Guerres juridiques

Je reconnais être perméable à certains aspects de l’humour de Mike Ward. Sous prétexte de moquer la bonne pensée socialement acceptable, je donne parfois dans le même registre. Histoire qu’on se décrispe. Mais pour l’essentiel, contrairement à Ward, j’insuffle une dimension politique et sociale à mes crayonnages. Derrière mes grossièretés, il y a matière à s’activer les neurones, du moins, je l’espère. Au Journal Le Québécois et sur ce Blog, je ne suis pas domestiqué (ni payé d’ailleurs). Or aujourd’hui, penser, questionner, réfléchir, s’indigner, sortir des sentiers auxquels on a toujours droit expose à des poursuites baillons, si ce n’est des menaces de mort. Il y a donc un truc qui chie grave. Soutenir Djemila est une bonne occasion de dénoncer haut et fort ce vilain glissement.

Affiche D Pour l’histoire : Le 26 septembre 2016, s’ouvre, à Montréal, le procès de Djemila Benhabib, poursuivie par un établissement scolaire privé, subventionné à hauteur de 425 000 $ par le ministère de l’éducation, portant le nom d’Écoles musulmanes de Montréal (EMMS) pour des déclarations soi-disant « diffamatoires » et « anti-islamiques » (comme l’atteste la poursuite) faites sur les ondes du 98.5 Fm à l’émission de Benoît Dutrizac. Cette interview, datant du 8 février 2012, faisait suite à une chronique de Djemila Benhabib publiée sur son blogue du Journal de Montréal. Elle y dénonçait la soumission des élèves à des versets coraniques haineux, violents et sexistes contenus dans le programme et publiés sur le site Internet de l’école (disparus depuis la poursuite) ainsi que le port obligatoire du voile islamique par les élèves.

Ne nous trompons pas sur les véritables motivations des auteurs de ces attaques d’un type nouveau. D’abord, il s’agit de faire régner la peur pour empêcher toute expression critique envers l’islam ou contre la façon dévoyée dont certains veulent l’imposer à d’autres. Ensuite, il s’agit de mettre une pression démesurée sur les personnes visées, pour les épuiser psychologiquement et financièrement, les ostraciser et les éliminer du débat public. Bref, les décourager de continuer à s’exprimer publiquement. (…) Il ne saurait être question de renoncer à la liberté d’expression, pas plus qu’à l’universalité des droits humains et à ceux des femmes en particulier, qui ne doivent souffrir aucune contestation ni restriction au nom de préceptes religieux ou de prétextes culturels. – http://djemilabenhabib.com/

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On se lâche? Les écoles confessionnelles enseignent bel et bien des âneries. Il n’y a pas si longtemps, les écoles publiques du Québec déversaient sur nos lardons un catéchisme tout aussi imbuvable. J’y ai moi même goûté. Aujourd’hui, c’est le cours d’ECR qui prend le relai en refourguant une bouillie multiculturaliste. Normand Baillargeon et Daniel Baril viennent d’ailleurs de co-diriger un ouvrage sur ce thème qui paraîtra sous peu (La face cachée du cours Éthique et culture religieuse, Leméac).  Au sein des écoles confessionnelles, on sombre dans les abysses d’un délire collectif estampillé par le sceau de religion officielle. Est-il encore possible de le dire, l’écrire, le dessiner, le chanter, le danser? 

Voici quelques-uns des dessins qui auraient dû figurer dans le dernier livre de Djemila s’il avait été publié au Québec. Un sujet qui fait peur.

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La marge

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Deux jours pour pondre ces merdes, ce suicide commercial. Faut être sacrément con.

Mettez-moi sul’ ring, Saint-Ciboire! J’ai des choses à dire! Et sans vernis!

Ah, comme moi vous n’êtes personne? C’est parfois mieux pour la santé mentale. Contentez-vous de m’encourager via Paypal.




 

Un autre? Deux autres? OK. Celui-là, c’est du réchauffé. C’était pour la revue À Bâbord! pour pas un rond évidemment.

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Et celui là, c’était au mois de mai. Bricolé à partir d’un dessin fait il y a un an, moment où le buck entrait dans l’arène gorgé de testostérone. La sortie du sauveur était un peu pathétique. Du coup, la course à la chefferie du PQ…

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Dessins et textes de février

queb-300x209On va faire comme ça maintenant. Au terme du mois, je garoche tout ce que j’ai semé sur Le Québécois ici, sur Aprilus. En une, je mettrai celui qui aura été le plus partagé.

En une – 31 janvier (presque février) – «On vous aime… à genoux!»

Ce à quoi j’ajoutais : «well fuck you!» Don’t they deserve it?

25 février – «Finis ton syrien!»

Crise des migrants. Ou plutôt des réfugiés, comme l’a pertinemment corrigé Charlie Hebdo.

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 16 février – «Humour mécréant»

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Pour souligner les prouesses en relations publiques de Djustine, aussi prompt à aller faire le zouave avec Bonhomme Carnaval que son fade prédécesseur; je nous offre un vilain dessin, salement athée, histoire de bien clore le carnaval de Régis, le nabot de Québec.

