Au pays des gentils

Aprilus plante le décor

Ça s’amuse ferme au pays des gentils. Après tout, l’été c’est fait pour jouer. Et celui de 2018 aura été riche en amusements. Vu de ce microcosme où galopent licornes et pangolins fluorescents, dans la vie, il y a des méchants et des gentils. Et heureusement, chez les gentils, il y a des gardiens de la pensée. Fort des algorithmes de Facebook, tout ce petit monde évolue en vase clos sur fond de patchouli.

Or les gentils ne se cantonnent pas qu’à Montréal et certaines de leurs âneries remontent le fleuve. C’est ainsi qu’un échange «qui n’a pas eu lieu» et qui pourtant a généré son lot de petits cœurs et de pouces levés m’a donné envie de varger à nouveau dans ce guêpier qui constitue la clientèle de Québec Solidaire.

Au pays des néo-cléricaux québécois, dès lors qu’on a de bons sentiments, les faits et la sémantique comptent peu. On s’y bricole un petit cocon d’intransigeance bien sélectif et on n’aime pas qu’on vienne nous y secouer les puces. Chez les gentils, on peut partager des énormités et, dès lors qu’un pauvre bougre vient polluer notre petit monde, on se contente de se distribuer des likes entre calinours. Mais au fond, on est quand même bien contents que les méchants nous accordent autant d’importance. Alors entre vertueux, on peut pousser le bouchon jusqu’à endosser la racialisation ambiante et l’onde de censure et d’auto-censure qui balaie actuellement le Québec.

La récréation se terminera peut-être lorsque le monde extérieur appellera enfin les choses par leurs noms.

Retourner l’insulte – RACISTE – et y adjoindre CENSEUR

Le largage d’énormités racistes nappées de bien-pensance induisent une autocensure qu’on mesure par la tiédeur des réponses qu’il suscite. Un hurluberlu fringué en gothique avec une empreinte de loup sul’ chest, assurément, on lui fera sa fête. Le néo-clergé, lui, est à l’abris de tels déferlements d’indignation car il s’affirme bruyamment antiraciste et égrène sont petit chapelet pseudo-intellectuel, le plus souvent dans la langue de Shakespeare.

Devant le racisme, je n’y vais pas par quatre chemins. Qu’il émane du bec de lièvre d’un fakir tamoul, d’un pygmée hydrocéphale ou d’un apache hermaphrodite, si tu partages des propos racialistes, je vais le relever. Et surligner en rouge fluo si tu les endosses. Idem pour ce qui est d’excuser ce fléau intemporel qu’est la censure.

Lettre à un gentil de mon patelin

Avant de me lancer, Gentil-de-mon-patelin, je te prie d’excuser mon ton, mon style. C’est plus fort que moi. Autrement, écrire m’est moins amusant et puis tu le sais, en vrai, je ne suis pas spécialement teigneux. Ce qui m’intéresse ce sont d’avantage les idées que tu véhicules que ta petite personne, rassure-toi. De toute façon, je sais bien que tu ne liras pas mes mots. Enfin, ma marde, si tu préfères.

1- L’antiracisme raciste

On va mettre les choses au clair. Le racisme tient de l’ignorance. Et ignorants, nous le sommes tous à des degrés divers – ne pas le reconnaître tient de la connerie absolue. Je veux bien croire, cher justicier de la justice, que tes intentions sont nobles. Moi aussi, je me réjouis de voir nombre d’autochtones sortir du mutisme et se tailler une place dans le débat public. Seulement, je me méfie de ces petits porte-paroles autoproclamés que tu suis fiévreusement. Tu ne trouves pas ça réducteur de ranger les quelques 500 nations autochtones des Amériques derrière Maïté Labrecque Saganash ou Natasha Kanape? Les indiens, ils n’ont pas le droit d’être de droite? D’être cons, tout simplement. Tu les fantasme comment? Tous traditionalistes, gentils, de gôche, avec des plumes au cul? Et à partir de quel degré de métissage peut-on se prétendre indien? Tu ne t’étais pas posé la question? Effectivement, c’est débile. C’est raciste. Maïté et Natasha ne représentent qu’elles même, ou tout au plus, une poignée d’exaltés. De la même manière, Wiel Prosper, si prompt à fustiger ceux des «siens» ne se ralliant pas à ses idées, ne représente en rien les «noirs». Pas plus que Dalila Awada ne représente les gens de confession musulmane.

Mais avant d’aller plus loin cher Gentil, je t’invite à ne pas remettre en question ma sensibilité aux réalités autochtones. C’est un peu nul de le rappeler mais je vois pointer la bêtise, le classique dénigrement du messager. J’ai vécu des années marquantes chez les cris et les inuits, mes enfants sont nés là-haut, très loin de Montréal, de l’UQAM et de Concordia. J’y ai même des parents adoptifs, eux-mêmes passés par le rouleau compresseur des écoles résidentielles. Et je t’assure que je sais prendre tout le recul historique qui s’impose. Alors épargne-moi tes raccourcis vaseux, car pour l’heure, le raciste qui s’ignore, c’est toi.

Le racisme donc, chemine lentement mais sûrement. Pour le justifier, les nazis l’ont enrobé d’un jargon scientifique. Pour le diffuser, la RTLM, radio populaire Rwandaise, l’a asséné en boucle, sous forme d’un quolibet, «cafard». Ici, le néo-clergé québécois, recoure à la bien-pensance anglo-saxonne. Il importe le discours racialiste des Étazuniens. Et pour le gauchiste d’un autre cru que je suis, le pouvoir de nuisance de ce néo-clergé ne s’arrête pas là. Bien qu’il aboie à l’occasion à leur endroit, il sert les puissants. À force de sottises racialistes, d’écriture zinclusive et de délires de reconnaissance d’individualités toujours plus excessifs, il détourne l’attention publique du pillage économique, de la destruction environnementale et de notre asservissement collectif à une autre nation.

Parmi les inepties racistes que tu véhicules – ou like – allègrement, il y ce concept tordu de whitesplaining. Ainsi la couleur de la peau assignerait certains individus à résidence. Tout individu né blanc (là aussi il faudrait que tu nous indiques à partir de quel degré de blanchitude) serait coupable de colonialisme. Évidemment le colonialisme, l’esclavagisme et la traite négrière perpétrés jadis – et encore aujourd’hui – par certains musulmans ne t’indispose pas. L’antiracisme raciste, par exemple Jaggi Singh qui vomit du blanc, ça ne te pose pas problème car, dans ton cosmos, les porteurs d’épidermes basanés sont vaccinés contre l’ignominie suprême! Le seul racisme digne de ta vindicte c’est celui des blancs d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Le poids du passé, pour toi, c’est aux individus de le porter. Suivant ton raisonnement, puisque le nazisme fut une invention germanique, tout enfant allemand né depuis devrait porter la responsabilité des bourreaux d’autrefois. Vraiment, l’absurdité tu ne la sens pas? Il faut vraiment t’expliquer?

Tout ceux qui prennent à la légère ce genre de dérives verbeuses se montrent complices de cet authentique racisme néo-clérical. Il faut le voir, le reconnaître et le dénoncer comme tel.

Pour clore sur ce point, j’aimerais reprendre les propos de mon ami André Gagnon alors qu’il réagissait à une autre donneuse de leçon. Le racisme qui a façonné l’Amérique du nord n’était pas spécialement blanc, mais bien anglo-saxon et protestant. Il n’était pas plus «blanc» que le racisme aryen des nazis. De quel traitement «privilégié blanc» ont bénéficié les Acadiens, dépossédés, traités et déportés comme du bétail, sans droits reconnus et sans indemnisation pendant 2 siècles? De quel «privilège blanc» a bénéficié Louis Riel et ses métis? Pour certains enfants de Lord Durham, premiers bénéficiaires encore aujourd’hui de ce racisme, il est de bon ton de se déculpabiliser en rejetant le blâme sur ceux que leurs prédécesseurs ont opprimé. La preuve vivante que leur racisme se porte bien.

2- Non, la censure ce n’est pas une question d’hygiène

Voici un exemple de comment, à force de branlettes intellectuelles, on excuse la censure – où lorsque des relents staliniens diffusent dans la bien-pensance :

«Les mécontents et les protestataires vous agacent peut-être, mais ils sont les vrais gardiens de vos droits et de vos libertés, y compris de la liberté d’expression. La critique, la dissidence, le refus, c’est le dernier rempart de la démocratie. (…) Réjouissons-nous tout de même de vivre dans une société où les artistes ont le droit de se tromper, et où le public a également le droit de les critiquer et de les rappeler à l’ordre quand ils errent. La liberté d’expression, c’est pour tout le monde ou ça n’existe pas. C’est bien ce qu’il y a de plus positif à retirer de ce lamentable épisode.»

Cet extrait et l’article d’où il a été tiré, tu les as partagé. Sérieux, tu trouves ça malin? Tu n’a pas voulu me répondre quand j’ai relevé la grossièreté, les contradictions et la condescendance de cette affirmation. Tu crois vraiment que les «noirs», les «indiens» et la «démocratie» se portent mieux depuis que deux œuvres de Robert Lepage ont été mises à l’index par «les gardiens de nos droits et liberté»? D’abord, ce sont peut-être tes gardien à toi, mais pour moi ce sont des clowns obscurantistes, dangereux et nuisibles. Ça ne te saute pas au yeux à quel point ce charabia ne veut rien dire? Il faut vraiment que je t’explique? Relie l’extrait, mesure la bêtise. Cher Gentil, tes gardiens de mes deux, les fameuses pièces de Lepage, ils ne les ont même pas vues! Et ils ont œuvré à les faire censurer! Faut vraiment être débiles…

Avant d’aller plus loin, je vais ouvrir une parenthèse égocentrique. Je voulais te dire que vous (enfin, toi, ton likeux attitré et quelques autres du patelin), m’avez bien déçu par votre silence alors que le petit éditeur du Journal Le Québécois foutait mon article intitulé «Ceux qui hurlent avec les loups» aux poubelles. C’était sous prétexte que je n’étais pas assez fin avec Québec Solidaire. Peut-être qu’à vos yeux, un safe space médiatique était de mise, dès lors que Paul Cliche, un gourou prosélytiste de la gauche orange, était venu mettre son grain de sel en me qualifiant de scatophile. N’empêche, vous pouviez tout à fait ne pas être d’accord avec mon propos. Mais sachez toutefois qu’il manque visiblement une dimension à votre engagement prétendument progressiste : la défense de la liberté d’expression. L’humanité n’a pas à réagir à mes déboires, mais quand on est du même patelin, un peu plus de 3000 habitants, votre silence, même en privé, m’est apparu, du moins pour les deux premiers moineaux, comme un appui tacite au censeur (d’un propos qui vraisemblablement vous agaçait). Eh les mecs, la liberté d’expression ce n’est pas l’affaire d’un clan. Vous devriez relire Chomsky, gauchistes que vous êtes. Et pour ce qui est de mon irritant propos, vous devriez relire Falardeau que vous aimez tant citer de manière sélective.

Mais revenons à l’affaire Lepage, autrement plus évocatrice que ma banale petite histoire. Faudra-t-il recourir à une gamme de couleurs SICO, à un test d’ADN ou revenir à la crâniométrie du 18ème siècle (photo de 1912 ci-contre) pour que soit déterminée notre «case raciale» et de ce fait notre latitude de parole? Et pour causer de l’homosexualité, devrons-nous fournir aux gardiens de la bonne pensée un rapport de nos activités sexuelles? Pour causer d’un genre, devrons-nous baisser notre slip? Pour causer d’une idéologie religieuse devrons-nous en être nous-mêmes endoctrinés?

D’ailleurs à propos de bondieuseries, ce sont aussi tes amis calinours, anarchopanda, inspecteur Camus, Singh et autres tenants du multiculturalisme (en tête, le PLQ) qui se sont mis à diaboliser la laïcité, à associer religions et races, à chier des stéréotypes racistes et à vomir un portrait hétérogénéisant des croyances. Voilà 15 ans qu’on se replonge périodiquement dans le même merdier et à chaque fois, tu cries présent pour bien envenimer l’affaire. Tu ne trouves pas qu’on marche sur la tête là? Qu’il est temps de passer à autre chose?

Ressaisi toi Gentil! Est-ce qu’il faudrait t’énumérer toutes les œuvres qui devraient être mises à l’index selon ton raisonnement de raciste et d’analphabète culturel? Pas sûr que t’aurais la patience de tout te farcir tellement il y en aurait, y compris parmi tes héros anarchistes et gauchistes. Tu mesures le risque qu’on court, collectivement si les artistes, les auteurs, les citoyens se soumettent à l’autocensure, par peur de déplaire à tes bruyants amis du néo-clergé?

C’est pourtant pas compliqué, ami Gentil. TOUT le monde peut s’exprimer, créer, peindre, écrire, dessiner, danser, jouer, sculpter à l’abris du carcan idéologique de tes prétendus gardiens à la con. Le bourgeois comme le prolo. En création, TOUT le monde a le droit de s’inspirer de quoi bon lui semble. On peut s’inspirer de TOUT ce qu’on veut! TOUT le monde a le droit de se planter, de se raviser, ou d’assumer. Devant une création, TOUT le monde a le droit de réagir, d’aimer, de ne pas aimer, de critiquer, de caricaturer, de pasticher, etc. Mais pour ce faire, ça aiderait que tes amis du néo-clergé mettent au placard leurs petits réflexes totalitaires. Faudrait qu’ils comprennent que le monde ne s’arrête pas à la paroi de leur bulle.

La rencontre de deux dérives

Je veux bien croire que ton positionnement part de bonnes intentions (en fait, j’en suis convaincu). Mais au final, il est aussi nuisible que celui qui transpire de la meute ou autre rassemblement de guignols – qui, aussi, peuvent s’être braqués sur des bêtises à partir de craintes légitimes. Nier que ces gens ne sont pas tous forcément mal intentionnés; c’est se comporter en petit Lénine. Se croire appartenir à une élite éclairée, omnisciente, seule apte à penser. C’est mépriser le peuple et s’en couper, c’est pervertir les luttes de la gauche en autocratie; c’est nourrir la fragmentation, la division, la ghettoïsation. Alors que la gauche devrait penser le commun. 

Avec votre surexposition médiatique, vous faites passer l’ensemble des anarchistes et des gauchistes pour une bande d’abrutis! Ne serait-ce que pour cette raison, on peut remercier Roméo Bouchard et Louis Favreau pour leur manifeste de L’Aut’ Gauche.

On assiste à deux types de dérives racialistes qui carburent à l’ignorance et se nourrissent mutuellement. Pour l’heure, tu t’inscris dans l’un de ces courants. Est-ce que tout ceux qui macèrent dans l’un comme dans l’autre sont des racistes finis? Non, mais certainement, ils sont ignorants quelque part. Bonne nouvelle, ça se corrige.

Le bisou de la fin

De grâce, Gentil n’embrasse plus ces conneries mortifères. Ne crains plus l’excommunication de cette clique de fanatiques unidimensionnels, fussent-ils tes amis. L’indépendance d’esprit, c’est une belle expérience de la liberté. Pour l’essentiel, Gentil, on est plutôt d’accord. Du coup, c’est bête qu’on se crêpe le chignon tous les deux car j’ai pour toi, à bien des égards, une sincère admiration. Mais quand tu endosses des propos racistes et que tu te comportes en gardien de la pensée, je surligne la chose en rouge.

Le racisme, d’où qu’il émane, et la censure ne passeront pas.

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Au nom du sang

3ème publication depuis la censure qui m’a frappé au Journal le Québécois. Je vous sert ce nouveau dessin avec un autre, dans la même veine, publié dans le dit journal le 2 février 2016. En effet, plus ça change, plus c’est pareil et c’est pas pour rassurer. En 2015 je publiais l’un de mes premier article illustré dans ce canard web – aujourd’hui aseptisé – et ça s’intitulait : Moi raciste, fuck you!

Également, un aphorisme d’Albert Brie – plus léger – tout neuf.

Ah oui, et un joyeux camp de formation à Portneuf aux gens du PCQ – le seul parti qui ne présente pas de candidat mais des idées et un profond désir d’indépendance (avec un cadre uninominal à un un tour faut bien finir par tilter).

Au plaisir!

ghetto Aprilus

Pour info :

La cryptorchidie est l’absence d’un ou des deux testicules dans le scrotum.

Le prognathisme est une configuration faciale selon laquelle une des deux mâchoires est plus saillante que l’autre.

castors Brie aprilus

Qui c’est Albert Brie?

Écrivain et humoriste québécois. Il a participé comme scripteur francophone à plusieurs médias. Il est notamment connu comme auteur d’aphorismes humoristiques et philosophiques salués par ses pairs. Albert est décédé le 27 octobre 2015 à l’âge de 89 ans.

