L’Université Born Again

creationniste aprilus
juin 17th, 2017
|

Publié le 24 avril 2017 dans le Journal du Québécois.

Vous avez vu en fin de semaine cet article du Devoir intitulé «La religion investit l’université»? Grosso modo, on y apprend que l’université Laval formera bientôt des missionnaires évangélistes.

Moi qui suis biologiste, s’il est une chose qui me pompe particulièrement chez les baptistes évangélistes et autres born again christians, c’est leur zèle créationniste. Éminent généticien, biologiste et théoricien de l’évolution, Theodosius Dobzhansky affirmait que « rien en biologie n’a un sens excepté dans le contexte de l’évolution ». Allez rapporter un tel propos à un baptiste bien lobotomisé et sa réaction vous permettra de mesurer l’étendu de l’obscurantisme moyenâgeux qui s’incrustera sous peu dans ce lieu de savoir que devrait être l’Université. Causez avortement, contraception, droit des femmes ou de minorités sexuelles et vous serez éblouis par les sottises qu’il vous servira ainsi que par sa dévotion aux fariboles les plus grotesques. Prenez ensuite la mesure de tout le fric que sous-tend le mouvement protestant évangélique, cette énième sous-espèce chrétienne, et vous comprendrez pourquoi cette manne a su parler au doyen de l’Université Laval. Dans l’affaire qui nous intéresse, un modeste 420 000$.

Pour prendre acte du degré de fanatisme des adeptes de cette fiction millénaire, offrez-vous la bande-annonce du film Jesus Camp (voir en bas de page – le film entier est en ligne). Si vous croyiez la barbarie chrétienne définitivement révolue malgré le passage de Bush junior le croisé, jetez aussi un œil au documentaire Dispatches Saving Africa’s Witch Children (en bas de page). Pas très joli. On se demande où est passé le Jésus babacool post-boomers. Puis, pour vous détendre, offrez-vous une petite virée au Big Valley Création Science Muséum en Alberta, vous y rencontrerez peut-être quelques-uns des Jesus freaks élus d’Ottawa. Certains attesteront, sans complexe, de la dimension politique de leur foi. Moins tiède sur les questions d’intrusions religieuses lorsqu’elles n’émanent pas de musulmans, l’émission Enquête a témoigné, sous le règne d’Harper, de cette vilaine manie évangéliste. Le reportage intitulé À la droite de Harper peut toujours être visionné sur Youtube (en bas toujours). Convaincus de l’imminence de l’Apocalypse et que le Canada y jouera un rôle prescrit par les Écritures, ces illuminés s’affairent d’avantage à sauver des âmes pour la moisson finale qu’à lutter contre les changements climatiques. Au pouvoir, les Conservateurs ont ainsi multiplié les tentatives devant remettre au goût du jour la question de l’avortement, œuvré à moraliser les événements et productions artistiques subventionnés et assumé un virage pro-Israélien. L’arrivée du poster boy Trudeau s’inscrit également dans la tradition du clientélisme électoral guidé par les bondieuseries. Fiston Trudeau, on le sait, ne rechigne jamais à montrer sa bouille dans les pires nids à intolérance.

On peut s’attendre à ce que d’autres sectes à succès prennent le pas à l’Université Laval. Quand viendra le tour de l’islam, ses gourous pourront bien sûr compter sur Québec Solidaire et le Parti Libéral pour faire taire toute contestation en aboyant copieusement des «racistes». Incarnée au Québec par QS, la tradition de la gauche régressive initiée par Foucault, improbable groupie de l’Ayatollah iranien Khomeyni, mariée au multiculturalisme fanatique de Couillard, piétine le réel, les leçons de l’histoire et les derniers confettis francophones d’Amérique.

Alors que j’aurais volontiers illustré le funeste destin que réserve le Parti Libéral au dernier troupeau de caribou de Val d’Or, je me retrouve à vous réchauffer ma camelote de sale laïcard intégriste, identitaire et raciste. Deux autres dessins donc, qui auraient dû se retrouver dans le dernier livre de Djemila Benhabib. Les frères Kouachi en ont décidé autrement en abattant Charb qui devait en signer la préface. Dès lors, moquer les idéologies religieuses et défendre la liberté d’expression est devenu un sujet tabou donnant de l’urticaire aux éditeurs. Je me suis bien vite retrouvé seul comme un taenia au fond d’un duodénum. Pourquoi s’embarrasser d’un type qui n’a jamais fait TLMEP et qui persiste à dessiner des matières fécales, des bites et des vulves? Rassurez-vous, dans la marginalité, la santé va bien. Sans doute mieux qu’autrement. Job alimentaire oblige, j’y dessine moins de caribous persécutés que je ne le souhaiterais, mais en bon garçon, j’y pratique le recyclage de mes vieux coups de sang mécréants. Et comme l’histoire ne veut pas passer à autre chose, et ben voilà… Jusqu’à épuisement des stocks.



facebook_logo_aprilus

★ Suivez le lien pour faire un DON à un artiste libre.

Comments are closed.