Moquer les idéologies monothéistes et exprimer son incroyance dans le Québec multiculturaliste comporte moins de risque dès lors qu’on ne pose ni kufi, chéchia, turban, fez, kipa ou autre couvre-chef «ethnique» sur le crâne du céleste barbu. Et en plus d’éviter la fusillade, on s’épargne les anathèmes et les larmoiements des zinclusifs; ces virtuoses de la culpabilisation, du cloisonnement et de la ghettoïsation, toujours moins crinqués lorsque vient le temps de dénoncer la misogynie, l’homophobie et l’obscurantisme larvés de ces sectes à succès qui nous pourrissent le monde, dès lors qu’elles sortent de la sphère privée.

Quant à l’érosion de notre droit à l’autodétermination, c’est sans complexe que chez QS on vient (enfin clairement) de reléguer l’enjeu aux oubliettes. On ne peut pas s’entendre sur tout, mais y’a des limites à vivre comme ça, la tête dans le cul, dans le déni le plus total. On leur souhaite de la dissension jusqu’aux amygdales, un électrochoc ou un tremblement de terre.

Ci-dessous, une autre puissante image de Jean Faucher. En république bananière, on aime pas la chicane, on aime bien s’excuser. la photo qui suit, c’est Djustine, l’exalté de la lentille. Tel père, tel pitre.

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8 février – «Mardi gras»

Dessins pas si jeunes. 2012 et 2013. Retapés pile pour le carnaval de Québec. Une rencontre improbable entre le Bonhomme Carnaval et Zabeth II, la vedette du zoo humain qu’est le palais de Buckingam. Des pensionnaires consentants et insignifiants y évoluent dans l’opulence la plus obscène. Et il s’en trouve pour aimer ça, ici au Québec. Le gros Deltell, par exemple. En plus de représenter les intérêts de l’Alberta au Québec, voilà un groupie de la monarchie tout à fait décomplexé.

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Une autre méchanceté bien méritée :

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Et une autre Zabeth, cette fois réalisée par l’immense artiste Montréalais JEAN FAUCHER, qui plus est, un créateur qui se positionne. Son site ne laisse poindre que la pointe d’un iceberg.

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2 février – «Multiculturalisme»

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Sur Radio-Cadenas, on apprenait hier qu’UN NOUVEAU PARTI POLITIQUE VEUT REPRÉSENTER LES COMMUNAUTÉS CULTURELLES. Comme quoi, tu peux être bien basané et bien facho à la fois. Y suffit juste de garder la tête dans le cul. Enfin, si ça peut ravir quelques lobotomisés habituellement acquis au PLQ, ce sera toujours ça de gagné. Tant qu’à y être, allons un tantinet plus loin et scandons sans complexe : «UN PARTI PAR CITOYEN»! «TOUS TOUT SEUL»! «ME, MYSELF & I»!

Il est où le «collectif» dans ce délire de ghettoïsation? Heureusement, qu’il y a des Boucar Diouf, Akos Verboczy, Djemila Benhabib, etc.

« Une approche ethnique en politique recèle les ingrédients de sa propre mort à très court terme. » — Maka Kotto, porte-parole du Parti québécois en matière d’immigration et de communautés culturelles

Pour info :

La cryptorchidie est l’absence d’un ou des deux testicules dans le scrotum.

Le prognathisme est une configuration faciale selon laquelle une des deux mâchoires est plus saillante que l’autre.

Dalida Awada : Voilée volontaire, maquillée à la truelle, coquette et «cliente» dans l’âme, elle est mieux connue depuis son passage à l’émission TLMEP. Cette militante de Québec Solidaire y a encensé le multiculturalisme. Depuis, étonnée d’être devenue une personnalité publique, elle «judiciarise» à la volée.

Jean-François Morasse : Appuyé par ses amis des radios-poubelles de Québec, ce «carré vert» à l’épiderme translucide s’est illustré en tombant sur le lard de Gabriel Nadeau Dubois afin qu’il soit condamné pour outrage au tribunal. Un autre preux chevalier de la primauté de l’individu sur le collectif!





 

The cuckoo bird

À ma connaissance, il n’y a pas de minorité mieux traitée que les anglos-québécois. Une minorité qui prend de plus en plus de place dans le nid. Quelque chose qui se rapproche du parasitisme dit «de couvée», tel que pratiqué par le coucou gris ou, au Québec, par le vacher à tête brune (suivez les liens). Bref, une attitude dont on n’a pas grand chose à tirer, si ce n’est l’érosion de la langue française, notre asservissement collectif et les Libéraux à perpétuité. Car oui, nos coucous sont maladivement acquis au PLQ :  la majorité d’entre eux ne mange que du lombric avarié. C’est fou comme les épouvantails et la peur peuvent conduire à la plus aveugle des conneries.



