Fonds de tiroir (multiculturalisme & accommodements)

fondstiroirs accomodements aprilus
novembre 8th, 2017
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Pour vot’ bon plaisir mais aussi pour mettre mes tripes sur table, histoire de m’alléger enfin. Y’a du stock, faut prendre le temps de s’asseoir et peut-être d’y revenir. À lire et regarder comme on le faisait avant les écrans tactiles.

Au moment où les Libéraux et la gauche régressive, nous replongent dans le bourbier de l’éternel procès des québécois, je me débarrasse de tous ces invendables gribouillages. SI VOUS SAVIEZ LE POIDS QUE ÇA M’ENLÈVE! Initialement concoctés pour un bouquin avant les attentats contre Charlie Hebdo (et ceux qui immanquablement devaient suivre), on m’a laissé, de façon fort peu élégante, en plan avec ces œuvres mécréantes. J’en avais déjà laissé filtrer quelques-unes, ici dans le Journal Le Québécois, en expliquant ma démarche vociférant tant bien que mal, que je ne suis pas raciste, que je ne m’en prend qu’à des idéologies religieuses, pas à des races et que les caves, qu’ils soient fluorescents, albinos, translucides ou carottés, de gauche comme de droite, se valent tous. J’évoquais mon parcours et les raisons qui m’ont emmené à combattre les intrusions religieuses dans l’espace public étatique et dans les lieux de savoir que sont les écoles. Aujourd’hui, alors que visiblement nous nous enfoncerons encore dans des élections où ces enjeux seront à nouveau instrumentalisés, alors que des abrutis mal avisés et des analphabètes politiques déguisés en vikings ne manqueront pas d’aimer mes dessins pour les mauvaises raisons, je fais le ménage. Comme toujours, ces jambons nuisibles et les «inclusifs», ces petits inquisiteurs du multiculturalisme qui se prennent pour des progressistes, voire des anarchistes, se nourriront mutuellement au grand plaisir de politiciens pyromanes, de gauche comme de droite, pour l’essentiel, fédéralistes ou opportunistes. En livrant ces dessins, je tourne une page. Je sature de cette sensation d’immobilisme. Si vous aimez, avec le recul que ça exige, tant mieux.

Autrement, collègues crayonneux, camarades sensibles à la précarité des artistes insoumis, subversifs et incisifs, que vous adhériez ou non à mon propos, mon texte dit «facultatif», en bas de page, vous permettra de prendre du recul sur une injustice ordinaire affligeant trop souvent les pouilleux de mon genre. C’est pour vous que je mets mes tripes sur la table. Surtout les jeunes qui m’écrivent pour me demander conseil. Comme si j’arrivais à vivre du dessin satirique dans ce Québec si petit, isolé, polarisé, divisé, judiciarisé, parfois lobotomisé, honteux, rampant et qui, trop souvent, tape sur tout ce qui dépasse. Non, camarades, pas une cenne que je fais. Zéro. Nada. J’espère que ça secouera quelques neurones et surtout que ça vous aidera à protéger vos gueules.

À la revoyure, au compte-gouttes, sur d’autres thèmes, l’environnement, l’agriculture, l’indépendance, la catalane, la québécoise, encore et toujours. Des apparitions plus sporadiques pour ne pas péter au frette. La laïcité, c’est pas mon fond de commerce. J’y reviendrai certainement car ça m’interpelle à mort. Mais les étiquettes non merci. Je ne suis pas le dessinateur d’UNE cause. Dret’ là, j’ai surtout envie de lire des montagnes de livres et de remettre sur les rails mes projets agricoles (ce qui est assurément aussi hasardeux que l’illustration). Ah oui, désolé pour l’usage du «je». Ça fait parti de mon rite, de ma thérapie. Donc, pour les intéressés, c’est en bleu, en bas de page.

On va commencer par un dessin bien gras…

Le monde est rempli de stimulus. Dur dur de vivre dans un corps gorgé d’hormones, dans un monde où pullulent les phéromones. Comment certains croyants peuvent-ils s’infliger de tels régimes? On voit bien que les résultats ne sont pas toujours à la hauteurs des ambitions…

Les contraintes et rites que s’infligent les religieux sont malléables selon les circonstances et l’histoire nous le démontre facilement. Les exemples sont nombreux, je vous en présente trois ci-dessous. N’ayons pas peur de moquer le ridicule. Nous ne parlons que de dogmes religieux. Les idéologies religieuses peuvent être débattues et même combattues lorsqu’elles s’immiscent sournoisement dans l’espace public étatique, dans les CPE et les écoles.

Le bouddhisme codifié en religion, c’est pas forcément cool. J’en ai connu des sous-embranchements et des variantes patentées. Évidemment, dans le bouddhisme, on peut glaner des trucs sympathiques. N’empêche que, des fariboles jardinées sous des crânes de mâles chauves et vêtus de tissus enfumés d’encens, ça reste des fariboles. La prétendue infaillibilité omnisciente d’un gourou, qu’il soit monothéiste, polythéiste, bouddhiste, capitaliste ou communiste, c’est ridicule. La preuve, sa sainteté le Dalaï Lama déclarait que les victimes du Tsunami qui a frappé l’Indonésie en 2004 avaient simplement un mauvais karma. Si c’est pas con ça…

Ci-dessous, deux dessins que j’ai déjà partagé ici même. À gauche, celui avec l’étui pénien, j’ai bien l’impression qu’il a été repris ça et là, y compris chez Charlie. À droite, celui avec la fillette boule de quille, est basé sur une réelle demande montréalaise d’accommodement religieux. Jusqu’où les tenants du multiculturalisme oseront-ils aller? Devant qu’elles contradictions se buteront-ils encore? S’il n’y a que les cons qui ne reculent jamais, là je trouve qu’on patine dans le beurre en sacrement. Quinze ans que ça dure. Quand on regarde du côté de la Suisse, on a un autre tableau. Au nom de l’intégration sociale, les cours de natation mixtes dispensés à l’école priment sur l’intérêt privé (religieux) de certains parents à en exclure leurs filles. Et la cours Européenne des droits de l’homme vient tout juste de conforter cette politique. Récemment, toujours en Suisse, deux adolescents se sont fait remettre dans le rang par le Département de l’instruction public pour avoir refusé, appuyés en cela par leurs pieux géniteurs, de serrer la main de leur enseignante. Devant ces symptômes de l’Islam politique, quand il est question d’intégration et d’égalité homme-femme, PAS DE DISPENSE!