« Un écrivain prodigieux, à mettre quelque part entre le vieux Montaigne et le jeune La Bruyère » ­- Jean Marcel

« Ses pensées précises et fines ont éclairé des générations de lecteurs. Ses traits, il les décoche en quelques mots qui lui suffisent à cerner une idée, une impression, un sentiment.  » – Jean François Nadeau

« Si tous ceux qui parlent pesaient leurs mots, comme l’air serait léger ! » – Albert Brie

« La plupart des grands hommes sont considérés comme des lumières seulement quand ils sont éteints et les morts sont enterrés deux fois, sous la terre et sous les éloges ! » – Albert Brie

Brie Aprilus

Et parce que des fois, je me lâche encore sur Fèce de bouc… Vous êtes bien gentils de continuer à zyeuter mes bêtises.

Capture d’écran 2018-08-01 à 07.15.35

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Ce que susurre la censure…

L’article se subdivise comme suit : L’acte de censure; Le censeur; La caution molle; L’artiste mis à l’index (l’expulsion – la mise en marché de la satire – ce qui titille mon crayon – Aprilus scelle (encore) son sort).

Censorship aprilus

 

L’acte de censure

«[…]. Si vous croyez en la liberté d’expression, vous croyez alors dans la liberté de parole pour les opinions qui vous déplaisent également. Goebbels était en faveur de la liberté de parole pour les opinions qu’il aimait… Et Staline était pareil. […] Si vous êtes en faveur de votre liberté de parole, cela signifie que vous êtes en faveur de la liberté de parole pour les opinions que précisément vous méprisez. Sinon, vous n’êtes pas en faveur de la liberté d’expression. »

Noam Chomsky, Manufacturing Consent: Noam Chomsky and the media, 1992

QS gang aprilus censureUn même propos suscite deux réactions. D’un bord, on manœuvre pour court-circuiter la réflexion et induire la censure. C’est la voie royale de la gauche régressive. Profondément dégueulasse. En prime, il y la diffamation menée par les meutes que ces salauds dorlotent. S’enclenche alors le salissage des messagers mis à l’index, lesquels, dans une société à peu près libre, devraient être en droit de critiquer les personnalités publiques et politiques. Cette méthode, c’est l’option de prédilection du professeur Camus qui, piochant dans ses névroses, investit beaucoup d’heures à bricoler des captures d’écran, les amputant soigneusement de leur contexte. Beaucoup de temps aussi pour chier des raccourcis et servir les habituels anathèmes : bouffeurs de minorités, racistes, laïcards intégristes, identitaires obtus, etc.

Lacensurepue

Mon censeur

safespaceaprilus censureLà c’est le moment pittoresque où un artiste invisible parle d’un journal qui l’est tout autant.

Quand je replonge sur cet article qui m’a valu une censure, puis, par effet de cascade, une éviction du Journal le Québécois, je demeure pantois. Il n’était pas si roffe ce texte. Les dessins non plus. Replongez-y : http://aprilus.com/ceux-qui-hurlent-avec-les-loups/ Pas de quoi fouetter un chat! Pour moi, ça reste un portrait du réel, avec, à peine, une pincée de piment.

Au delà de l’acceptation de censure, les nouvelles conditions que «l’illustre éditeur», Carlo Mosti, m’imposait étaient intenables. Cette mise sous tutelle constituait une offense à l’intelligence d’abord, puis à l’histoire de ce canard web qui jadis avait soutenu un texte de Falardeau intitulé «La mort de Ryan». Je nourrissais abondamment cette plateforme depuis trois ans et ma chronique allait grandissant. Mosti s’est comporté en sauvage totalitaire.

Qui est-il? D’où vient-il? Cet invincible censeur des temps nouveaux.

avatars censureVous aurez remarqué que nous causons présentement d’un type qui, au final, est encore plus anonyme que moi. Qui est-il? D’où vient-il? Cet invincible censeur des temps nouveaux. Sa plume n’est pas spécialement prolifique et son succès est plus que modeste. Quatre publications en 2017, trois en 2016, trois (et deux insignifiances moquant le mouvement Je suis Charlie) en 2015… En 2018, un copié-collé n’indiquant pas le nom de l’auteur. Je ne vous invite pas spécialement à découvrir la pensée de ce justicier de la bonne morale.

Au fond, j’ai commis deux erreurs. La première, être en désaccord idéologique avec un petit éditeur anonyme vadrouillant quelque part entre QS et les antifas. La seconde, avoir collaboré avec Philippe Dujardin, un homme que ce dernier méprisait. Cette bisbille, à priori anecdotique, n’en demeure pas moins éclairante sur la vérole qui gruge la gauche et les débats publics en général. Mosti avait viré Dujardin (co-auteur du texte censuré) de son Facebook car il n’arrivait pas à rivaliser d’arguments avec lui. Je prenais part à l’échange l’ayant mené à resserrer son safe space. Dujardin demeurait respectueux malgré une horde de loups s’acharnant sur lui. Une agressivité suintant le fachisme. Pour donner une idée de l’ambiance, j’ai eu droit aux insultes de l’un des canidés qui, après être venu faire des captures d’écran de mes «amitiés», est venu, en privé, me traiter de sale raciste tout en me comblant de menaces. Ça puait la charogne. Une charogne que Mosti, artiste à ses heures, affectionne suffisamment pour en croquer le portrait et le diffuser. Car oui, à temps perdus, dans son petit carnet rouge, notre homme ne rechigne pas à croquer Guevara, Marx et… des fous furieux. C’est dire si la liberté tient à peu de chose.

Malgré ce délire, j’avais ma tribune. J’étais moins isolé que seul au fond de mon rang Pistolois. L’adorateur de Castro respectait mon espace. Pour ma part, je pouvais cohabiter avec lui. Je me serais même battu pour défendre son droit de parole. Malgré nos divergences, j’éprouvais une certaine affection pour ce garçon. J’aurais bien aimé avoir le temps de lui recommander ce livre, L’homme qui aimait les chiens, sur l’assassin de Trotsky. Un de mes coups de cœur littéraire. Je crois qu’il aurait aimé, comme tous mes autres potes fascinés par ces lointaines révolutions immanquablement érodées. En commun, nous avions une passion pour la bière et le heavy métal. C’était marrant de se retrouver ensemble à commenter un post sur Motörhead.

70388_262_rg-130_c_lgMalheureusement, Mosti a cédé à la tentation totalitaire et moi je l’ai pointé (et moqué) publiquement. Je trouvais obscène de négocier ma liberté dans un Journal vendant des t-shirt à l’effigie de Falardeau, de Bourgault, ainsi que des camisoles «esprit libre»!

Le gars restera braqué à défendre l’indéfendable et, peut-être, finira-t-il par couler le Journal. Je suppose qu’il ne l’a pas eu facile lui non plus. Je ne l’excuse pas, mais je regrette qu’on en soit là tous les deux. Pour peu qu’il reconnaisse cette bêtise, je tracerais, direct, une croix sur l’embrouille. À moins d’un improbable revirement, il portera l’odieux d’avoir trahi l’idéal faisant vibrer toutes les plumes s’agitant dans les colonne de «son» journal.

Mosti a donné raison au propos d’un article qui s’intitulait «ceux qui hurlent avec les loups». Et c’est pas rien de le dire…

La caution molle

GND aprilus censurePour l’heure, je suis toujours brouillé avec l’un des anciens fondateurs du Journal, un homme que je continue d’estimer malgré tout. J’ai essayé d’être gentil un bout de temps. Je me suis publiquement excusé pour mon seul tort, commis sous le coup de l’émotion (publier le courriel où il cautionnait Castro le petit). En vain. Je n’ai pas accepté que Bourgeois, sur un coup de sang, persiste outre-mesure à discréditer publiquement mon travail (qu’il ne connaît vraisemblablement pas). Je lui ai donc répliqué. Qu’on aime ou pas mon travail, l’enjeu est ailleurs : L’ACTE DE CENSURE ET LE PROPOS DU TEXTE.

Masse Aprilus censureÊtre énervé de se retrouver sous les projecteurs alors qu’on n’y tenait pas, c’est certes légitime. Toutefois, l’autre chose à faire, c’est se désolidariser de la décision prise par Mosti. Reconnaître ne pas s’être penché posément sur la question et être allé un peu vite en affaire. Affirmer, comme il l’a fait, qu’à une certaine époque, il aurait mieux valu fermer le journal et dissoudre le RRQ, ça ressemble à une sorte de désaveu du petit Staline. Mais pour moi, ça reste mi-dur, mi-mou.

On venait de faire connaissance. Je l’avais reçu comme un frère et on s’était bien accordé. Je suis freak a souhait et je bouffe de la cervelle de lièvre. Il a un égo turgescent teinté de machisme. On ne s’en est pas formalisé et on s’est éclatés à courir les coyotes ensemble (sérieusement). Depuis, entre-nous, c’est frette comme une plote de nonne. Il a bien ses petits principes, mais ne mesure ni la violence de la censure, ni le choc du gars qui constate que depuis trois ans, son travail passe sous le radar de ceux qu’il considérait comme des frères de lutte.

Pincez-moi quelqu’un, mais l’ensemble de mon stock, le fruit de mois de travail acharné, mérite-t-il d’être réduit à la seule dimension scatologique? J’invite cordialement le gaillard à aller se faire une tête sur mon site.

CENSUREaprilus

chier Sol Zanetti censureL’autre fondateur impliqué, Bégin, s’est quant à lui contenté de lancer un truc du genre : «les péquistes teigneux et les solidaires méchants, on ne les aime pas». Soit, mais on peut s’interroger sur sa compréhension de l’enjeu au sein d’une tribune claironnant «la libération par la plume». Peu loquace sur cette affaire, il est, au demeurant, plus que mou. Carrément flasque. Du moins jusqu’ici. Depuis mon entrée au Journal, je n’ai jamais loupé une chronique de Bégin. Elles me plaisaient bien. Certaines étaient puissantes pour leur dimension rassembleuse. Là, j’avoue que ça risque de m’énerver un peu. S’il est important de se rassembler, il l’est tout autant de critiquer les incohérences et les travers des partis. Qu’il se rassure, le bordel ne prendra plus au journal car il est peu probable que Mosti trouve à redire des chroniques de Sol Zanetti. Il est tellement gentil Sol. Tellement Solidaire.

Pour faire court, IL N’Y A AUCUNE EXCUSE POUR CAUTIONNER CETTE CENSURE, qu’on ait été – bien malheureusement – contraint de se prononcer ou pas. Puissent ces vieux routiers de la lutte pour l’indépendance ne jamais être tentés de nous enfumer avec leur passé glorieux de militants héroïques et ne jamais fantasmer d’une privatisation intellectuelle de l’héritage de Pierre Falardeau.

L’artiste mis à l’index

L’expulsion

Il y a eu la censure, puis l’expulsion. Que je sois viré du canard pour avoir garoché en ligne des propos privés? Possible. Un bel alibi pour Mosti qui exécrait mon travail. Mais quand même, c’eût été sauvage. J’ai nourri en abondance le Journal en publications remportant un succès grandissant, et ce depuis 2015. J’étais l’une des plumes les plus actives du site. On aurait pu s’arranger autrement.

Je n’ai jamais été payé au Québécois. Aussi naïf que cela puisse paraître, j’ai trimé pour l’indépendance et la liberté. Pas toujours adroitement, mais avec tout mon cœur. En assumant mon suicide commercial, les risques et les coûts que ça impliquait. J’ai mis beaucoup d’énergie là-dedans.

J’ai perdu un univers visuel qui me plaisait bien. Les petits patriotes armés de plumes, c’était hyper bien vu. La seule consigne lorsque j’ai intégré le canard? À gauche et indépendance. C’était tout naturel pour moi. J’en ai invité du beau monde sur ma tribune. L’ethnomusicologue Gérald Côté qui nous a pondu un superbe texte intitulé Vide de stars, la docteur en art communautaire Dominique Malacort qui nous a causé d’une forme de résistance méconnue et le philosophe François Doyon qui, à trois reprises, est venu donner du scalpel. Avec permission, j’ai associé mes dessins sur la CAQ à des textes décapants de Steve e Fortin. Du fond de ma campagne, je pensais être dans une sorte de famille. Mais force est de constater que ça n’a pas gueulé fort quand Mosti m’a censuré puis viré. Le soutien est venu d’ailleurs. D’André Parizeau et du PCQ, de Roméo Bouchard, de Steve e Fortin, de Jérôme Blanchet-Gravel et de Vigile. Merci à ceux là.

PaulClichePreuve de notre insignifiance médiatique, la chose est passée relativement inaperçue chez nos héros de la liberté d’expression, ce qui remet les pendules à l’heure (et l’égo à sa place). Djemila Benhabib n’en a pas fait tout un cinéma. Normand Baillargeon n’en a pas profité pour philosopher. Le preux Bock Côté n’a pas dégainé ses verbes. Martineau n’a même pas saisi l’occasion pour rire de la gauche. Et Lisée? S’est-il dissocié de mes «immondices» comme le réclamait Paul Cliche? Eh ben non! Papi Cliche me voyait pas mal plus gros que je ne l’étais… Il peut être fier l’autobiographié : je suis licencié et plutôt que de donner des claques à la CAQ et que de botter le cul du PLQ, je réponds aux hostilités de la meute régressive. Qu’est-ce qu’on rigole quand les grosses stars de QS écrasent les petits merdeux de mon acabit! Mais trêve de plaisanterie… Je parle du père Cliche mais qu’en est-il de tous les autres beuglards qui sont tombés sur le lard du pauvre petit Castro d’arrondissement Montréalais. Qui sont-ils? Zanetti en est-il? A-t-il pleuré quand il s’est vu chié par Gabriel Weasel? S’est-il plutôt questionné sur le sous-entendu? Silver Fox m’a-t-elle fait l’honneur de se plaindre au petit Mao vêtu de son t-shirt «Corsica libera»? On imagine son calvaire au pauvre petit révolutionnaire de pacotilles, déjà qu’il n’était pas chaud de m’avoir sur les bras… Pas d’illusions camarades, jamais celui là n’ira nous raconter tout ça publiquement. On ne saura jamais. Ça restera dans son safe space.

Dali Awada aprilus copieLa mise en marché de la satire politique

J’ai exécré Facebook depuis le jour où, à reculons, j’y ai mis les pieds. Dans cet univers, je suis mésadapté et je multiplie les gaffes. Toujours refusé de leur payer une job de promo. Je trouve insupportable la façon dont cet hydre trie sur le volet les infos qui circulent sur mon mur. J’haïs ça me faire cartographier le cerveau par leurs algorithmes de marde. Je vomis le quasi-systématique basculement dans l’insulte des échanges qu’on y tient dès que les opinions divergent. Sur Facebook on perd notre sens du civisme. On ne se voit plus entre humains. Des gars comme Roméo Bouchard se font insulter par des petits crisses d’analphabètes politiques. Alors quand on me dit qu’en tant qu’artiste, il faut savoir se mettre en scène sur les réseaux sociaux, ça m’énerve. On en est là, c’est rendu incontournable. Au delà de ce constat, le stuff satirique, politique et indépendantiste à tendance anarchiste se heurtera toujours à nombre de murs. J’en ai déjà cogné quelques uns. Car faut pas croire que j’ai pas essayé. On pourrait écrire une foutue thèse là-dessus. Ça te tentes-tu Dominique Malacort?

Je reconnais que le Québec n’est pas une terre accueillante pour le dessin satirique, notamment celui hérité des fondateurs d’Hara Kiri.

Là-dessus, Bourgeois a raison. Sur pellicules, on a eu les Gratton et les Bougon. On a bien quelques humoristes incisifs. Mononc’ Serge s’aventure parfois en musique dans ces eaux troubles. Mais côté illustration, nous sommes anémiques en la matière. Aprilus est-il le gars qui changera la donne? Impossible. Faire ma promo, c’est comme remplir un rapport d’impôt, ça m’écœure profondément. Cette inaptitude fait parti du package. Même accompagné d’un camarade apprenti-gérant, l’expérience s’est soldée avec le vol d’un concept de mon cru, par un éditeur bien gros. En mode séduction, on rampe et on fait le beau. Les gros sales, bien rodés au jeu, en profitent. Ils pillent, placent leurs proches et roulent des mécaniques si on a le malheur de s’insurger trop fort. Claude Robinson connaît la chanson. J’y ai dansé aussi.

Et puis des fois, on désespère un peu. On se sent inutile, tout simplement. On essaie de pas trop le montrer, pour ne pas décourager les potes, ceux qui se bagarrent encore. Au Québec, le courage, s’il vient à descendre sous le seuil viable, il nous viendra peut-être d’ailleurs…

« Entre ces peuples meurtris, sans États et parfois invisibles, existe une fraternité réelle. Je crois que le Québec peut donner de l’espoir aux Kabyles, car il a survécu à la Conquête. Mais peut-être que les Kabyles peuvent aussi apprendre le courage aux Québécois qui en manquent parfois. » – Karim Akouche

«Celui qui veut améliorer son sort (…) doit soulever la poussière avec ses pieds au lieu de la garder collée à son derrière.» – Boucar Diouf

Marchepied aprilus censure

Ce qui titille mon crayon…

membership QS aprilus censureL’idée de gribouiller Québec «l’imprenable» me chatouille. J’en suis de Québec. De la banlieue dortoir déculturisée comme disait Falardeau (La liberté n’est pas une marque de yogourt). Mais la bonne chose, c’était la forêt qui bordait notre maquette banlieusarde. La réserve d’eau potable de Beauport, les étangs gorgées de vie, les couleuvres, les tritons, etc. Ça m’a filé un coup de pouce. Ça m’a évité de trop m’intéresser aux tas de tôles sur roues et autres choses futiles. Québec donc. Pourquoi certains de mes amis d’enfance, des gars qui ont grandi dans le bois, des types sensibles à la nature, des pères avec le coeur sur la main, pourquoi annônent-ils aujourd’hui tout l’arsenal idéologique débile des radios poubelles? On causait du fameux tramway l’autre jour, des vieux chums et moi. J’en suis reparti boulversé. À la shop, forcément, quand on te farci l’encéphale de ces conneries radiophoniques à longueur de journée et qu’en plus, la vie te fait pas de cadeaux, eh ben tu finis par vomir ces saletés à qui mieux mieux. C’est pas marrant comme situation. J’aimerais poser un geste à ce niveau. Faire des dessins là-dessus.

