Moi, raciste? Fuck you!

Frileux coul Dj
septembre 25th, 2015
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Le voile islamique s’est invité en campagne électorale. La question n’est pas réglée, on l’a remarqué. Une question qui détournerait d’enjeux autrement plus importants. Un Harper va-t-en-guerre qui nous la brandit tel un épouvantail pour leurrer l’électeur. Des craintes légitimes tournées en dérision par des esprits javellisés au multiculturalisme. Des amis, des militants, des familles qui se brouillent, toujours sur cette question. Et pourtant! «Laïcité», qui se souvient encore du sens de ce mot? Voici comment il s’est taillé une place dans mes neurones. Je procéderai d’un exemple vécu d’intrusion religieuse dans l’espace public, en l’occurrence une école publique prise d’assaut par les évangélistes chrétiens (histoire de foutre un peu la paix aux musulmans). Je basculerai ensuite dans l’actualité, puis aborderai l’éducation, notamment le cours d’ECR.

(Des centaines de partages sur le Site Le Québécois…. Merci de votre intérêt et de vos commentaires)

muslimquebecois aprilus

L’éveil du mécréant…

Histoires de préhistoire et regards naturalistes, c’est la science qui a d’abord fait éclater tout ça d’entre mes deux oreilles. J’avais 12 ans, on ne m’avait jamais trop matraqué de chrétienneries, mais elles étaient là, omniprésentes. À l’école, où on nous bassinait d’âneries catholiques – je me souviens d’un diaporama où l’on nous présentait le pape Jean-Paul II en ski alpin, sur fond de hard rock – on dirait du Ozzy Osbourne! me disait un pote. Bien-sûr c’était plus gentil que ce qu’avaient connu mes parents, mais ça demeurait la promo d’un placebo, un ramassis de fables grotesques issues de manipulations et de triturations pathétiquement primates. Mais voilà, grâce à Charles Darwin, les couleuvres, tritons et salamandres que je capturais et observais en terrarium avaient mis à mal cette pathologie psychique que les grandes personnes tentaient de m’inoculer. Des adultes avaient insulté mon intelligence de mioche à grands coups de ce catholicisme, qui à l’instar de toutes les doctrines monothéistes, n’est qu’un obscur méli-mélo de tout et de son contraire. «Cette voix du dedans qui fait parfois un de ces boucans», comme le chantait Ferré, n’était donc que le fruit de mon encéphale, moi, l’Homo sapiens.

bilboquet coul aprilusHors de l’école et de sa rectale pastorale, malgré nos églises désertées, les bondieuseries, perduraient (et perdurent), stagnantes et putrides, dans nos cervelles de colonisés. Je pense ici à cette saleté de culpabilité judéo-chrétienne troublant l’éveil des hormones, exécrant le plaisir, le sexe, les femmes et l’intelligence. Autant de névroses institutionnalisées et instrumentalisées glorifiant la mort, l’obéissance béate et la détestation du savoir. Une fois fait ce constat, le goût des blasphèmes n’en est devenu que plus doux pour l’ado que j’étais. D’autant plus qu’en bon boutonneux Post-Passe-Partout Québécois, je les pimentais allègrement de riffs punks et métalleux. «Clic, il fait clair, vive la lumière!1»

…et la claque évangéliste

À ce stade, je ne me sentais toutefois pas le besoin d’inscrire mon «dégoût» du religieux dans le cadre d’une lutte. Au Québec, le phénomène me semblait désarmé, voire agonisant, une affaire de vieux lobotomisés qui freakent au crépuscule de leur vie. On avait viré le catéchisme des écoles publiques, j’avais d’autres centres d’intérêt et surtout deux jeunes enfants. Pourtant, en 2005, alors que j’enseignais au Nunavik, dans le Nord du Québec, les bondieuseries sont revenues par la porte arrière : une direction d’école publique m’interdisait d’aborder le thème de l’évolution des espèces en classe. Le monde n’aurait que 6000 ans et aurait été créé en 6 jours. Les évangélistes chrétiens avaient pignon sur rue dans la toundra. Oui, ces mêmes exaltés qui mènent aujourd’hui des offensives de prières dans les tribunes du Parlement d’Ottawa et qui sont courtisés par la clique de Stifine Harper; lui-même appartenant à l’organisation religieuse évangélique Alliance chrétienne et missionnaire. Le 11 septembre 2001 n’était pas très loin derrière. Les cul-bénits, me semblaient soudainement prendre du poil de la bête, comme revenus d’outre-tombe.