Ci-contre, en haut, un dessin de Mère Thérésa-David et Mahatma  Kadhir, fait pour Le Québécois. C’était avant l’arrivée de Massé et de ses vibrisses. Avant GND et ses chaussures vernies. Ces gens, probablement bien intentionnés, se révèlent nuisibles à notre marche vers la sécularisation et l’indépendance. Ils torpillent littéralement notre capacité à organiser le vivre ensemble et à intégrer nos immigrants en défendant un individualisme autrefois vilipendé à gauche. Au delà de cet aspect des plus irritant, j’écorche souvent Québec Solidaire pour avoir refusé de former une alliance électorale avec le Parti Québécois. Après pareille offense au bon sens, que ces usurpateurs du terme «solidaire» aient phagocyté Option Nationale n’est pas de nature à me réconforter. La tiédeur de Zanetti lorsqu’il s’agit de se positionner sur le multiculturalisme m’exaspère. D’ailleurs, Sol nous a déjà livré quelques sottises de tradition zinclusive sur ce sujet de discorde majeur et fratricide au Québec. Et puis, aller s’enfoncer dans un tel cloaque de bouffeurs de péquistes primaires… Ça donne envie de le disqualifier drette là. Non, patienter le temps d’un autre mandat de la grosse droite sale et fédéraliste, c’est vraiment beaucoup me demander. Ça me fout la haine. J’ai du mal à souscrire à l’optimisme posé de Pierre-Luc Bégin et de Patrick Bourgeois même si je sais pertinemment que c’est ce qui nous reste de mieux à faire.

Ci-dessus, également pour le Journal Le Québécois. Le poster boy était on the way, alors que mère Théresa-David préparait sa sortie. L’idée que la jeunesse, vecteur d’adaptabilité et de dynamisme dans un monde en mutation, puisse faire table rase des progrès réalisé par ses prédécesseurs m’est insupportable. Malheureusement, l’histoire nous rappelle sans cesse que rien n’est à jamais acquis. C’est ce qu’évoque aujourd’hui le discours de Nasser, ancien président de l’Égypte, à propos du voile et des Frères musulmans dans cette VIDÉO.  Aujourd’hui, la gauche régressive se targue d’être le refuge des jeunes en embrassant des positions rétrogrades, des procédés calomnieux et des stratagèmes électoralistes de vieux politicards. C’est une chose que je refuse d’admettre, d’autant plus qu’il existe encore des voix, à gauche, capables de cohérence. La gauche ce n’est pas eux.

Durant cette période, j’ai également dessiné et écrit un texte sur une initiative puant le machiavélisme (si on regarde le chemin emprunté ensuite par Nadeau Dubois) et idéologiquement biaisée, j’ai nommé la mal nommée «Faut qu’on se parle» : http://www.lequebecois.org/faut-quon-se-parle-vraiment/

Tout ce que je sais, aurait dit Socrate, c’est que je ne sais rien. Peu de gourous ont cette modestie devant les mystère de notre monde. Sur ce dessin, j’ai représenté un gourou chrétien orthodoxe. Eux, ces fonctionnaires de cet autre produit dérivé du christianisme, les gourous orthodoxes donc, mettent le paquet pour arborer des costumes à faire pâmer Bowie de jalousie.

Si la désobéissance civile québécoise se limitait aux entarteurs du genre de celui qui s’en est pris à Bock-Côté en janvier dernier, les cendres diluées de Gandhi s’agglutineraient d’effroi. Les dernières particules de Mandela, Luther King et Thoreau partiraient en quête d’un autre cosmos. Bové, le faucheur volontaire, en perdrait les poils de sa gauloise moustache. L’offense aurait été moindre, à la limite drôle, si elle n’avait été accompagnée des quolibets classiques de la gauche régressive. De ces redondantes accusations de xénophobie et de racisme émane un ignoble et tenace relent de buffet froid. Dessin fait pour Le Québécois.

Ricochet, Presse-toi à gauche, À Bâbord!, mêmes dérives. La petite presse torche-culs de gauche s’est vautrée de façon quasi-unanime dans le moule multiculturaliste régressif, trahissant ses luttes passées et nombre de militants progressistes dont je suis. Nous reste L’aut’ Journal. En France, Le Monde Diplomatique, Manière de Voir et peut-être Fakir.  À l’époque où je l’avais sous le coude, jamais je n’y ai décelé les âneries qui caractérisent nos canards miteux. L’orange reptile que vous avez sous les yeux, ci-dessus, fut exclusif au Journal Le Québécois. Il était accompagné de quelques autres illustrations et surtout, d’un texte du philosophe François Doyon qui, comme moi, a déjà collaboré au Magazine À Bâbord! pour s’y trouver marginalisé. Le lien est ici : À Bâbord! Les publireportages d’une gauche régressive urbaine.