J’aimerais aussi produire une série intitulée – un peu ironiquement – «sagesse rurale» inspirée par les gens d’ici, au Bas-St-Laurent. Les «ruraux». M’intéresser au monde que les politiciens qualifient d’ordinaire. Faire comme Reiser. Lâcher les politicards et me pencher sur la plèbe, pour le meilleur et pour le pire. Car c’est pas toujours joli au sein de la populace. Mais je peux vous dire que les matantes qui servent les cafés pisse-d’âne au Temiscouata, elles ont les yeux qui brillent et de l’amour à revendre. Ça c’est beau. Et aussi, ce brave gars qui travaille au Pétro-Canada de Rivière-du-Loup, celui qui essaie toujours de nous refourguer des billets de loterie et des palettes de chocolat passées date en usant d’un imparable humour…

Couillard parasites aprilus censure
Peut-on être trop dur avec Philippe Couillard dans un Journal comme Le Québécois? La réponse est oui. Cette caricature a également été visée par la censure. Couillard, une sorte de petit Jérémy fédéraliste? Bullshit!

Aprilus s’éternise et remet un oscar

QS exposure aprilus censureJe ferai du ménage sur Aprilus.com. Alors que j’étais au Québécois, je ne m’en souciais plus guère. À l’occasion, j’y archivais du matériel. C’était au cas où!!! Les vieilleries qui s’y trouvent me font un peu honte. C’est là que je vois que je n’ai pas fait du surplace depuis l’époque du Journal Ensemble. Mon trait est plus agile, je surcharge moins. Chez Illustration Québec, ils m’ont dit : «style original, punché, lecture claire, a fait l’unanimité du jury».

Mais le plus important, c’est tous ces mots que j’ai reçus après m’être fait jeté. Ça vaut tout l’or du monde. Celui-là, l’extrait ci-dessous, c’est mon préféré. Rien que de savoir qu’une personne, au moins une, qui plus est, porte des ovaires – ma première expérience de censure m’ayant été assenée par des dindes se réclamant du féminisme – qu’une dame donc, ait saisi ce que j’espérais un jour pouvoir réaliser, eh ben juste pour ça, je suis comblé. Et qu’elle me le dise aussi joliment…

(…) Votre talent sera toujours de loin supérieur à vos censeurs (…) Ce que vous avez créé avec Dujardin tient du génie, rien de moins, tant vous visez dans le mille. Ne vous laissez pas démonter et ne déviez pas de votre route. Mon livre étant lui-même sous le coup de la censure,  je vous assure que cela confirme la pertinence et la valeur du travail en cause. Dans le contexte vicié actuel, c’est là la meilleure des confirmations! Merci et mille fois bravo pour votre art, vos traits et votre regard à nul autre pareil !

C’est justement l’absence de tout compromis dans l’expression de votre perception de la scène politique qui rend votre travail redoutable. Et ça prend rien de moins que du génie pour produire une œuvre aussi puissante. Le courage ne vous fait pas défaut. Et le matériel d’inspiration abonde dans notre médiocratie de vendus et de baise-la-piastre. Bien sûr, ce qui vous arrive est chiant. Je vous considère comme le meilleur illustrateur que nous avons eu au Québec. Le plus grand. Vous êtes unique. Vous accomplissez ce que devrait être le rôle-critique de tout artiste: l’impitoyabilité dans le regard porté sur la société. Ce que vous faites à merveille. C’est dire à quel point le potentiel de l’art est puissant dès lors qu’il emprunte les voies de la résistance. – Suzanne Bousquet, auteure « déviante » mise à l’index.

Aprilus scelle (encore) son sort

Ce qui est ironique, c’est que je comptais me retirer tranquillement après mon article sur Legault. Je rêve souvent de me déconnecter. Ma famille en serait ravie. Mes abeilles, mon potager, le vent… Je vais probablement m’offrir une cure estivale et ensuite, on verra. Peut-être que les élections me mettront le feu. En attendant, je vous boucle prochainement cet article sur Legault (il sera peut-être moins étoffé que prévu car pour être franc, en ce moment, je sature un peu) et je vous filerai toutes les pointes de Brie (faites à partir des aphorismes du prénommé Albert).

Salutations!

 

Fonds de tiroir (multiculturalisme & accommodements)

Note : Depuis la censure dont j’ai été l’objet, les nombreux dessins de cet articles devront être téléversés sur Aprilus.com et insérés à nouveau. Je suppose que le Journal Le Québécois a vidé sa corbeille et comme j’avais tout copié-collé, eh ben voilà. Ça viendra.

Pour vot’ bon plaisir mais aussi pour mettre mes tripes sur table, histoire de m’alléger enfin. Y’a du stock, faut prendre le temps de s’asseoir et peut-être d’y revenir. À lire et regarder comme on le faisait avant les écrans tactiles.

Au moment où les Libéraux et la gauche régressive, nous replongent dans le bourbier de l’éternel procès des québécois, je me débarrasse de tous ces invendables gribouillages. SI VOUS SAVIEZ LE POIDS QUE ÇA M’ENLÈVE! Initialement concoctés pour un bouquin avant les attentats contre Charlie Hebdo (et ceux qui immanquablement devaient suivre), on m’a laissé, de façon fort peu élégante, en plan avec ces œuvres mécréantes. J’en avais déjà laissé filtrer quelques-unes, ici dans le Journal Le Québécois, en expliquant ma démarche vociférant tant bien que mal, que je ne suis pas raciste, que je ne m’en prend qu’à des idéologies religieuses, pas à des races et que les caves, qu’ils soient fluorescents, albinos, translucides ou carottés, de gauche comme de droite, se valent tous. J’évoquais mon parcours et les raisons qui m’ont emmené à combattre les intrusions religieuses dans l’espace public étatique et dans les lieux de savoir que sont les écoles. Aujourd’hui, alors que visiblement nous nous enfoncerons encore dans des élections où ces enjeux seront à nouveau instrumentalisés, alors que des abrutis mal avisés et des analphabètes politiques déguisés en vikings ne manqueront pas d’aimer mes dessins pour les mauvaises raisons, je fais le ménage. Comme toujours, ces jambons nuisibles et les «inclusifs», ces petits inquisiteurs du multiculturalisme qui se prennent pour des progressistes, voire des anarchistes, se nourriront mutuellement au grand plaisir de politiciens pyromanes, de gauche comme de droite, pour l’essentiel, fédéralistes ou opportunistes. En livrant ces dessins, je tourne une page. Je sature de cette sensation d’immobilisme. Si vous aimez, avec le recul que ça exige, tant mieux.

Autrement, collègues crayonneux, camarades sensibles à la précarité des artistes insoumis, subversifs et incisifs, que vous adhériez ou non à mon propos, mon texte dit «facultatif», en bas de page, vous permettra de prendre du recul sur une injustice ordinaire affligeant trop souvent les pouilleux de mon genre. C’est pour vous que je mets mes tripes sur la table. Surtout les jeunes qui m’écrivent pour me demander conseil. Comme si j’arrivais à vivre du dessin satirique dans ce Québec si petit, isolé, polarisé, divisé, judiciarisé, parfois lobotomisé, honteux, rampant et qui, trop souvent, tape sur tout ce qui dépasse. Non, camarades, pas une cenne que je fais. Zéro. Nada. J’espère que ça secouera quelques neurones et surtout que ça vous aidera à protéger vos gueules.

À la revoyure, au compte-gouttes, sur d’autres thèmes, l’environnement, l’agriculture, l’indépendance, la catalane, la québécoise, encore et toujours. Des apparitions plus sporadiques pour ne pas péter au frette. La laïcité, c’est pas mon fond de commerce. J’y reviendrai certainement car ça m’interpelle à mort. Mais les étiquettes non merci. Je ne suis pas le dessinateur d’UNE cause. Dret’ là, j’ai surtout envie de lire des montagnes de livres et de remettre sur les rails mes projets agricoles (ce qui est assurément aussi hasardeux que l’illustration). Ah oui, désolé pour l’usage du «je». Ça fait parti de mon rite, de ma thérapie. Donc, pour les intéressés, c’est en bleu, en bas de page.

On va commencer par un dessin bien gras…

Le monde est rempli de stimulus. Dur dur de vivre dans un corps gorgé d’hormones, dans un monde où pullulent les phéromones. Comment certains croyants peuvent-ils s’infliger de tels régimes? On voit bien que les résultats ne sont pas toujours à la hauteurs des ambitions…

Les contraintes et rites que s’infligent les religieux sont malléables selon les circonstances et l’histoire nous le démontre facilement. Les exemples sont nombreux, je vous en présente trois ci-dessous. N’ayons pas peur de moquer le ridicule. Nous ne parlons que de dogmes religieux. Les idéologies religieuses peuvent être débattues et même combattues lorsqu’elles s’immiscent sournoisement dans l’espace public étatique, dans les CPE et les écoles.

Le bouddhisme codifié en religion, c’est pas forcément cool. J’en ai connu des sous-embranchements et des variantes patentées. Évidemment, dans le bouddhisme, on peut glaner des trucs sympathiques. N’empêche que, des fariboles jardinées sous des crânes de mâles chauves et vêtus de tissus enfumés d’encens, ça reste des fariboles. La prétendue infaillibilité omnisciente d’un gourou, qu’il soit monothéiste, polythéiste, bouddhiste, capitaliste ou communiste, c’est ridicule. La preuve, sa sainteté le Dalaï Lama déclarait que les victimes du Tsunami qui a frappé l’Indonésie en 2004 avaient simplement un mauvais karma. Si c’est pas con ça…

Ci-dessous, deux dessins que j’ai déjà partagé ici même. À gauche, celui avec l’étui pénien, j’ai bien l’impression qu’il a été repris ça et là, y compris chez Charlie. À droite, celui avec la fillette boule de quille, est basé sur une réelle demande montréalaise d’accommodement religieux. Jusqu’où les tenants du multiculturalisme oseront-ils aller? Devant qu’elles contradictions se buteront-ils encore? S’il n’y a que les cons qui ne reculent jamais, là je trouve qu’on patine dans le beurre en sacrement. Quinze ans que ça dure. Quand on regarde du côté de la Suisse, on a un autre tableau. Au nom de l’intégration sociale, les cours de natation mixtes dispensés à l’école priment sur l’intérêt privé (religieux) de certains parents à en exclure leurs filles. Et la cours Européenne des droits de l’homme vient tout juste de conforter cette politique. Récemment, toujours en Suisse, deux adolescents se sont fait remettre dans le rang par le Département de l’instruction public pour avoir refusé, appuyés en cela par leurs pieux géniteurs, de serrer la main de leur enseignante. Devant ces symptômes de l’Islam politique, quand il est question d’intégration et d’égalité homme-femme, PAS DE DISPENSE!

Ci-contre, en haut, un dessin de Mère Thérésa-David et Mahatma  Kadhir, fait pour Le Québécois. C’était avant l’arrivée de Massé et de ses vibrisses. Avant GND et ses chaussures vernies. Ces gens, probablement bien intentionnés, se révèlent nuisibles à notre marche vers la sécularisation et l’indépendance. Ils torpillent littéralement notre capacité à organiser le vivre ensemble et à intégrer nos immigrants en défendant un individualisme autrefois vilipendé à gauche. Au delà de cet aspect des plus irritant, j’écorche souvent Québec Solidaire pour avoir refusé de former une alliance électorale avec le Parti Québécois. Après pareille offense au bon sens, que ces usurpateurs du terme «solidaire» aient phagocyté Option Nationale n’est pas de nature à me réconforter. La tiédeur de Zanetti lorsqu’il s’agit de se positionner sur le multiculturalisme m’exaspère. D’ailleurs, Sol nous a déjà livré quelques sottises de tradition zinclusive sur ce sujet de discorde majeur et fratricide au Québec. Et puis, aller s’enfoncer dans un tel cloaque de bouffeurs de péquistes primaires… Ça donne envie de le disqualifier drette là. Non, patienter le temps d’un autre mandat de la grosse droite sale et fédéraliste, c’est vraiment beaucoup me demander. Ça me fout la haine. J’ai du mal à souscrire à l’optimisme posé de Pierre-Luc Bégin et de Patrick Bourgeois même si je sais pertinemment que c’est ce qui nous reste de mieux à faire.

Ci-dessus, également pour le Journal Le Québécois. Le poster boy était on the way, alors que mère Théresa-David préparait sa sortie. L’idée que la jeunesse, vecteur d’adaptabilité et de dynamisme dans un monde en mutation, puisse faire table rase des progrès réalisé par ses prédécesseurs m’est insupportable. Malheureusement, l’histoire nous rappelle sans cesse que rien n’est à jamais acquis. C’est ce qu’évoque aujourd’hui le discours de Nasser, ancien président de l’Égypte, à propos du voile et des Frères musulmans dans cette VIDÉO.  Aujourd’hui, la gauche régressive se targue d’être le refuge des jeunes en embrassant des positions rétrogrades, des procédés calomnieux et des stratagèmes électoralistes de vieux politicards. C’est une chose que je refuse d’admettre, d’autant plus qu’il existe encore des voix, à gauche, capables de cohérence. La gauche ce n’est pas eux.

Durant cette période, j’ai également dessiné et écrit un texte sur une initiative puant le machiavélisme (si on regarde le chemin emprunté ensuite par Nadeau Dubois) et idéologiquement biaisée, j’ai nommé la mal nommée «Faut qu’on se parle» : http://www.lequebecois.org/faut-quon-se-parle-vraiment/

Tout ce que je sais, aurait dit Socrate, c’est que je ne sais rien. Peu de gourous ont cette modestie devant les mystère de notre monde. Sur ce dessin, j’ai représenté un gourou chrétien orthodoxe. Eux, ces fonctionnaires de cet autre produit dérivé du christianisme, les gourous orthodoxes donc, mettent le paquet pour arborer des costumes à faire pâmer Bowie de jalousie.

Si la désobéissance civile québécoise se limitait aux entarteurs du genre de celui qui s’en est pris à Bock-Côté en janvier dernier, les cendres diluées de Gandhi s’agglutineraient d’effroi. Les dernières particules de Mandela, Luther King et Thoreau partiraient en quête d’un autre cosmos. Bové, le faucheur volontaire, en perdrait les poils de sa gauloise moustache. L’offense aurait été moindre, à la limite drôle, si elle n’avait été accompagnée des quolibets classiques de la gauche régressive. De ces redondantes accusations de xénophobie et de racisme émane un ignoble et tenace relent de buffet froid. Dessin fait pour Le Québécois.

Ricochet, Presse-toi à gauche, À Bâbord!, mêmes dérives. La petite presse torche-culs de gauche s’est vautrée de façon quasi-unanime dans le moule multiculturaliste régressif, trahissant ses luttes passées et nombre de militants progressistes dont je suis. Nous reste L’aut’ Journal. En France, Le Monde Diplomatique, Manière de Voir et peut-être Fakir.  À l’époque où je l’avais sous le coude, jamais je n’y ai décelé les âneries qui caractérisent nos canards miteux. L’orange reptile que vous avez sous les yeux, ci-dessus, fut exclusif au Journal Le Québécois. Il était accompagné de quelques autres illustrations et surtout, d’un texte du philosophe François Doyon qui, comme moi, a déjà collaboré au Magazine À Bâbord! pour s’y trouver marginalisé. Le lien est ici : À Bâbord! Les publireportages d’une gauche régressive urbaine.

Aujourd’hui, des abrutis répondent aux crayons à l’aide de kalachnikovs, de poignards, d’explosifs, de censure et de procès bâillons. Bien sûr, malgré ma relative invisibilité en tant que dessinateur, j’ai quelquefois flippé. Faut savoir que j’ai déjà été copieusement insulté et menacé après avoir dénoncé des intrusions créationnistes au sein d’une école publique où j’enseignais. Des trous-de-cul de la Bible Belt et de l’Alberta m’ont bombardé de pamphlets en papier glacé dont certains allaient jusqu’à détailler mes six premières journées en enfer. Bien au fait des exploits islamistes, j’ai donc bien mesuré les conséquences qu’aurait pu me valoir ce bouquin avorté. D’ailleurs, un dessin manque à ce vidage de tiroir. Comme il n’était pas forcément hyper-marrant, je me suis abstenu. En gros, c’était titré : blasphémez dans la tranquillité de vos chiottes. Sur un rouleau de papier cul figurait la face de Celui-dont-on-ne-peut-prononcer-le-nom.

