Cools et cons

juillet 10th, 2019
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Ici comme ailleurs

En région, du moins aux Trois-Pistoles, la face la plus visible de la coolitude est largement estampillée intersectionnaliste. Je parle de ma petite expérience, mais en fait, de nos jours, c’est un peu partout comme ça. Les cools sont ainsi formatés. Pour ceux qui ne creusent pas trop la question, c’est pas criant. Mais dès lors que tu grattouilles… 

Arrivé il y a 10 ans, je me suis fait marginaliser par les conservateurs pour avoir fait percoler auprès des jeunes – dans le cadre d’échanges équilibrés (j’insiste sur l’adjectif) – le point de vue des opposants à la construction d’une mini-centrale électrique sur la rivière Trois-Pistoles. Faut dire qu’à la base, je suis un type qui persiste à s’estimer de gauche, même si aujourd’hui ces étiquettes tendent à devenir floues. Après une décennie, le vent a tourné, je suis devenu moins cool. Du moins pour certains cools, les alphas locaux. Je serais une sorte de radical laïcard et braillard – ou quelque chose comme ça. Depuis, cette poignée de pédants potine à temps perdu pour redéfinir le réel sous le lustre de leur perception. Parfois pour conforter une doctrine, par partisanerie politique, par paresse intellectuelle, pour sécuriser une chasse gardée ou simplement parce qu’ils sont aigris. Léo Ferré avait vu juste : «la gauche est une salle d’attente pour le fascisme». Depuis toujours, les idéologies grignotent la pensée, les rumeurs font tâche d’encre et le réel, quant à lui, peut bien aller se faire cuire un oeuf de licorne. Mais honnêtement, qu’est-ce qu’on en a à foutre? Dès lors qu’on n’est pas de ceux qui n’osent pas confronter leur pensée. Dès lors qu’on ne porte pas ce déshonneur.

La bisbille tient à peu de chose. Pour moi, le racialisme est une forme de racisme et la critique des idéologies religieuses n’a rien à voir avec cette tare intellectuelle. Pour ces quelques justice warriors, cools, hyper décontractés, zens et éclairés, il faudrait circuler, regarder ailleurs et appliquer des grilles de lectures étazuniennes. Je ne suis pas fâché d’avoir relevé cette grossièreté, poliment, avec des arguments, contrairement à ce que véhicule la «rumeur». «Et pourtant, elle tourne» aurait dit Galilée devant l’inquisition. L’astronome évoquait la terre, moi, un potin fantasmé à partir d’un échange… retiré par celui qui a déclenché les hostilités. Ainsi font font font…

L’air du temps

Aprilus est né ici, en région, dans les vents salins et les brises de fumier. Tranquillement, naïvement, parfois maladroitement, en tentant de rester fidèle à l’esprit pamphlétaire et satirique de Falardeau père (à chaque dessin, à chaque texte, je me suis demandé ce qu’en aurait pensé le cinéaste), à Reiser et à Charb. Un peu honteux de mes premiers pas au Journal Ensemble, je suis fier de ce que j’ai ensuite publié au journal Le Québécois – avant la douloureuse censure que m’a infligée le petit Mosti. Une mise à l’index disons-le, avalisée par Patrick R Bourgeois (qui trouvait que ma caricature de GND digérant puis chiant Zanetti était trop dure avec l’ancien boss d’ON – mais peut-on être trop dur avec ce tit-coune? Qu’en pense-t-il aujourd’hui? Sais pas, il m’a bloqué et maintient le blocus. Pas glorieux) et Pierre-Luc Bégin (ben coudonc)

Je prends acte de l’époque, de l’érosion de la liberté d’expression, de l’auto-censure ambiante, du triomphe de la bien-pensance, de l’implantation d’idéologies intersectionnalistes dans les cégeps, les universités, les milieux artistiques et entre les oreilles d’une nouvelle cohorte de chroniqueurs. Ça ne m’emballe pas. À vrai dire, l’actuelle tendance, anticipée par Orwell, sape solidement mon désir de création. Je ne suis pas masochiste et bien conscient de ma marginalité.