Aujourd’hui, des abrutis répondent aux crayons à l’aide de kalachnikovs, de poignards, d’explosifs, de censure et de procès bâillons. Bien sûr, malgré ma relative invisibilité en tant que dessinateur, j’ai quelquefois flippé. Faut savoir que j’ai déjà été copieusement insulté et menacé après avoir dénoncé des intrusions créationnistes au sein d’une école publique où j’enseignais. Des trous-de-cul de la Bible Belt et de l’Alberta m’ont bombardé de pamphlets en papier glacé dont certains allaient jusqu’à détailler mes six premières journées en enfer. Bien au fait des exploits islamistes, j’ai donc bien mesuré les conséquences qu’aurait pu me valoir ce bouquin avorté. D’ailleurs, un dessin manque à ce vidage de tiroir. Comme il n’était pas forcément hyper-marrant, je me suis abstenu. En gros, c’était titré : blasphémez dans la tranquillité de vos chiottes. Sur un rouleau de papier cul figurait la face de Celui-dont-on-ne-peut-prononcer-le-nom.

Voici deux œuvres à propos de l’obscurantisme à visée scientifique. Ces deux dessins ont déjà été partagé sur Le Journal Le Québécois. Ma sensibilité de biologiste et ma fascination pour l’évolution des espèces s’y expriment. L’évolution constitue pour moi le plus grand et le plus magnifique spectacle du monde. Un éminent biologiste et généticien affirmait d’ailleurs que…

Rien n’a de sens en biologie, si ce n’est à la lumière de l’évolution – Theodosius Dobzhansky

Et pourtant, cet indéniable FAIT est constamment soumis aux attaques d’analphabètes scientifiques se réclamant de fables aussi délirantes et controversées les unes que les autres. J’aime bien la légende au bas de mon défilé de primates, elle résume bien ce qui me fait sourire quand cognent à ma porte des témoins de Jéhovah…

Ci-contre, ce poisson à nageoires charnues, représentation personnelle d’un ancêtre des tétrapodes modernes, a déjà été publié sur le site. C’était le printemps dernier. J’ai ruminé cette idée de dessin depuis le congrès Athées sans frontières de 2011 à Montréal. Un conférencier Canadien y racontait avoir ironiquement collé sur sa voiture un petit symbole chrétien, l’ichtyus, mais avec des pattes évoquant l’évolution des espèces. Offensés, des chrétiens plutôt crétins ont cru bon vandaliser sa voiture. Voilà pour l’inspiration. À ce même congrès, j’ai rencontré de nombreux américains pour qui révéler leur athéisme fut vécu comme une véritable sortie du placard, avec toute la purée que ça implique.

Ceci étant dit, l’athéophobie étasunienne est bien douce en comparaison de ses penchants indonésiens, libyens, mauritaniens, iraniens, malaisiens, égyptiens, soudanais et de nombre d’autres pays où les interprétations radicales de l’Islam dominent… Je vous laisse imaginer la sordide créativité des sbires de ces régimes obscurantistes.

Autre sujet. Les mariages forcés de fillettes à des vieux tordus libidineux existent. Parfois le marié est, lui aussi, un gamin. La religion constitue un alibi plutôt commode pour cette pratique qui relève souvent de la pauvreté.

Ah, les écoles confessionnelles du Québec! J’en connaît des profs qui ont œuvré dans des contextes indéniablement obscurantistes subventionnés par l’État. Achalant et irrationnel. De la pure maltraitance.

Je l’aime bien celui-là, ci-dessous, à gauche. Je l’ai bricolé pour Le Québécois, sachant que finalement le livre n’adviendrait pas. Il exprime le mépris que portent les gourous monothéistes à la sexualité et au corps, lesquels sont dépeints comme la chose la plus hideuse qui soit. Le monstre a été fait en 95 à l’huile sur canevas au bord d’une rivière albertaine! Je bossais dans un restaurant des Rocheuses canayennes. J’y ai même suivi le dernier référendum. Sale moment! À droite, toujours la haine monothéiste des jeux de l’amour. La détestation d’un des plaisirs les plus élémentaires que puisse nous procurer notre brève existence. Faut vraiment être frustré ou dérangé de l’encéphale pour tenter d’imposer pareille balivernes.

Ci-contre, en haut, Mère Thérèsa-David rayonnante devant Couillard, son improbable allié, à l’époque où elle était reine de la gauche régressive. Je sourcille toujours lorsque son nom ressort quand on évoque les femmes s’étant le plus illustrées au Québec. Depuis Option Citoyenne, David a toujours transpiré l’indépendantisme mou en reléguant la liberté aux calendes grecques. Pour moi, elle incarne une gauche fade de missionnaires condescendants. Est p’têt ben fine en privée, c’est sûrement super cool de manger une platée de lentilles avec elle et de voir luire ses yeux de musaraigne à la lueur d’une chandelle, mais force est de constater que tous ses bons coups furent ternis par le zèle de ses envolées multiculturalistes et par l’évidente mollesse de ses convictions indépendantistes. Khadir, son «co-porte-parole» de l’époque, est un tantinet plus sincère pour ce qui est de briser les chaînes qui nous lient au Canada. Cet admirateur de Gandhi qui lui, en son temps, avait pris la mesure de ce que perdaient les indiens à se disperser, a visiblement pris acte de la leçon catalane en appuyant un rapprochement électoral avec le PQ. Malheureusement, comme la mère David, il nous rabâche inlassablement les oreilles d’inclusiveries culpabilisantes coupées de la populace. Et la relève d’entonner les mêmes refrains contre vents et marées.