Voici deux œuvres à propos de l’obscurantisme à visée scientifique. Ces deux dessins ont déjà été partagé sur Le Journal Le Québécois. Ma sensibilité de biologiste et ma fascination pour l’évolution des espèces s’y expriment. L’évolution constitue pour moi le plus grand et le plus magnifique spectacle du monde. Un éminent biologiste et généticien affirmait d’ailleurs que…

Rien n’a de sens en biologie, si ce n’est à la lumière de l’évolution – Theodosius Dobzhansky

Et pourtant, cet indéniable FAIT est constamment soumis aux attaques d’analphabètes scientifiques se réclamant de fables aussi délirantes et controversées les unes que les autres. J’aime bien la légende au bas de mon défilé de primates, elle résume bien ce qui me fait sourire quand cognent à ma porte des témoins de Jéhovah…

Ci-contre, ce poisson à nageoires charnues, représentation personnelle d’un ancêtre des tétrapodes modernes, a déjà été publié sur le site. C’était le printemps dernier. J’ai ruminé cette idée de dessin depuis le congrès Athées sans frontières de 2011 à Montréal. Un conférencier Canadien y racontait avoir ironiquement collé sur sa voiture un petit symbole chrétien, l’ichtyus, mais avec des pattes évoquant l’évolution des espèces. Offensés, des chrétiens plutôt crétins ont cru bon vandaliser sa voiture. Voilà pour l’inspiration. À ce même congrès, j’ai rencontré de nombreux américains pour qui révéler leur athéisme fut vécu comme une véritable sortie du placard, avec toute la purée que ça implique.

Ceci étant dit, l’athéophobie étasunienne est bien douce en comparaison de ses penchants indonésiens, libyens, mauritaniens, iraniens, malaisiens, égyptiens, soudanais et de nombre d’autres pays où les interprétations radicales de l’Islam dominent… Je vous laisse imaginer la sordide créativité des sbires de ces régimes obscurantistes.

Autre sujet. Les mariages forcés de fillettes à des vieux tordus libidineux existent. Parfois le marié est, lui aussi, un gamin. La religion constitue un alibi plutôt commode pour cette pratique qui relève souvent de la pauvreté.

Ah, les écoles confessionnelles du Québec! J’en connaît des profs qui ont œuvré dans des contextes indéniablement obscurantistes subventionnés par l’État. Achalant et irrationnel. De la pure maltraitance.

Je l’aime bien celui-là, ci-dessous, à gauche. Je l’ai bricolé pour Le Québécois, sachant que finalement le livre n’adviendrait pas. Il exprime le mépris que portent les gourous monothéistes à la sexualité et au corps, lesquels sont dépeints comme la chose la plus hideuse qui soit. Le monstre a été fait en 95 à l’huile sur canevas au bord d’une rivière albertaine! Je bossais dans un restaurant des Rocheuses canayennes. J’y ai même suivi le dernier référendum. Sale moment! À droite, toujours la haine monothéiste des jeux de l’amour. La détestation d’un des plaisirs les plus élémentaires que puisse nous procurer notre brève existence. Faut vraiment être frustré ou dérangé de l’encéphale pour tenter d’imposer pareille balivernes.

Ci-contre, en haut, Mère Thérèsa-David rayonnante devant Couillard, son improbable allié, à l’époque où elle était reine de la gauche régressive. Je sourcille toujours lorsque son nom ressort quand on évoque les femmes s’étant le plus illustrées au Québec. Depuis Option Citoyenne, David a toujours transpiré l’indépendantisme mou en reléguant la liberté aux calendes grecques. Pour moi, elle incarne une gauche fade de missionnaires condescendants. Est p’têt ben fine en privée, c’est sûrement super cool de manger une platée de lentilles avec elle et de voir luire ses yeux de musaraigne à la lueur d’une chandelle, mais force est de constater que tous ses bons coups furent ternis par le zèle de ses envolées multiculturalistes et par l’évidente mollesse de ses convictions indépendantistes. Khadir, son «co-porte-parole» de l’époque, est un tantinet plus sincère pour ce qui est de briser les chaînes qui nous lient au Canada. Cet admirateur de Gandhi qui lui, en son temps, avait pris la mesure de ce que perdaient les indiens à se disperser, a visiblement pris acte de la leçon catalane en appuyant un rapprochement électoral avec le PQ. Malheureusement, comme la mère David, il nous rabâche inlassablement les oreilles d’inclusiveries culpabilisantes coupées de la populace. Et la relève d’entonner les mêmes refrains contre vents et marées.

Le roi de la discorde c’est, sans conteste, Couillard… Ci-contre, le multiculturalisme à l’œuvre. Chacun pour sa paroisse, à tirer la couverte de son bord. Au yable le collectif. Les francophones regardent ailleurs, trop occupés à s’entre-déchirer pendant que l’auto-proclamé «bon père de famille» se dilate la rate en veillant à bien alimenter la zizanie. Tiens, après coup ça me fait penser à cet album d’Astérix, La Zizanie

«À mon humble avis, le problème du PLQ n’est pas seulement dans le message, mais aussi dans le messager qui en est chef. Et le problème du messager, c’est qu’une grande partie de la population ne se sent plus fière d’être québécoise et francophone dans son regard.» Boucar Diouf

La gauche régressive et le PLQ préfèrent défendre d’intolérantes idéologies colportées avec zèle par une minorité de croyants prosélytes et bruyants, plutôt que de condamner (entre autres) l’homophobie que sous-tendent leurs interprétations religieuses. Avaliser indirectement des archaïsmes plutôt que de les baliser…

Assassiné en 2015 par des paumés devenus djihadistes, Charb demeure, à mon humble avis, le meilleur dessinateur satirique de sa génération. Il faut relire ses fatwas, redécouvrir son incisif coup de crayon et ses ignobles personnages jaunes pisse. Un maître de la satire! Avant que ce présent projet de livre n’avorte, on m’avait demandé mon avis quant à sa préface. Il s’agissait de choisir entre Charb et Plantu. J’optais évidement pour Charb, pour sa droiture, son courage et son registre d’humour bien plus audacieux et baveux que celui de Plantu. Stéphane Charbonnier, dépourvu du moindre tabou, est un digne héritier de Reiser mon maître, même si ce dernier rechignait à représenter politiciens et personnalités publiques (hormis Franco). Cette habileté à croquer les gens ordinaires était la grande originalité du père du Gros Dégueulasse.

J’ai toujours trouvé ridicules les fringues de gourous. Leurs tenues sont plus délirantes que ce que portent les plus excentriques des rock stars. Et les papes cathos sont particulièrement forts! Un jour, alors que je bossais au Nord, chez les Cris, mon frère m’a envoyé par la poste des photos des funérailles du pape Jean-Paul II. Les images étaient saisissantes. Ciboire que j’ai ri! Le pape Jipi Two a été empaillé et envoyé au compostage dans des atours de haute voltige. Petites godasses d’Aladin, casque de bigoudène, costume de carpe koï…

Ci-dessous, à gauche, la sordide parade des multiculturalistes. À l’époque Mulcair était encore aux commandes du NPD. Sur le dessin de droite, la UNE du second et dernier numéro de la seule revue satirique Québécoise depuis CROC, Le Taon. On y célébrait le flushage d’Harper lors des dernières élections fédérales. Le Taon fut une belle tentative. Avec du bon monde qui, évidement, travaillait pour pas un rond.

Quelques mots sur les années Harper :

Les Jesus freaks avaient eu du mal à digérer l’institutionnalisation des mariages gays. L’arrivée au pouvoir d’Harper les rassura : il mit en œuvre une stratégie lui assurant l’allégeance d’une base religieuse organisée. Dès lors, les born again affluèrent vers leurs élus évangélistes et les tribunes du Parlement se garnissaient d’illuminés menant des offensives de prières. Convaincus de l’imminence de l’Apocalypse et que le Canada y jouera un rôle prescrit par les Écritures (en 2006, l’horloge de la Tour du Parlement s’est «miraculeusement» arrêtée à 7h28, une allusion au Psaume 72:8) ces crétins s’affairent d’avantage à sauver des âmes pour la moisson finale qu’à lutter contre les changements climatiques. Les incontournables : offensives pro-vie, moralisation artistique, retour des femme à la maison, obscurantisme, etc. Et, puisque, selon la prophétie, Israël jouera un rôle capital au second avènement, ce belliqueux «Bush bis» assuma un virage pro-Israélien et éroda allègrement l’image pacifiste qui caractérisait le pays. En 2010, malgré les flacons de sirop d’érable offerts aux ambassadeurs présents au moment du vote, ce virage coûta au Canada un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Accepter que l’on puisse faire ce qui nous plaît de nos gonades entre adultes consentants, c’est trop demander aux tordus qui runnent les grandes sectes à succès. Dans sont Traité d’athéologie, Michel Onfray a bien décortiqué le pourquoi de cette fixation chez les chrétiens. Toujours est-il qu’en France, quand Hollande a voulu faire passer le mariage pour tous, les cathos intégristes ont fait un boucan qui en a étonné plus d’un au Québec.

Circulez, y’a rien à voir. L’Islam n’est que bonté, amour et paix! Eh ben non! Gauche islamophile tu te plantes! Dans le coran, s’il y a bien quelques sourates invitant à l’amour et à la miséricorde, le ratio est en faveur de celles qui vont dans le sens contraire. Les passages belliqueux dominent, validant l’inégalité femmes-hommes, l’homophobie, l’antisémitisme, la haine des incroyants et des non-musulmans. Nombreux sont les passages légitimant le recours à la violence. Le curriculum vitae du prophète n’est pas vraiment reluisant. Alors, on fait quoi? On vit dans le dénis? Est-ce xénophobe que de relever les inaptitudes sociales qu’encouragent les religions? Je me demande par quel miracle une société ayant déserté les églises comme la nôtre a pu s’enfoncer dans de telles chicanes plutôt que d’assumer une singularité qui, justement, la prédisposait à bien accueillir et intégrer ses immigrants. Ils sont malins nos ennemis.

Ne pas vouloir se plier à ce rite, le ramadan, en bien des endroits, peut vous valoir un lot de problèmes. Est-ce xénophobe d’en faire des caricatures? Crier au blasphème et à l’islamophobie pour si peu c’est encourager les interprétations les plus obscures et autoritaires de l’islam, c’est nuire à l’épanouissement de lectures plus compatibles à notre société, c’est prendre nos compatriotes de culture arabe pour des cons monolithiques, c’est cracher sur ceux qui, sous d’autres latitudes, luttent avec courage.

Celui-là, avec les caves,  s’est glissé dans les pages d’À Bâbord! Étonnant que le comité de rédaction n’ait pas rogné la partie de gauche, avec les gourous. Têtus, ils refusent obstinément de prendre acte du fiasco multiculturaliste anglo-saxon et des erreurs de nos cousins français. Je pense notamment à l’effet catalyseur dans la montée du FN (et de son vieux fond bel et bien xénophobe) qu’ont rendu possible les stratagèmes de division de la droite menés par le Parti Socialiste de Mitterrand. Idem pour l’abandon de La Défense de la laïcité par les mouvements antiracistes français. La p’tite presse urbaine de gôche, grossièrement partisane de la p’tite gôche politicienne urbaine, encourage les mêmes bévues et méprise la plèbe jugée vulgaire, ignare et raciste. Repliés sur eux-mêmes, ils font le lit de la droite en lui garantissant le pouvoir. Ce sont, avec les gourous obscurantistes et les fachos de base, des caves. Et c’est peu de le dire car ce sont eux, au milieu avec le PLQ, qui nourrissent ces deux extrêmes.

Le cours d’ECR est une intrusion multiculturaliste dépourvu de recul historique et de regard critique. Négligeant l’athéisme et l’agnosticisme, il invite les jeunes à passer au buffet, suggérant, pour l’occasion, qu’il s’agit-là d’une quasi-nécessité. Les dérives religieuses qui ont ponctué le parcours de l’humanité y sont outrageusement négligées. Décidément, on aurait pu faire mieux, pour nos mioches, que ce foutu cours. Des pistes? Je ne peux que vous recommander (encore) ce magnifique ouvrage publié sous la direction du Daniel Baril et de Normand Baillargeon : La face cachée du cours Éthique et culture religieuse.

Seule une école laïque est en mesure de remplir sa fonction d’intégration sociale des enfants de toutes origines, indépendamment de leur culture ou de leur religion. Nadia El-Mabrouk

En 2014 le vice-premier ministre Turc y allait de cette déclaration délirante. Puisse la peste noire bouffer le cul de ce grotesque fossile vivant.

À priori, c’est pas nos lanternes les plus éblouissantes qui quittent pour la Syrie. Mais coudonc, ça se pourrait tu qu’les tensions entretenues par les ennemis de la (mal nommée et politiquement instrumentalisée) Charte du PQ aient contribué à nourrir le sentiment d’exclusion de ces pauvres bougres. Est-ce vraiment au PQ de porter à lui seul l’odieux de la situation? Ah, c’est depuis la Charte, la foutue charte, la Charte à Drainville, la Charte raciste, la Charte de la honte, la catho-laïcité… Et si la gauche avait défendu les avancées de notre sécularisation collective, même modestes (à savoir que le crucifix de l’Assemblée Nationale, entre autres choses, n’était qu’en sursis), au lieu de s’acharner à flageller le peuple québécois d’anathèmes ignominieux. Comment un citoyen issu de l’immigration peut-il intégrer une Nation dominée qui ne cesse de s’excuser d’exister? Franchement, aller faire le zouave en Syrie, plutôt que d’épouser notre lutte de libération nationale! QS et le PLQ encouragent le communautarisme et le repli sur soi. Ils contribuent au mal-être des djihadistes du dimanche.

Quinze ans après ce débat sur le kirpan qui a enflammé le Québec, le NPD vient de couronner un rigolo trimballant son p’tit kit religieux. Un bonimenteur orange au CV garni d’âneries multiculturalistes. Un hipster sikh qui s’est illustré par sa verve à défendre les accommodement religieux, en particuliers ceux qui concernent sa propre communauté. Pour séduire le Québec, ce charmeur de serpents affirme aujourd’hui renoncer à s’opposer ouvertement à ce que le Québec débatte de la place des signes religieux… Il n’aura qu’à s’en remettre à la Charte Canadienne de papa Trudeau le moment venu. On voit rapidement poindre les limites de l’ouverture de la gauche molle fédéraliste.

Les enfants ont besoin d’un visage pour décoder les signes élémentaires de l’expression humaine. Si la face d’une éducatrice se planque sitôt que pointe une barbe, le message envoyé est celui de la subordination de la femme. Toujours les femmes, avec leurs foutus appâts… Et ces hommes aux ingérables couilles… Soyons clair, le voile dans les centres de la petite enfance et dans les écoles, n’est que l’expression d’un dogme religieux qui s’impose là où il n’a rien à crisser. Ouste! la religion, ça relève du domaine privé.

Non à la discrimination entre les religions! À chaque secte son espace de recueillement! Astiquons nos bites, roulons nos billes, giclons et mouillons allègrement à la gloire de Dieu! Amen!

L’ancien maire du Saguenay, Jean Tremblay, alors qu’on lui refusait le droit à sa petite prière municipale. On espère que les extra-terrestres viendront nous le ravir celui-là.

Le dessin d’origine représentait Mitt Romney, mormon et dernier opposant républicain d’Obama. Je l’ai détourné pour moquer le pentecôtisme et autres sectes dérivées du christianisme. Les illustres adeptes canadiens de ce délire born again en plein essor, c’est la gang de cowboys d’Harper, les Stockwell Day, Preston Manning, James Moore, Gary Goodyear et autres exaltés qui prétendent se taper la discute avec un barbu céleste splitté en trois.

Celui-là, j’en suis fier, ne serait-ce que pour l’histoire de sa genèse (évoquée dans la complainte en bas de page). Il symbolise la phallocratie religieuse dans toute son obscénité. Un gourou «tout en un».

Logique de gauche régressive, encore… Ces alliés de la droite et anti-péquistes primaires.

La libido cocotte-minute, ça donne du tordu sexuel et du pédophile. Pour tenir votre vœu de chasteté, curetons, coupez-vous les bourses et faites-en des reliques à adorer. Comme pour le palpitant mariné du Frère André!

On est tellement dans une catho-laïcité… qu’on peut moquer le christianisme sans s’attirer les foudres des multiculturalistes! Peut-on rigoler de TOUS les symboles religieux? Peut-on les blasphémer? Absolument. Ils peuvent être passées à la moulinette de l’humour, de la réflexion et de la raison car ils n’engagent que ceux qui y souscrivent.

Pensées athées! Effets secondaires dérivés de comportements sociaux remontant à l’aube de l’humanité, les bondieuseries, ces placebos pour primates glabres, ne sont pas des hypothèses dignes d’intérêt pour déchiffrer les mystères de notre monde. Elles reposent sur des fictions triturées par des générations de scribes et comportent nombre d’anachronismes et de contradictions. Inscrites dans les contextes historiques qui les ont vu naître et évoluer, elles révèlent les manipulations, bien humaines, dont elles ont fait l’objet.