Home sick Home

et pour cause aprilus

Globale Connerie

L’Homo sapiens est un être évolué et complexe, mais globalement con. Si on parle du «global warming», on ne devrait pas pour autant négliger la «globale connerie». La nôtre. Nous, les acteurs centraux de l’anthropocène, l’ère géologique correspondant à l’expansion de l’humanité. Bien que certains sapiens cogitent sur le Big Bang, d’autres célèbrent l’insignifiance, ou font les deux; et dans l’équation, c’est la connerie qui triomphe. Ceux qui ne sont pas du calcul, ils crèvent, misérables, en silence ou en brassant leur cage, en vain.

comperesPrès de nous, les salamandres et les tritons sont des êtres anciens. Plusieurs formes contemporaines ont peu changé depuis l’époque où leurs ancêtres pionniers ont quitté les eaux pour conquérir la terre ferme. Or aujourd’hui, les batraciens dans leur ensemble, voient leurs populations diminuer et ce dans tous les écosystèmes de la planète. La prise de conscience de ce phénomène mondial remonte aux années cinquante et depuis, on ne peut que constater l’ampleur des dégâts : 120 espèces, des grenouilles, des crapauds et des salamandres, se sont déjà éteintes depuis 1980.

Vivant à cheval entre les milieux aquatiques et terrestres, les amphibiens constituent un baromètre précieux pour la santé des écosystèmes. Leur déclin est donc alarmant et significatif de ce qui nous pend au nez. Hormis des concerts de grenouilles moins intenses au printemps, la disparition de ces charmantes bestioles entraîne en cascade l’extinction de nombreuses autres espèces avec lesquelles elles interagissent naturellement. Des dégâts collatéraux, comme disent les militaires. Pour les moustiques, les brûlots et les frappes-à-bord ce sera l’orgie d’hémoglobine sapienne, et on l’aura bien mérité : destruction, modification et fragmentation des milieux naturels, introduction d’espèces invasives, surexploitation des ressources, changements climatiques, augmentation des radiations UV-B, rejet de polluants chimiques dans l’environnement et émergences de nouvelles maladies infectieuses, etc. – tout ça grâce à la «globale connerie». Chapeau les sapiens!

Salamandres et tritons ont survécu à l’extinction massive qui a radié les dinosaures de la surface du globe. Survivront-ils à une humanité suffisamment conne pour s’autodétruire? Et ce sans météorites ni augmentation de l’activité volcanique! On peut craindre le pire, quand à l’aube du Sommet sur le climat de Paris, des cons kamikazes s’évertuent à semer la mort en brandissant leur livre patchwork et leurs fantasmes d’arrière-monde. Des cons finis fabriqués et armés par d’autres cons, bien propres ceux-là, et eux mêmes formatés par les exploits millénaires de nuées de cons, tous tentant de s’extraire du cosmos, convaincus que l’univers gravite autour de leur petite et éphémère dimension de singes bipèdes.

Soit on joue aux morpions de la Terre, jusqu’à ce qu’on en soit éradiqué, soit on se ressaisi et on se retrousse les manches. Globalement.

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Spirale de merdes

Tueries de Paris, premier réflexe : écrasons ces raclures de fond de bobette. Puis, on décante et on revient sur terre. Est-ce lumineux de riposter à grand coup d’obus? Je ne m’étalerai pas ici. Je souscris aux propos pacifistes de Michel Onfray (texte en bas de page) et à ceux de l’auteur David Van Reybrouck (suivez le lien si ça vous chante).

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L’ex-président Sarkozy a annoncé être pour le rétablissement de la peine de mort pour des cas extrêmes comme le terrorisme et les attentat suicides. Les kamikazes seront inquiétés…

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Pendant la campagne électorale, Harper aurait bénit les tueries qui ont frappé Paris. De même, Marine LePen rêve, fait ses étirements, crache de l’huile, fait les comptes. Sarkozy, lui, consolide l’extrême-droitisation de sa gang de sales.

À gauche, Mélenchon, on peut bien lui reprocher d’être la groupie de Robespierre, il demeure le moins inquiétant des politicard français, celui qui invite (un peu plus) à la retenue et à la réflexion.

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Michel Onfray sur les attentats de Paris (Le Point)

Le Point : Après l’annonce des attentats du 13 novembre, vous avez écrit sur twitter : « Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique. » N’avez-vous pas l’impression de faire le procès de la victime plutôt que de celui du coupable ?