doublediscour aprilusJe fus sanctionné pour insubordination, raconté par Québec Science, appuyé des milieux scientifiques et des syndicats d’enseignants, mais grossièrement harcelé par les pets secs de la Bible Belt et trahi par une certaine gauche québécoise qui se découvrait multiculturaliste (à l’époque, l’Union des Forces progressistes2). Bien que la sanction me fut retirée, la Commission scolaire cautionna publiquement la censure pratiquée par son établissement et m’accusa de ne pas respecter la culture inuite, à savoir les insanités créationnistes prescrites par les églises pentecôtistes! J’étais donc devenu une sorte de raciste, moi qui l’année précédente mangeais de la tête de castor bouillie et des tripes de caribou au sein de ma famille adoptive Crie; moi l’ancien coopérant en Amérique Centrale. Ces quolibets, la gauche à bobettes de babiche et à jupes de terre cuite me les a réchauffé lors du récent débat sur la Charte. Et aujourd’hui, ils en remettent avec cette histoire de vote à visage découvert. Mais j’y reviendrai.

Au sommet de la terre, je n’avais pas anticipé un tel bazar et je dois reconnaître que j’en suis ressorti bien «égratigné». Je me mis dès lors à me gaver des bouquins de Richard Dawkins (le pitbull britannique de Darwin), pour ensuite plonger dans les crus locaux, Guy Rocher, Normand Baillargeon, Daniel Baril, Louise Mailloux, Djemila Benhabib et plus récemment, le français Michel Onfray. Confronter les contes de fées, les sectes et autres opiums, à la rationalité, aux sciences et à l’histoire devint vite une passion. Je n’allais certainement pas tendre l’autre joue comme le mythique granole cosmique. Ce triste personnage inventé de toute pièce afin de consacrer la soumission du bon peuple; aujourd’hui, vestige anachronique et dégoulinant, cloué sur son instrument de torture, bien en vue à l’Assemblée Nationale.

Fustiger la connerie made in Quebec à coups de crayon, façon Charlie…

Depuis, toutes griffes dehors, je buzze à célébrer l’absurdité du monde à renfort de second degré, d’insolences et de vulgarités qui ne sont gratuites qu’en apparence. L’humour noir et la satire c’est l’exutoire qui m’empêche de poser des bombes et d’entartrer les politiciens véreux. C’est mon antidote à l’écrasante bien-pensance des gonades molles qui flageolent, l’arme non aseptisée qui fustige les pilleurs environnementaux, l’avidité obscène des crapules, les fachos, les mysos, les homophobes, les fédéralistes coincés du cul et bien sûr les gourous de tout acabit. Ah! Ces fonctionnaires de Dieu! Intarissable terreau à bêtises, infinie source d’inspiration! Ridicules clowns costumés, fantasmant la mort, dérobant son caractère indubitable à des fidèles qu’ils enfument pour mieux régner, pour les détourner de leur vie, la seule qu’ils auront pourtant jamais.

extremiste ababord

…À bâbord

Je veux secouer les puces de cette «nouvelle gauche québécoise» qui me donne de l’urticaire. D’abord pour sa laïcité mitée d’adjectifs creux et relatifs, mais aussi pour son indépendantisme mou et mortifère. Lorsqu’en 2005, timidement sur son site officiel, l’UFP emboîta le pas à mes détracteurs, je comprenais qu’un cancer avait fait son nid dans ma famille politique : le multiculturalisme. Désormais, chez Québec Solidaire, en chœur avec le Parti Libéral, il est de bon ton de cautionner l’intolérance inhérente aux religions sous prétexte de «tolérance» et sur fond de culpabilisation de la société d’accueil. La démocratie au service de l’anti-démocratie. On s’adresse aux minorités comme à des imbéciles, on les flatte et les encourage à l’auto victimisation plutôt qu’au débat et à la rationalité. Même approche avec les indiens et les inuits : à go-gauche, on est les amis des bons sauvages, on «stéréo-typise» : sur fond de tam-tam, on se met des plumes au cul, de l’igunaq3 entre les oreilles et on offre l’exclusivité de tribune aux plus cons d’entre-eux. «LES musulmans, LES juifs, LES indiens, LES schtroumphs…» Une connerie qui mène droit aux communautarismes et à la fragmentation. Lors des dernières élections provinciales, l’accusation d’électoralisme, pas forcément infondée, fut balancée à la pelletée à l’endroit du PQ et de sa Charte de la laïcité. Il vaut pourtant parfois mieux regarder le reflet de sa propre gueule avant d’aboyer. Qui donc QS voulait-il séduire en embrassant le multiculturalisme?

