Crochet

décembre 9th, 2019
|

Ça déboussolera peut-être quelques habitués du blog, mais voilà, mon chat est mort et cet animal était tout sauf banal. Voici son récit agrémenté de petits dessins.

Crochet le créole

On t’a découvert il y a environ treize ans, réfugié au fond d’un poulailler, alors qu’un cyclone était venu frôler notre spot du moment, l’Île de la Réunion. Minuscule, miteux, malingre, les côtes saillantes, les hanches itou. Pelage tabby gris, très foncé sur le dos, avec des yeux immenses. Mignon malgré une drôle de queue croche en son extrémité. C’est pour ça que le petit a insisté pour qu’on t’appelle Crochet. T’as rapidement repris du poil de la bête tout en continuant de t’offrir des siestes avec tes potes pondeuses. À l’arrivée d’une nouvelle pensionnaire, une poule du pays issue d’une lignée de gallinacés gladiateurs; un bon coup de bec entre les deux yeux aura suffit pour que tu délaisses le poulailler. Tu venais p’têt de catcher qu’t’étais pas une volaille mais bien un chat, Felis silvestris catus. Les cadavres de rats, de souris et de blattes se sont dès lors mis à défiler. On a compris pourquoi nos ancêtres avaient « domestiqué » les tiens. N’empêche que le jour où t’as tué Babouk, la grosse araignée bouffeuse de coquerelles, là quand même, tu nous as un peu fait chier. Outre les arachnides, on aurait bien aimé que tu foutes la paix aux reptiles; les margouillats, les agames et les caméléons. Mais bon, l’évolution t’avait façonné comme ça, en prédateur. Et pis au moins tu bouffais tes victimes. Quand il s’agissait de rongeurs empoisonnés, tu délaissais les estomacs remplis de mort-au-rat. Tu semais aussi des bouts de queue et des museaux moustachus aux incisives insolentes. Franchement, c’était dégueulasse, même pour un gars comme moi.

Rapidement tu t’es gorgé de testostérone et t’as commencé à aller te bagarrer avec les autres matous. Y’avait qu’le gros blanc qu’tu redoutais. On te voyait parfois au clair de lune, le dos rond, avec ta queue pas crédible, sur les toits de tôles des cases créoles, en train d’affronter tes rivaux. On te croisait à l’occasion loin de notre repère. J’me souviens d’une fois, au bas de la Ruelle Glissante. Il t’arrivait de te volatiliser quelques jours pour ensuite réapparaître, bien balafré, pour t’offrir une semaine de convalescence. Avec les enfants, on s’faisait de sacrés cinémas en imaginant tes aventures.

Et pis un jour tu t’es saucé la graine. C’était avec cette horrible chatte avec un seul œil. Ta cyclope nous a pondus vos chatons dans la remise. On a réussit à tous les faire adopter, sauf Tordu, celui qui avait une queue à l’extrémité rigide en forme de canne à pêche ainsi qu’une drôle de façon de s’allonger. On a donc décidé de le garder avec toi. Tant qu’à avoir un chat bizarre, pourquoi pas deux? C’était vraiment très beau de voir « Zoïnette », notre petite, jouer avec tes petits. Et pour ça, ami félin, j’te remercie. Ce souvenir est tenace entre mes deux oreilles. Et pis tu sais, moi qui pensais que les matous se foutaient de leurs lardons, ça m’a scié de te voir leur rapporter des proies vivantes, en l’occurrence des ratons, pour qu’ils s’exercent. Enfin, j’sais pas si c’est courant, mais toi tu le faisais et c’était bien que mes propres flos puissent r’garder ça aller.

Et puis on t’as coupé les chnolles. La surpopulation féline (et canine) est un véritable fléau à la Réunion et c’est les espèces endémiques qui en pâtissent. Ça nous achalait, alors on a procédé. C’était offert gratuitement pour les « faibles revenus » – c’est dire si le problème était criant. Ta dulcinée, cette sauvagesse borgne, après qu’elle nous ait dérobé une chaîne de saucisse, on l’a capturée, puis livrée à la SPA qui lui a fait un sort. Personne n’en aurait voulu de cette teigne. Les caméléons, s’ils avaient pu, nous en auraient remercié.