Michel Onfray :  Le travail du journaliste est de commenter ce qui advient, celui du philosophe, de mettre en perspective ce qui est avec les conditions qui ont rendu possible ce qui advient. Le chef de l’État parle d’ « acte de guerre ». Les Républicains et le Parti socialiste aussi. Tout le monde semble enfin convenir qu’il s’agit d’actes de guerre. C’est déjà un progrès ! Il y a peu, on parlait encore d’actes commis par des déséquilibrés, de gens au passé psychiatrique lourd, de loups solitaires. Dès lors qu’il s’agit de guerre, il faut la penser. Le journalisme télé a moins le souci de penser la guerre que de mettre en scène le spectacle de la terreur et de le commenter en se contentant de dire ce que chacun voit à l’écran. Le philosophe se demande d’où elle vient. Qui l’a déclarée ? Quand ? Pourquoi ? Quels sont les belligérants ? Quelles sont leurs raisons ? Il faut dès lors sortir du temps court du journaliste qui vit d’émotion pour entrer dans le temps long du philosophe qui vit de réflexion. Ce qui a eu lieu le vendredi 13 novembre est certes un acte de guerre, mais il répond à d’autres actes de guerre dont le moment initial est la décision de détruire l’Irak de Saddam Hussein par le clan Bush et ses alliés il y a un quart de siècle. La France fait partie depuis le début, hormis l’heureux épisode chiraquien, de la coalition occidentale qui a déclaré la guerre à des pays musulmans. Irak, Afghanistan, Mali, Libye… Ces pays ne nous menaçaient aucunement avant que nous leur refusions leur souveraineté et la possibilité pour eux d’instaurer chez eux le régime de leur choix. La France n’a pas vocation à être le gendarme du monde et à intervenir selon son caprice dans tel ou tel pays pour y interdire les choix qu’il fait.

Le Point : Faire porter la responsabilité à l’État français, qui est engagé militairement en Syrie, n’est-ce pas une manière de dédouaner les terroristes ?

M. O. Non. C’est se demander ce que signifie faire la guerre à un peuple qui est celui de la communauté musulmane planétaire, l’oumma. La France est-elle à ce point naïve qu’elle imagine pouvoir déclarer la guerre à des pays musulmans sans que ceux-ci ripostent ? Le premier agresseur est occidental, je vous renvoie à l’histoire, pas à l’émotion. Il est même identifiable : il s’agit de George Bush, qui invente d’hypothétiques armes de destruction massive pour attaquer l’Irak en 2003. La situation dans laquelle nous sommes procède donc d’une longue chaîne causale qu’il revient au philosophe de décrire. L’acte terroriste en tant que tel est le dernier maillon de cette chaîne.

Le Point : Considérez-vous vraiment les terroristes comme des militants de l’islam politique ?

M. O. Comme quoi, sinon ? Comme des fameux loups solitaires, d’inévitables déséquilibrés, d’incontournables malades au passé psychiatrique qui, tous, crient des slogans de l’islam radical au moment de leurs forfaits, mais qui n’auraient évidemment rien à voir avec l’islam ? Tous sont fichés comme relevant de la mouvance islamique radicale, mais il ne s’agirait pas d’islam politique ? Pareille dénégation signifierait un aveuglement coupable, dangereusement coupable. Il s’agit bien de la frange radicale et politique de l’islam salafiste. Commençons par nommer les protagonistes correctement.

Le Point : Leur radicalisation obéit-elle à un choix rationnel ?

M. O. Bien sûr. C’est une guerre menée par l’islam politique avec autant d’intelligence que l’Occident mène la sienne, mais avec moins d’armes ou avec d’autres armes que les nôtres – des couteaux et non des porte-avions, des kalachnikovs à 500 euros et non des avions furtifs coûtant des millions de dollars. Ils ont leurs théologiens, leurs idéologues, leurs stratèges, leurs tacticiens, leurs informaticiens, leurs banquiers, leurs intendants militaires. Ils ont aussi leurs soldats, aguerris et déterminés, invisibles mais présents sur toute la planète. Plusieurs milliers, dit-on, en France. Ils ont des plans. Ils disposent également d’une vision de l’Histoire, ce que nous sommes incapables d’avoir, tout à notre matérialisme trivial qui obéit aux combines électorales, aux mafias de l’argent, au cynisme économique, à la tyrannie de l’instant médiatique. Le Califat a clairement livré ses intentions. Mais notre dénégation est coupable. Leur dénier le droit de dire qu’ils sont un État islamique doublé de l’invitation politiquement correcte à dire qu’il s’agit de Daesh (alors qu’il s’agit du sigle d’État islamique en arabe…), faire d’eux des barbares (alors qu’ils font à la disqueuse et au marteau piqueur ce que l’Occident fait avec des avions furtifs – je vous rappelle qu’une partie des sites mésopotamiens ont été détruits par les bombardements américains sans émotion internationale…), les qualifier de terroristes (alors que, certes, ils tuent des victimes innocentes avec des kalachnikovs ou des couteaux mais que l’Occident fait de même à plus grande échelle avec des bombes lâchées à haute altitude sur des villages, bombes qui tuent femmes et enfants, vieillards et hommes qui n’ont rien à se reprocher, sinon d’habiter le pays associé à l’« axe du mal »), tout ça fait que nous sous-estimons en tout point leur nature véritable qui n’est pas à mépriser. Surtout si on envisage un jour une solution diplomatique, comme je le souhaite.

Le Point : Même sans une intervention en Syrie, ne pensez-vous pas que Daesh aurait frappé la France ?

