Individualistes de gauche & autres bricoles

novembre 7th, 2015
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Individualistes de gauche

deguisementChaque fois que l’enjeu de la laïcité revient au menu, les indépendantistes tièdes décochent leurs critiques les plus acerbes au Bloc et au PQ. Avec un zèle troublant. Curieusement, ces adeptes de démocratie participative ne sont pas en symbiose avec le malaise qu’éprouve la plèbe québécoise. Peints dans le coin avec le PLQ, en chœur avec les fédéralistes, ils accusent tout le monde, sans nuances aucune, d’obsession identitaire, de xénophobie et d’islamophobie (bien que le refus, la critique ou la peur de l’islam, ne soit qu’une position idéologique comme une autre). Au final, en polarisant ainsi le débat, ces hurluberlus alimentent les conditions d’une réelle montée des intolérances. Et pour ça ils sont dangereux. Suintant la nouvelle culture mondialiste et multiculturelle où tout est interchangeable – les nationalités, les religions, les cultures – ils subordonnent la communauté à l’individu; ce qui n’est pas sans rappeler un certain carré vert, Jean-François Morasse. Leur déni de l’enracinement historique et culturel réduit le pays à un fade cadre juridique de citoyenneté. Pourtant, baliser le religieux n’a rien d’odieux. La laïcité garantit la liberté de croyance (ou d’incroyance), elle rend possible la cohabitation pacifique des différentes religions ou idéologies. Un pays laïque n’est ni athée ni religieux. Il protège toutes les religions, comme il garantit le droit de n’en avoir aucune et de les critiquer toutes. Par ailleurs, il assure la protection des cibles involontaires d’interprétations religieuses cavalières, tels les femmes et les LGBT.

sauvages aprilus

Cheap shot

grde gueuleGabriel Nadeau Dubois m’a récemment donné de l’urticaire en tournant en dérision un article de Christian Rioux (Les noms d’oiseaux). Sur son compte Facebook, il associait grossièrement la tragédie autochtone au soi-disant  racisme congénital des québécois. Vraiment cheap. J’aime beaucoup GND. Le gars qui a contribué à remplir les coffres de Coule pas chez nous! J’aime les rebelles, ceux qui tiennent tête aux pouvoirs. J’aime aussi le monde perméable aux arguments des autres (ceux de Lise Payette ou de Guy Rocher, par exemple). J’aime les militants capables de revenir sur leurs positions, surtout si ces dernières entretiennent le «champ de ruine» qu’évoquait Parizeau. J’aimerais définitivement mieux croquer de mes crayons la grosse face édentée de Deltell plutôt que la poire de GND…

Nationalisme et biodiversité

barette fond aprilusMon nationalisme procède d’un réflexe de biologiste. Pour moi, la dilution et la disparition du français dans la mer anglo-saxonne, la distillation de notre mémoire collective, c’est pareil à l’érosion de la biodiversité. Avec notre effacement s’éteindrait une lecture du monde. Ni meilleure ni pire que les autres, mais unique et précieuse. Il s’agirait alors d’une perte pour l’humanité. Aussi consternante que le furent la disparition  du loup de Tasmanie, du dodo de l’Île Maurice ou du grand pingouin qu’on retrouvait jadis dans l’estuaire du Saint-Laurent. Aussi tragique qu’une éventuelle disparition de la culture Crie, Naskapis, Inuite, Bushmen ou Pygmée. Aussi angoissante que la perspective de la disparition de la rainette faux-grillon de l’Ouest, du pluvier siffleur, de la baleine noire, du protée anguillard,  du tigre de Sumatra ou de nos cousins orangs-outans…

 Le dessin bête et méchant :

Sucer aprilus(En espérant ne pas vexer Beaulieu pour qui j’ai une grande admiration…)


Peluche pansue (dépendance vs indépendance)


yukiDépendance – Yuki c’est la chatte de mon frangin. Obèse, vieille, malade, dégriffée, édentée et stérilisée. C’est l’un des fruits pourris obtenus à partir d’une laborieuse sélection artificielle orchestrée par l’homme. Son ancêtre était un petit félin tigré, un véloce prédateur de rongeurs d’Afrique du Nord. Yuki, elle, ressemble plutôt à l’odieux recouvre-boite de kleenex poilu de ma tante Thérèse. Sauf qu’au lieu d’être rose nanane, elle est «écaille de tortue», une coloration qui se prête mal à la prédation. Elle vomit occasionnellement des mottes de son extravagante pilosité mélangées à des croquettes au glutamate, lesquelles sont partiellement digérées. À la base de sa queue, zone qu’elle n’arrive plus à atteindre pour mener à bien sa toilette, ses poils virent parfois en dreadlucks dignes de Peter Tosh. Quand ça devient excessif et sans doute douloureux, Yuki a droit à un changement de look : rasée, coupe queue-de-rat avec la touffe au bout, tête de lion et bide adipeux qui ballote. D’ici quelques mois, les Homo sapiens qui l’entretiennent, à savoir mon frère et sa dulcinée, auront une petite larve. Un heureux évènement que Yuki semble anticiper avec angoisse. Petits cacas nerveux sur le lit de papa et maman, contestation fécale ou sphincter déficient? Le lieu du crime suggère la première hypothèse. Gastrique offense! Voici venue pour Yuki l’heure de l’euthanasie. La pauvre peluche pansue ne se doute pas que l’espérance de vie de ses congénères sauvages, ainsi que des renards, une espèce occupant une niche écologique similaire, excède rarement 4 ans.

IMG_1038Indépendance – Crochet, c’est un autre genre. Je l’ai recueilli avec les poules du voisin alors qu’on habitait sur l’Île de la Réunion. C’était en 2007, pendant le cyclone Gamède. Miteux, os saillants, queue croche – d’où le nom – il était misérable, mais reconnaissant. Aux Trois-Pistoles, en terres d’Amériques, le créole carnassier est au top en été. Il fait ses petites affaires, bouffe du surmulot, du campagnol, de la souris et même du rat musqué. En automne, il se tape les viscères des oies que me refile Pierre, mon pote chasseur. En hiver, névrosé car confiné par le frette extrême, il se console avec les tripailles des lièvres que je trappe et les malheureux rongeurs ayant cru bon s’incruster dans la piaule. Parfois, pendant la belle saison, il disparaît pendant des semaines. On flippe souvent, avec tous ces coyotes, les autres matous ou ces bagnoles qui roulent en malade sul’ Rang… À chaque fois qu’il réapparaît, on l’accueille comme un héros. Faut voir sa tête. Le king de la pampa Pistoloise redevient chaton, ronronnant comme un con et acceptant volontiers que les enfants le transforment en jouet. On compte alors ces nouvelles cicatrices et on fantasme ses milles et une aventures. On sait bien qu’un jour il ne reviendra pas. Et pourtant, la misère, pour nous, c’est Yuki qui l’incarne.

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