De tes années tropicales, l’histoire du gros pigeonneau tombé du haut de son cocotier est mythique. La petite Zoé, autour de 2 ans, s’était portée au secours du volatile qui passait un sale moment entre tes griffes. Voulant épargner à ma fille une scène qui s’éternisait, je suis allé garocher l’infortunée bestiole plus loin, sur la terre de Monsieur Grondin. T’étais sur mes talons et ça m’allait très bien, l’oiseau t’appartenait. Mais Crochet, cher Crochet, t’aurais quand même pu, ce jour-là, éviter de ramener le bec ensanglanté du pigeonneau! J’ai pas eu l’air malin quand ma fille est venue me l’agiter sous le nez. À ses yeux, le coupable de ce meurtre, c’était pas toi, c’était moi… Ma petite fâchée, le bec du pigeonneau entre les doigts et toi, avec ta gueule de bienheureux repu, l’image est indélébile.

Dans le genre histoires de mioches, il y a aussi cette déclaration du petit Arthur : « pourquoi Crochet sourit toujours? » C’est vrai que vous avez un drôle de petit rictus, vous les chats. Un petit air parfois vicelard, comme lorsque tu tapochais le nez de Lucky, le chien du voisin, entre les barreaux de la clôture. Maudit baveux va!

Un jour que t’étais devant la case, entre un régime de bananes et un tas de noix de coco, fier comme un tigre, un Réunionnais qui passait par là m’a lancé, en te voyant : « Ah lé un chat pays lui! » Mon pauvre, si t’avais vu v’nir le dépaysement qu’on t’réservait! Quelques mois plus tard, de notre bord, on savait qu’un adorable tueur en série s’était durablement greffé à nos vie, car à 10 000 mètres d’altitude, en route pour la France, on a retrouvé des bouts de crânes de rats dans les poches de notre petite qui décidément se ramassait de drôles de trésors…

Crochet le camarguais

Avec Tordu, ton fils, vous vous êtes retrouvé dans le Sud de la France, chez mes beaux-parents, Fanch et Maryse. C’était déjà plus frisquet que dans les Mascareignes, d’autant plus qu’on était en hiver. Tu t’es habitué à ce nouvel environnement sans trop de mal et t’as réussi à te faire accepter de Miette, la vieille chatte qui régnait sur les lieux. T’avais les codes sociaux qu’il fallait. Tordu non. Trop intrusif, la vieille ne voulait pas le voir traîner autour. Et il est allé se faire écraser sur la Route de Nîmes. Selon Maryse, sa queue se serait dépliée sous la roue du véhicule meurtrier. Il était sympa Tordu, mais aussi un peu tordu. Des deux – ça va p’têt paraître dur – on a été content que ce soit toi qui survive jusqu’au Québec. Pendant ton séjour là-bas, il t’es arrivé une mésaventure qui aurait pu t’être fatale. T’es allé te pogner dans un collet à lapin de garenne installé entre les ronces de la Combe. Le collet s’était resserré au niveau de ton ventre ce qui aurait pu te causer une mort des plus désagréable. C’est Maryse qui t’a entendu miauler au loin et qui est allée te délivrer. S’il est vrai que les chats on sept vies, à ce moment là, pour sûr, t’en as perdu une… Donc voilà, ami aux pupilles verticales, tes aventures comportent aussi une parenthèse au pays des oliviers.