M. O. Je ne fais pas de politique-fiction en supposant ce qu’auraient fait des pays pour justifier que de manière préventive on les bombarde pour les empêcher de faire ce qu’on suppose qu’ils auraient fait ! La fameuse « guerre préventive » de Bush et des siens procède de ce genre de procès d’intention qui justifie l’attaque parce qu’on a décidé d’attaquer. Prenons garde à faire trop peu avec ce qui est et trop avec ce qui pourrait être. Par ailleurs, ce n’est pas la Syrie que nous payons, mais l’Irak et ses suites, dont la Syrie, qui est la partie la plus récente, donc la plus médiatiquement visible de cette guerre déclarée en 1990 – pour information, juste après la chute du mur de Berlin, autrement dit dans la perspective de reconstruction du monde à leur main par les Américains débarrassés de la guerre froide…

Le Point : Dans son communiqué de revendication, Daesh parle à propos des victimes du Bataclan de « centaines d’idolâtres dans une fête de perversité ». Ces gens-là ne haïssent-ils pas avant tout ce que nous sommes ?

M. O. C’est en effet une guerre de civilisations. Mais le politiquement correct français interdit qu’on le dise depuis que Samuel Huntington en a excellemment fait l’analyse en 1993. La civilisation islamique à laquelle renvoie l’État islamique est en effet puritaine. Je vous signale que votre question permet de comprendre que la France dispose d’une « identité nationale » qu’on voit d’autant plus volontiers quand l’identité islamique la met en lumière dans le contrepoint historique du moment. Mais comme il est également idéologiquement criminel de renvoyer à l’identité française, il n’a pas été question, pendant longtemps, de dire qu’il y avait en effet un mode de vie occidental et qu’il n’était pas le mode de vie islamique. Les thuriféraires du multiculturalisme avouent qu’il y a bien plusieurs cultures et, parmi celles-ci, certaines qui défendent le rock dans des soirées festives alors que d’autres font de ce même événement une « fête de la perversité ». Les cultures se valent-elles toutes ? Oui, disent les tenants du politiquement correct. J’ai pour ma part tendance à croire supérieure une civilisation qui permet qu’on la critique à une autre qui interdit qu’on le fasse et punit de mort toute réserve à son endroit.

Le Point : Voyez-vous dans cet événement la réalisation de la prophétie de Camus dans La Peste : « La peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse » ?

M. O. En effet, La Peste se conclut sur cette invitation à prendre garde au réveil de toutes les pestes, autrement dit de toutes les idéologies qui exterminent ceux qui les refusent. À l’époque, les défenseurs de la peste du moment, les totalitarismes rouge et brun, dont Sartre, le lui reprochaient. Les défenseurs de la peste du jour, héritiers du logiciel sartrien, affichent un pareil aveuglement devant cette vérité exprimée par Camus : la peste revient, en effet. Mais les premiers rats sont visibles depuis longtemps dans la cité… Ceux qui ont annoncé leur présence ont été crucifiés en même temps que la maladie se répandait.

Le Point : La France doit-elle se désolidariser de la coalition internationale engagée en Syrie et en Irak ?

M. O. Je suis en effet partisan d’une remise à plat totale de la politique étrangère française. Si nous continuons à mener cette politique agressive à l’endroit des pays musulmans, ils continueront à riposter comme ils le font. Envoyer des troupes au sol en Syrie serait répandre des fleuves d’huile sur le feu. La France devrait cesser cette politique néocoloniale et islamophobe alignée sur les États-Unis. Elle devrait retirer ses troupes d’occupation dans tous les endroits concernés. Elle devrait prendre l’initiative d’une conférence internationale qui viserait à constituer un front diplomatique à même de négocier une neutralité associée à un respect de la souveraineté politique de chacun de ces pays qui ont le droit de faire ce qu’ils souhaitent sur leur territoire sans que nous le leur interdisions. Au nom de quoi, d’ailleurs, leur interdisons-nous le droit à se déterminer comme ils le souhaitent et selon leurs raisons ? Pour ne pas aborder cette question, on préfère dire qu’on agit contre le terrorisme alors qu’on le crée ainsi, car il n’existait pas avant qu’on le fasse naître de la sorte. Une trêve pourrait alors être signée entre l’État islamique et la France pour que son armée dormante sur notre territoire pose les armes. De Gaulle en son temps avait proposé aux combattants pour l’indépendance algérienne la « paix des braves ». Quand Jean-Pierre Chevènement démissionne du gouvernement Rocard le 29 janvier 1991 pour se désolidariser de Mitterrand, qui inaugure cette politique étrangère dont nous récoltons aujourd’hui les fruits, il indiquait la voie qu’il fallait emprunter. Hélas, il a été vilipendé par les médias et les intellectuels qui ont justifié ces guerres qui nous rattrapent sur notre territoire. Chevènement serait l’homme adéquat pour piloter au nom de la France cette politique de désengagement militaire. Mais je n’engage que moi en donnant le nom de Chevènement, qui, lui, a le sens de l’Histoire, l’expérience politique, la culture adéquate et la connaissance concrète des pays concernés.