Le roi de la discorde c’est, sans conteste, Couillard… Ci-contre, le multiculturalisme à l’œuvre. Chacun pour sa paroisse, à tirer la couverte de son bord. Au yable le collectif. Les francophones regardent ailleurs, trop occupés à s’entre-déchirer pendant que l’auto-proclamé «bon père de famille» se dilate la rate en veillant à bien alimenter la zizanie. Tiens, après coup ça me fait penser à cet album d’Astérix, La Zizanie

«À mon humble avis, le problème du PLQ n’est pas seulement dans le message, mais aussi dans le messager qui en est chef. Et le problème du messager, c’est qu’une grande partie de la population ne se sent plus fière d’être québécoise et francophone dans son regard.» Boucar Diouf

La gauche régressive et le PLQ préfèrent défendre d’intolérantes idéologies colportées avec zèle par une minorité de croyants prosélytes et bruyants, plutôt que de condamner (entre autres) l’homophobie que sous-tendent leurs interprétations religieuses. Avaliser indirectement des archaïsmes plutôt que de les baliser…

Assassiné en 2015 par des paumés devenus djihadistes, Charb demeure, à mon humble avis, le meilleur dessinateur satirique de sa génération. Il faut relire ses fatwas, redécouvrir son incisif coup de crayon et ses ignobles personnages jaunes pisse. Un maître de la satire! Avant que ce présent projet de livre n’avorte, on m’avait demandé mon avis quant à sa préface. Il s’agissait de choisir entre Charb et Plantu. J’optais évidement pour Charb, pour sa droiture, son courage et son registre d’humour bien plus audacieux et baveux que celui de Plantu. Stéphane Charbonnier, dépourvu du moindre tabou, est un digne héritier de Reiser mon maître, même si ce dernier rechignait à représenter politiciens et personnalités publiques (hormis Franco). Cette habileté à croquer les gens ordinaires était la grande originalité du père du Gros Dégueulasse.

J’ai toujours trouvé ridicules les fringues de gourous. Leurs tenues sont plus délirantes que ce que portent les plus excentriques des rock stars. Et les papes cathos sont particulièrement forts! Un jour, alors que je bossais au Nord, chez les Cris, mon frère m’a envoyé par la poste des photos des funérailles du pape Jean-Paul II. Les images étaient saisissantes. Ciboire que j’ai ri! Le pape Jipi Two a été empaillé et envoyé au compostage dans des atours de haute voltige. Petites godasses d’Aladin, casque de bigoudène, costume de carpe koï…

Ci-dessous, à gauche, la sordide parade des multiculturalistes. À l’époque Mulcair était encore aux commandes du NPD. Sur le dessin de droite, la UNE du second et dernier numéro de la seule revue satirique Québécoise depuis CROC, Le Taon. On y célébrait le flushage d’Harper lors des dernières élections fédérales. Le Taon fut une belle tentative. Avec du bon monde qui, évidement, travaillait pour pas un rond.

Quelques mots sur les années Harper :

Les Jesus freaks avaient eu du mal à digérer l’institutionnalisation des mariages gays. L’arrivée au pouvoir d’Harper les rassura : il mit en œuvre une stratégie lui assurant l’allégeance d’une base religieuse organisée. Dès lors, les born again affluèrent vers leurs élus évangélistes et les tribunes du Parlement se garnissaient d’illuminés menant des offensives de prières. Convaincus de l’imminence de l’Apocalypse et que le Canada y jouera un rôle prescrit par les Écritures (en 2006, l’horloge de la Tour du Parlement s’est «miraculeusement» arrêtée à 7h28, une allusion au Psaume 72:8) ces crétins s’affairent d’avantage à sauver des âmes pour la moisson finale qu’à lutter contre les changements climatiques. Les incontournables : offensives pro-vie, moralisation artistique, retour des femme à la maison, obscurantisme, etc. Et, puisque, selon la prophétie, Israël jouera un rôle capital au second avènement, ce belliqueux «Bush bis» assuma un virage pro-Israélien et éroda allègrement l’image pacifiste qui caractérisait le pays. En 2010, malgré les flacons de sirop d’érable offerts aux ambassadeurs présents au moment du vote, ce virage coûta au Canada un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Accepter que l’on puisse faire ce qui nous plaît de nos gonades entre adultes consentants, c’est trop demander aux tordus qui runnent les grandes sectes à succès. Dans sont Traité d’athéologie, Michel Onfray a bien décortiqué le pourquoi de cette fixation chez les chrétiens. Toujours est-il qu’en France, quand Hollande a voulu faire passer le mariage pour tous, les cathos intégristes ont fait un boucan qui en a étonné plus d’un au Québec.

Circulez, y’a rien à voir. L’Islam n’est que bonté, amour et paix! Eh ben non! Gauche islamophile tu te plantes! Dans le coran, s’il y a bien quelques sourates invitant à l’amour et à la miséricorde, le ratio est en faveur de celles qui vont dans le sens contraire. Les passages belliqueux dominent, validant l’inégalité femmes-hommes, l’homophobie, l’antisémitisme, la haine des incroyants et des non-musulmans. Nombreux sont les passages légitimant le recours à la violence. Le curriculum vitae du prophète n’est pas vraiment reluisant. Alors, on fait quoi? On vit dans le dénis? Est-ce xénophobe que de relever les inaptitudes sociales qu’encouragent les religions? Je me demande par quel miracle une société ayant déserté les églises comme la nôtre a pu s’enfoncer dans de telles chicanes plutôt que d’assumer une singularité qui, justement, la prédisposait à bien accueillir et intégrer ses immigrants. Ils sont malins nos ennemis.

Ne pas vouloir se plier à ce rite, le ramadan, en bien des endroits, peut vous valoir un lot de problèmes. Est-ce xénophobe d’en faire des caricatures? Crier au blasphème et à l’islamophobie pour si peu c’est encourager les interprétations les plus obscures et autoritaires de l’islam, c’est nuire à l’épanouissement de lectures plus compatibles à notre société, c’est prendre nos compatriotes de culture arabe pour des cons monolithiques, c’est cracher sur ceux qui, sous d’autres latitudes, luttent avec courage.