Bien sûr, pour les mauvaises raisons, des fachos se sont greffés à ce projet de Charte, fondamentalement progressiste. C’était exaspérant, d’autant plus qu’un flou malsain a été entretenu par les Péquisses. Mais les apôtres théocratiques du surnaturel, de l’homophobie et du machisme, les Charkaoui et compagnie, ils étaient aux côtés de cette gauche métamorphosée, ils militaient en leurs rangs. Et au final? On a rien du tout. On a Couillard et ses couillons qui coupent. Point de balises, une merde législative liberticide sur le discours haineux (loi 59), que des cloisons qui s’érigent… Et du provincialisme Cana’ien en prime.

Ces 91 % de Québécois…

Garderie aprilusAujourd’hui, quand des citoyens «ordinaires» font part, parfois maladroitement, de leurs inquiétudes quant à l’Islam, ils sont nombreux, au sein de cette «gauche» coupée du peuple et chez les fédéralistes, à associer ce qui constitue la majorité des québécois à des fachos de base. Et pourtant, à la lumière des nombreuses expériences multiculturalistes virées en fiasco, de ces images de décapitations, de lapidations, de destructions de trésors patrimoniaux, de mariages forcés, de persécutions en tout genre et depuis la tuerie de chez Charlie Hebdo, CES CRAINTES SONT LÉGITIMES. Les balayer sous le tapis contribuera assurément à envenimer la situation, laquelle pourrait effectivement dégénérer en racisme primaire. Distinguer l’islamiste exalté du type qui prie peinard sans emmerder tout le monde, ce genre de type qui, en Syrie ou en Irak, est la première victime de Daech; discerner l’extrême moron du paisible croyant,  finira par devenir plus ardu pour le citoyen moyen. Les gens, ils n’ont pas toujours raison, mais il faut les écouter avant qu’ils ne pètent une coche. C’est vexant ne pas être écouté. Lorsque Mitterrand s’est recentré, voire droitisé, suivi de ses successeurs «socialistes»; lorsque les résultats du référendum français sur la Constitution Européenne ont été balayés du revers de la main par Sarkozy le nabot, pour ne citer que ces exemples; il y avait matière à être vexé. Et c’est un peu pour ces raisons que le Front National est à 30% aujourd’hui. Un parti xénophobe jusqu’au tréfonds de son histoire, qui glane des recettes altermondialistes inventées par «des gauches bien splittées entre-elles» et qui capitalise sur l’arrogance des grands partis, sur les trahisons dont ils sont porteurs, pour se présenter comme le seul vecteur de changement.

Depuis quelque temps, des déclarations de Marine Le Pen, la fille du monstre, dégoulinent jusqu’ici, au Québec. Des petits clips Youtube ça et là. Une saveur étonnamment gauchisantes. Dès qu’on gratte, ça pue. «Ça schlingue grave»! Suffit de zyeuter le CV des pourceaux qui se terrent derrière le nouvel emballage du FN. Au Québec, le terreau susceptible de recevoir ce purin fasciste, à mon humble avis, ce sont les multiculturalistes qui le préparent, inconsciemment. C’est pas les gars comme moi!

Construire un espace commun neutre, c’est quand même pas la mer à boire… Ah merde, j’oubliais! Nous sommes un peuple conquis, inféodé à Ottawa… Rien n’est simple dans notre posture. La preuve : les présentes élections fédérales. Un pallier gouvernemental de conneries supplémentaires! Entre les prouesses d’Harper, le tacticien véreux, et les stépettes du monstre bicéphale NPD-PLC, on se fait encore bassiner par les têtes de nœud du Fédéral. Il faut retrouver notre liberté, qu’on s’administre enfin nous même. Au plus criss.