Le Point : Les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher avaient été suivis d’un mouvement d’unité nationale. Pensez-vous qu’il en sera de même après la tragédie du 13 novembre ? Craignez-vous une guerre civile ?

M. O. Je ne crois pas que la petite politique proposée par Hollande soit de nature à peser sur l’Histoire. Il nous faudrait une grande politique dont il n’est pas capable – dont il n’a jamais été capable et dont il ne sera pas capable. État d’urgence, drapeaux en berne, minutes de silence, fermeture des lieux publics, mouvements de menton médiatiques, numéro vert, crêpe sur les drapeaux, voilà qui fait bien une petite politique à court terme, mais sûrement pas la grande politique dont la France a désormais besoin. Je crains que des groupuscules d’extrême droite, la vraie, pas celle que la politique politicienne instrumentalise en l’associant à Marine Le Pen, ne s’arment, ne se constituent en milices, effectuent des opérations commandos, commettent des passages à tabac, des ratonnades, des incendies de mosquées et autres crimes et délits pour déstabiliser la démocratie. Car, rappelons-le, dans ces temps où l’expression « extrême droite » n’est utilisée que dans des perspectives électoralistes pour assurer leur réélection aux libéraux de droite et de gauche, l’extrême droite, c’est ça : j’en appelle non pas à l’idéologie politicienne du moment, mais à l’Histoire. Qu’on se souvienne des SA nazis, de la milice vichyste, de la Phalange franquiste, la Kesa de la Grèce des colonels, il s’agissait alors vraiment d’extrême droite : elle est toujours paramilitaire, active sous forme de commandos et, différence majeure avec celle avec laquelle les politiciens se font peur et les communicants font leur beurre, elle agit hors la légalité.

Le Point : Pensez-vous que cette tragédie va créer un malaise avec la communauté musulmane en France ?

M. O. Hélas, oui, je le crains. Je le crains d’autant plus que nombre d’individus ont intérêt à faire s’effondrer le système démocratique en France, de l’extrême gauche à l’extrême droite, la vraie, et que, monter les Français contre l’ensemble de la communauté musulmane s’avère facile et de rapport direct, malheureusement.

Le Point : Sommes-nous vraiment en guerre ?

M. O. Oui, depuis plus longtemps que le 13 novembre… S’il fallait une date, rappelons-nous l’exécution du membre du GIA algérien, auteur de l’attentat dans le RER à la station Saint-Michel et autres opérations commandos, Khaled Kelkal, le 29 septembre 1995. J’avais alors écrit dans Globe que si on abordait le problème ainsi, on allait vers la catastrophe. Nous y sommes. Car la pire réponse à la violence est la violence.

Le Point : Face à cette situation, le peuple français a-t-il suffisamment d’anticorps pour résister sans se déchirer ?

 M. O. Il y a chez les Français une ferveur sans objet. Faute d’un grand projet politique auquel il aspirerait volontiers et auquel il adhérerait sans coup férir si on le lui proposait, le peuple est contraint à des palinodies : ressasser des slogans infantilisants, assister à des manifestations sans revendications, allumer des bougies à poser sur les fenêtres, déposer des fleurs, écrire des poèmes, faire des photos (sinon des selfies…) des lieux du drame. À quoi il faut ajouter aujourd’hui le pitoyable « Pray for Paris ». N’aurions-nous donc plus rien d’autre à faire et à proposer au peuple que prier ? Les anticorps sont à disposition, mais il manque une occasion historique pour cristalliser cette force qui ne demande qu’une forme. Le prie-Dieu ne saurait être l’horizon indépassable de la politique internationale de la France.

Le Point : Faites-vous confiance à François Hollande pour surmonter cette nouvelle épreuve ?

 M. O. Pas du tout…

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Liberté, égalité, fraternité, laïcité

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La peur gagne du terrain. Défions-la.