Celui-là, avec les caves,  s’est glissé dans les pages d’À Bâbord! Étonnant que le comité de rédaction n’ait pas rogné la partie de gauche, avec les gourous. Têtus, ils refusent obstinément de prendre acte du fiasco multiculturaliste anglo-saxon et des erreurs de nos cousins français. Je pense notamment à l’effet catalyseur dans la montée du FN (et de son vieux fond bel et bien xénophobe) qu’ont rendu possible les stratagèmes de division de la droite menés par le Parti Socialiste de Mitterrand. Idem pour l’abandon de La Défense de la laïcité par les mouvements antiracistes français. La p’tite presse urbaine de gôche, grossièrement partisane de la p’tite gôche politicienne urbaine, encourage les mêmes bévues et méprise la plèbe jugée vulgaire, ignare et raciste. Repliés sur eux-mêmes, ils font le lit de la droite en lui garantissant le pouvoir. Ce sont, avec les gourous obscurantistes et les fachos de base, des caves. Et c’est peu de le dire car ce sont eux, au milieu avec le PLQ, qui nourrissent ces deux extrêmes.

Le cours d’ECR est une intrusion multiculturaliste dépourvu de recul historique et de regard critique. Négligeant l’athéisme et l’agnosticisme, il invite les jeunes à passer au buffet, suggérant, pour l’occasion, qu’il s’agit-là d’une quasi-nécessité. Les dérives religieuses qui ont ponctué le parcours de l’humanité y sont outrageusement négligées. Décidément, on aurait pu faire mieux, pour nos mioches, que ce foutu cours. Des pistes? Je ne peux que vous recommander (encore) ce magnifique ouvrage publié sous la direction du Daniel Baril et de Normand Baillargeon : La face cachée du cours Éthique et culture religieuse.

Seule une école laïque est en mesure de remplir sa fonction d’intégration sociale des enfants de toutes origines, indépendamment de leur culture ou de leur religion. Nadia El-Mabrouk

En 2014 le vice-premier ministre Turc y allait de cette déclaration délirante. Puisse la peste noire bouffer le cul de ce grotesque fossile vivant.

À priori, c’est pas nos lanternes les plus éblouissantes qui quittent pour la Syrie. Mais coudonc, ça se pourrait tu qu’les tensions entretenues par les ennemis de la (mal nommée et politiquement instrumentalisée) Charte du PQ aient contribué à nourrir le sentiment d’exclusion de ces pauvres bougres. Est-ce vraiment au PQ de porter à lui seul l’odieux de la situation? Ah, c’est depuis la Charte, la foutue charte, la Charte à Drainville, la Charte raciste, la Charte de la honte, la catho-laïcité… Et si la gauche avait défendu les avancées de notre sécularisation collective, même modestes (à savoir que le crucifix de l’Assemblée Nationale, entre autres choses, n’était qu’en sursis), au lieu de s’acharner à flageller le peuple québécois d’anathèmes ignominieux. Comment un citoyen issu de l’immigration peut-il intégrer une Nation dominée qui ne cesse de s’excuser d’exister? Franchement, aller faire le zouave en Syrie, plutôt que d’épouser notre lutte de libération nationale! QS et le PLQ encouragent le communautarisme et le repli sur soi. Ils contribuent au mal-être des djihadistes du dimanche.

Quinze ans après ce débat sur le kirpan qui a enflammé le Québec, le NPD vient de couronner un rigolo trimballant son p’tit kit religieux. Un bonimenteur orange au CV garni d’âneries multiculturalistes. Un hipster sikh qui s’est illustré par sa verve à défendre les accommodement religieux, en particuliers ceux qui concernent sa propre communauté. Pour séduire le Québec, ce charmeur de serpents affirme aujourd’hui renoncer à s’opposer ouvertement à ce que le Québec débatte de la place des signes religieux… Il n’aura qu’à s’en remettre à la Charte Canadienne de papa Trudeau le moment venu. On voit rapidement poindre les limites de l’ouverture de la gauche molle fédéraliste.

Les enfants ont besoin d’un visage pour décoder les signes élémentaires de l’expression humaine. Si la face d’une éducatrice se planque sitôt que pointe une barbe, le message envoyé est celui de la subordination de la femme. Toujours les femmes, avec leurs foutus appâts… Et ces hommes aux ingérables couilles… Soyons clair, le voile dans les centres de la petite enfance et dans les écoles, n’est que l’expression d’un dogme religieux qui s’impose là où il n’a rien à crisser. Ouste! la religion, ça relève du domaine privé.

Non à la discrimination entre les religions! À chaque secte son espace de recueillement! Astiquons nos bites, roulons nos billes, giclons et mouillons allègrement à la gloire de Dieu! Amen!

L’ancien maire du Saguenay, Jean Tremblay, alors qu’on lui refusait le droit à sa petite prière municipale. On espère que les extra-terrestres viendront nous le ravir celui-là.

Le dessin d’origine représentait Mitt Romney, mormon et dernier opposant républicain d’Obama. Je l’ai détourné pour moquer le pentecôtisme et autres sectes dérivées du christianisme. Les illustres adeptes canadiens de ce délire born again en plein essor, c’est la gang de cowboys d’Harper, les Stockwell Day, Preston Manning, James Moore, Gary Goodyear et autres exaltés qui prétendent se taper la discute avec un barbu céleste splitté en trois.

Celui-là, j’en suis fier, ne serait-ce que pour l’histoire de sa genèse (évoquée dans la complainte en bas de page). Il symbolise la phallocratie religieuse dans toute son obscénité. Un gourou «tout en un».

Logique de gauche régressive, encore… Ces alliés de la droite et anti-péquistes primaires.

La libido cocotte-minute, ça donne du tordu sexuel et du pédophile. Pour tenir votre vœu de chasteté, curetons, coupez-vous les bourses et faites-en des reliques à adorer. Comme pour le palpitant mariné du Frère André!

On est tellement dans une catho-laïcité… qu’on peut moquer le christianisme sans s’attirer les foudres des multiculturalistes! Peut-on rigoler de TOUS les symboles religieux? Peut-on les blasphémer? Absolument. Ils peuvent être passées à la moulinette de l’humour, de la réflexion et de la raison car ils n’engagent que ceux qui y souscrivent.