Crochet le chat du Rang

Dès que t’es arrivé à la ferme des Trois-Pistoles, t’es allé pisser sur les feuilles de laurier qu’on faisait sécher dans le bureau de notre « duplex fermier » (avec les proprios de l’autre bord). C’est qu’entretemps, tu t’étais reformaté « Camargue » et que cet aromate était alors ton unique repère olfactif. Mais t’es pas resté bloqué là-d’sus. Dès ta première sortie, tu t’es pogné un campagnol québécois. Drette là sous nos yeux. T’es allé le cueillir dans les buissons devant le poulailler et tu l’as bouffé illico. Tu te retrouvais donc sur une ferme laitière du Bas Saint-Laurent, une chèvrerie. T’as fait la rencontre des chèvres (ces malheureuses détenues contraintes aux travaux mammaires), d’une jument qui s’emmerdait, d’un boeuf emmuré et d’une série de truies destinées à nourrir les maîtres des lieux. Ces derniers louaient les bâtiments dans lesquels ils avaient jadis eu des vaches à un gars qui travaillait d’arrache-pied pour produire du lait de chèvre. Là, du rongeur, t’en avait. La compétition n’était plus la même que sous les tropiques. Moins de chats errants, mais des belettes, visons, moufettes, rapaces, coyotes, renards et ratons-laveurs. Ton pire ennemi c’était Ben, le proprio, un vieux mâle Alpha capable de tuer une marmotte à mains nues. C’était un cube de viande sur pattes, exclusivement nourri à ce qu’il qualifiait de « valeurs sures » : blé d’Inde, patates, carottes, tomates, bœuf, porc, poulet, lapin. On l’avait surnommé « le prédateur suprême ». Toujours habillé pareil : pantalon noir, t-shirt bleu marin et bottes de travail (trainée lourdement). Par temps froid, il s’enfilait une tuque noire dont l’extrémité ressemblait à l’extrémité d’un condom. Au frette, sa grosse face virait au rouge. Capable de tendresse à l’endroit des hirondelles pour lesquelles il confectionnait des nichoirs, il était impitoyable avec les bêtes carnassières ainsi que les pigeons et les quiscales bronzés. Les chats errants, il les pognait dans ses pièges puis les noyait, quand il ne les assommait pas contre un arbre. Le seul félin qu’il supportait était une vieille chatte usée par une décennie de paires de portées annuelles. Il disait qu’une chatte gestante ou avec des chatons c’était le dératiseur idéal. Il éliminaient les chatons survivants, car immanquablement, en grandissant, ils finissaient par lui tomber sur les nerfs.

C’est clair qu’il s’était passé un truc entre le prédateur suprême et toi car sa seule vision te terrifiait. À 20 mètres de lui, tu détalais. Pendant tes 9 années su’l rang, t’as vécu sur le qui-vive, craignant constamment de voir apparaître la silhouette trapue de Ben le bourru, qu’il soit à pied où sur l’un de ses tracteurs, ses osties de Tonkas. L’été tu te planquais dans la végétation, mais le reste de l’année, t’étais à découvert, alors tu restais aux aguets; ce qui nous faisait chier car on aimait bien te sentir décontracté quand t’étais à nos côtés.

Ce que j’ai pas mentionné jusqu’ici, c’est ton incroyable proximité. Toujours dans le décor. Quitte à te faire marcher dessus, t’étais toujours avec le monde. Au milieu des discussions animées, pendant qu’on cuisinait, dans le jardin, aux chanterelles, à l’étang à castors, sur nos genoux pendant les films ou les séances de bouquinage. Présence tranquille et bienveillante. Quand on s’installait en famille, chacun espérait être l’heureux élu, celui ou celle sur qui t’allais t’allonger et à qui t’allais communiquer ta douce chaleur et tes p’tits soubresauts de rêveur. Sur le bord du feu, c’était trop bien de t’avoir sur les genoux. Tu vois, c’est pas pour rien que depuis qu’t’as cassé ta pipe, on t’hallucine partout. T’étais toujours autour. Quand nos regards croisaient le tien, on disait ton nom (ou l’un de tes nombreux surnoms) et tu fermais à moitié les yeux pour nous dire : « j’t’aime moé tou ». Enfin c’est l’impression qu’tu donnais… Tu nous faisais beaucoup du bien Crochet, juste à être là. On se payait de bonnes rigolades sur ton dos, quand t’étais frustré, la queue battante, quand tu donnais de la voix où que t’avais des montées d’adrénaline.

Les fois où j’ramenais des lièvres, j’pouvais pas m’empêcher de les poser devant toi. C’était fascinant de voir tes pulsions prédatrices prendre le contrôle. Tu les pognais à la gorge, les oreilles abaissées et les labourais de tes griffes. Tu t’y croyais complètement. Dès que j’aiguisais les couteaux, t’apparaissais. J’te refilais les viscères et parfois les crânes que tu bouffais en entier, sauf les dents. Pareil avec les perdrix. Ça m’a toujours fasciné de t’voir aller. L’horrible bruit que ça faisait… Un jour je t’ai ramené des souriceaux que j’avais trouvé en remplissant des brouettes de fumier de chèvre. Je te les avais mis de côté dans la poche de ma froque, le temps de finir ma job. Très décontracté, tu les as bouffés vivants, sans état d’âme, comme de vulgaires croquettes. Ce genre de scène, épurée d’anthropomorphisme fait prendre du recul sur la vie, sur le sens qu’on lui donne. Tout comme le deuil qu’on doit vivre aujourd’hui, depuis qu’t’es sous terre, dans un humus forestier bien vivant et avide de t’avaler, malgré le froid de l’hiver qui sévit en surface…

