pour penser que les francophones du Québec se sont enrichis en exploitant les autres races.

Nous reconnaissons qu’il est important “d’écouter et d’entendre l’Autre”, mais nous refusons qu’on fasse le procès des Québécois sur la base de mensonges colportés par des immigrants et des militants de gauche qui ne prennent pas la peine de s’instruire correctement sur notre histoire avant de nous juger. Remarquez que le processus de sécularisation amorcé durant la révolution tranquille, est complètement zappé des radars de ces progressistes à deux balles…

Combattre le racisme est une noble cause. La façon la plus perfide de nuire à une cause, c’est de la défendre avec de mauvaises raisons. Or, c’est précisément ce qu’a fait À bâbord! avec son dossier sur le racisme. Pour renflouer l’épave À bâbord!, il faudrait son comité de rédaction cesse de publier des surdoses d’ignorance.

 

Biographie – François Doyon – Ose te servir de ton propre entendement! Voilà la phrase fétiche de François, une phrase qu’il aime appliquer au jour le jour. Que ce soit dans ses luttes épiques contre les impostures intellectuelles, son amour pour les plantes que personne ne connaît par leur vrai nom ou son dévouement pour ses élèves, François ne se chauffe pas de n’importe quel bois. Spécialiste de la philosophie de Hans-Georg Gadamer, il est l’un des auteurs de Philosophical Apprenticeships, contemporary continental philosophy in Canada (Presses de l’Université d’Ottawa, 2009), de L’art du dialogue et de l’argumentation, s’initier à la pensée critique pour le cours « Philosophie et rationalité » (Chenelière Éducation, 2009) et de La face cachée du cours Éthique et culture religieuse (Léméac, 2016). Il vient de publier Les philosophes québécois et leur défense des religions (Connaissances et Savoirs, 2017). François Doyon est également contributeur pour la revue Québec sceptique.

 

Aprilus…

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[1] http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/488276/pas-de-capitalisme-sans-racisme.
[2] Karl Marx, Le Capital, Livre I, VIIIe section : L’accumulation primitive, Chapitre XXXI : Genèse du capitaliste industriel.