Heureux les croyants, mais je préfère mon angoisse et ses yeux grands ouverts – François Cavanna

J’ai fait la première mouture de ce dessin alors que le Mali basculait dans le chaos. Après le renversement de Kadhafi en Libye, alors que des armes se sont mises à déferler sur le pays. Un autre dégât collatéral généré par l’Occident. Vous n’avez pas le monopole de cette critique, les zinclusifs. Seulement, vous minimisez l’autre dimension de ces dégâts : les dérives et les instrumentalisations religieuses.

Le guett, une sympathique coutume juive orthodoxe. Le divorce n’est possible que si le détenteur de testicules y consent. Pas de bol pour les détentrices d’ovaires. Est-ce antisémite que de critiquer cette injustice?

L’islamisme et ses relents patriarcaux : couvrons les femmes, ces paires de glandes mammaires surmontant un orifice! L’homme, vulnérable créature assiégé de stimulus démoniaques, se tient, quant à lui, dans son sac scrotal. J’ai déjà partagé ce dessin sous le titre «Féminisme, le front négligé».

«(…) le glissement marqué vers des positions de droite d’une partie de la population ne résulte pas d’une islamophobie qui serait intrinsèque au Québec et qui remonterait à l’orientalisme. Elle résulte en partie du fait que les courants progressistes n’apportent pas de réponses satisfaisantes et réalistes aux défis posées par la montée des courants religieux conservateurs, fortement imprégnés de la pensée islamiste. » – Rachad Antonius

L’anarcho-panda et le prof Xavier Camus, sont des progresso-tartuffes bien utiles à ceux qu’ils prétendent pourfendre, ce 1% visiblement plus malin qu’ils ne l’imaginent. Comme profs de philo, ils ne sont pas la panacée. Deux dessins parmi d’autres insérés dans les propos du philosophe François Doyon, de redoutables dissections, ici même, au Journal Le Québécois. Les liens : La poutre dans l’œil du panda et Les dérapages sophistiques de l’inspecteur Camus.

Mettre les arabes dans le même panier, laisser les trous-de-cul monopoliser les tribunes, tasser les modérés, ceux qui épousent notre lutte d’émancipation, faire la sourde oreille (la sourde oreille, c’est bien ce qu’a fait l’initiative tordue Faut qu’on se parle dans sa petite plateforme safe space sauce QS). Belle job, on avance à reculons!

La judiciarisation de la société est un cancer contemporain et bien américain. Du bâillon s’étant abattu sur le livre De Noir Canada aux procès contre Djemila Benhabib, on parle de la même tactique liberticide.

Sur le traité de non-intervention yankee et les magouilles saoudiennes qu’il couvre en échange de l’accès à la ressource mortifère, si je puis dire. La pépinière à fanatiques tourne pendant que le pétrole rentre.

Oui, ça existe. Des compagnies aériennes proposent bel et bien des voyages halal. La tête dans le cul, le nez dans les hémorroïdes et les villosités les plus ténébreuses. Entre-nous, coupés des autres, ces étranges, on est si bien. Oh boy, le multiculturalisme à l’œuvre produit de bien curieuses patentes!

Texte facultatif – Complainte de celui qui a du talent, certes, mais pas c’qu’y faut.

 

J’écoutais sur Radio-Cadenas une émission qui datait de quelques année. C’était sur les forts en gueule, les Falardeau, Chartrand et compagnie. Luc Picard et Josée Legault étaient présents et relevaient que prendre position, parler haut et coloré, dans la tradition pamphlétaire, sortir ses griffes pour quelque chose qui ne soit pas égocentrique, ou carrément, juste se tailler une place sur les tribunes du Québec, eh ben, c’est particulièrement dur. On dit souvent des québécois que nous n’aimons pas la chicane. Falardeau trouvait qu’on n’était pas assez baveux. C’est peut-être lié aux dégâts collatéraux de notre statut de dominés. Des fois, je trouve aussi qu’on fait preuve d’un snobisme délirant compte tenu de notre situation de peuple inféodé. Une sorte d’élitisme de classe, un tantinet urbano-centriste. Prenons mon modeste cas, sans imaginer que je puisse oser revendiquer l’envergure intellectuelle de nos forts en gueule nationaux. Mes dessins «de presse» donc. À part Roméo Bouchard, un grand monsieur fort culotté qu’on gagnerait à écouter d’avantage, parmi nos personnalités publiques, y’a pas grand monde à avoir osé faire circuler mes coups de sang crayonnés. Pourtant, on n’est pas des masses à le faire au Québec. Dans la tradition du dessin satirique, c’est plutôt désertique quand il s’agit de certains thèmes. Bien sûr, c’est pas exclu que je sois nul. N’empêche, des fois je rigole jaune en voyant des personnalités du même côté de la barricade que moi regarder ailleurs et diffuser des trucs similaires aux miens, mais pondus par des Belges, des Français, des Ricains, etc. Bizarre ça, monter aux front pour les dessinateurs, parfois même en faire des livres, mais zapper les crus locaux. Surtout si leur bouille n’a pas eu le privilège de briller chez Guy A. Lepage. Bon, c’est vrai, parfois je reçois une ‘tite étoile en privé, pour coller dans mon cahier d’écolier.

Mais c’est quand je regarde THE projet avorté que je grimace le plus. Tous ces dessins, ceux que vous avez sous les yeux. Des semaines de job monastique perdues pour échouer ici. Malgré tout le bien que je pense du journal Le Québécois, formidable espace de liberté, on ne parle, dans mon cas, en terme d’exposition, que de quelques centaines de likes. On est loin de rivaliser avec les minous dans les paniers, les Pierrot-la-lune et nombre de chroniqueurs aussi insignifiants que Cassivi. Bien que je n’exclue pas le rôle de la simple ignorance de ce que sous-tend la condition des artisans de la culture, surtout s’ils ne sont pas «inoffensifs»; c’est cette expérience qui me permet d’affirmer qu’il existe des castes assez hermétiques chez les militants. Pour mieux comprendre mon propos, prenons un épisode ultérieur à ce fameux projet de livre. Plus court, cet épisode résume cependant le précédent.

Sachez qu’une fois THE coup encaissé, j’ai conclu que le prestige, la réputation ou l’apparente amitié d’une personnalité publique, lorsque celle-ci me propose une collaboration, ne devraient plus jamais m’exempter de méfiance. Voir en conférence quelqu’un qui soit en mesure de m’arracher des larmes, être témoin de son courage sur le front et considérer son usage des vocables de l’amitié, ça reste hasardeux. En illustration, quand t’es sérieux (et précaire), pour une commande particulière, tu restes méfiant et tu signes un contrat d’abord. Une fois tes esquisses validées, tu te lances sur le «propre». Deux, trois changements demeurent possible sur la version avancée, mais au-delà, c’est payé à l’heure. Comme on paie le plombier, le cordonnier ou le conférencier. Pour une job à 4 mains, dans le cadre d’un livre, avant de te garocher, t’as besoin d’une entente signée avec un éditeur.

Donc ma star, celle from THE initial book project, réapparait dans le décor. Bien entendu, en bon con, bêtement honoré d’être qualifié de champion, je propose encore du rabais et zappe le contrat. La bonne cause d’abord! ¡Venceremos tabarnak! ¡Hasta la victoria siempre! Comme si je pouvais financièrement me le permettre. Mais bon, j’estime remettre un peu mon cul dans le radar d’une personnalité dont je respecte passionnément, encore à ce jour, l’engagement et les luttes. Je me suis donc pincé le nez (très fort) et fais une croix sur l’embrouille antérieure. Cette fois, il s’agit de créer une affiche originale pour promouvoir une conférence. Un autre nom que j’apprécie (pour certaines de ses positions, pas toutes, car lorsqu’il encense l’écrémage scolaire et va faire le mariole en France pour le compte des Républicains, je le vomis) était greffé à l’événement. On attend de moi une job d’illustrateur et de graphiste. Hormis un contrat signé en aval, cette fois, je fais à peu près dans les règles, puisqu’on s’est entendu sur un montant. Mon esquisse approuvée dans l’enthousiasme, je me lance avec pour contrainte un délai serré, et ce, même si mon calendrier est gorgé de jobs alimentaires énergivores, même si ma famille ne se met jamais sur pause et même si ma dulcinée, elle aussi précaire, ne comprend pas toujours mes manœuvres.

On bascule alors dans un cas de figure proche de ce qu’on qualifie de «copinage» à Madagascar. Je me retrouve dans les talons aiguilles d’une putain Malgache et la star, dans les gougounes d’un adipeux gringo. Entre partenaires, on n’est pas sur le même pied d’égalité.

Une fois la chose bouclée dans les délais et conformément à l’esquisse, PAF! ça ne colle plus! Un comité surprise de 15 personnes dans le lointain Paris, probablement des fervents défenseurs de Charlie Hebdo et des dessinateurs de presse, n’avalise pas mon dessin. Sachant que l’unanimité est une inaccessible étoile, un comité qui débarque comme ça, à ce stade du processus, c’est emmerdant. On bascule alors dans un cas de figure proche de ce qu’on qualifie de «copinage» à Madagascar. Je me retrouve dans les talons aiguilles d’une putain Malgache et la star, dans les gougounes d’un adipeux gringo. Entre partenaires, on n’est pas sur le même pied d’égalité. Après une série de changements docilement apportés, dont certains dénaturent le gag d’origine, confronté à des réponses au compte-goutte, de plus en plus espacées, puis inexistantes, je produis une affiche «plan B», à partir de mes archives, notamment à partir de ce qui aurait dû être la couverture du livre, celui duquel j’avais été écarté (THE projet). Toujours est-il que le silence radio a perduré, que la conférence s’est tenue et que j’ai constaté qu’on avait fait sans moi, avec une affiche d’amateur poche. Certains diront qu’évidemment, dans la cour des grands, la lutte doit se poursuivre et qu’on ne perd pas de temps avec ce genre de bagatelles. Avec les greluches Malgaches.

J’ai dû me bagarrer un peu pour le principe, perdre encore du temps, stresser encore un tantinet, pour être payé au tarif de misère dont nous avions convenu. J’ai reçu le fric avec en prime le verdict du couperet : tu as du talent, certes, mais pas ce qu’il faut. Détail marrant, j’ai compris à ce moment que le dessin du plan B, c’était comme s’il était sorti de nulle part, comme si j’avais halluciné le destin qui lui fut un jour promis. Il n’a même pas été reconnu! C’était comme si un tel dessin, ça se chiait en 5 minutes. Voilà pour l’ego!

Nous en sommes maintenant à l’objet de cette complainte : à quoi correspond ce «ce qu’il faut»? Vous irez de vos suggestions. À mon humble avis, l’habileté à placer son produit, à procéder à sa mise en marché et à cultiver «les relations» compte pour visiblement autant que le talent à proprement parler. Quand ta place est taillée sous le soleil des projecteurs, quand t’as été suffisamment habile pour vendre ta camelote, quand tu connais les bonnes personnes, on ne te traite pas comme une pitoune Malgache. Le malheur des créateurs, c’est qu’on n’a pas tous la bosse des affaires.

Bien qu’il soit ce qu’il est, créativement parlant, parce que justement, à ses heures, il broie son noir avec les doryphores et les frappe-à-bords (…) Sa singularité compte pour peu.

Plantez un dessinateur mésadapté de la vente en «région», au fond d’un rang, et constatez le gaspillage de talent. Bien qu’il soit ce qu’il est, créativement parlant, parce que justement, à ses heures, il broie son noir avec les doryphores et les frappe-à-bords; bien qu’il soit original à souhait, traînant dans sa besace un vécu l’ayant mené aux quatre coins du monde, de l’Île de La Réunion, au sommet de la Terre, chez les Cris et les inuits, en passant par l’Amérique latine et l’Europe; bien qu’il sache, avec le maraîchage, l’apiculture et le trappage, faire le pont entre les saisons; bien qu’il soit délicieusement étrange, humaniste, indépendantiste contre vents et marées, sensible aux idées de décroissance, collectionneur de crânes, entomophage, mélomane aux racines barbares, champion des lacto-fermentations et du cannage; bien qu’il soit technicien en santé animale, biologiste spécialiste en zoologie et en parasitologie, qu’il ait tâté de l’enseignement avec tous les groupes d’âges; bien que ce type, avant de s’armer de crayons, se fut dressé de sa personne contre des intrusions évangéliques créationnistes en milieu scolaire et fut l’une des première cible qualifiée de «raciste» par une gauche amorçant sa dérive vers l’insignifiance; il n’a visiblement pas ce qu’il faut. Sa singularité compte pour peu.

Pouilleux, il est loin des réseaux. Là où les portfolios ne passent pas de main à main, circulant des canaux d’internet aux caniveaux d’éditeurs croulant sous les sollicitations et n’ayant que faire d’un hurluberlu rural brassant d’la marde et aimantant poursuites judiciaires et fatwas. Ses relations, c’est ses potes, sa famille, la couleuvre qui chaque année réapparaît dans ses rangs de blé d’Inde, les batraciens et autres bêtes de l’étang d’à côté, etc. Non camarades, Péladeau ne va pas prendre l’apéro, au Rang 3 ouest, là où le fumier de chèvre embaume l’air. Et ce pauvre Aprilus qui n’a même pas, le guts de ranger sa pathétique petite morale le retenant de payer Facebook pour faire la promo d’une job qui, au fond, est surtout motivée par l’avancement de causes et le désir de contribuer au grand remue-méninges collectif. Ça le déchire, ce con. Tant de choses lui semblent contradictoires dans ce métier. Et encore, si ce n’était que ça qu’il lui fallait pour mettre son cul sur la mappe. Pôvre crotté, tout pogné et inconfortable quand vient le temps de faire mousser sa job, sa personne. Un con d’anthologie, un pittoresque plouc, un folklorique marginal qui n’a pas voix au chapitre, un mythique mité régional, larmoyant lascar… Pour ce genre de naufragé de la société, il ne reste plus que la marge.

À quoi bon se faire pousser des tumeurs quand on peut faire pousser des choux et en faire de la choucroute?

Ceci étant, à priori, la marge n’est pas forcément inconfortable. On peu très bien s’appliquer à y mener une existence philosophique des plus riche. Voir le ciel et sentir passer les saisons, ça aide. La quête de reconnaissance et la consécration n’ont, au fond, que peu d’importance dans une vie de singe. Au bout du compte, on finit tous par crever et faire du fumier. Y compris les stars et ceux qui laissent, momentanément, leur nom dans l’éphémère histoire des hominidés que nous sommes. Alors décontractons-nous le cul. À quoi bon se faire pousser des tumeurs quand on peut faire pousser des choux et en faire de la choucroute? Je suis fier de ce que j’ai modestement exprimé depuis presque 10 ans dans mes BD, ici, sur mon blog et au travers de ce que les aseptiseurs de la gauche compassionnelle façon QS ont laissé filtrer dans les pages d’À Bâbord! La synthétique et pédagogique BD La Grande Dérape, l’existentielle La Marge, la noire Kwebek 3000, les épisodes rurales et scatologiques du Maraîcher Masqué, les méchantes Dion le Sale Roquet et Les Aventures de Stifine, les délirantes Couilles de terre, les dessins éditoriaux, les aphorismes d’Albert Brie, le story board autobiographique Pauv’, Moche, Gras-Dur, etc. Je trouve que mes gribouillages ont pris du gallon au fil du temps. Depuis que je me suis lancé dans le Journal Ensemble (c’était mignon comme paris, une coopérative journalistique, même si au final jamais une crisse de cenne ne m’aura été payée), en autodidacte, j’ai progressé dans l’art de croquer le monde. Je suis moins maladroit qu’au départ, mon trait s’est décoincé. Bref, j’ai vécu mon trip Hara Kiri et renoué avec le plaisir d’écrire. Car à travers tout ça, j’ai aussi balancé quelques textes qui ne me font pas rougir (bien qu’ils aient été encore plus long à pondre que les dessins). Mêmes si mes bricoles n’ont pas été chiées à la bonne époque ou du bon endroit, même s’ils ne sont que des coups d’épée dans la flotte, elles sont du pays, du terroir, façonnées par le Québec. Elles sont thérapeutiques et authentiques, ostie.

Merci à ceux et celles qui ont considéré, valorisé et diffusé mon travail; aux quelques-uns qui, parfois de leurs poches, m’ont soutenu dans les bouttes roffes, les passages cloutés et les creux de vague. Ne serait-ce que pour vous avoir côtoyé et vous avoir fait rigoler, ça valait le coup.

Ciao!

Aprilus

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Guerres juridiques

Je reconnais être perméable à certains aspects de l’humour de Mike Ward. Sous prétexte de moquer la bonne pensée socialement acceptable, je donne parfois dans le même registre. Histoire qu’on se décrispe. Mais pour l’essentiel, contrairement à Ward, j’insuffle une dimension politique et sociale à mes crayonnages. Derrière mes grossièretés, il y a matière à s’activer les neurones, du moins, je l’espère. Au Journal Le Québécois et sur ce Blog, je ne suis pas domestiqué (ni payé d’ailleurs). Or aujourd’hui, penser, questionner, réfléchir, s’indigner, sortir des sentiers auxquels on a toujours droit expose à des poursuites baillons, si ce n’est des menaces de mort. Il y a donc un truc qui chie grave. Soutenir Djemila est une bonne occasion de dénoncer haut et fort ce vilain glissement.