C’est l’été que tu t’portais le mieux. Au début de l’hiver, tu semblais reconnaissant qu’on t’abrite des blizzards. Puis au fil de la saison, tu devenais un peu névrosé. Prisonnier, t’étais un peu plus irritable. Tu te faisais chier et tu finissais pas faire des conneries. Comme cette fois où je t’ai pogné su’l comptoir à lécher l’beurre. Je t’avais calissé dehors à moins 40. Laisse-moi t’dire qu’le lendemain, les enfants te réclamaient. J’t’ai retrouvé perché sur une poutre dans la boîte à bois, ramassé sur toi-même, comme un hibou. L’Île de La Réunion devait te sembler loin. Au retour du printemps, fallait que tu ventiles, ça pressait.

Une chose que j’peux pas zapper, c’est le bonheur que nous procuraient tes réapparitions. Quand on partait en vadrouille, pour toi c’était la «débrouille» sur la ferme. On avait bien des amis qui passaient laisser quelques croquettes sur la galerie, mais on savait bien que pour l’essentiel, tu te gérais tout seul. Chaque retour à la maison était un peu angoissant, on se demandait si t’allais être encore là? Et comme tu t’faisais attendre, ton apparition était un moment de pur bonheur familial. Le jour où enfin, en te sifflant on entendait ton miaulement lointain, c’était magnifique. Tu arrivais, plus mince, petit sauvage, toujours plus beau que dans nos souvenirs. T’étais tellement en manque d’amour que tu nous laissais te faire des trucs qui t’achalaient d’habitude, comme par exemple te laisser gratouiller le ventre. Au retour de notre voyage au Japon en revanche, t’étais en piteux état. De grosses balafres partout sur le dos et les oreilles, dont l’une était carrément transpercée. Était-ce le fait d’un autre matou, d’un coyote ou d’un raton-laveur? Même le fond de ta langue était mal en point, ce qui te filait une haleine d’outre-tombe. Une de tes proies a probablement vendu chèrement sa vie. On aurait bien aimé que tu nous racontes…

Tu as bouclé tes années sur le Rang en allant dégueuler une ventrée de vers parasites sur la galerie de Ben. C’était ignoble pour le regard et pas hyper bien vu de ta part. Pourquoi précisément là? Le prédateur suprême a commencé à faire une fixation sur ton cas. Déjà que l’été précédent, il s’était cassé le cul à construire une barrière de fer forgé pour t’empêcher d’aller dans la boite à bois. Une barrière que tu franchissais avec désinvolture. Il t’accusait aussi d’aller chier dans son foin. Après le coup du vomi sur son balcon, il a cru bon récolter un de tes excréments pour le jeter devant notre porte d’entrée. J’avoue que de l’imaginer procéder m’a bien fait rire. On avait déjà convenu qu’on allait quitter le Rang, mais disons que grâce à toi, ça s’est fait de façon un peu plus tendue.

Crochet le chat du Fleuve

Ça faisait déjà un moment qu’on voulait quitter la région. J’ai longtemps branlé dans le manche, jonglé avec des projets, la vie d’artiste, le maraîchage, etc. Une opportunité s’est présentée. Un couple d’amis nous proposaient une jolie piaule dans le village, sur le bord du Fleuve. C’était pour l’espace d’un an, ce qui ne nous laissait d’autre choix que d’nous botter le cul pour ensuite passer à autre chose. Une vie plus « banlieusarde », mais à deux pas du Fleuve. Une maison ensoleillée à souhait avec un bon poêle à bois pour l’hiver, c’était parfait pour toi. T’as tout de suite repéré les «bons spots à chats». Dans cette piaule, il y avait le canapé le plus spacieux qu’on ait jamais eu – et sur lequel on aurait préféré que tu ne fasses pas tes griffes. Il y avait aussi Celcius, le chat de nos amis. Il venait avec la location. C’était un tabby gris clair, avec une queue normale et des yeux de chats du Québec, plus petits et rapprochés qui lui donnaient un air de Georges W Bush. Pendant les six premiers mois, tu l’as bien embêté, puis c’est devenu ton pote. Tous les chats du voisinage étaient des obèses castrés, souvent dégriffés. Rien à voir avec les brutes qui sévissaient parfois sur le Rang. La cohabitation entre félins était paisible, comme si un pacte de non-agression avait été signé. Vous étiez quelques fois à plusieurs sur la galerie, sans vous embêter.