peaceDepuis les attentats à Charlie, je suis pris avec une trentaine de planches dont aucun éditeur québécois ne semble vouloir. Ce fameux projet de livre sur les accommodements «raisonnables» et le multiculturalisme. Une collaboration avec l’auteure Djemila Benhabib. Je vous en avais parlé ça et là. Et maintenant, à peine 10 mois plus tard, les tueries de Paris : 128 morts. Le massacre de Garissa à l’Est du Kenya, le 2 avril, malgré l’ampleur du carnage d’une extrême violence (148 morts)  ainsi que l’assassinat de six intellectuels bangladais par des tueurs affiliés à Al-Qaïda, n’ont, quant à eux, pas suscité d’élan planétaire de mobilisation solidaire. Idem pour la Tunisie et la Turquie qui ont également payé un lourd tribu aux malades obscurantistes de Daesh. La peur gagne du terrain. Nous sommes au prise avec un problème auquel nous aurions dû nous attaquer il y a vingt ans. Nous sommes empêtrés dans les incohérences de nos élites politiques. Quel meilleur exemple que cet imbécile de Harper assumant sans complexe la vente d’armements aux Saoudiens, histoire de préserver quelques emplois Ontariens? Fort à parier que le multiculturalisme de «Djustine» et des fédéralistes de tout poils demeurera inébranlable. Tout comme la connerie drapée d’orange de Québec Solidaire semble l’être : dans le petit communiqué de merde de mère Thérésa David, pas un ostie de mot pour dénoncer le terrorisme islamique. Quels intraitables cons. Je dresse bien droit mon majeur devant leur face. Ces clowns qui se disent près du peuple et qui sont incapables de prendre acte d’un évident malaise social porteront une lourde responsabilité quand les choses se seront d’avantage envenimées. Quand les bêtises et les gestes d’intolérance se multiplieront. Quand les va-t’en-guerre et les militaristes s’exciteront le poil des jambes. Ouach! Au Québec, nous sommes vulnérables, car sous tutelle canadienne, car incapables de prendre nos décision sans quémander des permissions auprès du Grand Schtroumph canadien. On y revient toujours : il n’y a rien de plus précieux que la liberté et l’indépendance.

 

Couillon, fossoyeurs, girouette et satire!

12241394_566712196816851_6235432760476409155_nCouillard continue de donner du couperet et part à la pêche aux «improductifs». Québec Solidaire boude les évènements à saveur indépendantistes et célèbre le fiasco de la dite option lors de l’élection partielle de St-Henri-Ste-Anne. Et Legault, eh ben, il fait du Legault… Actualité très inspirante donc. Me suis même retenu de croquer ce déversement de merdes Montréalaises dans le Fleuve. Dessiner des petits Mickeys à 4o ans passés, y’a des limites. Pour cause de disette de feebacks. Car hormis les NON aux mille et une propositions que je sème à tout vents, en courant d’un bord pis d’l’autre, le pire, le fléau, celui qui donne envie de tout plaquer, c’est bien le silence. Quand tu dois  te contenter d’un commentaire de zincluzif ânonnant des zincluzivités sans même se donner la peine de lire tes propres âneries, c’est légitime de se questionner. Je dis ça en bon râleur. Allez, je m’offre un Oscar! Merci le Fringuant, merci Gilles, merci Roméo, merci Dominique. Vos zygomatiques me sont précieuses. 

fossoyeurs aprilusLegaultRenegat aprilus

Sur ce, les nostalgiques, je vous recommande fortement de mettre la main sur ces bouquins :

Hara Kiri Charlie

Et à mater ce petit film qui souligne la sortie du livre de Denis Robert à propos de Charlie Hebdo : Denis ROBERT, le temps des Mohicans

Dommage tous ces déchirements dans la presse satirique française.

Pour finir, en dédicace à mes amis et collègues du Taon qui se rencontrent pour savoir si le canard survivra : le souvenir d’une séance photo (création de pastiches) pour la revue Tabarnak! Projet avorté mais débile comme on aime. Les artistes invités, c’étaient les viscères d’une vaillante brebis réformée. Saine folie. Le monde est absurde, lâchons nous gaiement!

saine folie

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Individualistes de gauche & autres bricoles

Individualistes de gauche

deguisementChaque fois que l’enjeu de la laïcité revient au menu, les indépendantistes tièdes décochent leurs critiques les plus acerbes au Bloc et au PQ. Avec un zèle troublant. Curieusement, ces adeptes de démocratie participative ne sont pas en symbiose avec le malaise qu’éprouve la plèbe québécoise. Peints dans le coin avec le PLQ, en chœur avec les fédéralistes, ils accusent tout le monde, sans nuances aucune, d’obsession identitaire, de xénophobie et d’islamophobie (bien que le refus, la critique ou la peur de l’islam, ne soit qu’une position idéologique comme une autre). Au final, en polarisant ainsi le débat, ces hurluberlus alimentent les conditions d’une réelle montée des intolérances. Et pour ça ils sont dangereux. Suintant la nouvelle culture mondialiste et multiculturelle où tout est interchangeable – les nationalités, les religions, les cultures – ils subordonnent la communauté à l’individu; ce qui n’est pas sans rappeler un certain carré vert, Jean-François Morasse. Leur déni de l’enracinement historique et culturel réduit le pays à un fade cadre juridique de citoyenneté. Pourtant, baliser le religieux n’a rien d’odieux. La laïcité garantit la liberté de croyance (ou d’incroyance), elle rend possible la cohabitation pacifique des différentes religions ou idéologies. Un pays laïque n’est ni athée ni religieux. Il protège toutes les religions, comme il garantit le droit de n’en avoir aucune et de les critiquer toutes. Par ailleurs, il assure la protection des cibles involontaires d’interprétations religieuses cavalières, tels les femmes et les LGBT.