Affiche D Pour l’histoire : Le 26 septembre 2016, s’ouvre, à Montréal, le procès de Djemila Benhabib, poursuivie par un établissement scolaire privé, subventionné à hauteur de 425 000 $ par le ministère de l’éducation, portant le nom d’Écoles musulmanes de Montréal (EMMS) pour des déclarations soi-disant « diffamatoires » et « anti-islamiques » (comme l’atteste la poursuite) faites sur les ondes du 98.5 Fm à l’émission de Benoît Dutrizac. Cette interview, datant du 8 février 2012, faisait suite à une chronique de Djemila Benhabib publiée sur son blogue du Journal de Montréal. Elle y dénonçait la soumission des élèves à des versets coraniques haineux, violents et sexistes contenus dans le programme et publiés sur le site Internet de l’école (disparus depuis la poursuite) ainsi que le port obligatoire du voile islamique par les élèves.

Ne nous trompons pas sur les véritables motivations des auteurs de ces attaques d’un type nouveau. D’abord, il s’agit de faire régner la peur pour empêcher toute expression critique envers l’islam ou contre la façon dévoyée dont certains veulent l’imposer à d’autres. Ensuite, il s’agit de mettre une pression démesurée sur les personnes visées, pour les épuiser psychologiquement et financièrement, les ostraciser et les éliminer du débat public. Bref, les décourager de continuer à s’exprimer publiquement. (…) Il ne saurait être question de renoncer à la liberté d’expression, pas plus qu’à l’universalité des droits humains et à ceux des femmes en particulier, qui ne doivent souffrir aucune contestation ni restriction au nom de préceptes religieux ou de prétextes culturels. – http://djemilabenhabib.com/

crayonpinceau

On se lâche? Les écoles confessionnelles enseignent bel et bien des âneries. Il n’y a pas si longtemps, les écoles publiques du Québec déversaient sur nos lardons un catéchisme tout aussi imbuvable. J’y ai moi même goûté. Aujourd’hui, c’est le cours d’ECR qui prend le relai en refourguant une bouillie multiculturaliste. Normand Baillargeon et Daniel Baril viennent d’ailleurs de co-diriger un ouvrage sur ce thème qui paraîtra sous peu (La face cachée du cours Éthique et culture religieuse, Leméac).  Au sein des écoles confessionnelles, on sombre dans les abysses d’un délire collectif estampillé par le sceau de religion officielle. Est-il encore possible de le dire, l’écrire, le dessiner, le chanter, le danser? 

Voici quelques-uns des dessins qui auraient dû figurer dans le dernier livre de Djemila s’il avait été publié au Québec. Un sujet qui fait peur.

ecole religieuse aprilus

etui pénien aprilus

crosseacademy aprilus

Vacances halal aprilus haine du corps aprilus

doublediscours aprilus

coupables Coul Dj

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Comment Kativik détourna un débat sur l’intrusion du lobby évangélique

Écrit le lundi 28 avril 2008

Intrusion évangélique


Un fait : Septembre 2005, les enseignants de l’école secondaire Ikusik sont rassemblés dans la médiathèque. On leur annonce qu’ils n’ont pas le droit de parler de l’évolution (en biologie, la modification des espèces vivantes au cours du temps), ni d’ailleurs des « autres » religions, car ici, on est « born again ». Lorsqu’elle fut révélée aux médias, en fin d’année scolaire, cette histoire ne pouvait être niée. La direction de l’école avait alors menacé un de ses enseignants de mesures disciplinaires pour « insubordination ». Ce dernier avait  abordé le thème de l’évolution  en classe… Pourtant, la Commission scolaire Kativik s’employa à camoufler – donc à cautionner – la censure avec un communiqué de presse construit de propos oscillant entre le mépris et le grotesque. Ce fut un tour de force peu enviable : tout en justifiant la censure par le manque de respect des enseignants, il niait que censure il y ait eu! En s’appliquant à camoufler ce scandale, Kativik a-t-elle voulu faire croire que tous les enseignants à qui cette Lisa Koperqualukdirective de censure fut servie ont rêvé? Qu’avec la démonstration d’une telle démesure, les enseignants, terrifiés, allaient dorénavant se taire? Et pourquoi tout ce cirque ? L’attitude de Kativik lors de cette affaire a démontré un certain aveuglement et une insolite remise en cause de la nature même de la tâche des enseignants. Pendant plus de deux ans en ligne sur le portail de cette Commission scolaire, ce texte absurde est la raison pour laquelle nous avons décidé de regrouper une série d’articles relatifs à cette affaire afin de faire contrepoids à cette mascarade.
Bien que l’occasion d’un débat constructif au sein de Kativik ait été sabordée par certains de ses administrateurs, nous vous invitons à prendre la mesure du phénomène religieux au nord en écoutant l’excellente émission (suivez le lien)  «Les Pentecôtistes à l’assaut du Nord» (Dimanche Magazine – Radio-Canada). À cette occasion, une personnalité inuk notoire, Madame Lisa Koperqualuk (photo), partageait courageusement ses craintes et décrivait les changements incroyables survenus dans son village au cours des dernières années.

Noyer le poisson?


En juillet 2007, le quotidien Le Devoir publiait trois articles sur le Nunavik. En constatant que c’était à l’initiative de la Commission scolaire Kativik et qu’était implicitement spécifié le cadre du séjour de la journaliste (un « camp scolaire de science »), il semble tout à fait plausible qu’il se soit agit d’une (autre) manœuvre ayant pour but de faire oublier cette histoire d’évolution. S’il est tout à fait normal qu’une Commission scolaire publique organise des camps scientifiques, il est plutôt pathétique qu’elle s’en serve, via les médias, comme d’un paravent pour camoufler ses propres contradictions.

Poursuivre le combat

La progression des églises pentecôtistes et autres sectes stigmatisant certains groupes tels que les homosexuels, militant en faveur d’une éducation des enfants axée sur la préservation obtuse de valeurs familliales et religieuses considérées comme intouchables et voulant faire passer des convictions religieuses pour des hypothèses scientifiques; cette progression donc, nous interdit  de banaliser le phénomène. En 2009, la vigilance de quelques professeurs du Cégep de sherbrooke a permis l’annulation d’une conférence créationniste dans leur établissement. L’administration du  Cégep ne semblait pourtant pas dérangée par la tenue d’un tel événement et ne s’en est d’ailleurs jamais excusé… 

 

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Dissection du communiqué de presse véreux de Kativik

«Une démonstration de l’absurde de la position de la Commission Scolaire Kativik. Construit de propos oscillant entre le mépris et le grotesque, ce communiqué de presse est une manoeuvre pathétique qu’il convient de décrypter».


Kativik titrait : Au coeur de l’incident de Salluit : non pas la censure mais le respect

Aprilus rétorque : Au coeur de l’incident de Salluit? De quel « incident » s’agit-il? De cette journée de février 2005, quand Peter Keatainak a fait irruption dans l’école pour adulte et a fait feu sur une enseignante de 43 ans, la blessant gravement, pour ensuite s’enlever la vie? Non? Ah bon! C’est cette histoire de censure alors. Mais qu’est-ce que le respect vient faire là dedans? La Commission Scolaire Kativik, surtout quand elle pointe du doigt publiquement un de ses enseignants, toujours en poste, ne fait pas vraiment tout pour respecter, anticiper les vrais incidents et protéger ses enseignants…


Kativik : La Commission scolaire Kativik ne
 censure pas ses enseignants et aucun groupe religieux ne dicte à la Commission
 scolaire ce qui peut ou non être enseigné dans nos écoles.

Aprilus : Et pourtant! Quand la Commission Scolaire Kativik accepte que soit demandé à ses enseignants de ne pas parler de l’évolution et des autres religions, on peut parler de censure. Du moins, si l’on se fie au dictionnaire qui défini le verbe censurer comme amputer, avoir à redire, barrer, biffer, condamner, couper, désaprouver, effacer, interdire, prohiber, proscrire, sabrer, supprimer, tronquer des portions, d’un film, d’une lettre, etc. Dans le cas présent, les portions constituent d’une part, la théorie de l’évolution, laquelle permet ni plus, ni moins, de donner un sens aux sciences naturelles et d’autre part, les autres religions dans leur ensemble, lesquelles sont incontournables dans l’enseignement de l’histoire de l’humanité.

De plus, cette caution de censure, ce mensonge grossier, est tout sauf respectueux de l’ensemble du personnel enseignant présent au moment où l’administration de l’école Ikusik donnait ses directives de censure. Kativik a-t-elle déduit que tous les enseignants présents à cette occasion ont rêvés? Que bien-sûr, avec la démonstration d’une telle démesure, terrifiés, ils allaient tous se taire?

Mesure d’autant plus hypocrite que tous les acteurs en milieu scolaire au Nunavik peuvent servir de nombreuses annectdotes du même cru. Par exemple, ce directeur  de Purvunituq, aujourd’hui décedé, tentant maladroitement de cacher dans son bureau des livres de la bibliothèque traitant de l’évolution de l’homme…

Kativik : Le coeur du sujet,
c’est qu’on s’attend à ce que les enseignants adhèrent aux objectifs des 
programmes et respectent la culture des gens auprès desquels ils ont le 
privilège de vivre et d’enseigner.

Aprilus :Imaginez qu’une autre Commission scolaire, disons dans le Montréal suburbain, essaie de retirer l’évolution des salles de classe, en prétextant des traditions culturelles et la Bible !

Kativik : L’enseignement de la Théorie de l’évolution de Darwin ne fait pas partie
 des objectifs de notre programme de sciences ou de sciences humaines du
secondaire 1 au secondaire 5. Il se trouve qu’il y a un paragraphe dans le
 manuel de biologie au secondaire 3 qui mentionne la Théorie dans le contexte
 d’une discussion sur les ossements. C’est tout. Si un enseignant ou une
 enseignante brodent sur le programme, ceci n’est pas sanctionné par nos
 conseillers pédagogiques ni par la Commission scolaire.

Aprilus : Peut-on sérieusement imaginer que le programme d’éducation du Québec interdise aux enseignants de se réfèrer à l’évolution et à l’histoire des religions ? Existe-t-il au Nord, ou ailleurs, de ces enseignants respectant si scrupuleusement le programme qu’ils en deviennent hermétiques au reste du système solaire? Kativik oublie-t’elle la dure réalité de l’enseignement dans ses écoles nordiques ? Ce qui tient en éveil une classe au Nord, ce sont ces parenthèses où figurent discussions, et anecdotes (qui, de plus, peuvent toujours être liées au programme, ne serait-ce que dans le cadre de la communication orale). Ce sont dans ces moments que les élèves sont les plus attentifs, parlent et posent des questions. Enseigner, c’est veiller à créer ce climat et c’est d’ailleurs dans ce sens que va le réforme de l’éducation au Québec!

Kativik : A partir de l’année
 scolaire 2006-2007, le programme d’études sera officiellement normalisé dans
 toutes les écoles du Nunavik de manière à assurer que tous nos enfants aient 
la même chance d’apprendre le même contenu et d’obtenir leur diplôme d’études
 secondaires avec les mêmes connaissances.
 L’enseignant au centre de cette controverse a décidé, de sa propre 
initiative, d’incorporer la « Théorie de l’évolution » à plusieurs reprises dans
 le contexte de son enseignement, malgré le fait qu’il avait été averti
 plusieurs fois par la direction de l’école du caractère délicat de cette
 question. Sa justification, c’est que les élèves du Nunavik « devraient avoir
le même droit à la même éducation que les autres élèves ». Nous sommes
 d’accord, mais les Inuit du Nunavik devraient également avoir le droit de voir
 à ce que leurs points de vue et leur mode de vie soient respectés par nos
 enseignants. 
En vertu en particulier du chapitre 17 de la Convention de la Baie-James
 et du Nord québécois, protégée par la Constitution, et aussi conformément à la 
Loi sur l’instruction publique pour les autochtones cris, inuit et naskapis,
 la Commission scolaire Kativik a le droit et la responsabilité d’élaborer des
programmes et du matériel pédagogique en inuktitut, en anglais et en français,
du moment que nous rencontrons les objectifs prescrits par le ministère de 
l’Education, du Loisir et du Sport. Nos élèves ont le même droit à
l’information que tous les autres élèves au Canada ou en Amérique du Nord. Il
 y a des livres sur la « Théorie de l’évolution » dans nos bibliothèques
 scolaires, que nos élèves sont libres de consulter et tous nos élèves ont
accès au World Wide Web.

Aprilus : « Ok pour l’évolution », dit Kativik, « mais pas dans nos classes ». Nos bibliothèques sont pleines de livres sur le sujet (qui, parfois, reposent au fond de boîtes, bien planqués dans le bureau d’un directeur indélicat comme cela s’est déjà produit à Puvirnituq, il ya quelques années) et puis il y a le world wide web… A propos, dans un milieu où la motivation fait cruellement défaut, un enseignant peut-il ne pas être fier lorsqu’il constate que certains élèves, suite à de telles discussions « proscrites » (par exemple, au sujet de la préhistoire de l’Amérique, pour une période antérieure à -4000 ans) vont plus loin en recherchant sur Google : « évolution des dinosaures » ! – Pas de quoi pavaner, bien sûr, car selon Kativik, ils y auraient été d’eux-mêmes (bien avant d’aller sur le site d’Eminem, de 50 Cents ou You Tube).

Est-il normal de menacer un enseignant de mesures disciplinaires sous prétexte, qu’avec le souci de toucher le quotidien de chasseurs de ses élèves, il évoque, une histoire de la vie « différente » de celle de la Bible, expliquant , par exemple, l’origine des bélugas, des renards arctiques, etc.? Les élèves peuvent donc s’intéresser au sujet (car oui, certains le sont réellement) mais il est malvenu qu’ils en causent avec leur enseignant – surtout si celui-ci a une formation universitaire en biologie lui permettant de le présenter adéquatement!

Et ces indésirables « autres » religions du monde… Que faire alors quand des élèves demandent à leur enseignant pourquoi il est marié sans toutefois porter d’alliance ? Sacrilège à étouffer? L’enseignant est-il fautif quand, pour exploiter un intérêt certain, il offre à ses élèves une parenthèse sur les religions du monde et celles des anciennes civilisations ? Parler du fait que certains peuples ont plusieurs dieux ou du chamanisme est-il un sujet trop délicat pour les élèves inuit?

Opposer la science à la spiritualité est une attitude qui n’a pas sa place dans une école publique – au Nunavik comme à Montréal! Les fanatiques froissés n’ont qu’à se faire financer une école privée – les fonds ne manqueront certainement pas avec la Bible Belt américaine. Kativik veut faire croire que l’ensemble d’une communauté est favorable à la censure de ces sujets. Une terrible erreur qui renforce la position d’une poignée d’exaltés intolérants. Kativik semble ignorer qu’il existe nombre d’inuit en désaccord – en témoigne les courriers envoyés au journal Nunatsiaq News et les commentaires de Lisa Koperqualuk dans le reportage Dimanche Magazine sur Radio-Canada – mais que ceux-ci préfèrent garder le silence.

Jouer à l’ambassadeur culturel des inuits nécessite plus de subtilité…

Kativik : Nous encourageons nos élèves à avoir l’esprit ouvert et à penser par
 eux-mêmes. Nous nous attendons à ce que nos élèves développent leur respect
 des autres cultures et reconnaissent la diversité culturelle et les valeurs
 des autres peuples. Nous avons certainement le droit de nous attendre au même
 traitement de la part de nos enseignants.

Renseignements: Debbie Astroff, Agente de relations publiques,
Commission scolaire Kativik.

Aprilus : Quand un enseignant répond aux questions de ses élèves, il ne peut se permettre de censurer des réalités telles que l’évolution et l’histoire globale des religions. Autrement, il ne contribue pas à ouvrir ses élèves au monde et à sa diversité : cela ne s’appelle alors plus de l’enseignement !


Bien que Kativik affirme ne pas censurer ses enseignants, dans les faits, un membre du conseil de parents représentant une fraction des habitants de son village, peut approcher le directeur d’une école, demander à ce que l’évolution ne soit pas abordée en classe et être exaucé le plus naturellement du monde. La Commission scolaire va même jusqu’à s’appliquer à camoufler ce scandale! Que Kativik nous serve ensuite des discours sur le respect de la culture en se conduisant aussi durement et de façon aussi irresponsable envers un de ses enseignant, toujours en poste, a de quoi inquiéter! Il y a mieux pour attirer des enseignants dans le Nunavik.

Et pour clore le tout, la signature de Debbie Astroff?! Annie Grenier (Directrice Générale) aurait mieux fait de signer ce communiqué de presse elle-même!

Pour poursuivre la dissection voir aussi :

Parents: Don’t teach evolution to our kids. School board: OK.