Pensées athées! Effets secondaires dérivés de comportements sociaux remontant à l’aube de l’humanité, les bondieuseries, ces placebos pour primates glabres, ne sont pas des hypothèses dignes d’intérêt pour déchiffrer les mystères de notre monde. Elles reposent sur des fictions triturées par des générations de scribes et comportent nombre d’anachronismes et de contradictions. Inscrites dans les contextes historiques qui les ont vu naître et évoluer, elles révèlent les manipulations, bien humaines, dont elles ont fait l’objet.

Heureux les croyants, mais je préfère mon angoisse et ses yeux grands ouverts – François Cavanna

J’ai fait la première mouture de ce dessin alors que le Mali basculait dans le chaos. Après le renversement de Kadhafi en Libye, alors que des armes se sont mises à déferler sur le pays. Un autre dégât collatéral généré par l’Occident. Vous n’avez pas le monopole de cette critique, les zinclusifs. Seulement, vous minimisez l’autre dimension de ces dégâts : les dérives et les instrumentalisations religieuses.

Le guett, une sympathique coutume juive orthodoxe. Le divorce n’est possible que si le détenteur de testicules y consent. Pas de bol pour les détentrices d’ovaires. Est-ce antisémite que de critiquer cette injustice?

L’islamisme et ses relents patriarcaux : couvrons les femmes, ces paires de glandes mammaires surmontant un orifice! L’homme, vulnérable créature assiégé de stimulus démoniaques, se tient, quant à lui, dans son sac scrotal. J’ai déjà partagé ce dessin sous le titre «Féminisme, le front négligé».

«(…) le glissement marqué vers des positions de droite d’une partie de la population ne résulte pas d’une islamophobie qui serait intrinsèque au Québec et qui remonterait à l’orientalisme. Elle résulte en partie du fait que les courants progressistes n’apportent pas de réponses satisfaisantes et réalistes aux défis posées par la montée des courants religieux conservateurs, fortement imprégnés de la pensée islamiste. » – Rachad Antonius

L’anarcho-panda et le prof Xavier Camus, sont des progresso-tartuffes bien utiles à ceux qu’ils prétendent pourfendre, ce 1% visiblement plus malin qu’ils ne l’imaginent. Comme profs de philo, ils ne sont pas la panacée. Deux dessins parmi d’autres insérés dans les propos du philosophe François Doyon, de redoutables dissections, ici même, au Journal Le Québécois. Les liens : La poutre dans l’œil du panda et Les dérapages sophistiques de l’inspecteur Camus.

Mettre les arabes dans le même panier, laisser les trous-de-cul monopoliser les tribunes, tasser les modérés, ceux qui épousent notre lutte d’émancipation, faire la sourde oreille (la sourde oreille, c’est bien ce qu’a fait l’initiative tordue Faut qu’on se parle dans sa petite plateforme safe space sauce QS). Belle job, on avance à reculons!

La judiciarisation de la société est un cancer contemporain et bien américain. Du bâillon s’étant abattu sur le livre De Noir Canada aux procès contre Djemila Benhabib, on parle de la même tactique liberticide.

Sur le traité de non-intervention yankee et les magouilles saoudiennes qu’il couvre en échange de l’accès à la ressource mortifère, si je puis dire. La pépinière à fanatiques tourne pendant que le pétrole rentre.

Oui, ça existe. Des compagnies aériennes proposent bel et bien des voyages halal. La tête dans le cul, le nez dans les hémorroïdes et les villosités les plus ténébreuses. Entre-nous, coupés des autres, ces étranges, on est si bien. Oh boy, le multiculturalisme à l’œuvre produit de bien curieuses patentes!

Texte facultatif – Complainte de celui qui a du talent, certes, mais pas c’qu’y faut.

 

J’écoutais sur Radio-Cadenas une émission qui datait de quelques année. C’était sur les forts en gueule, les Falardeau, Chartrand et compagnie. Luc Picard et Josée Legault étaient présents et relevaient que prendre position, parler haut et coloré, dans la tradition pamphlétaire, sortir ses griffes pour quelque chose qui ne soit pas égocentrique, ou carrément, juste se tailler une place sur les tribunes du Québec, eh ben, c’est particulièrement dur. On dit souvent des québécois que nous n’aimons pas la chicane. Falardeau trouvait qu’on n’était pas assez baveux. C’est peut-être lié aux dégâts collatéraux de notre statut de dominés. Des fois, je trouve aussi qu’on fait preuve d’un snobisme délirant compte tenu de notre situation de peuple inféodé. Une sorte d’élitisme de classe, un tantinet urbano-centriste. Prenons mon modeste cas, sans imaginer que je puisse oser revendiquer l’envergure intellectuelle de nos forts en gueule nationaux. Mes dessins «de presse» donc. À part Roméo Bouchard, un grand monsieur fort culotté qu’on gagnerait à écouter d’avantage, parmi nos personnalités publiques, y’a pas grand monde à avoir osé faire circuler mes coups de sang crayonnés. Pourtant, on n’est pas des masses à le faire au Québec. Dans la tradition du dessin satirique, c’est plutôt désertique quand il s’agit de certains thèmes. Bien sûr, c’est pas exclu que je sois nul. N’empêche, des fois je rigole jaune en voyant des personnalités du même côté de la barricade que moi regarder ailleurs et diffuser des trucs similaires aux miens, mais pondus par des Belges, des Français, des Ricains, etc. Bizarre ça, monter aux front pour les dessinateurs, parfois même en faire des livres, mais zapper les crus locaux. Surtout si leur bouille n’a pas eu le privilège de briller chez Guy A. Lepage. Bon, c’est vrai, parfois je reçois une ‘tite étoile en privé, pour coller dans mon cahier d’écolier.