etui penien aprilusIl y a mieux à faire à l’école…

Mes mots, mes dessins, bien que parfois grossiers, ils sont aussi pour mes enfants, Arthur et Zoé. Car entre la fin du catéchisme et le retour du religieux à l’école, via le mal nommé cours d’Éthique et Culture Religieuse, aucune génération n’a eu le temps de passer. Les bondieuseries demeurent incrustées et sournoises. Emballées d’un multiculturalisme canadien éructant l’assujettissement pernicieux de l’État au religieux, de la communauté à l’individu, bref, l’apologie de l’accommodement raisonnable. On invite aujourd’hui nos gamins à découvrir les sectes à succès comme les mets d’un inoffensif buffet : all you can eat, stick to the cultural origin of your parents! L’athéisme y passe à la trappe. Meslier, Holbach, Feuerbach, Nietzche, ces pionniers qui n’avaient pas le cul entre deux chaises, sont évincés par l’inventaire puéril des lieux de cultes qui parsèment la province. Exit : les Croisades, l’Inquisition, les bûchers, les autodafés, les fatwas islamiques, les théocraties, les écoles résidentielles indiennes et aborigènes, les scandales de pédophilie, l’islamisme politique, l’obscurantisme, le démontage rationnel des mythes, leurs incohérences, le fantasme d’un peuple se croyant élu, les rituels religieux soumis à l’approche évolutive et dépeints en simples dérivés de mécanismes cognitifs«nécessaires» à la vie sociale, le climato-scepticisme des nouveaux prédicateurs de l’apocalypse, etc. Que nenni. Les commissaires Bouchard et Taylor servent à nos gamins une bouette infâme dépourvue de perspectives historiques, philosophiques et scientifiques. Ils cuisinent l’idéologie multiculturaliste. Définitivement, il y a mieux à faire à l’école.

Et puis, qu’on cesse enfin de financer les écoles confessionnelles, bien trop souvent obscurantistes. D’ailleurs, c’est aussi le seul bon point qu’avance Québec Solidaire dans ce dossier.

Buffet aprilus

Aménager le vivre ensemble

Athées, ne soyons plus complexés, faisons taire tous ces faux-culs aux mains ensanglantées qui prétendent que seule la religion est vecteur de morale. La sélection naturelle a retenu l’altruisme et l’empathie chez les hominidés et ces attributs sont au cœur même de notre succès évolutif. Réclamons la lumière, démythifions publiquement les fables surnaturelles, combattons les intrusions religieuses et bâtissons une éthique post-chrétienne axée sur le vivre-ensemble dans le monde réel.

Et puis, let’s «tax the fuck out of the churches», pour reprendre Frank Zappa. Ça suffit les conneries!

Baptisés païens et croyants écœurés des institutions, je vous invite à faire acte d’apostasie, pour la beauté du geste, pour ne plus faire partie des statistiques et envoyer un message aux saintes sangsues embusquées.

Les pieux, je vous convie, sans mépris aucun – puisque je le réserve aux gourous et autres marchands d’arrière-mondes – à bien mesurer pour vous, pour nous tous, les indéniables avantages d’un Québec laïque et pluraliste. Une garantie que la religion ou l’athéisme enragé (oui oui!) des autres n’étouffent pas ce droit fondamental et personnel qu’est votre liberté de culte. Une garantie d’intégration paisible par le biais d’un espace commun neutre.

La laïcité, surtout, c’est pour que les enfants qui naissent au sein d’une tradition qu’ils n’ont pas choisi sachent que des fenêtres existent, que le monde est plus complexe qu’il n’en a l’air et qu’ils peuvent choisir la forme de spiritualité qui leur convient, quelle soit religieuse ou pas.

Sur ce, vaut mieux en rire que de s’en crisser! Vive le droit au remue-méninges via le blasphème! Car les religions sont des idéologies comme les autres, elles ne sont sacrées que pour ceux qui y souscrivent, et encore à différents degrés. J’adhère pleinement à la maxime des Zappartistes : rire est une si jolie façon de montrer les dents. Et c’est ce que je m’efforce de susciter en vous, convaincu que le grotesque des accommodements, ridicule avant même d’être caricaturé, ne fait pas sourire que dans les rangs des mécréants mais aussi parmi les croyants.

patte blanche aprilus

1-Référence à Passe-Partout, emblématique série de télévision québécoise pour les enfants de la décennie 80…

2-L’UFP fusionna en 2006 avec l’Option Citoyenne de Françoise David pour former QS.

3-Bloc de gras, de viande et parfois de viscères de morse faisandé du printemps à l’automne arctique puis congelé en hiver. Il est consommé par les inuits qui le considèrent comme un délice.

Note : Oui, l’étui pénien, koteka ou horim ça existe, suivez le LIEN.

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QS & accomodements coul Dj

 

 

 

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