Teaching evolution disrespectful to cultural traditions


Quebec Ministry of Education investigating complaint over evolution

Malheureusement, l’entrevue où l’on pouvait entendre Gaston Pelletier (directeur des services éducatifs) mentir ouvertement a été retirée; il s’agissait de Whole Show Blow-by-Blow – The Current for Show May 19, 2006 sur la radio de Radio-Canada. L’administration de l’école Ikusik n’a décidément aucun reproche à se faire et les enseignants  de cette école sont tous des imbéciles qui hallucinent! Rien ne s’est produit, circulez, y’a rien a voir!


L’article qui déclencha les hostilité de Kativik à mon endroit:

Dans certaines écoles du Nunavik, on interdit aux professeurs d’enseigner la théorie de l’évolution.

par Noémi Mercier
Québec Science

L’accueil qu’a reçu Alexandre April, au début de l’année scolaire 2005, lui a fait l’effet d’une gifle. La directrice de l’école du village avait réuni tout le personnel pour souhaiter la bienvenue aux nouveaux professeurs. Après les formules d’usage, quelques conseils furent prodigués aux enseignants: «Nous ne voulons pas entendre parler de la théorie de l’évolution ici», les a-t-elle avertis d’emblée. Depuis, chaque fois que le jeune enseignant du secondaire évoque l’évolution de l’homme dans ses cours de français et de sciences humaines, il se fait traiter de singe par ses élèves amusés. Certains parents, eux, ont été jusqu’à porter plainte contre ce prof récalcitrant, outrés de savoir qu’il affirmait en classe, malgré l’interdiction de la directrice, que l’être humain descend des primates.

On se croirait dans un de ces bastions créationnistes du Midwest ou du sud des États-Unis. Là-bas, des chrétiens conservateurs mènent une bataille acharnée pour que, dans les cours de science, la théorie de l’évolution soit remplacée par des explications divines des origines de la vie (Québec Science, avril 2006). Et pourtant, l’incident s’est déroulé au Québec, à Salluit, un village inuit de 1 150 âmes situé à l’extrême nord du Nunavik.

«Dès que je parle d’une période antérieure à 6 000 ans avant notre ère, date à laquelle Dieu aurait créé la Terre, je suis considéré comme fautif par l’administration de l’école», souligne Alexandre April, lui-même formé en biologie et en enseignement des sciences.

La tension a monté d’un cran en avril 2006, après qu’il eut présenté, dans un cours de première secondaire portant sur l’histoire des civilisations, Il était une fois l’homme, une série d’animation qui raconte l’histoire de l’homme à travers les âges.

La direction l’a alors convoqué pour le sommer de respecter la consigne «anti-évolution». «Faute de quoi, on m’a averti que je recevrais une lettre sanctionnant mon insubordination», raconte-t-il. Il lui est aussi interdit de répondre aux interrogations des élèves qui sont pourtant nombreux, dit-il, à le questionner sur ce sujet proscrit. «La plupart des professeurs préfèrent ne pas faire de vagues. C’est déjà éprouvant d’enseigner dans une communauté inuite: on est isolé, minoritaire. On ne veut pas froisser les gens, alors on préfère céder. Il s’agit toutefois d’une école publique et les élèves du Nord devraient avoir droit à la même éducation que les autres», estime l’instituteur qui a déjà remis sa démission et qui quittera la région d’ici quelques semaines. La directrice de l’école, Annie Alaku, et le directeur adjoint, Charles Roy, ont quant à eux refusé de répondre aux questions de Québec Science.

Salluit n’est pas le seul village du Nunavik où on escamote une partie de la matière pour ménager les sensibilités des habitants, selon Gaston Pelletier, directeur des services éducatifs à la commission scolaire Kativik. Cette organisation dessert près de 3 000 élèves dans 14 communautés inuites, sur un territoire de près de 650 000 km2. Ce serait surtout la parenté de l’homme avec les chimpanzés et les gorilles qui choquerait certains parents. «Dans quelques écoles, on veut bien parler de l’évolution des animaux, mais on ne parle pas des origines de l’homme. Dans la plupart des établissements, par contre, ces idées sont tolérées: on les explique à titre d’information mais, en général, on s’assure que les enseignants les présentent comme une théorie parmi d’autres, et non comme un fait», explique Gaston Pelletier. Face aux doléances des familles de Salluit, ce dernier a lui-même convenu avec l’administration de l’école «qu’on ne toucherait pas à l’évolution pour l’instant». «Quand il y a de la résistance dans une communauté, on respecte cela; on ne met pas de pression, par respect pour les croyances et la culture locales.»

Ces croyances n’ont cependant plus grand-chose à voir avec les traditions des Inuits. L’offensive anti-évolutionniste est plutôt associée à la ferveur religieuse des pentecôtistes, un mouvement protestant évangélique qui fait de plus en plus d’adeptes dans le Grand Nord depuis une quinzaine d’années (voir l’encadré). «Au Nunavik, il y a trois ou quatre enclaves où le pentecôtisme a une grande emprise sur une partie de la population. Ces personnes démontrent une certaine méfiance à l’égard de tout ce qui diffère du contenu de la Bible dont ils font une interprétation plutôt austère et traditionaliste», estime Jean Leduc, directeur de l’école de Kangiqsualujjuaq, dans la baie d’Ungava, où il travaille depuis bientôt 30 ans. Le mouvement demeure cependant marginal dans la plupart des villages, insiste-t-il. Son école à lui, par exemple, n’a jamais pris position contre la théorie de l’évolution ni reçu de plaintes à ce sujet.

N’empêche que des centaines d’élèves du Nord québécois se voient transmettre une version tronquée du programme, tandis que de nombreux autres apprennent à voir l’évolutionnisme comme une hypothèse qui n’a pas encore fait ses preuves. Au ministère de l’Éducation du Québec (MEQ), on marche sur des œufs. «C’est une question délicate, qui touche autant les écoles, la commission scolaire, le ministère de l’Éducation, les Affaires autochtones… Nous allons vérifier s’il y a des ententes particulières au sujet de l’évolution, mais c’est à la commission scolaire de s’assurer que le programme du ministère est bien respecté», dit la relationniste Marie-France Boulay. La commission scolaire Kativik, créée en vertu de la Convention de la baie James et du Nord québécois pour permettre aux Inuits de gérer leur propre système d’éducation, jouit bien d’une certaine autonomie, notamment en ce qui concerne la culture inuite et la langue inuktitute. «À part cela, les  écoles de Kativik sont censées suivre le même régime pédagogique que tout le monde», affirme Marc Décarie, de la Direction générale de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec du MEQ, qui dit avoir informé ses supérieurs de la situation.

Le débat sur la théorie de l’évolution dans les écoles du Nunavik pourrait prendre une tournure très différente par rapport au reste de l’Amérique du Nord. Ici, on ne craint pas tant la confrontation entre religion et laïcité, droite et gauche, science et pseudo-science, mais plutôt une opposition entre Inuits et «Blancs du sud». «Nous sommes des Blancs, et nous enseignons dans une culture qui n’est pas la nôtre, poursuit Gaston Pelletier, de la commission scolaire Kativik. Les Inuits ont leurs propres idées et valeurs, et nous devons respecter cela. Nous leur apportons notre expertise, mais nous ne sommes pas des missionnaires et, pour l’instant, ils ne sont pas prêts! Et vous savez, il y a des problèmes bien plus urgents au Nouveau-Québec que l’enseignement de l’évolution de l’homme…»

Pentecôtisme: nouveau chamanisme?

Même si les Inuits ont adopté le christianisme depuis plusieurs décennies, ce n’est qu’au cours des 15 dernières années que le pentecôtisme a fait une percée au nord du 55e parallèle. Ce mouvement, une faction du protestantisme évangélique, met l’accent sur la présence de l’Esprit saint en chaque individu. Pour les catholiques romains, l’important est de croire. Pour les pentecôtistes, il est essentiel de faire l’expérience de Dieu, d’être habité par Lui; d’où leurs cérémonies spectaculaires au cours desquelles les fidèles tombent sur le dos, lèvent les bras au ciel ou chantent des heures durant.

Ce n’est pas un hasard si les Inuits ont adopté le pentecôtisme, estime Louis Rousseau, professeur au département de sciences des religions de l’UQAM. Selon lui, cette pratique religieuse permettrait indirectement de raviver certaines facettes de leur spiritualité traditionnelle qui était intimement liée à leur mode de vie de chasseurs. On assiste, par exemple, à une réinterprétation de la fonction du chaman, qui servait autrefois d’intermédiaire entre les êtres humains et les esprits, explique-t-il. Le chaman était habité par des êtres bienveillants qui, lorsqu’il entrait en transe, le guidaient dans le monde des esprits, quittant momentanément son corps lors de cérémonies rythmées par le tambour. « Le pentecôtisme est un christianisme extatique dont certains rituels rappellent les rites chamaniques », note le professeur.

Dans ce mouvement, on a aussi fortement tendance à attribuer les difficultés d’une communauté à la transgression de certains tabous, règles et valeurs. Au sein de la société traditionnelle inuite, c’était au chaman de voir à l’harmonie de la communauté en s’assurant du respect des règles. Mauvais temps, chasse difficile ou maladie étaient le résultat de la colère des esprits qu’il fallait apaiser. « Ces correspondances établissent un lien entre les deux traditions. C’est pourquoi les Inuits s’identifient plus facilement au pentecôtisme qu’à l’anglicanisme ou au catholicisme. »

 

Autres articles et appuis :


COMMUNIQUÉ DE PRESSE – AENQ

Objet : Incident de Salluit concernant l’interdiction d’enseigner l’évolutionnisme aux élèves du secondaire de la Commission scolaire Kativik

Non à la censure et au « créationisme » à l’école ! Oui au respect de l’héritage traditionnel inuit sans contradiction avec le savoir scientifique !

Montréal, le 30 mai 2006 – L’Association de l’enseignement du Nouveau-Québec (AENQ) et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) trouvent dangereuse et dénoncent la position prise par la Commission scolaire Kativik (CSK), le 23 mai dernier, concernant la censure de l’enseignement des principes de l’évolution biologique. L’Association et la Centrale rappellent à la commission scolaire ses responsabilités envers la population du Nunavik en vertu de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois et elle l’incite à entendre l’appel lancé par le ministre Fournier pour assurer des services éducatifs de qualité aux élèves du Nunavik.

Elles souhaitent également que la commission scolaire cesse de perdre temps et énergie à encourager ou camoufler la censure dans ses écoles et qu’elle se concentre plutôt à créer un espace de dialogue entre les Inuits habitant les communautés du Nunavik et les enseignants « qallunat » (allochtones), dans le but de renforcer leur respect et confiance mutuelles nécessaires pour assurer aux élèves les services auxquels ils ont droit.

D’ailleurs, le président de l’AENQ, monsieur Patrick D’Astous, souligne qu’« il n’y a pas contradiction entre la transmission par les enseignantes et les enseignants de l’héritage culturel des peuples autochtones, notamment dans les récits oraux de création du Monde et les savoirs fondés sur la science tels que l’évolutionnisme. Le programme d’histoire de 4e secondaire adapté par les Cris en est un exemple parfait ».

« Interdire les explications basées sur des connaissances scientifiques tel que l’a fait la commission scolaire Kativik est inacceptable et dangereux. Dans le cas de monsieur April, l’enseignant à Salluit, cela revient à censurer les informations que peuvent transmettre les enseignants aux élèves du Nunavik et ce, au nom de dogmes religieux comme ceux prescrits par l’église Pentecôtiste. À quand l’embauche d’enseignantes et d’enseignants basée sur des critères religieux ? »

Le président de la CSQ, monsieur Réjean Parent ajoute pour sa part que « les élèves du Nunavik doivent avoir droit à la même qualité d’enseignement que celle que reçoit l’ensemble des élèves du Québec ». Il précise que cela doit se faire dans le respect des différences culturelles de chaque communauté.

Profil de l’AENQ

L’Association de l’enseignement du Nouveau-Québec, affiliée à la CSQ, regroupe plus de 1300 membres. Elle représente les enseignantes, les enseignants et le personnel de soutien des commissions scolaires Kativik et Crie.

 
Renseignements :    Patrick D’Astous
Président AENQ
Téléphone : 514 356-8888
Cell. : 514 714-2396
Site Web : http://aenq.csq.qc.net/


June 2, 2006

Teachers’ union backs evolution “It’s respect for students and their intelligence”

JANE GEORGE  – Nunatsiaq News

The union representing teachers in Nunavik, l’Association de l’enseignement du Nouveau-Quebec says it will defend any teachers in Nunavik who are told not to teach the theory of evolution. If the Kativik School Boardcontinues to challenge the judgment of its teachers with respect to what they should or shouldn’t teach, Patrick d’Astous, the union’s president, says teachers will flee the region.“I think it’s incompetent and shows a lack of concern for the education of children in Nunavik.”
D’Astous said students in Nunavik will pay for the exodus of teachers who will leave if they feel they can’t teach according to how they were trained.

“It’s not too smart. Personally, I think the school board is on a slippery slope to say the church can have a direct impact on schooling, and they seem not to acknowledge that they’re having more and more trouble recruiting teachers,” D’Astous said.

“They should be doing anything they can to keep their teachers there. It seems to mean nothing to them that their teachers are leaving.”

D’Astous said the union will continue to remind the KSB that they have to respect the professional independence of teachers.

“We can tell our members that they don’t have to respect any directive coming from educational committees or the school board that could limit your autonomy — you don’t have to respect it and we will defend you.”
There’s no way around talking about evolution in science and history classes, D’Astous said — but there’s a way of bringing other views into the discussion.

“That’s respect — it’s respect for students and their intelligence, and for their future in the modern world,” he said.
The union stepped into the fray when Salluit’s school committee wanted to take disciplinary action against Alexandre April for teaching evolution at Ikusik School. D’Astous said he determined that there were no official grounds for this, but, as a result, April ended up with a reprimand.

This was the first time Salluit’s school committee — whose members include Qalingo Angutigirk, Elasuk Pauyungie, Susie Alaku, Molly Tayara, Joanna Alaku, Josepi Padlayat and Kululu Tayara — intervened in a pedagogical issue.
D’Astous said this was the first time the issue of teaching evolution has officially surfaced with the union as well.
D’Astous said he doesn’t understand why Nunavimmiut would want to turn away from evolution — one of the backbones of modern science.

“Science is completely turning the environment upside down, and we’re going to put our heads in the sand and say that science doesn’t exist? On the contrary, we should understand science, master it, and be able to say that we can use it,” he said. “Soon, there won’t be any more ice in the Arctic. The world is changing. Inuit have to embrace education — it’s the only door open.”

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ALLISON LAMPERT-  The Gazette

Published: Saturday, May 20, 2006

A high school science teacher vowed yesterday to continue telling his Inuit students about Charles Darwin’s theory of evolution, despite complaints from parents in the northern Quebec community of Salluit.

Science teacher Alexandre April was given a written reprimand last month by his principal at Ikusik High School for discussing evolution in class.

Parents in the village 1,860 kilometres north of Montreal complained their children had been told they came from apes.

« I am a biologist. … This is what I’m passionate about, » said April, who teaches Grades 7 and 8. « It interests the students. It gets them asking questions.

« They laugh and they call me ‘ape,’ but I don’t mind. If I stopped, they would lose out. »

April, who is leaving the town when his contract runs out at the end of the school year, said the principal first told teachers last fall not to talk about evolution.

Debate over the teaching of evolution in Salluit – a village of 1,150 located along the northern coast of Quebec, between Ungava and Hudson bays – is pitting an increasingly religious Inuit population against a Quebec education system that’s becoming more and more secular.

Although April, 32, won’t be punished, his reprimand has outraged Quebec’s scientific community.

« What he’s doing is right and it’s best for the kids, » said Brian Alters, director of the Evolution Education Research Centre at McGill University. « Science should not be de-emphasized for non-science. »

Over the years, controversy over the teaching of evolution has erupted in Pennsylvania, along with U.S. states in the so-called Bible Belt. In November, the Kansas State Board of Education approved science standards that cast doubt on evolution.

But with heightened religious fervour among the Inuit and Cree in northern communities, some observers suggest Canada might have its own Bible North.

Molly Tayara, a member of the Salluit school’s volunteer education committee, said she’d tell her four school-age children to walk out of a lesson on Darwin.

« The minister (of education) may have come from apes, but we’re Inuit and we’ve always been human, » she told The Gazette in a phone interview.

« Most of us rely on God’s word. … God made Adam and Eve and they weren’t animals. »

Legally, Inuit schools in Quebec’s north must teach evolution, as it’s part of the provincial curriculum. After April’s story came out this week in the magazine Quebec Science, Education Department officials immediately called the school to ensure the curriculum was followed.

Topics like reproduction and diversity of species are part of Science and Technology, a course for Grades 7 and 8. Darwin’s work, based on the premise that humans and other animals have evolved over time, is further covered in Grade 11 biology – an elective course.

« We want the curriculum to be applied. We’re just saying the theory of evolution could be taught more delicately to students, » said Gaston Pelletier, director of educational services for the Kativik School Board, which serves northern Quebec’s 14 Inuit communities. « We have to respect their view. »

The Anglican and Pentecostal churches have been present for decades in towns like Salluit. Yet formal education under Kativik has existed only since 1978.

