Le Pacte et les mèches courtes

JE L’AI SIGNÉ LE PACTE. Et je le résignerais encore.

Mais n’empêche, je suis un peu énervé. Ils étaient où les justiciers de «Terre-Mère» alors que les deux seuls partis indépendantistes dotés d’une plateforme en environnement se crêpaient le chignon? Ils étaient où ces sauveurs exaltés pendant la campagne électorale? Alors que QS, le parti sabordeur de la convergence, présentait une candidate contre Aussant, sûrement la pire menace qu’ait connu le Québec? Il y a des disgrâces qui méritent d’être relevées. Surtout lorsque, cumulées, elles conduisent au triomphe de la CAQ, le seul parti escamotant entièrement les questions environnementales. Et non, par pitié, je ne suis pas un Péquiste aigri!

 

Depuis le lancement du Pacte, le Québec brille encore par son incapacité à débattre. À peine une semaine et les insultes fusent, pour peu que l’on fasse part de réserves quant à l’initiative. Un p’tit malaise devant la présence de certains signataires? Un p’tit malaise quant à leurs allégeances? Et c’est la pluie de flèches. Voilà pourtant des questions légitimes qui devraient pouvoir être entendues et discutées. D’autant plus qu’elles sont venues spontanément et que c’était pas que d’la glotte à Martineau, l’ennemi juré des bourgeois bohèmes. Non, ce sentiment émanait aussi de la plèbe. De monsieur et madame Toulmond’ comme disent les politicards. Et ça, «les masses», «la populace», c’est un truc qui fait pester une certaine gauche – qui pourtant s’affirme «populaire», dans le sens de «près du peuple».

Ce malaise populaire (repris par quelques chroniqueurs), on peut y répondre intelligemment. Champagne l’a fait, dans un premier temps. Moi ça m’a convaincu. C’est clair que ça m’irrite les «stars», les pleins de fric, ceux qui s’empiffrent de gadgets remplis de métaux rares extraits de mines lointaines à grands coups de procédés chimiques, ceux qui pètent à eux seuls le bilan carbone de villages entiers, ceux dont on voit la face partout et qui s’invitent entre-eux, s’interviewent entre-eux, papotent devant nos rétines abruties… Mais que des richards signent le Pacte, ma foi, je suis assez d’accord avec Champagne pour dire que c’est pas mauvais en soi. Et puis parmi les signataires mis de l’avant, il y en a des biens, des humains (si le mot n’était pas autant galvaudé, je serais tenté d’ajouter «inspirants») qui tentent depuis belle lurette de vivre en accord avec les principes dudit Pacte. Ce n’est pas une question de venir nous faire la morale. C’est une question de mouvement collectif, de prise de conscience collective. Or le collectif, ça comprend aussi tous ces lascars.

Dans un second temps, Champagne et certains de ses potes ont quelque peu dérapé. Faut dire que pour qui évolue en vase clos, c’est pas facile de capter la légitimité des questions soulevées par ce foutu Pacte. Et ils sont allés un peu vite en besogne pour distribuer des accusations de «trollisme». Ça tient du réflexe dirait-on. On extrapolant, on pourrait presque leur trouver des accointances politiques… En retour, ils ont récolté une belle réaction épidermique, alors que les braises du débat sur la laïcité rougeoient encore (d’autant plus que certains «gentils», jusqu’à tout récemment, ce sont bien démenés pour entretenir le brasier). C’était écrit dans le ciel. En un clin d’œil, les hurlements des meutes ont percolé de part et d’autre. Or quand les gens se braquent, ils ne réfléchissent plus et on ne se rassemble plus.

Pour les pessimistes, l’initiative du Pacte peut sembler futile. Mais pour le père que je suis, c’est un petit quelque chose de positif et ça me semblerait bête de ne pas y insuffler un peu de jus. Pour ceux qui suivent et les autres créatures qui ont le malheur de cohabiter avec notre espèce. Ce Pacte, cette bricole en regard de ce qui nous pend au nez, je le résignerais direct et je vous invite à le faire itou. Un modeste soubresaut québécois au cœur de ce grand naufrage qui engloutit l’humanité. La Terre n’est pas stressée pour une cenne par notre dimension temporelle, nos p’tites vies de singes glabres, autodomestiqués, gorgés que nous sommes de pesticides et de molécules suspectes. Car contrairement à nous, forte du temps géologique, elle se débarrasse plutôt bien des tumeurs.

Le Pacte, c’est ici : https://www.lepacte.ca/

En rappel, deux dessins du temps où je sévissais encore au journal Le Québécois. Avant que le petit rédac’ chef à la con ne balance toutes mes publications à la corbeille.

 

 

24 Partages

Une pensée sur “Le Pacte et les mèches courtes”

  1. Mireille Deschenes
    10 novembre, à 11 h 57 ·
    👉💡👊😤🙄😏😳😡🤢

    UN MILLION DE SIGNATURES …. UN MILLION DE VOTES PERDUS LE 1ER OCTOBRE 2018 ….

    C’est dommage qu’ils n’ont pas appuyé le PQ avec autant de verve car peut-être aurions-nous eu une ouverture sur notre destin en prenant nos propres décisions !

    L’ ignorance aura notre peau. On tourne en rond parce que chacun veut son petit moment de gloire, des analphabètes en manque d’attention, carburent aux émotions et aux insultes pour cacher ce pas montrable, qui prend ses racines dans la paresse, le manque de fierté et d’un individualisme outrageux et sordide .

    Les gens haïssent les intellectuels, n’aiment pas lire, ne sont pas curieux et nos écoles forment des décrocheurs à la pelle !

    Incapable de débattre dites vous ! Ben là ……

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