Mais c’est quand je regarde THE projet avorté que je grimace le plus. Tous ces dessins, ceux que vous avez sous les yeux. Des semaines de job monastique perdues pour échouer ici. Malgré tout le bien que je pense du journal Le Québécois, formidable espace de liberté, on ne parle, dans mon cas, en terme d’exposition, que de quelques centaines de likes. On est loin de rivaliser avec les minous dans les paniers, les Pierrot-la-lune et nombre de chroniqueurs aussi insignifiants que Cassivi. Bien que je n’exclue pas le rôle de la simple ignorance de ce que sous-tend la condition des artisans de la culture, surtout s’ils ne sont pas «inoffensifs»; c’est cette expérience qui me permet d’affirmer qu’il existe des castes assez hermétiques chez les militants. Pour mieux comprendre mon propos, prenons un épisode ultérieur à ce fameux projet de livre. Plus court, cet épisode résume cependant le précédent.

Sachez qu’une fois THE coup encaissé, j’ai conclu que le prestige, la réputation ou l’apparente amitié d’une personnalité publique, lorsque celle-ci me propose une collaboration, ne devraient plus jamais m’exempter de méfiance. Voir en conférence quelqu’un qui soit en mesure de m’arracher des larmes, être témoin de son courage sur le front et considérer son usage des vocables de l’amitié, ça reste hasardeux. En illustration, quand t’es sérieux (et précaire), pour une commande particulière, tu restes méfiant et tu signes un contrat d’abord. Une fois tes esquisses validées, tu te lances sur le «propre». Deux, trois changements demeurent possible sur la version avancée, mais au-delà, c’est payé à l’heure. Comme on paie le plombier, le cordonnier ou le conférencier. Pour une job à 4 mains, dans le cadre d’un livre, avant de te garocher, t’as besoin d’une entente signée avec un éditeur.

Donc ma star, celle from THE initial book project, réapparait dans le décor. Bien entendu, en bon con, bêtement honoré d’être qualifié de champion, je propose encore du rabais et zappe le contrat. La bonne cause d’abord! ¡Venceremos tabarnak! ¡Hasta la victoria siempre! Comme si je pouvais financièrement me le permettre. Mais bon, j’estime remettre un peu mon cul dans le radar d’une personnalité dont je respecte passionnément, encore à ce jour, l’engagement et les luttes. Je me suis donc pincé le nez (très fort) et fais une croix sur l’embrouille antérieure. Cette fois, il s’agit de créer une affiche originale pour promouvoir une conférence. Un autre nom que j’apprécie (pour certaines de ses positions, pas toutes, car lorsqu’il encense l’écrémage scolaire et va faire le mariole en France pour le compte des Républicains, je le vomis) était greffé à l’événement. On attend de moi une job d’illustrateur et de graphiste. Hormis un contrat signé en aval, cette fois, je fais à peu près dans les règles, puisqu’on s’est entendu sur un montant. Mon esquisse approuvée dans l’enthousiasme, je me lance avec pour contrainte un délai serré, et ce, même si mon calendrier est gorgé de jobs alimentaires énergivores, même si ma famille ne se met jamais sur pause et même si ma dulcinée, elle aussi précaire, ne comprend pas toujours mes manœuvres.

On bascule alors dans un cas de figure proche de ce qu’on qualifie de «copinage» à Madagascar. Je me retrouve dans les talons aiguilles d’une putain Malgache et la star, dans les gougounes d’un adipeux gringo. Entre partenaires, on n’est pas sur le même pied d’égalité.

Une fois la chose bouclée dans les délais et conformément à l’esquisse, PAF! ça ne colle plus! Un comité surprise de 15 personnes dans le lointain Paris, probablement des fervents défenseurs de Charlie Hebdo et des dessinateurs de presse, n’avalise pas mon dessin. Sachant que l’unanimité est une inaccessible étoile, un comité qui débarque comme ça, à ce stade du processus, c’est emmerdant. On bascule alors dans un cas de figure proche de ce qu’on qualifie de «copinage» à Madagascar. Je me retrouve dans les talons aiguilles d’une putain Malgache et la star, dans les gougounes d’un adipeux gringo. Entre partenaires, on n’est pas sur le même pied d’égalité. Après une série de changements docilement apportés, dont certains dénaturent le gag d’origine, confronté à des réponses au compte-goutte, de plus en plus espacées, puis inexistantes, je produis une affiche «plan B», à partir de mes archives, notamment à partir de ce qui aurait dû être la couverture du livre, celui duquel j’avais été écarté (THE projet). Toujours est-il que le silence radio a perduré, que la conférence s’est tenue et que j’ai constaté qu’on avait fait sans moi, avec une affiche d’amateur poche. Certains diront qu’évidemment, dans la cour des grands, la lutte doit se poursuivre et qu’on ne perd pas de temps avec ce genre de bagatelles. Avec les greluches Malgaches.

J’ai dû me bagarrer un peu pour le principe, perdre encore du temps, stresser encore un tantinet, pour être payé au tarif de misère dont nous avions convenu. J’ai reçu le fric avec en prime le verdict du couperet : tu as du talent, certes, mais pas ce qu’il faut. Détail marrant, j’ai compris à ce moment que le dessin du plan B, c’était comme s’il était sorti de nulle part, comme si j’avais halluciné le destin qui lui fut un jour promis. Il n’a même pas été reconnu! C’était comme si un tel dessin, ça se chiait en 5 minutes. Voilà pour l’ego!

Nous en sommes maintenant à l’objet de cette complainte : à quoi correspond ce «ce qu’il faut»? Vous irez de vos suggestions. À mon humble avis, l’habileté à placer son produit, à procéder à sa mise en marché et à cultiver «les relations» compte pour visiblement autant que le talent à proprement parler. Quand ta place est taillée sous le soleil des projecteurs, quand t’as été suffisamment habile pour vendre ta camelote, quand tu connais les bonnes personnes, on ne te traite pas comme une pitoune Malgache. Le malheur des créateurs, c’est qu’on n’a pas tous la bosse des affaires.