« The missionaries have been in the north much longer than the scientists, » noted Lisa Koperqualuk, a spokesperson for the Makivik Corp. – a non-profit body created in 1978 to manage Inuit compensation money from the James Bay and Northern Quebec Agreement.

« Inuit parents have not been taught the theory of evolution, so when they hear about it in fragments, it doesn’t make sense. »

Religious fervour has also increased among the Cree, with one town banning bingo games because games of chance conflict with their faith, said Patrick D’Astous, president of the Northern Quebec Teachers Association.

Alters argues that many biologists believe in evolution as well as God: « People who think evolution denies religion don’t know much about evolution. »

 


May 19, 2006

No Darwin please, we’re in Nunavik  “No one wants to upset people, so it’s easier to give in”

JANE GEORGE  – Nunatsiaq News

A Salluit teacher received national attention last week for an article in the most recent edition Québec Science magazine that details his experience teaching Charles Darwin’s theory of evolution to students at Ikusik School.

Alexandre April said he received an official reprimand from the local school committee after he showed his class an animated series about civilization, called “Once upon a time there was man…” [Il ét ait une fois l’homme].

Evolution is usually part of the science and technology course taught in Grade 7 and 8 throughout Quebec.

April, a biology teacher, said the official reprimand followed an earlier warning from school administrators not to teach evolution.

“As soon as I spoke about any period 6,000 years before our own, I was considered to be in the wrong by the school administration,” April told the French-language magazine.

The theory of evolution developed by British scientist Charles Darwin says complex creatures evolved from simpler ones over time by “natural selection” — that is, when the passing of characteristics, which help survival, from one generation to the next and over time can change a dark brown grizzly bear, say, into a white polar bear.

Critics of evolution say “creationism,” or the belief in the biblical creation of the world as described in Genesis, is a better explanation for the diversity of the world’s species.

The theory of “intelligent design” is also presented as an alternative to evolution. Intelligent design asserts that certain features of the universe and of living things are best explained by an intelligent cause, not a process such as natural selection.

“Most teachers don’t want to make waves,” April told Québec Science.

“It’s already hard enough to work in an Inuit community because you’re isolated and in a minority. No one wants to upset people, so it’s easier to give in. But it’s still a public school and students should have the right to the same education as others.”

April does not plan to return to teach in Salluit next year.

Annie Alaku, the school director, and Charles Roy, assistant director, did not want to speak to Québec Science.

But the Kativik School Board is supposed to follow the same curriculum as everyone else in Quebec, according to the provincial education department.

Gaston Pelletier of the KSB told Québec Science that there were “more urgent questions in Nunavik than the teaching of evolution.”

 

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The theory of evolution, accepted by virtually all scientists for more than 100 years, holds that human beings evolved tens of thousands of years ago from ape-like creatures. A recent international DNA study found that 99 per cent of the “life-code” genes carried by chimpanzees are identical to those carried by human beings. 

Billet- Sauf votre respect

par Raymond Lemieux
(Québec Science)

Que l’homme descende du singe, on s’en fout un peu, finalement. Mais cette thèse, formulée il y a près de 150 ans, a permis de résumer avec beaucoup d’audace les origines de notre espèce.C’est pour transmettre de telles idées, des idées qui forcent la réflexion, que l’école existe, car – il faut bien en convenir – on ne peut pas spontanément penser que nous avons construit des bungalows, des igloos et un Stade olympique au terme d’une longue marche entamée depuis l’Afrique.

L’école nous met au diapason de l’aventure humaine et au fait de l’avancée des connaissances. Elle nous rappelle que notre monde ne s’est pas fait en six jours, au risque de brusquer encore quelque croyance religieuse. Toutefois, cela n’est pas admis partout, nous a fait remarquer un enseignant de Salluit – un village du Nunavik de 1 146 habitants, dont 336 élèves. Lorsqu’il s’est permis d’ouvrir les yeux des jeunes Inuits sur leurs origines, il a été rappelé à l’ordre. Nous révélions cet incident, qui n’a rien d’anodin, dans notre édition de juin dernier. La nouvelle a fait le tour du pays et a même été relayée outre-Atlantique. La réplique de la commission scolaire Kativik, dans le nord du Québec, est tout simplement ahurissante: les autorités pédagogiques invoquent le respect pour balayer la théorie de l’évolution, le singe et Homo sapiens, sous la glace.

Le respect.

De son côté, l’enseignant qui a quitté la région depuis, persiste à dire que “les élèves devraient avoir le même droit à l’éducation que les autres” et qu’il est donc bien normal de parler de l’évolution de l’homme à l’école. Étrangement, cela revêt un “caractère délicat” aux yeux des autorités. La direction scolaire a renchéri en émettant un communiqué précisant que “les Inuits du Nunavik devraient avoir également droit à ce que leurs points de vue et leur mode de vie soient respectés par nos enseignants”. Pardon, mais c’est quoi le rapport?

Une autre perle, dans le même communiqué: “Nous encourageons nos élèves à avoir l’esprit ouvert et à penser par eux-mêmes. Nous nous attendons à ce que nos élèves développent le respect des autres cultures en reconnaissant la diversité culturelle et les valeurs des autres peuples. Nous avons certainement le droit de nous attendre au même traitement de la part de nos enseignants.” Mais qu’est-ce que cela veut dire laisser “penser les élèves par eux-mêmes”? Doivent-ils apprendre les mathématiques, l’inuktitut, l’anglais ou le français par eux-mêmes? C’est le Saint-Esprit qui va leur enseigner cela? Une telle approche aurait de quoi nous inquiéter dans n’importe quelle école de Montréal, de Québec ou de Rimouski!

Heureusement, le ministre de l’Éducation, Jean-Marc Fournier, a remis les pendules à l’heure en soulignant que Darwin et l’évolution ont bel et bien leur place à l’école. Il n’empêche que les arguments des responsables scolaires de la région trahissent une vision réductrice de l’enseignement des sciences. Il n’est pas certain que cela serve les jeunes Inuits.

Rassurons les directions scolaires concernées: d’excellents chercheurs, vulgarisateurs et enseignants pourraient épater les élèves en leur racontant les 6 millions d’années d’évolution qui ont fait de nous une espèce capable de vaincre la variole, de construire des ordinateurs, de lancer des sondes spatiales. Et cet enseignement-là peut se faire avec beaucoup de respect, car – permettons-nous un peu de moralisme – il n’y a pas de transmission de connaissances sans respecter la personne qui apprend.


Des universitaires canadiens écrivent une lettre collective en appui à l’enseignement de l’évolution dans les cours de science. Cette lettre a été adressée à la commission Scolaire Kativik à la suite du dévoilement
de son attitude rétrograde par Québec Science.

Le biologiste renommé Theodosius Dobzhansky a dit « Rien en biologie n’a un sens excepté dans le contexte de l’évolution »; ce commentaire est aussi vrai aujourd’hui qu’il l’était quand il l’a exprimé il y a plus de 30 ans. La théorie de l’évolution est fondatrice en biologie. C’est la théorie unificatrice qui fournit une structure connectant tous les aspects des sciences biologiques. Enseigner la biologie sans l’évolution c’est comme enseigner la chimie sans les atomes.

Ce n’est pas seulement la biologie qui souffre si on en exclut l’enseignement de l’évolution. Cette dernière est un des plus importants concepts des sciences et sert d’exemple pour expliquer plusieurs phénomènes par des principes fondamentaux. En évitant l’enseignement de ce concept, on compromet la base même de l’entreprise scientifique que chaque étudiant et étudiante devrait comprendre.

Le « design intelligent » est souvant présenté comme alternative à la théorie de l’évolution. Soyons bien clairs: le ‘design intelligent’ n’est rien d’autre que le créationisme — un concept religieux et non pas une théorie scientifique. Tous ont droit à leurs croyances religieuses, mais celles-ci ne doivent pas être enseignées comme théories scientifiques. De ce faire diminue la valeur de la religion et celle de la science.

Il y a aujourd’hui des questions pratiques qui se présentent et qui impliquent l’évolution et la médecine humaine, l’industrie, et l’agriculture. Comme exemple, nous devons avoir une bonne connaissance de l’évolution afin de connaître les mécanismes de résistance des microbes aux antibiotiques, ainsi que la résistance des insectes aux pesticides.

Chaque étudiant et étudiante a le droit d’obtenir une bonne éducation scientifique, et celle-ci doit inclure la théorie de l’évolution. Ne plaçons pas de limites sur nos étudiants et étudiantes en leur niant les connaissances de ce sujet important.

Abouheif, Ehab, McGill University
Albert, Paul J., Concordia University
Amyot, Marc, Université de Montréal
Battistini, Bruno, Université de Sherbrooke
Beisner, Beatrix, UQAM
Belisle, Marc M., Université de Sherbrooke
Berteaux, Dominique, UQAR
Brown, Grant, Concordia University
Brown, Gregory, McGill University
Cabana, Thérèse, Université de Montréal
Chase, Ronald, McGill University
Cloutier, Conrad, Université Laval
Dent, Joseph, McGill University
Despland, Emma, Concordia University
Ferguson, Ian, Concordia University
Festa-Bianchet, Marco, Université de Sherbrooke
Fortin, Daniel, Université Laval
Giraldeau, Luc-Alain, UQAM
Grant, James, Concordia University
Green, David, McGill University
Guderley, Helga, Université Laval
Gulick, Patrick, Concordia University
Harrison, Paul, McGill University
Hekimi, Siegfried, McGill University
Herre, Edward, McGill University
Krahe, Rüdiger, McGill University
Kramer, Donald, McGill University
Lafontaine, Daniel, Université de Sherbrooke
Lapointe, Line, Université Laval
Lasko, Paul, McGill University
Lebel, Denis, Université de Sherbrooke
Leblanc, Benoit, Université de Sherbrooke
Levine, Robert, McGill University
Lord, Daniel, UQAC
McGill, Brian, McGill University
McLaughlin, J. Daniel, Concordia University
Neumann, Peterjurgen, Université de Montréal
Newman, Elaine B., Concordia University
Pflieger, Jean-François, Université de Montréal
Pollack, Gerald, McGill University
Poole, Ronald, McGill University
Prairie, Yves, UQAM
Ricciardi, Anthony, McGill University
Richardson, Michael, Bishop’s University
Roy, Richard, McGill University
Roy, Suzanne, UQAR
Rozen, Rima, McGill University
Schoeck, Frieder, McGill University
Schoen, Daniel, McGill University
Shipley, Bill, Université de Sherbrooke
St-Arnoud, Marc, Université de Montréal
Steimle, Viktor, Université de Sherbrooke
Stroeher, Ginny, Bishop’s University
Talbot, Brian, Université de Sherbrooke
Thiffault, Nelson, Université de Sherbrooke
Titorenko, Vladimir, Concordia University
van Hulst, Robert, Bishop’s University
van Meyel, Donald , McGill University
Villeneuve, Claude, UQAC
Widden, Paul, Concordia University
Zerges, William, Concordia University

 

May 19, 2006

Some Inuit side with unhappy teacher

Devastated that his name was published in connection with comments that appeared in Québec Science, beleaguered teacher Alexandre April, 32, now faces a difficult end to the school year in Salluit.
However, many in Salluit support his openness and determination, April said in an interview from Salluit: they tell him they want their children to learn what they need to know in today’s world.
“Some Inuit tell me that they agree we should be teaching the same subjects as in the South ‘if we want our young people to go into the sciences, so they will become technicians, nurses, biologists, doctors and dentists.’ For these careers, they have to have a scientific background, so it’s normal they have instruction about science,’ April said.
But April said his supporters in Salluit are often too scared to speak out in favour of freedom of expression.
A posting on the Nunatsiaq News talk-back web site from a Salluit resident said, “I do believe that we should be able to be taught this [evolution] in school, and it is up to the students to decide if it seems relevant or not… each and every one of us should be able to learn what is taught to see if it is valid to use for us while on this planet.”
April said his students are eager to ask questions and learn about everything, and he has tried to satisfy this curiosity over the past year in Salluit.
However, evolution is just part of what students in Salluit aren’t supposed to be learning. Information about differing religious views and homosexuality were also apparently not welcomed in Ikusik School and classrooms: teachers were discouraged from speaking about other world religions, while posters featuring telephone numbers to help students deal with homosexuality were taken down.

Commentaires des lecteurs (Nunatstiaq News) :

June 2, 2006

Is the KSB censoring evolution?

I was reminded of stories out of backwoods — and backwards — towns in the southern U.S. when I heard CBC’s coverage and later read in Nunatsiaq News of the hurdles faced by a Nunavik teacher trying to teach about evolution. This is Canada and this is scary.
Evolution was not a traditional belief in any culture. Darwin, a Christian man himself, was deeply troubled at the implications of his findings. But the evidence just kept building and still does – from the fossil record to animal observations to DNA analysis.
The latest attempt to debunk evolution is the entirely bogus “intelligent design” explanation. Why don’t we instead respect the intelligence of our kids who, after being offered up the evidence, can choose to believe whatever they want to?
There should be room to learn about religion (all religions) and alternative theories in social studies classes but, please, leave science alone.
A topic that arose in the same article is the school’s systematic obstruction of support for youth struggling with sexuality issues. Those that took down the signs for helplines have themselves been partially to blame for our high northern suicide rate. It is known that gay, lesbian and bisexual young people kill themselves at up to seven times the rate of heterosexuals — thanks to rejection and social ostracization among other factors.
Despite the Kativik School Board’s explanation as to why they discourage teaching about the theory of evolution (found on their website posting on May 23 at www.kativik.qc.ca); discrimination, teaching of only one religion (as per Nunatsiaq News) and discouraging a teacher’s prerogative to teach evolution sounds an awful lot like censorship to me.
I had understood traditional Inuit culture to be inclusive and non-judgmental. Is it not so for some people in Salluit?
Madeleine Cole
Iqaluit

 

June 9, 2006

Let kids be part of great debate

Is it an irony that the Nunavik debate on evolution comes at a time when Dan Brown’s infamous book The Da Vinci Code compels all who read it?
For those who have not read The Da Vinci Code and its prequel Angels & Demons, the focus of the book is never far from the Science vs. Religion debate.
While reading Angels & Demons I came across a paragraph noting how the theory of evolution is only taught in half of America’s schools. After reading this statement, I reflected on my own school years and came to the realization that I was not taught this theory in school. This is not surprising, however as I attended Catholic schools in Ontario for over 10 years. Even though I was not taught the evolution theory in school I was certainly aware of it, many thanks to television and media.
One of Dan Brown’s characters in his book is a Catholic priest/scientist. Being a scientist and a priest is almost an oxymoron. Science and religion go together like oil and water and Mr. Brown’s character is in constant conflict with his scientific research and the beliefs of the Catholic Church. Dan Brown presented a very good argument on why a man of faith would seek scientific knowledge to counter his catholic beliefs. Simply put, God created this beautiful earth and all of the universe around it. Science is merely a means of understanding the intricate recipe God used to perform his work.
Science and religion are two separate entities seeking the same answers and solutions. To affirm the theory of evolution is not to contradict religious belief. In fact, they should complement each other.
In retrospect I am disappointed the Catholic school I attended did not teach me the theory of evolution because I would have at least had the choice on what I believe. Both religion and science promote democracy and the free choice of deducing our own decisions.
The theory of evolution is one of the biggest and greatest debates of modern mankind. Please do not prevent your children from engaging in this great debate.
Shawn Ittinuar-Edwards
Iqaluit
June 9, 2006
Don’t let politics stifle evolution debate
I’ve been following with interest the issue of teaching evolution in high schools in Nunavik as reported and commented on in Nunatsiaq News in recent weeks. I would like to offer the following thoughts.
People often confuse the concepts of fact (or observation) and theory. “Theory” is often used colloquially (and incorrectly) to indicate the possibility of something being true or having happened (e.g., “it is my theory that…”). In science, a theory is a testable framework or proposal to explain a set of facts or observations. This failure to properly distinguish fact and theory leads many people to think that when scientists talk about the “theory of evolution,” they are referring to the possibility of evolution having occurred.
This is not what scientists are talking about. Few scientists today would dispute the “fact” of evolution, which has been solidified through intensive scientific study, research, and thinking since Charles Darwin published The Origin of Species in 1859. In his book, Darwin put forward his theory of natural selection to explain the myriad of facts and observations he had assembled about the natural world. So a (not “the”) theory of evolution is a proposal to explain the processes of evolution, or how evolution has occurred (and is occurring). It is not the idea or fact of evolution which scientists are debating. Natural selection is one theory of evolution, and it has been tested, refined, modified and elaborated through scientific study of the natural world ever since Darwin’s time. Scientists continue to creatively debate “the theory of evolution”.
To find their place in modern society, students need to develop the critical, creative, and rational thinking skills, which the study of science can help to provide. Therefore, I think it would be a grave mistake to deprive them of the opportunity to learn about and debate the theory of evolution in order to serve the interests of certain politically-motivated ideologues who want to extend their sphere of influence through mind-control and brainwashing.
Keith Hay
Regina, Sask.