On s’offrait souvent des séances de rire, t’imaginant en train de nager avec les bélugas. Quand on cueillait d’la salicorne, des épinards et du plantain des mers, t’étais là, avec nous, sur le littoral. Petit félin des dunes. Tu fessais la rétine, planqué dans les élymes… Parfois Celsius te suivait, plus indépendant. On était bien content qu’il soit là aussi.

Crochet le chat de gouttière

Dernière étape, la ville. Québec. J’étais paniqué à cette seule idée, autant pour toi que pour moi. L’accès direct à la ruelle verte m’a rassuré. C’était hors de question qu’on te laisse pogné dans un appart. On avait prévenu nos ados qu’c’était pas impossible qu’un bon matin tu manques à l’appel. Avec toute cette concentration d’humains, j’ai même imaginé des scénarios d’empoisonnement. Les chances que tu croises des cons se trouvaient dès lors décuplées. Mais bon, il valait mieux mourir libre que privé de liberté, su’l canapé, comme un con. On t’a acheté un collier avec une médaille – même que t’étais mignon avec. J’aurais préféré te retrouver sous forme de crêpe que de côtoyer le spectre d’une énigmatique disparition. Et puis le jour est venu où on t’as ouvert la porte. Tu t’es acclimaté direct! Alors que t’étais si décontracté avec tes pairs de banlieue Pistoloise, t’as commencé à faire régner la terreur chez les chats de bourgeois urbains. On t’as surnommé « Tit’ Cuir », le chat de ruelle. Rendu à treize ans, tu te lançais sur des jeunots, des plus costauds que toi. La garnotte volait quand tu partais après eux. T’as toujours été un nocturne, en ville comme en campagne ou sous les tropiques. Rapidement t’as spotté les endroits peinards de l’appart, ceux qui se prenaient des rayons de soleil. Tu faisais à nouveau parti du décor. Omniprésent, bienveillant et cool.

Et pis tes reins ont lâché. T’as arrêté de manger. Tu restais immobile, comme un petit sphinx, digne, sans te plaindre. Curieux hasard, la technicienne qui nous a accueilli chez le vétérinaire était Réunionnaise : «Oh il est comme le chat de mes grand-parents!» Une prise de sang nous a révélé que t’étais au 3ème stade d’une maladie qui en comportait quatre avant le trépas. Pour prolonger ta vie, même de peu, on aurait dû y aller à coups de perfusions et de gavages. On s’est dit qu’à Trois-Pistoles tu n’serais tout simplement pas rentré. Tu t’serais planqué dans l’bois pour attendre la fin. On n’t’aurait jamais revu. Là, t’étais parmi nous. On a opté pour ce qu’on aurait choisi pour nous même; le raccourci qui évite la souffrance. Les enfants sont venus nous rejoindre à la clinique pour te dire adieu et t’aimer un grand coup. Moi j’suis resté pour la piqûre. J’ai doucement gratouillé tes joues jusqu’à ce que ton cœur s’arrête. Sur mon balcon, sous ce que la ville veut bien nous laisser de ciel nocturne, j’ai caressé ton petit corps, jusqu’à ce que la chaleur le quitte.

Hier, on s’est offert un rite païen en ton honneur. Même au fond du trou, t’étais beau. Zoïnette a déposé un p’tit cœur en plastok, une p’tit bout de verre poli et une poignée de tes friandises. Arthur a aussi laissé un morceau de verre poli, un bleu. Solenn une feuille de notre lierre et moi une petite carte, une abeille et une gousse de mes haricots iroquois. Treize ans, c’est pas vieux pour un chat de salon, mais pour un lynx ou un renard sauvage, ça l’est.

T’étais vraiment un maudit bon chat.

Années créoles
Le chat pays
Guerrier balafré

★ Lecteurs, lectrices, j’espère que ça t’a plu ou autrement que ça t’as apporté un petit quelque chose. Tu peux visiter ma page de «DONS» (t’y trouveras un aperçu (nivelé au plus bas) de la valeur d’un billet comme celui que je viens de t’offrir). T’as même le droit de m’encourager!

Aprilus sur FB, c’est ici.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Follow by Email
Instagram