Bien qu’il soit ce qu’il est, créativement parlant, parce que justement, à ses heures, il broie son noir avec les doryphores et les frappe-à-bords (…) Sa singularité compte pour peu.

Plantez un dessinateur mésadapté de la vente en «région», au fond d’un rang, et constatez le gaspillage de talent. Bien qu’il soit ce qu’il est, créativement parlant, parce que justement, à ses heures, il broie son noir avec les doryphores et les frappe-à-bords; bien qu’il soit original à souhait, traînant dans sa besace un vécu l’ayant mené aux quatre coins du monde, de l’Île de La Réunion, au sommet de la Terre, chez les Cris et les inuits, en passant par l’Amérique latine et l’Europe; bien qu’il sache, avec le maraîchage, l’apiculture et le trappage, faire le pont entre les saisons; bien qu’il soit délicieusement étrange, humaniste, indépendantiste contre vents et marées, sensible aux idées de décroissance, collectionneur de crânes, entomophage, mélomane aux racines barbares, champion des lacto-fermentations et du cannage; bien qu’il soit technicien en santé animale, biologiste spécialiste en zoologie et en parasitologie, qu’il ait tâté de l’enseignement avec tous les groupes d’âges; bien que ce type, avant de s’armer de crayons, se fut dressé de sa personne contre des intrusions évangéliques créationnistes en milieu scolaire et fut l’une des première cible qualifiée de «raciste» par une gauche amorçant sa dérive vers l’insignifiance; il n’a visiblement pas ce qu’il faut. Sa singularité compte pour peu.

Pouilleux, il est loin des réseaux. Là où les portfolios ne passent pas de main à main, circulant des canaux d’internet aux caniveaux d’éditeurs croulant sous les sollicitations et n’ayant que faire d’un hurluberlu rural brassant d’la marde et aimantant poursuites judiciaires et fatwas. Ses relations, c’est ses potes, sa famille, la couleuvre qui chaque année réapparaît dans ses rangs de blé d’Inde, les batraciens et autres bêtes de l’étang d’à côté, etc. Non camarades, Péladeau ne va pas prendre l’apéro, au Rang 3 ouest, là où le fumier de chèvre embaume l’air. Et ce pauvre Aprilus qui n’a même pas, le guts de ranger sa pathétique petite morale le retenant de payer Facebook pour faire la promo d’une job qui, au fond, est surtout motivée par l’avancement de causes et le désir de contribuer au grand remue-méninges collectif. Ça le déchire, ce con. Tant de choses lui semblent contradictoires dans ce métier. Et encore, si ce n’était que ça qu’il lui fallait pour mettre son cul sur la mappe. Pôvre crotté, tout pogné et inconfortable quand vient le temps de faire mousser sa job, sa personne. Un con d’anthologie, un pittoresque plouc, un folklorique marginal qui n’a pas voix au chapitre, un mythique mité régional, larmoyant lascar… Pour ce genre de naufragé de la société, il ne reste plus que la marge.

À quoi bon se faire pousser des tumeurs quand on peut faire pousser des choux et en faire de la choucroute?

Ceci étant, à priori, la marge n’est pas forcément inconfortable. On peu très bien s’appliquer à y mener une existence philosophique des plus riche. Voir le ciel et sentir passer les saisons, ça aide. La quête de reconnaissance et la consécration n’ont, au fond, que peu d’importance dans une vie de singe. Au bout du compte, on finit tous par crever et faire du fumier. Y compris les stars et ceux qui laissent, momentanément, leur nom dans l’éphémère histoire des hominidés que nous sommes. Alors décontractons-nous le cul. À quoi bon se faire pousser des tumeurs quand on peut faire pousser des choux et en faire de la choucroute? Je suis fier de ce que j’ai modestement exprimé depuis presque 10 ans dans mes BD, ici, sur mon blog et au travers de ce que les aseptiseurs de la gauche compassionnelle façon QS ont laissé filtrer dans les pages d’À Bâbord! La synthétique et pédagogique BD La Grande Dérape, l’existentielle La Marge, la noire Kwebek 3000, les épisodes rurales et scatologiques du Maraîcher Masqué, les méchantes Dion le Sale Roquet et Les Aventures de Stifine, les délirantes Couilles de terre, les dessins éditoriaux, les aphorismes d’Albert Brie, le story board autobiographique Pauv’, Moche, Gras-Dur, etc. Je trouve que mes gribouillages ont pris du gallon au fil du temps. Depuis que je me suis lancé dans le Journal Ensemble (c’était mignon comme paris, une coopérative journalistique, même si au final jamais une crisse de cenne ne m’aura été payée), en autodidacte, j’ai progressé dans l’art de croquer le monde. Je suis moins maladroit qu’au départ, mon trait s’est décoincé. Bref, j’ai vécu mon trip Hara Kiri et renoué avec le plaisir d’écrire. Car à travers tout ça, j’ai aussi balancé quelques textes qui ne me font pas rougir (bien qu’ils aient été encore plus long à pondre que les dessins). Mêmes si mes bricoles n’ont pas été chiées à la bonne époque ou du bon endroit, même s’ils ne sont que des coups d’épée dans la flotte, elles sont du pays, du terroir, façonnées par le Québec. Elles sont thérapeutiques et authentiques, ostie.

Merci à ceux et celles qui ont considéré, valorisé et diffusé mon travail; aux quelques-uns qui, parfois de leurs poches, m’ont soutenu dans les bouttes roffes, les passages cloutés et les creux de vague. Ne serait-ce que pour vous avoir côtoyé et vous avoir fait rigoler, ça valait le coup.

Ciao!

Aprilus

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