sauvages aprilus

Cheap shot

grde gueuleGabriel Nadeau Dubois m’a récemment donné de l’urticaire en tournant en dérision un article de Christian Rioux (Les noms d’oiseaux). Sur son compte Facebook, il associait grossièrement la tragédie autochtone au soi-disant  racisme congénital des québécois. Vraiment cheap. J’aime beaucoup GND. Le gars qui a contribué à remplir les coffres de Coule pas chez nous! J’aime les rebelles, ceux qui tiennent tête aux pouvoirs. J’aime aussi le monde perméable aux arguments des autres (ceux de Lise Payette ou de Guy Rocher, par exemple). J’aime les militants capables de revenir sur leurs positions, surtout si ces dernières entretiennent le «champ de ruine» qu’évoquait Parizeau. J’aimerais définitivement mieux croquer de mes crayons la grosse face édentée de Deltell plutôt que la poire de GND…

Nationalisme et biodiversité

barette fond aprilusMon nationalisme procède d’un réflexe de biologiste. Pour moi, la dilution et la disparition du français dans la mer anglo-saxonne, la distillation de notre mémoire collective, c’est pareil à l’érosion de la biodiversité. Avec notre effacement s’éteindrait une lecture du monde. Ni meilleure ni pire que les autres, mais unique et précieuse. Il s’agirait alors d’une perte pour l’humanité. Aussi consternante que le furent la disparition  du loup de Tasmanie, du dodo de l’Île Maurice ou du grand pingouin qu’on retrouvait jadis dans l’estuaire du Saint-Laurent. Aussi tragique qu’une éventuelle disparition de la culture Crie, Naskapis, Inuite, Bushmen ou Pygmée. Aussi angoissante que la perspective de la disparition de la rainette faux-grillon de l’Ouest, du pluvier siffleur, de la baleine noire, du protée anguillard,  du tigre de Sumatra ou de nos cousins orangs-outans…

 Le dessin bête et méchant :

Sucer aprilus(En espérant ne pas vexer Beaulieu pour qui j’ai une grande admiration…)


Peluche pansue (dépendance vs indépendance)


yukiDépendance – Yuki c’est la chatte de mon frangin. Obèse, vieille, malade, dégriffée, édentée et stérilisée. C’est l’un des fruits pourris obtenus à partir d’une laborieuse sélection artificielle orchestrée par l’homme. Son ancêtre était un petit félin tigré, un véloce prédateur de rongeurs d’Afrique du Nord. Yuki, elle, ressemble plutôt à l’odieux recouvre-boite de kleenex poilu de ma tante Thérèse. Sauf qu’au lieu d’être rose nanane, elle est «écaille de tortue», une coloration qui se prête mal à la prédation. Elle vomit occasionnellement des mottes de son extravagante pilosité mélangées à des croquettes au glutamate, lesquelles sont partiellement digérées. À la base de sa queue, zone qu’elle n’arrive plus à atteindre pour mener à bien sa toilette, ses poils virent parfois en dreadlucks dignes de Peter Tosh. Quand ça devient excessif et sans doute douloureux, Yuki a droit à un changement de look : rasée, coupe queue-de-rat avec la touffe au bout, tête de lion et bide adipeux qui ballote. D’ici quelques mois, les Homo sapiens qui l’entretiennent, à savoir mon frère et sa dulcinée, auront une petite larve. Un heureux évènement que Yuki semble anticiper avec angoisse. Petits cacas nerveux sur le lit de papa et maman, contestation fécale ou sphincter déficient? Le lieu du crime suggère la première hypothèse. Gastrique offense! Voici venue pour Yuki l’heure de l’euthanasie. La pauvre peluche pansue ne se doute pas que l’espérance de vie de ses congénères sauvages, ainsi que des renards, une espèce occupant une niche écologique similaire, excède rarement 4 ans.

IMG_1038Indépendance – Crochet, c’est un autre genre. Je l’ai recueilli avec les poules du voisin alors qu’on habitait sur l’Île de la Réunion. C’était en 2007, pendant le cyclone Gamède. Miteux, os saillants, queue croche – d’où le nom – il était misérable, mais reconnaissant. Aux Trois-Pistoles, en terres d’Amériques, le créole carnassier est au top en été. Il fait ses petites affaires, bouffe du surmulot, du campagnol, de la souris et même du rat musqué. En automne, il se tape les viscères des oies que me refile Pierre, mon pote chasseur. En hiver, névrosé car confiné par le frette extrême, il se console avec les tripailles des lièvres que je trappe et les malheureux rongeurs ayant cru bon s’incruster dans la piaule. Parfois, pendant la belle saison, il disparaît pendant des semaines. On flippe souvent, avec tous ces coyotes, les autres matous ou ces bagnoles qui roulent en malade sul’ Rang… À chaque fois qu’il réapparaît, on l’accueille comme un héros. Faut voir sa tête. Le king de la pampa Pistoloise redevient chaton, ronronnant comme un con et acceptant volontiers que les enfants le transforment en jouet. On compte alors ces nouvelles cicatrices et on fantasme ses milles et une aventures. On sait bien qu’un jour il ne reviendra pas. Et pourtant, la misère, pour nous, c’est Yuki qui l’incarne.

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