Depuis l’incendie des locaux de Charlie en 2011, l’essentiel de la rédaction du journal a été fusillée pour cause de petits mickeys. Récemment, le New York Time a catapulté les caricatures politiques hors de son papier glacé; au Canada, le groupe Brunswick News vient de tasser le caricaturiste Michael de Adder pour un dessin sur Trump alors que sa collègue allemande, Franziska Becker se fait abondamment traiter de raciste et d’islamophobe pour avoir critiqué la misogynie de l’Islam. On pourrait rallonger la liste ad nauseam, inclure des journalistes, auteurs, cinéastes, youtubeurs, humoristes, etc. 

Icitte, au Québec, on est passé par le sinistre buzz autour de Slav et Kanata. On a appris que les dreadlocks c’est de l’appropriation culturelle. Côté politique, on a eu droit aux pitreries de Sol-à-barniques et de Cathou-la-tuque, en stéréo avec la bourgeoise David, la soeur de l’autre bourgeoise, alors que nous légiférions l’encadrement du religieux dans la Cité. Pour couronner le tout, une nouveauté lourde de sens : une St-Jean privée et inclusive organisée par des élus cools et «adulescents». Le réel est devenu une véritable caricature. On n’a même plus besoins d’imagination, c’est le règne du grotesque. 

Cher djeune, un vieux cool te cause

Cher djeune, toi qui dégaine des insultes faciles et des petits gifs à la con sur Fèce-de-bouc, si je puis me permettre, puisque mes tempes sont aujourd’hui d’argent, j’aimerais te soumettre ces paroles d’Évangile : 

– Les cools peuvent être cons. 

– Les cons sont équitablement répartis entre la gauche et la droite. 

– Souvent ceux de gauche sont exactement là où ceux de droite, cons mais malins, les veulent. 

Va et sois vigilant. Amen.

Trois p’tits tours et puis s’en va

10 année donc. Jamais nous n’aurons été sédentaires aussi longtemps. Dix années au Bas St-Laurent qui ne sauraient se résumer à mes déboires avec les cools. La preuve, on vient de se prendre, ma famille et moi, une bonne shot d’amour. Quel bonheur…

Lors des semaines précédant notre départ, le passé est venu nous faire quelques clins d’oeil. La présence inopinée d’une petite Washipabano ne manquant pas de saluer le passage des outardes nous a raccordé à notre Chisasibi bien aimée; Une dégustation de ‘tit Jaque (fruit de l’ Artocarpus heterophyllus) a évoqué nos Mascareignes lointaines; Également, une image aussi puissante que touchante : ma fille enlacée par Elisapie Isaac, toutes deux née à Salluit, au Nunavik, sous un soleil couchant de bord de Fleuve comme seul le Bas-St-Laurent peut en offrir. Et puis bon, s’il fallait pousser un peu on pourrait dire que les haricots, le maïs, les potirons et la coriandre qu’on a semé à Québec nous lient cette Amérique centrale qu’on a tant aimé parcourir ma blonde et moi. Enfin – allez étirons encore la sauce – mon héroïque dulcinée, elle, incarne en permanence cette France qui ne nous quitte plus, ma deuxième patrie, amochée elle aussi. Les ingrédients symboliques du parfait rituel païen se sont joliment additionnés pour que ma petite tribu puisse quitter Trois-Pistoles le coeur léger. La boucle est bouclée, nous sommes prêts pour un énième départ. Prêt aussi à nous frotter à Al Zeimer, ce salaud qui s’est incrusté entre les neurones de ma mère. Évidemment, les mots qui suivent vont paraître toffe mais en ce moment, je pense beaucoup aux aînés inuits d’autrefois et à la façon dont ils sortaient de la vie pour ne pas compliquer celle de ceux qui leur survivent. Il fallait réussir sa sortie et ainsi emporter dans le néant de la mort notre dignité et le respect de nos proches. Aujourd’hui, les fondements judéo-chrétien de notre civilisation nous infligent l’humiliation d’un chemin de croix et exigent que nous barbotions dans la douleur en raison d’un fantasme d’arrière-monde. J’y reviendrai peut-être…

En attendant, un bel été.

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